Merci à Aventurine-san, Choupi, Camille pour vos reviews anonymes. J'espère avoir répondu à tous les autres. Je suis un peu dans le gaz à cause du déménagement... donc si j'ai oublié quelqu'un... j'en suis désolée. En tout cas merci pour toutes vos reviews.
Voilà la suite (en espérant ne pas m'être trompée de fic en postant deux chapitres de suite de cette fic mais j'en doute). Je croise les doigts pour que ça vous plaise toujours.
2
La Grande Salle était, comme à son habitude, débordante d'énergie. Quiconque détestant le bruit et l'agitation était malheureux en mangeant ici. Et en ce samedi matin, tout le monde semblait désireux de faire beaucoup de bruit. En cela, personne n'était étonné de voir autant de monde à tout juste neuf heures. C'était le week-end où les étudiants de la Troisième à la Septième Année pouvaient aller à Pré-Au-Lard. Alors ils comptaient bien en profiter.
Harry et Ron étaient installés à un bout de leur table et grignotaient tous les deux leur petit-déjeuner, à la grande surprise de toute la tablée. D'ordinaire, l'appétit de Ron était impressionnant, surtout au vu de son tour de taille. Il avait un métabolisme qui rendait folles de jalousie toutes les filles de l'école, parce qu'il ne prenait pas un gramme malgré tout ce qu'il ingurgitait.
Les Poufsouffle de toutes les années savaient parfaitement que s'ils voulaient manger un petit peu, ils devaient arriver avant Ron ou s'éloigner le plus possible. Les elfes de maison qui se chargeaient de faire monter les plats des cuisines jusqu'à la Grande Salle le savaient également, de même qu'ils étaient au courant de la place habituelle du jeune homme. C'était pour cela que le duo semblait entouré de plus de nourriture que trois personnes bien portantes pouvaient avaler sans risquer l'indigestion.
Là, par contre, chacun se demandait ce qui pouvait bien se passer pour que Ron ne mange pas autant. C'était à peine s'il avait touché à son assiette qu'il avait repoussée devant lui.
– Tu penses encore à elle, n'est-ce pas, souffla Harry.
Son meilleur ami avait une petite mine, signe qu'il n'avait pas ou très peu dormi. Il avait dit en tout et pour tout deux mots depuis son réveil et s'était replié sur lui-même.
Ron leva un peu la tête pour regarder en direction des Gryffondor installés deux tables plus loin. Hermione Granger leur tournait le dos mais sa tignasse brune ébouriffée était aisément reconnaissable.
– Non.
– C'est normal que tu y penses.
– Je ne veux pas en parler, grogna Ron.
– Ok, capitula Harry.
Il touilla son bol de céréales sans grand appétit. Contrairement à Ron, il mangeait peu. Son rapport avec la nourriture avait toujours été conflictuel, du fait de son enfance avec sa famille.
Vernon et Pétunia Dursley avaient passé les dix premières années de la vie de Harry à le maltraiter en l'enfermant dans un placard, le nourrissant à peine et veillant à ce qu'il soit assommé de corvées. Jusqu'à ce qu'il quitte leur domicile l'année précédente, il n'avait mangé à sa faim qu'à l'école.
– Salut vous deux, fit une voix féminine alors qu'un paire de bras vint enlacer les cous des amis.
– Salut crevette, sourit Harry lorsqu'il reconnut Ginny, la sœur cadette de Ron.
Elle avait un an de moins que son frère et était allée comme les autres Weasley, à Gryffondor. Harry l'appréciait. Elle avait beaucoup d'humour, était mignonne comme tout et surtout, ne dédaignait pas Ron.
– Bonjour Ronny-chou, sourit la jeune fille en lui collant une bise sur la joue.
– Bonjour Gin', répliqua Ron d'une voix morne.
Ginny s'installa entre les deux. Pour éviter à son ami, assis en bout de banc de se retrouver par terre, Harry se décala légèrement.
– Que nous vaut l'honneur de ta présence à notre humble table ? demanda Ron plus aimablement.
– Je n'ai plus le droit de venir embrasser et demander des nouvelles au seul frère qui reste encore à Poudlard ?
Deux regards la fixèrent. Aucun n'était dupe. En général, la jeune Gryffondor de Sixième Année ne faisait que passer pour déposer un baiser sur la joue de son aîné avant d'aller rejoindre son groupe. Lorsqu'elle s'installait, c'était qu'elle voulait quelque chose.
– Je t'aime mais ne me prends pas pour un débile, Ginevra Weasley. Crache le morceau tu veux ? Je ne suis pas vraiment bien luné ce matin.
– Je n'avais pas remarqué dis donc, ironisa la rouquine avant de voler un bout de bacon dans l'assiette de Ron. L'appétit n'est toujours pas là à ce que je vois.
