Disclaimer : Les personnages ne m'appartiennent pas. Ils sont la propriété de Stephenie Meyer. Je les emprunte pour vous raconter cette petite histoire qui n'est que pure fiction.
Notes : Voici donc le premier chapitre de cette nouvelle mini-fiction qui, je l'espère, sera à la hauteur de vos attentes. Pour information, je commence avec un POV extérieur pour finir avec un POV Jane. Je garderai ensuite ce même POV tout au long de l'histoire.
Je précise aussi (et encore) que certaines scènes peuvent vraiment être violentes pour les personnes sensibles donc attention !
Je tiens à m'excuser pour l'attente de publication du chapitre 1, j'ai pas mal de choses à gérer en cette période de vacances scolaires.
Un grand merci à Lily que je harcèle beaucoup pour avoir son attention ! Merci Marie pour ton dévouement encore sur cette mini-fic, je ne sais pas ce que je ferais sans toi ma belle !
Bonne lecture à toutes et tous !
Chapitre 1 : L'arrestation.
Commissariat, le lendemain du meurtre.
Jacob Black entra, accompagné de six autres malfaiteurs, dans une petite pièce qui ressemblait fort à un couloir fermé. Il portait une plaquette noire où était inscrit à la craie le numéro deux. Il semblait avoir passé une nuit horrible, ses traits étaient fatigués et des cernes s'étaient creusées sous ses yeux. Son dos était voûté et il avait perdu tout son fringant habituel.
Dans la pièce attenante, grâce à un miroir sans tain, l'inspecteur Demetri Young, un jeune homme beau et impétueux mais surtout désireux de boucler sa première enquête criminelle, observait avec Madame Bennett les six meurtriers présumés. Il lui expliqua qu'elle devait identifier celui qu'elle avait vu sur les lieux du crime pour que ses collègues et lui-même puissent interpeller et interroger la bonne personne afin qu'elle soit punie pour ses actes.
— Prenez votre temps, Madame Bennett. Il ne s'agit pas de faire une erreur, dit-il doucement.
Sans hésiter une seconde, elle désigna le numéro deux. Elle avait le regard froid et semblait très en colère contre cet individu qu'elle considérait désormais comme de la vermine.
Elle connaissait Alec Volturi depuis qu'il portait des couches-culottes et elle avait été très choquée d'avoir quasiment assisté à sa mort. A son meurtre ! Une minute plus tôt et elle aurait tout vu dans les moindres détails. Ça aurait été épouvantable. Peut-être qu'elle serait morte elle aussi, pour avoir été un témoin trop gênant. Elle porta la main à son coeur en grimaçant puis manqua de défaillir rien qu'en y pensant.
— Est-ce que ça va ? demanda l'Inspecteur, inquiet tout à coup.
— Je… Oh mon dieu, dit-elle alors que ses jambes vacillaient.
— Venez vous asseoir Madame Bennett, vous êtes toute pâle.
L'inspecteur Young la guida jusqu'à une chaise et lui servit un grand verre d'eau. Après s'être assuré qu'elle allait mieux et qu'elle avait repris des couleurs, il se dirigea à nouveau vers le miroir sans tain et regarda le jeune homme que le témoin avait désigné dans les yeux. Il n'y avait plus de doute possible maintenant, c'était bien lui le coupable.
Young appuya sur le bouton d'un petit interphone situé dans un coin de la pièce et demanda aux gardiens de faire sortir tous les prisonniers, excepté le numéro deux.
— Amenez-le moi en salle d'interrogatoire, ordonna-t-il. Je serai là dans quelques minutes.
Il remit Madame Bennett entre les mains d'une de ses collègues afin qu'elle la dirige vers une aide psychologique. C'était la procédure et il était clair qu'elle avait été secouée par toute cette histoire. Qui ne l'aurait pas été ? Tomber sur un cadavre en pleine nuit, apercevoir le présumé meurtrier et devoir témoigner en moins de douze heures, ça secouerait n'importe qui.
L'inspecteur se dirigea vers la salle d'interrogatoire où Monsieur Black l'attendait seul, menotté et assis à la place des coupables. Il fit couler deux cafés à la machine et les apporta dans la cellule.