– Pas faim.
– C'est en rapport avec Hermione ?
Pour le coup, Ron se redressa et foudroya sa sœur du regard. Sur son visage, Harry pouvait lire de la douleur et l'impression d'avoir été trahi.
– Toute l'école le sait ? Elle l'a dit à tout le monde ? Maintenant je serais l'idiot poil de carotte qui a osé demander à une fille de sortir avec lui !
Quelques têtes se tournèrent vers eux. Ron rougit en se sentant soudain devenir le centre de l'attention.
– Arrête Ron. Elle ne l'a dit à personne !
– Alors comment tu peux le savoir ?
– Personne en dehors de moi. Elle m'a raconté ce qui s'était passé parce que je suis ta sœur et que c'est mon amie. Elle s'en voulait de t'avoir fait de la peine.
Ron ricana froidement.
– De la peine ? Ben voyons. Comment elle pouvait s'en vouloir alors qu'avant de me planter devant elle, c'était tout juste si elle savait mon prénom.
Cela, Harry n'était pas au courant. Il aurait pensé que les élèves de Septième Année sauraient se nommer les uns les autres. Après tout ils avaient des cours en commun depuis le début.
– Tu exagères, tenta Ginny.
– Ah bon ? Tu crois ? Elle t'a dit quoi ?
– Que tu lui avais demandé de sortir avec toi, qu'elle avait dit non et que tu étais parti, au bord des larmes.
Un rire sans joie s'éleva brièvement.
– Elle t'a dit qu'elle sortait avec George ? Que ça faisait deux mois et que quand elle m'a vu, elle m'a appelé Bobby ?
Harry haussa les sourcils, abasourdi, se demandant quel était le rapport entre Bobby et Ron ? D'autant qu'il se doutait fortement que, si les deux filles étaient amies, Hermione devait forcément connaître le nom des frères de Ginny.
– Non, ça je ne savais pas, tiqua Ginny en toute honnêteté.
– J'en ai donc déduit que je n'avais aucune importance à ses yeux et je vais simplement tourner la page.
Sa sœur lui frotta le dos tout en esquissant un sourire de réconfort avant de se lever et de les laisser pour se diriger droit vers Hermione d'un pas presque colérique. Harry reprit sa place, ne sachant que dire.
– Tu n'es pas minable, affirma-t-il après de longues minutes.
Il était certain que c'était ce que Ron devait se dire en cet instant. Qu'il ne valait rien. Harry le connaissait. C'était exactement le genre de pensées qu'il pouvait avoir.
– C'est bizarre mais ce n'est pas l'impression que ça me fait. Je... Je vais dans le dortoir. Si on me cherche, je serai enterré sous le tas de couvertures en espérant y crever.
Ron se leva et quitta la Grande Salle sous le regard désolé de Harry qui se sentait mal pour lui. Le fait que Hermione ait pu se tromper à ce point, elle qui était sans doute la personne la plus douée de l'école, qui avait toutes les réponses... Potter avait du mal à y croire. Et ce, d'autant plus que Ron était de son année. À moins qu'elle ne l'ait fait exprès ou que George lui ait fait croire que son frère s'appelait réellement Bobby. Cette hypothèse n'était pas vraiment plausible aux yeux du Poufsouffle, ce d'autant moins si Ginny avait parlé de ses frères.
Peu désireux d'aller parler à la coupable et d'empiéter sur la vie privée de son meilleur ami, Harry resta assis là à piqueter du bout de sa fourchette son œuf sur le plat.
Il finit par se lever, ne voyant pas l'intérêt de rester dans la Grande Salle qui se vidait peu à peu. Les élèves se précipitaient sitôt leur repas avalé vers les portes et le chemin menant au village sorcier non loin de Poudlard.
Harry avait prévu d'y aller avec Ron, sauf que ce dernier était sous sa couette et n'avait pas l'intention de sortir de son lit avant lundi. Au mieux. Le brun rejoignit sa salle commune puis son dortoir. Son meilleur ami était assis contre la tête de lit, genoux remontés contre sa poitrine. Il semblait lire un épais livre.
– Tu ne veux pas venir à Pré-Au-Lard avec moi ?
– Non. Pas le moral. Je suis plongé dans la lecture insipide des potions. Je comptais utiliser quelque chose de radical mais je suis incapable de réaliser la moindre de ces choses.
Inquiet, Harry s'approcha vivement du lit pour découvrir que ce n'était pas un exemplaire du livre de Potions Avancées mais simplement un manuel de Métamorphoses. En le voyant faire, Ron se permit un petit sourire.
– Crétin ! Tu m'as fait peur, râla Harry.
– Va t'amuser.