Lorsqu'il entra, il remarqua à quel point cet homme était jeune. Malgré sa grande taille et sa musculature assez développée, ce n'était qu'un gamin. Ses traits le trahissaient et en parcourant rapidement son dossier, il vit qu'en effet il n'avait que vingt-quatre ans. Il allait finir le reste de sa vie en prison, tout allait contre lui, il n'avait aucune chance de s'en sortir. Mais il fallait l'interroger, c'était la règle.
L'inspecteur posa les deux cafés sur la table mais Jacob se contenta de garder la tête basse, les yeux rivés sur ses poignets liés. Il y fixait un point précis que Demetri identifia très vite comme étant un tatouage, lequel devait sans doute avoir une signification importante pour lui. Young fit glisser l'expresso de Black dans sa direction mais ce dernier ne le remercia même pas. Il était tellement égaré dans la contemplation du dessin qu'il ne s'était même pas rendu compte de la présence de l'inspecteur dans la pièce.
Démétri s'assit en face de lui et posa ses dossiers sur la table. Etant donné que le suspect n'avait toujours pas bougé, il commença à parler en premier :
— Bonjour Monsieur Black, je suis l'inspecteur Young. Vous êtes ici car vous êtes soupçonné du meurtre d'Alec Volturi. Est-ce que quelqu'un vous a demandé si vous vouliez un avocat ?
— Je ne veux pas d'avocat ! clama-t-il en levant les yeux brutalement. Je suis innocent, tout ceci est une grossière erreur. Je n'ai tué personne, ajouta-t-il en reposant les yeux sur son poignet.
L'inspecteur poursuivit sans se soucier de ce qu'il disait. Ils répondaient tous la même chose, il avait l'habitude de ce genre de discours.
— Que faisiez-vous dans ce quartier à une heure aussi tardive ?
— J'allais voir ma mère, soupira-t-il. Qu'y a-t-il de mal à ça ?
— Nous allons vérifier... Vous aviez l'air pressé, selon le témoin.
— Pas du tout ! Je marche toujours très vite, se justifia-t-il. C'était une visite surprise, elle n'était pas au courant.
— Hum, quel hasard ! Démétri était sceptique mais soit, il fallait aller au bout des questions à poser. Connaissiez-vous la victime ?
— Non. Je ne connaissais pas ce monsieur et je ne l'ai pas tué, répondit Jacob d'une voix lasse.
— Alors expliquez-moi ce que vous faisiez là, juste au moment où il a été assassiné ? Et pourquoi étiez-vous si pressé ?
L'inspecteur avait haussé le ton, passablement énervé par le comportement nonchalant de son prisonnier.
— Concours de circonstance. Je n'ai rien à voir avec ça ! Je suis innocent ! cria-t-il. J'allais chez ma mère, je vous l'ai déjà dit !
Le moment était venu de le provoquer, de le pousser à bout.
— Nous avons trouvé des traces de vos semelles autour du corps...
— C'est faux ! objecta Jacob en criant plus fort qu'il ne l'aurait voulu. Je n'ai pas vu de cadavre. Je n'étais au courant de rien avant que vous ne m'arrêtiez sauvagement et m'accusiez de ce crime horrible. Je ne connaissais pas cet homme, je n'avais aucune raison de le tuer.
Il termina sa tirade à bout de souffle, certain qu'il faisait tout ça pour rien. Personne ne le croirait.
— Monsieur Black, il n'y avait personne d'autre que vous et le témoin dans ce quartier hier soir. L'accuseriez-vous au profit de votre liberté ? demanda Démétri sournoisement.
Jacob semblait outré qu'on lui pose une telle question.
— Je n'ai jamais dit que ce soit disant témoin était coupable de quoi que ce soit. Mais sachez que je ne le suis pas non plus. N'avez-vous jamais songé que le tueur aurait pu se cacher le temps que tout se tasse ? Ou qu'il aurait pu fuir sans être vu ?
L'inspecteur émit un rire étouffé.
— Voyons Monsieur Black, arrêtez de regarder la télévision. Nous ne sommes pas dans un roman policier ! C'est la réalité et non la fiction que nous vivons ! Un homme est mort, assassiné sauvagement et vous êtes présumé coupable de cet acte !