Potter aurait voulu dire non et rester. Sauf qu'il avait un besoin viscéral de prendre l'air, d'aller ailleurs que dans le grand parc de l'école. Il avait quelques courses à faire, des fournitures à racheter ainsi que des friandises. Son stock était vide et son corps était en manque.
Harry avait un vice, il était devenu accro au sucre. Il avait toujours une petite réserve qui ne durait que le temps de retourner à Pré-Au-Lard pour la recharger.
– Je te ramène quelque chose ?
– Des bonbons. Je te rembourserai.
Sans ajouter quoi que ce soit, Harry enfila un gros pull en prévision du temps frais de ce mois de novembre, prit gants, cape et écharpe puis sa bourse spéciale gallions.
– Si tu tiens à crever, essaie de ne pas laisser de traces.
– Je crèverai dans ton lit, ça sera plus drôle.
Harry retrouva la cohorte d'élèves pas encore partis et se joignit à eux pour aller au village sorcier à pieds. Le temps n'était pas de la partie. Il faisait froid, le vent soufflait et le ciel n'était pas annonciateur de soleil, bien au contraire.
Accompagné des Poufsouffle de son année, Harry repensa à Ron qui se terrait dans leur dortoir. Personne ne lui demanda pourquoi le rouquin n'était pas venu, chacun s'en doutait un peu. Ils avaient eu vent de la nouvelle par Ernie qui leur avait expliqué à mot couvert ce qu'il s'était passé et chacun avait soupiré.
– Harry, fit Susan Bones en se tournant vers lui, c'est vrai que Granger a appelé Ron Bobby ?
– Susan, grogna Hannah Abbot, arrête tes commérages, on dirait Brown !
Susan lui fit une grimace puis regarda Harry, attendant une réponse. Elle n'était pas la seule. Hannah était tout aussi désireuse de savoir que son amie. Elles n'étaient pas commères, pas comme d'autres. Mais les potins les intéressaient. Potter se dit en cet instant que c'était davantage parce qu'elles voyaient Ron comme un très bon ami et non par plaisir d'être au courant d'informations croustillantes.
– Oui.
– La garce ! Pauvre Ron. Ça me fait mal pour lui.
– Je ne comprends pas, fit Hannah. Ça fait plus de six ans et elle n'est toujours pas fichue de savoir nos noms ?
– C'est celui de Ron qu'elle n'a pas retenu, contra Megan Jones avant de pester contre ses cheveux sombres qui ne cessaient de vouloir trouver refuge dans sa bouche à cause du vent.
– C'est pire encore. Parce qu'elle est copine avec Ginny ! Si tu veux mon avis, persifla Hannah, elle s'est trompée exprès. Juste pour que Ron comprenne qu'elle n'était pas intéressée et qu'elle ne voulait pas de lui. Et ça, ça serait vraiment infâme si vous voulez mon avis.
Cette explication était, selon Harry, la pire mais sans doute celle qui était la plus proche de la vérité.
– Les filles, râla Wayne Hopkins.
Les trois filles du groupe lui tirèrent la langue et s'éloignèrent bras dessus bras dessous, faisant rire les garçons. Elles les attendirent quelques mètres plus loin. Megan et Hannah prirent chacune un bras de Harry pendant que Susan s'accrochait à Ernie.
Ne manquaient à l'appel que Ron et Eloïse Midgens qui avait passé la semaine à l'infirmerie. La jeune fille devait sortir dans la soirée. Ses amies avaient décidé de lui offrir quelque chose et les garçons avaient accepté de se cotiser, pour lui faire plaisir. Parce qu'ils l'aimaient bien.
– On va où ? demanda Hannah.
Sans se presser, le petit groupe flâna dans les rues de Pré-Au-Lard. Harry se sépara d'eux pour aller chez Scribenpenne afin d'acheter des plumes. Tout du moins, c'était son intention avant de voir Malefoy dans le magasin. Il s'immobilisa sur le seuil, se demandant ce qu'il allait faire : entrer ou partir.
Finalement, écoutant son courage et se disant qu'il n'avait pas à être effrayé par qui que ce soit, il poussa la porte qui émit un tintement et dédaigna Malefoy pour se concentrer sur les plumes qui se présentaient à ses yeux. Les siennes étaient fichues, ne lui en restaient que deux dont l'une menaçait de rendre l'âme, il devait donc en racheter quelques-unes.
À son grand regret, le propriétaire de la boutique était absent. Sans doute derrière, dans sa réserve.
– Tiens, Potter, cracha presque Malefoy en l'apercevant, lui aussi planté devant les étales de plumes, près de la lourde caisse enregistreuse qui aurait eu sa place au musée.
Le cœur de Harry fit une embardée dans sa poitrine tandis que sa gorge s'assécha. Il aurait tellement voulu partir d'ici en courant. Sa partie raisonnable dompta sa peur en l'exhortant de rester ici et de ne pas fuir de façon ridicule une personne qui ne devrait pas l'effrayer.
– Malefoy.
Il avait soif, les mains moites dans ses gants aux couleurs de sa maison, affreusement chaud sous sa cape et son écharpe tandis qu'un sentiment de malaise s'installait en lui. Mais il tint bon.
Un bruit de pas précipités se fit entendre et le propriétaire, un vieil homme aux cheveux hirsutes et blancs arrivait avec une caisse en bois.
– Voilà votre commande Mr Malefoy, dit-il avec un sourire. Cela vous fera vingt gallions.
Harry retint un sifflement à l'annonce du prix exorbitant à ses yeux. Il ne savait pas ce que le Serpentard avec acheté pour cette somme, mais ce devait être du grand luxe. Il se rappela que le jeune homme pouvait se le permettre, sa famille était riche.
Les Potter l'étaient également, toutefois jamais Harry n'irait s'amuser à dépenser près de cent livres sterling pour de simples plumes.
D'un geste nonchalant, Malefoy donna la somme, salua Scribenpenne d'un signe de tête et sortit de la boutique sans un mot.
– Vous désirez ? s'enquit le gérant en s'adressant à Harry.
– J'ai besoin d'un stock de plumes et d'encre noire, ajouta Potter après un court instant de réflexion.
– Plumes simples ? Enchantées ?
– Simples. C'est pour les cours.
Même si parfois, acheter des plumes enchantées, notamment une plume auto-encreuse qui se fiait à la voix serait judicieux au vu de certains cours très soporifiques. Sauf que la plume prendrait les notes de toutes les voix présentes. Harry avait essayé une fois en cours d'Histoire de la Magie, le résultat avait été lamentable parce que la plume avait pris en compte les chuchotis des autres en plus du reste.
– Un lot de dix ?
– Oui, s'il vous plaît.
Scribenpenne hocha la tête et après un passage éclair vers l'une des étagères, tendit à son client sa commande.
– Deux gallions et douze mornilles.
Harry fouilla dans sa bourse et donna la somme indiquée avant de récupérer ses plumes dans leur boîte. Il se bénit d'avoir emporté un petit sac à dos.
– Merci beaucoup. Bonne journée. Au revoir, dit-il avec un grand sourire.
– De même.
L'air glacial par rapport à la chaleur étouffante de l'intérieur de la boutique le refroidit sur le seuil. Il serra les dents, remonta son écharpe sur son nez et rajusta son bonnet sur ses oreilles. Son intention était de rejoindre ses amis chez Honeyduke, le magasin de sucreries, destination incontournable des élèves avides de bonbons et autres douceurs. Cependant, alors qu'il allait s'y rendre, un bras l'arrêta et le conduisit ailleurs, dans une rue perpendiculaire à la rue principale, derrière Scribenpenne, en direction du salon de thé de Mrs Pieddodu.
C'était Malefoy.
– Qu'est-ce que tu veux ! s'énerva Harry en le forçant à le relâcher.
Dans son dos, des étudiants passaient. Pré-Au-Lard débordait d'activité en ce samedi. Les gérants savaient qu'ils tripleraient leur chiffre d'affaire du mois avec la présence des Poudlariens, aussi tous les magasins étaient ouverts et l'affluence était telle qu'il était préférable de ne pas être immobile en plein milieu du chemin.
– À ton avis !
– Mais je n'en sais rien moi !
C'était la stricte vérité. Il ne savait pas ce que Malefoy lui voulait. Mis à part peut-être exiger des explications inutiles quant à son rejet de la veille.
– Si c'est pour hier...
Le Serpentard croisa ses bras sur sa cape frappée de l'écusson de sa maison. Emmitouflé dans son bonnet et son écharpe aux couleurs vert et argent, il n'impressionnait personne. Cependant, son regard gris l'était.
– Qu'est-ce que tu veux ? redemanda Harry plus doucement.
S'emporter ne servait à rien. Surtout pas avec une personne comme Malefoy.
– À ton avis ! répéta ce dernier.
Harry ferma les yeux pour se donner du courage et ne pas s'impatienter. Il glissa ses mains dans ses poches et toisa son interlocuteur qui n'avait pas l'air déterminé à parler.
– Bon, fit Harry. J'ai encore plein de choses à faire. Je te laisse. Bonne journée.
Mais c'était sans compter sur Malefoy qui l'arrêta et le tira vers lui.
– Sors avec moi.
– Non, fusa la réponse avant que Harry n'ait le temps de retenir quoi que ce soit.
La poigne sur son bras s'intensifia, signe que cela n'avait pas plu au sorcier blond. Cela dit, il s'en moquait éperdument.
– Je te repose ma question. Sors...