Il ne disait plus rien. Son regard était vide, ses poings menottés et posés sur la table étaient serrés par la colère, qu'il ne montrait pas autrement, certainement pour ne pas aggraver son cas.
Alors qu'il regardait désespérément les initiales gravées sur son poignet droit, comme si elles allaient lui apporter une réponse tout droit venue du ciel, la sentence tomba comme un couperet:
— Vous serez jugé dans une semaine, vous aurez le temps d'engager un avocat. Dans le cas contraire, il vous en sera commis un d'office.
Jacob était horrifié mais il essaya de se défendre une dernière fois.
— Mais... mais je suis innocent, il faut me croire, implora-t-il. Je ne peux pas aller en prison. J'ai une femme et des enfants. Inspecteur, je n'ai pas tué cet homme, je vous le jure. Il faut trouver le vrai coupable. Ses yeux se firent suppliants.
— Cette décision n'est pas en mon pouvoir Monsieur Black, dit Démétri d'un ton plus que ferme afin de clôturer la conversation.
Bien sûr, séparer des familles (en particulier quand il y avait de jeunes enfants) était toujours un crève coeur pour Demetri mais c'était son boulot d'arrêter les meurtriers et de réduire la criminalité en ville. Dans le cas de Black, il n'y avait aucun doute que tous les éléments de l'enquête allaient contre lui. Surtout qu'il y avait un témoin et que c'était ça qui l'avait piégé. Son sort était malheureusement irréversible. Il en prendrait pour des années. Il avait juste de la chance que la peine de mort ne soit pas autorisée dans cette partie des Etats-Unis. Une veine pour lui.
Mais, à présent, le travail de l'Inspecteur était terminé et c'était le juge qui prendrait la décision finale et déciderait de la sentence. Tout serait bientôt fini et Demetri pourrait continuer son ascension dans l'échelle de la police en arrêtant d'autres détraqués comme Black.
Young sortit de la pièce sans jeter un dernier regard à Jacob et somma un gardien de le ramener dans sa cellule. Mais il n'aurait pas dû lui tourner le dos. Il avait commis une erreur en faisant cela. Une erreur de débutant.
En effet, sans crier gare, le prévenu se leva d'un coup, cogna violemment sur la table avec ses poings encore menottés et poussa un cri de détresse que l'on aurait pu situer entre l'agonie et la colère. Il déversa toute sa fureur à quiconque voulait bien l'entendre. Demetri vit son visage enfantin se muer en celui d'un homme apeuré et enragé. Malgré ça, le prisonnier ne montra aucune violence physique, il ne blessa personne et ne cassa rien. Il se contenta de crier sa rage et de hurler à l'assistance qu'il était innocent et ne devait pas payer pour le crime d'un autre. Qu'être mate de peau ne signifiait pas être un meurtrier. Que marcher non loin d'une scène de crime ne faisait pas de lui un criminel.
— Justice de meeeeeeeeeeeeeeeeerde ! s'époumonna-t-il alors que le gardien de prison tentait de le maîtriser. Justice de merde ! Vous ne pouvez pas me faire ça ! Je suis innocent : Vous entendez ? IN - NO - CEEEEENNT ! BORDEL !
— LA FERME BLACK ! CALME-TOI ! hurlai le gardien. Ou c'est la camisole !
— RACISTE !
Demetri appuya sur la sonnette d'alarme et trois gardes supplémentaires entrèrent dans la salle d'interrogatoire et se jetèrent sur Black pour essayer de le calmer. Mais mué par une force surhumaine et invincible, il se débattit et clama sans cesse son innocence à qui voulait bien l'entendre.
Mais tout le monde s'en fichait bien, il irait en prison et serait jugé comme un vulgaire criminel.