– Non ! répliqua Harry dont l'énervement venait de surpasser sa maigre patience. N.O.N ! Je ne suis pas désespéré, Malefoy. Pas au point de sauter sur la première personne qui fera dans la charité ou simplement parce qu'elle aura décidé de se foutre de moi ! Je ne suis pas aussi débile que ça ! Maintenant lâche-moi !
– Écoute-moi Potty, gronda le Serpentard d'une voix glaciale, sors avec moi ou je fais de ta vie un enfer. Tu as jusqu'à demain matin, huit heures, pour y réfléchir sérieusement. Si tu es d'accord, sois présent à huit heures pour le petit-déjeuner. Tu viendras t'installer à ma table, à côté de moi. Si au contraire, tu n'es pas d'accord, fais comme tu fais d'habitude mais attends-toi au pire par la suite !
Il lâcha un Harry abasourdi, le bouscula et disparut dans la foule.
– Harry ! l'appela Susan quelques secondes plus tard. Hé ! dit-elle en posant sa main sur son épaule. Ça ne va pas ? Tu es tout pâle. Il s'est passé quelque chose ?
– Je... Je n'en sais rien.
– Viens. On va aller aux Trois Balais boire une Bièraubeurre tiède et ça ira mieux. Tu nous raconteras.
C'était une idée excellente.
Une fois attablés au pub animé et débarrassés de leur capes, les amis commandèrent leur boisson.
– Raconte, exigea presque Megan.
Harry se tordit les doigts, incertain, vérifia que Malefoy n'était pas là et se lança dans l'histoire. Plus il parlait, plus il pouvait voir les regards ahuris de ses camarades de maison. Steven Cornfoot avait même la bouche grande ouverte.
– C'est une blague ! s'exclama Hannah alors que la gérante leur apportait leur commande.
– Chut ! ordonna la tablée.
– Non, répliqua Harry. Si seulement. J'ai jusqu'à demain matin pour dire ce que je veux faire.
– Et tu sais ce que tu vas lui dire ?
– Non plus. Enfin si. Un non bien senti. Sauf que je n'ai aucune envie de savoir ce qu'il me réserve.
Chacun frissonna. Malefoy n'avait jamais fait preuve de violence mais il n'était pas connu pour sa gentillesse. De plus, les personnes qui constituaient sa cour n'étaient pas rassurantes. Dans les deux cas, Harry y serait confronté et cela n'était pas pour lui plaire.
– Tu penses vraiment qu'il va mettre ses menaces à exécution ? se renseigna Susan, un sourcil haussé.
– Aucune idée mais je préfère ne pas prendre de risques.
– Donc tu vas dire oui.
– Ai-je vraiment le choix ?
Après tout Lucius Malefoy, le père de Drago, avait le bras long. Son fils devait avoir de nombreuses relations prêtes à tout pour ruiner la vie de Harry.
Le jeune homme laissa tomber son front sur la table et grimaça sous le choc.
– Tu n'as qu'à lui dire que tu es en couple, intervint Ernie.
– Pourquoi je n'y ai pas pensé ? se maudit Harry en enterrant sa tête dans ses bras alors que Susan répliquait que c'était une réponse qu'il aurait donné lorsque Malefoy lui avait ordonné de sortir avec lui.
– Bon, au lieu d'être défaitistes comme ça, maugréa Wayne, pourquoi ne pas voir les choses sous un autre angle. Un angle plus positif.
Tous les regards se tournèrent vers lui. Wayne Hopkins, le garçon qui passait son temps à voir le verre à moitié vide leur demandait d'être optimistes ? C'était surréaliste.
– Wayny, je crois que tu vas arrêter la bièraubeurre, assura Megan en lui retirant sa chope.
– Hé ! Rends-moi ça, toi ! – il récupéra son verre et le garda précieusement entre ses mains. Je suis sérieux. Il faut voir ça d'une autre manière. Si tu acceptes, tu risques quoi ?
– Tu tiens vraiment à ce que je te fasse la liste ? rétorqua Harry. On parle de Malefoy, un Serpentard.
À croire que Wayne ne comprenait rien et que Harry était le seul des deux à bien saisir ce que sortir avec Drago Malefoy impliquait.
– Je t'écoute.
– Il est hétéro, il a une idée derrière la tête, il ne peut pas vouloir sortir sérieusement avec moi, son but est de se ficher de moi, c'est un Serpentard.
Harry réfléchit un instant, certain d'avoir oublié deux ou trois choses, mais plus rien ne lui vint.
– C'est tout ? objecta Wayne. Ok, dit-il après que Harry ait hoché la tête. On ne sait pas s'il est homo ou hétéro. Il a peut-être une idée derrière la tête, ça je ne peux pas le nier. C'est un Serpentard aussi sûrement que je suis un Poufsouffle. Tout le monde sait à Poudlard que tu es gay et ça ne gêne personne. Si son but est réellement de se moquer de toi, tu le sauras tout de suite. Quant au reste, tant que tu n'accepteras pas, tu ne sauras pas quel est son but. Et puis, mon cher Harry, tu as quelque chose qu'il n'a pas.
– Quoi ? voulut savoir Potter à peine convaincu par ce petit discours.
– Dans quelle autre maison le Choixpeau voulait t'envoyer ?
Cette question provoqua un instant de silence. Harry n'avait jamais caché que, lors de la Répartition en Première Année, il avait eu en quelque sorte le choix entre deux maisons mais avait préféré les Poufsouffle.
– Serpentard, dit-il dans un souffle.
– Et qu'est-ce qui caractérise les Serpentard ?
– Heu... hésita Harry. La ruse ?
– Non, sombre crétin. L'intelligence ! Si le Choixpeau a hésité, c'est que tu as cette capacité ! Et puis, si tu dis oui et qu'au final tu vois qu'il se fiche de toi, tu arrêtes tout.
Harry se massa le front et avala une gorgée de sa boisson qui était idéalement tiède.
– J'ai jusqu'à demain pour prendre une décision.
Même si dans son for intérieur, il l'avait déjà prise.
Le reste de la matinée fut consacré à la boutique de friandises que Harry dévalisa consciencieusement.
Lorsqu'ils rentrèrent contents mais frigorifiés, Potter fit pleuvoir sur le lit de son meilleur ami quantité de bonbons. Ron sourit.
– Tu as braqué Honeydukes !
– Merlin sait qu'il a essayé, railla Steven avant de recevoir un oreiller en pleine figure. Baston !
Les sept garçons du dortoir se ruèrent les uns sur les autres, polochon en main pour l'abattre sur le visage du voisin.
La bataille se termina en éclats de rire et en dortoir recouvert de plumes. Les Poufsouffle de dernière année en avaient plein les cheveux mais n'en avaient que faire. Les oreillers étaient maintenant inutiles car craqués et vides.
Harry était étendu sur son lit, bras en croix avec un morceau de tissu qui avait dû être un coussin quelques instants auparavant sur la tête. Restant de la colère de Merlin. Il se redressa, hilare et regarda son meilleur ami, en guère meilleur état.
– Faut que j'aille à la bibliothèque pour avancer mon devoir de Métamorphoses, tu m'accompagnes ?
Ron l'imita non sans une grimace. Il fallait dire que son lit était recouvert de plumes mais aussi de bonbons et être allongé dessus n'était pas confortable.
– J'arrive.
– Hé, vous n'allez pas nous laisser ranger tout ça, s'indigna Justin Finch Fletchey en désignant les plumes.
– Ah oui, c'est vrai, admit Ron en mettant les bonbons dans une boîte qu'il glissa dans sa malle. Voilà.
Et il disparut, sac au dos, suivi par Harry. Les deux compères gloussèrent quand un cri résonna dans le couloir. Cri qui ressemblait vaguement à « Potter, Weasley, vous allez crever ! ». Des têtes sortirent des autres dortoirs puis rentrèrent quand les élèves virent qu'il s'agissait des Septième Année.
– Alors ? demanda Harry tout bas une fois qu'ils furent attablés à la bibliothèque, histoire de ne pas attirer Mrs Pince, l'acariâtre responsable des lieux. Tu as fait quoi ?
– Je ne me suis pas pendu, ni noyé, ni empoisonné, ni taillé les veines. Je n'ai pas pleuré. Donc je peux affirmer que je n'ai rien fait.
– Très drôle, maugréa Harry.
– Raconte ce que vous avez fait et vu à Pré-Au-Lard.
– Malefoy, marmonna Potter.
Il lui raconta l'histoire. Ron parut d'abord aussi choqué que les autres puis pensif.
– Wayne n'a pas tort, admit-il. Tu risques quoi ? Si Malefoy te fait quoi que ce soit, on sera six, plus les filles, à lui faire sa fête. Les Poufsouffle sont considérés comme gentils mais il verra qu'on n'est pas des tendres quand on s'y met.
C'était un fait que personne dans Poudlard n'osait contredire. Pas après avoir vu une bande de Poufsouffle de Deuxième Année s'en prendre à des Sixième Année de Serdaigle qui avaient osé attaquer une de leurs amies.
– Donc, tu me conseilles d'y aller et d'accepter ? C'est ça ?
– Dans le mille. On sera là nous. Bon, j'avais autre chose de prévu mais ça, ça aura le mérite de ne pas me faire penser à elle, marmonna sombrement Ron. Au fait, pourquoi on est là ?
– Parce qu'on a un devoir à finir.