Jacob Black fut rapidement maîtrisé et remis en cellule où il attendit son jugement. Ce fut un moment pénible et insoutenable durant lequel il appréhenda chaque jour qu'on puisse le déclarer coupable alors qu'il ne l'était pas. Il n'avait pas tué cet homme et tout ceci n'était qu'injustice et racisme pur et simple. Il avait échappé de peu à la camisole en s'énervant de la sorte, il le savait mais il n'avait pas pu rester stoïque face à cet Inspecteur minable. Il avait fait une erreur. A présent, il ferait profil bas afin de montrer quel genre d'homme il était vraiment. Un père de famille respectable, honnête, droit et non un tueur sans coeur et sanguinaire.
Chaque jour qu'il passait dans cette cellule, il voulait rembobiner le film et le repasser pour que les choses se passent autrement. Les revivre d'une autre façon pour que le cauchemar ne se reproduise pas. A force de ressasser les événements, il commença à regretter d'être sorti ce soir-là alors qu'un simple coup de téléphone aurait suffi. Qu'est-ce qu'il lui avait pris, nom de Dieu ? Aller voir sa mère, en pleine nuit, pour lui faire cette surprise, sans même prévenir sa femme de l'endroit où il allait : quelle idée !
Une belle erreur oui !
Qui aujourd'hui allait lui coûter toute sa vie.
Et maintenant il n'avait aucune preuve à apporter aux juges et donc personne ne le croyait.
C'était sa parole contre la leur.
Conneries !
Sa parole ne valait rien. Tout était joué d'avance. Il était foutu.
Oui, foutu.
Palais de justice - Une semaine plus tard.
Le procès de Jacob Black ne dura pas plus d'une heure. Toute l'assemblée le croyait déjà coupable, même son avocat, lequel lui avait finalement été commis d'office. L'homme de loi n'avait aucune expérience et était vraiment très mauvais. Il ne trouva aucune solution pour prouver l'innocence de son client et n'en avait peut-être jamais cherché. Il n'essaya même pas de se battre, ni de défendre Jacob contre les accusations de la partie adverse.
Quel guignol ! pensa Black à plusieurs reprises. J'aurais mieux fait de me défendre moi-même !
Alors qu'il s'adressait aux jurés, Jacob essaya de les convaincre tant bien que mal de son innocence mais rien n'y fit. Il fut condamné à trente ans de prison ferme, sans possibilité de liberté conditionnelle. Une éternité pour Jacob, sa femme et ses enfants, une boutade pour la famille d'Alec Volturi. Un criminel tel que lui méritait la peine de mort et rien d'autre ! Malheureusement pour eux dans cet Etat, elle n'était pas autorisée.
Pour Jacob, c'était de la discrimination raciale, rien de plus ! Un étranger de plus en prison pour le bien de la communauté. C'était vraiment injuste.
Le jour de son jugement, Jacob s'était senti vraiment plus bas que terre, abandonné de tous. Sa mère était venue au procès mais elle ne l'avait embrassé que très brièvement après les délibérations. Aucun mot n'avait été échangé alors il avait été très difficile pour Jacob de savoir ce qu'elle pensait réellement de tout ça. Est-ce qu'elle le croyait réellement coupable d'avoir commis un tel crime ? Elle n'était même pas venue au parloir pour avoir une explication avec lui avant le procès. Selon sa femme, elle était trop choquée et trop bouleversée pour se déplacer mais elle était avec lui, de son côté et elle le soutenait. Mais Jacob en doutait car ce n'était pas cela qu'il voyait au fond des yeux de sa mère. Peut-être qu'il était en train de perdre la foi en tout, même en son propre sang.
Sa femme Léah l'avait accompagné tout au long du procès, visiblement très émue et bouleversée par l'accusation qui se tenait contre son époux. Son témoignage avait été poignant, bien sûr, mais, tristement, il semblait qu'elle avait fait tout cela en vain. Les rondeurs de son actuelle grossesse n'avaient semblé ni émouvoir les jurés ni le juge. Pendant toute la durée du procès, elle n' avait pas quitté Jacob des yeux, lui envoyant tout l'amour et tout le soutien qu'elle pouvait par de simples regards.
Elle l'aimait, sans nul doute, et elle souffrait de le voir assis là alors qu'il n'avait absolument rien à y faire. Elle se sentait impuissante face à ces lois injustes qui décidaient en quelques heures de la culpabilité d'un homme qui s'était trouvé tout simplement au mauvais endroit au mauvais moment. A cause de toute cette mascarade, leurs trois enfants seraient séparés de leur papa durant leur vie entière.