– Pourquoi je suis là ?
– Parce que tu as un devoir à terminer.
– Et pourquoi cette table en particulier ?
Harry le regarda comme s'il se moquait de lui. Puis il capta son regard et tourna la tête pour voir ce qu'il fixait hargneusement avant de grimacer en notant la présence de Hermione Granger installée dans un coin, de l'autre côté de l'allée, plongée dans un gros livre.
– Désolé. Si tu veux aller ailleurs...
– Non ! En fait, il faut que je l'oublie. Donc je vais commencer par cesser de la voir telle qu'elle est vraiment. Belle, intelligente. En couple avec mon frère !
Il ouvrit brutalement son manuel, se tourna légèrement pour ne plus avoir la brunette de Gryffondor à l'extrémité de son champ de vision. Harry se maudit de ne pas avoir remarqué la jeune fille. C'était pourtant sa place attitrée. Il aurait dû s'en souvenir.
Quelques minutes plus tard, Ron était penché sur son parchemin et rédigeait avec application, la langue entre les lèvres, son devoir de Métamorphoses. Ils avaient un peu de temps avant de le rendre mais en bons Poufsouffle, ils s'y étaient pris en avance pour le commencer.
Harry avait oublié tout le reste, concentré qu'il était sur sa propre rédaction. Jusqu'à ce qu'il entende des raclements de chaises et des chuchotements. Il releva la tête, interrompu dans sa phrase, pour tomber nez à nez avec des Serdaigle de leur année, Terry Boot et Lisa Turpin.
– Qu'est-ce que vous faites-là ? s'étonna Harry.
La maison des Aigles était la seule à frayer avec les autres mais il était plus fréquent de la voir davantage avec les Gryffondor ou les Serpentard que les Poufsouffle. Ils les trouvaient niais. Ces derniers estimaient que leurs camarades bleu et bronze se donnaient trop d'importance. L'ambiance entre les deux groupes était tendue.
– Vous faites votre devoir de Métamorphose ? s'enquit Terry sans répondre à la question posée.
– En quoi c'est important ? marmonna Ron tout en continuant à écrire. Tu l'as déjà fait.
– Je faisais juste la conversation.
– Ça suffit, râla Lisa en dégageant sa frange blonde qui lui tombait devant les yeux. Ron, en toute honnêteté, que penses-tu de Morag ?
Cette fois le rouquin redressa la tête, posa sa plume loin de sa copie pour ne pas la tacher d'encre et plongea son regard saphir dans les yeux chocolat de Lisa, surpris.
– Quoi ?
Turpin s'installa à ses côtés. Harry jeta un bref coup d'œil à Terry puis se concentra sur la jeune fille en face de lui.
– Morag. Qu'est-ce que tu penses d'elle ?
Un chut sonore les fit grimacer. Mrs Pince, la responsable de la bibliothèque, n'appréciait pas le bruit lorsqu'il dépassait le murmure. Il était préférable, si l'on tenait à rester plus de quelques minutes ici, de se taire et d'apprendre à garder sa bouche close.
– Allons-y franchement. Jusque là, tu ne savais rien parce qu'elle n'osait pas te voir mais elle craque pour toi.
– Très drôle, gronda Ron en récupérant ses affaires qu'il rangea rapidement dans son sac. C'est hilarant. Je suis plié.
Il quitta la table à grandes enjambées sous les airs surpris des trois autres. Au loin, la porte claqua, s'attirant un borborygme incompréhensible de la part de Mrs Pince et un regard noir de Granger assise en face. Juste à côté, derrière une étagère, un sanglot se fit entendre. Lisa se hâta de se lever et disparaître.
– Qu'est-ce qui se passe ? s'étonna Harry.
– Là où ton copain a cru à une blague, on disait la vérité, soupira Terry.
Lisa et Morag apparurent, l'une soutenant l'autre et lui caressant les cheveux alors qu'elle sanglotait.
– Attends... Morag... bégaya Harry qui aurait préféré fuir à son tour plutôt qu'être au milieu de cette affaire.
– A un béguin pour Weasley, oui. Et cet idiot...
Harry se retint de se taper la tête contre la table. C'était clair, il aurait dû partir. Sauf qu'il n'avait pas été assez rapide.
– Il n'est pas idiot, hoqueta Morag. Je ne voulais pas...
Elle renifla avant de fondre de nouveau en larmes aussi silencieusement que possible. Lisa reprit ses caresses dans les boucles d'un blond foncé coupées au carré. Harry regarda Morag et essaya de déterminer si Ron pourrait penser à quelqu'un d'autre que Granger. Les deux filles n'avaient rien en commun pour ce qu'il en savait. L'une était obsédée par ses études et l'autre, même si travailler ne la rebutait pas, était plus accessible.