Chienne de vie ! pensa-t-elle alors qu'une larme roulait sur sa joue.
Elle sentait qu'un malheur arriverait vite si quelqu'un ne les aidait pas rapidement. Mais comment faire ? La police, les juges, les habitants de cette ville... Tout le monde l'avait placé sur le pilori. Dès demain, elle déménagerait loin d'ici avec ses enfants pour ne plus sentir leurs regards se poser sur elle. Elle ne pourrait pas le supporter une journée de plus. Bien sûr, elle viendrait en visite avec les enfants mais elle ne pouvait plus habiter là. C'était au-dessus de ses forces.
Elle jeta un coup d'oeil à son mari qui lui sourit aussitôt pour la rassurer. Il devait, par tous les moyens, lui montrer qu'il tenait le coup même si c'était un leurre. Léah n'était pas le genre de femme à se laisser berner mais il devait faire face quand elle était là, pour son honneur. Il restait toujours l'homme de la maison.
Une fois jugé, il fut conduit dans la plus grande prison du Comté où séjournaient tous les plus grands criminels de la région. Il allait y passer des journées et des nuits épouvantables au milieu de pervers, d'obsédés sexuels, de tueurs en série et autres mauvais garçons en tous genres.
Je ne tiendrais pas le coup, je ne tiendrais pas le coup...
C'était ce qu'il se répétait toute la journée, au fond de sa cellule, alors que les gardiens et les autres prisonniers le traitaient de meurtrier et menaçaient de le faire payer pour ce qu'il avait fait.
Sauf qu'il n'avait strictement rien fait.
Pas le moindre mal à qui que ce soit.
Domicile des Volturi.
POV Jane.
Un peu plus d'une semaine s'était écoulée depuis le meurtre de mon frère. Aucun de nous cinq n'avait beaucoup dormi depuis ce terrible événement. Perdre un proche était quelque chose d'insurmontable et faire son deuil prenait du temps. Alec était mon jumeau et c'était comme si on avait cassé une partie de moi en deux, comme si la moitié de mon coeur était morte. C'était si douloureux, le poids de son absence était tellement lourd à porter que je ne pensais pas pouvoir me relever de cette épreuve un jour. Ça faisait beaucoup trop mal.
J'avais aussi deux autres soeurs, une plus âgée et une plus jeune. Mon aînée, Kate, avait épousé Garrett un an auparavant et enseignait les mathématiques dans un collège. Tanya, la plus jeune, était infirmière et vivait dans son propre appartement depuis peu. Mes parents s'étaient alors retrouvés seuls dans leur grand cottage à la campagne à broyer du noir car leurs enfants avaient grandi trop vite selon eux. Autant dire que la mort d'Alec avait agi sur eux comme un coup de massue supplémentaire et avait fini de les anéantir.
Le choc fut tout aussi terrible pour Lauren, la fiancée de mon frère. Leur mariage aurait dû être célébré en juillet prochain et autant dire qu'elle était inconsolable.
Lors de la cérémonie, Lauren et moi nous étions énormément soutenues, autant moralement que physiquement. Nous étions venues main dans la main faire notre discours, sous les yeux émus de l'assemblée. Nous étions comme des sœurs, affrontant les événements grâce à cette force que nous avions su mettre à profit ensemble.
Tous les amis d'Alec, sans exception, étaient présents à son inhumation et son meilleur ami, Sam Uley, avait fait un discours poignant et touchant, lequel avait fait pleurer la moitié de l'assistance. Ces deux-là se connaissaient depuis qu'ils portaient des couches et un lien particulier les avait toujours unis. Ils étaient comme un couple d'inséparables et avaient fait les quatre cents coups ensemble.
La mise en terre avait été un véritable supplice et mon père avait dû me ramener à ma chaise juste avant que je ne tombe au sol, totalement effondrée.
Une semaine après l'enterrement d'Alec, l'ambiance restait très glaciale au sein de la famille. Personne ne réalisait encore vraiment qu'il était parti pour toujours, surtout mes parents. Maman avait disposé des photos de mon frère partout dans la maison, cultivant ainsi le deuil de son fils sauvagement assassiné par un malade mental. Mon père avait ressorti tous ses vieux diplômes, les médailles de judo et les coupes des tournois de football qu'il avait gagnées dans sa jeunesse pour les entreposer dans une vitrine toute neuve. Il ne voulait pas qu'on oublie qui était son fils et ce qu'il avait fait.
La famille se réunissait très souvent pour se soutenir dans cette épreuve plus que difficile. Kate faisait plus de vingt kilomètres chaque jour, après son travail, pour passer du temps avec nous tandis que Tanya passait tous ses jours de congé au cottage. Nos parents, très choqués par la perte de leur fils, avaient besoin de soutien même si j'étais très certainement la plus affectée de tous à cause du lien particulier qui existait entre nous. Un vide que je ne pourrais plus jamais remplir avait élu domicile dans mon coeur et me rendait triste à en mourir.
Je m'étais murée dans le silence et ils s'inquiétaient de ma santé. Je ne mangeais presque rien, je passais mon temps allongée sur le canapé ou dans mon lit, le médaillon renfermant la photo de mon jumeau serré dans ma paume. Mes parents avaient décidé de réaménager ma chambre d'enfant afin que je puisse rester sous leur surveillance pendant quelques jours, voire quelques semaines.
Cependant, au bout de huit jours, je décidai de rentrer chez moi. Je ne pouvais plus rester dans la demeure de mes parents, ils me choyaient trop. J'allais finir par étouffer ou par faire une crise de nerfs. Ils ne l'entendirent pas de cette oreille et je dus lourdement insister pour qu'ils me laissent partir.
— Tout va bien, je vous le promets. Je suis une grande fille, argumentai-je tout en finissant ma valise.
— Tu ne peux pas rester chez toi toute seule, tu es encore trop fragile, dit mon père fermement.
— Ça ira papa, je saurais me débrouiller. Il faut bien aller de l'avant, j'ai un travail et mon patron ne me fera pas de cadeaux si je ne reviens pas.
Mon père grommela dans sa barbe et ma mère étouffa un sanglot mais je sus que j'avais gagné. Ils me laisseraient m'en aller même si je savais que j'aurais des appels quotidiens et de nombreuses visites.
— Je vous dis que ça ira. J'ai juste besoin de... respirer un peu, osai-je dire devant eux malgré les yeux réprobateurs de mon père. Je viendrai dîner dimanche, c'est promis.
Ils abdiquèrent et me laissèrent partir après m'avoir encore fait promettre de ne rien tenter de stupide.
Deux jours plus tard, je décidai d'inviter Lauren à dîner. Sa compagnie ma manquait et je ne devais pas oublier les liens qui l'unissaient à mon frère. Elle resterait toujours ma belle-soeur dans mon coeur fracturé, une partie de moi en quelque sorte. Je ne pouvais pas la laisser de côté, elle était le dernier maillon qui me rattachait encore à mon frère. Très vite, nos discussions s'axèrent sur nos souvenirs communs avec Alec. Je sortis mes albums photos du placard et nous passâmes à plusieurs reprises du rire aux larmes en les redécouvrant. Nous évoquâmes quelques anecdotes incluant Sam et Kate, riant de ces moments dont nous n'étions pas toujours très fiers. J'avais ouvert une bonne bouteille de vin pour l'occasion et mon amie avait, en conséquence, dû s'abstenir de prendre le volant pour rentrer chez elle. C'était beaucoup trop risqué et nous ne voulions pas qu'un autre drame se produise aussi vite. Je lui installai un lit d'appoint, lui prêtai un pyjama puis partis me coucher après lui avoir souhaité bonne nuit.
Malheureusement, je ne parvins pas à trouver le sommeil facilement. J'eus très froid tout à coup et quelques frissons me parcoururent l'échine, me faisant dresser les poils de tout le corps. Je me mis à claquer des dents, à trembler de plus en plus fort alors je rallumai la lumière afin de trouver un pull. Je l'enfilai et me roulai en boule sous ma couette pour tenter de me réchauffer, sans grand succès. Je ne sus combien de temps s'écoula avant que Morphée eut enfin raison de moi mais je réussis tout de même à me laisser porter par le sommeil. Ma nuit fut agitée et je regrettai presque de m'être endormie. Des flashs incessants hantèrent mes rêves, montrant des scènes entrecoupées et sans aucun sens. Je sursautai à plusieurs reprises dans mon lit, gémissant et m'agitant à mesure que les flashs s'accumulaient et s'enchaînaient les uns après les autres. Je crus voir du sang, du verre brisé et une bouche qui criait quelque chose que je ne pouvais pas entendre. Les séquences étaient accompagnées de bruits de verre, de pas et de cris. Le plus effrayant fut cette mare de sang qui m'apparut, ruisselant le long des pavés d'un trottoir jusque dans un caniveau. Puis vint ce rire sarcastique et méprisable qui fit écho dans ma tête.
Je me réveillai d'un bond en criant de toutes mes forces. J'étais en sueur mais je n'eus pas le temps de réaliser ce qui m'arrivait. Je perdis connaissance juste après avoir entendu les pas précipités de mon amie accourir vers moi.
Jusqu'à ce que je me réveille dans ma chambre d'hôpital, mon esprit n'avait eu de cesse d'être torturé par ce rire sadique qui se répétait encore et encore, accompagné de bruits de verre et de cris effrayants. J'étais très fiévreuse et les médecins étaient assez inquiets pour ma santé. Ils pensaient à une sorte de choc post-traumatique et leur idée fut plus que renforcée lorsque je leur racontai mon rêve en présence de mes parents et de Lauren, encore choquée par mon état de crise.
— Nous n'aurions pas dû regarder toutes ces photos, c'était beaucoup trop tôt, se lamenta-t-elle.
— Tu n'y es pour rien, elle va aller mieux maintenant, dit doucement ma mère en la prenant dans ses bras.
J'avais besoin de me reposer alors ils quittèrent ma chambre pour me laisser dormir. Mes parents et les médecins discutèrent dans le couloir mais je pouvais entendre des bribes de leur conversation.
— ... beaucoup souffert de la mort de son frère... choc psychologique... la mettre sous calmants...
— Merci Docteur... Oh mon Dieu...
Ils s'éloignèrent et je n'entendis pas le reste. Mais ce fut assez pour que, malgré les médicaments et le choc que j'avais subis, je comprenne qu'ils ne me croyaient pas et ne me faisaient pas du tout confiance. Épuisée par toutes ces tensions, je finis pas m'endormir à bout de nerfs mais consciente qu'il faudrait, une fois rétablie, que je règle ces problèmes toute seule.
Le lendemain, j'insistai pour rentrer chez moi et promis à mes parents de prendre mes médicaments correctement, ce que je ne fis pas, bien évidemment. Je ne leur avais jamais menti mais là ils ne me laissaient pas le choix. Ils étaient encore trop chamboulés par la mort d'Alec pour me comprendre. Un jour ils me pardonneraient de ne pas leur avoir obéi/de leur avoir désobéi. Quand ils comprendraient que je n'étais pas folle, que quelque chose de grave se tramait même si je ne savais pas encore quoi.
Mes nuits étaient constamment agitées par ces rêves sanglants, bruyants et horrifiques. Je voyais toujours les mêmes choses, elles se répétaient sans cesse, comme un vieux disque rayé. Le sang coulait à flots, les cris redoublaient de puissance et ce rire sarcastique faisait écho dans ma tête toute la nuit et toute la journée. Il résonnait dans mon crâne, me donnant la sensation qu'on me tapait dessus avec un marteau jusqu'à ce qu'il se fracasse. Cela devenait insupportable mais je ne disais rien à personne et surtout pas à mes parents qui me feraient interner en hôpital psychiatrique à coup sûr.
Que représentaient ces visions ? Que signifiaient-elles ? Y avait-il un message derrière ces rêves ? Je ne le savais pas mais j'espérai bien le découvrir.
Notes de fin : Voilà pour ce premier chapitre. J'espère vraiment que ça vous a plus ! N'hésitez pas à poster une petite note pour marquer votre passage.
A bientôt. Til.