– Je ne voulais pas qu'il soit au courant, reprit Morag avant de sortir de sa poche un paquet de mouchoirs. Je savais que je n'avais aucune chance à côté de Granger. Il ne m'a jamais regardée. C'est à peine s'il m'a parlé.
Trois regards se tournèrent vers lui et Harry maugréa dans sa barbe en redoutant ce qui allait se passer.
– Oubliez-moi.
– Tu es son meilleur ami, gémit Lisa.
– Oui mais non. Je ne jouerai pas les entremetteurs. C'est hors de question. Maintenant, excusez-moi mais j'ai du travail.
Imitant Ron, il déserta les lieux. Il retrouva son meilleur ami dans la salle commune, installé à une des tables contre un mur, l'esprit visiblement ailleurs, bien loin de son devoir. Harry prit une chaise et le rejoignit.
– Ils doivent bien se marrer.
– Je ne suis pas sûr, hésita Harry.
Il avait juré de ne pas s'en mêler. Sauf que si Morag tentait quelque chose, il ne voulait pas que Ron pense qu'il s'agisse encore d'une blague et la rejette purement et simplement.
– Je ne t'ai rien dit, tu ne sais rien mais Morag a réellement un faible pour toi. Je l'ai vue pleurer quand tu es parti et si elle simule, c'est une excellente actrice.
Ron le fixa comme si une seconde tête venait de pousser à côté de la première.
– Quoi ? Mais... on ne s'est jamais parlés !
– Tu n'as jamais parlé à Granger non plus, objecta Harry. En fait, ajouta-t-il après un instant de réflexion, tu as plus parlé à Morag qu'à Hermione.
– Tu as peut-être raison, admit Ron.
– J'ai toujours raison. Tu devrais le savoir.
– Ça reste à prouver. Bon, j'ai un devoir à terminer. Tu penses que je pourrais d'ici le dîner ou je vais avoir affaire à une cohorte de filles en mal d'amour qui sont tellement désespérées qu'elles vont accourir vers moi parce qu'elles ne trouvent rien de mieux ?
– Je ne répondrai même pas à ça.
Il glapit alors que Ron lui asséna un coup de poing sur le bras.
– Tu pourrais compatir au malheur de ton meilleur ami qui vient de se faire jeter comme un malpropre par la fille qu'il aime.
– Mais je compatis, Ronny chéri, je compatis. Enfin, je compatissais avant que tu me démolisses le bras. Je fais comment pour attraper le Vif maintenant ?
Moqueur, Ron éclata de rire. Harry marmonna une insulte dans sa barbe. Il était dans l'équipe de Quidditch depuis le début de sa Cinquième Année et jouait au poste d'Attrapeur, tandis que Ron était Gardien. À eux deux, ils remportaient tous les matchs. Cela faisait deux ans que la coupe de Quidditch se trouvait sur le bureau de leur directrice, le professeur Chourave et, pour ce qu'ils en savaient, elle la briquait tous les jours.
– Avec l'autre bras ? Arrête chochotte, je ne t'ai pas fait si mal que ça.
– Avec tes pelles en guise de mains, tu ne te rends même plus compte de ta force. Je suis une petite chose fragile moi.
– Tu as fini ? On dirait une fille !
Les deux compères gloussèrent puis décidèrent d'un commun accord de se concentrer sur leur devoir qui, au final, n'avançait pas.
Ils ne parlèrent plus jusqu'à ce qu'une cloche au loin n'annonce le dîner. Personne ne les avait dérangés et c'était peut-être mieux ainsi.
– Fini ! déclara Ron en reposant sa plume, l'air satisfait. Maintenant manger ! J'ai faim.
– Hourra, grommela Harry qui continuait à écrire.
Il était dans sa conclusion et s'il ne l'achevait pas tout de suite, il ne la finirait jamais. Trois phrases plus loin, il soupira, content de son écrit.
– Fini aussi. Trois rouleaux de parchemin !
Ils se levèrent, passèrent par leur dortoir pour ranger leurs affaires car les laisser traîner dans la salle commune était un risque de ne plus les revoir, devoirs compris. Une fois libres, ils purent rejoindre la Grande Salle, se mélangeant à la foule estudiantine, bénissant le fait d'être à Poufsouffle car leur salle commune était la plus proche du réfectoire que les autres maisons qui se trouvaient parfois à l'autre bout du château.
– J'ai faim, répéta Ron.
– Tu l'as déjà dit.
– Eh bien, je le redis. J'ai faim.
– Il fallait manger hier soir, ce matin et à midi.
Un grommellement lui répondit. Harry se permit un petit sourire amusé. Une fois dans la Grande Salle, ils s'installèrent au bout de la table des Poufsouffle, à leur place habituelle pendant que les bancs se remplissaient peu à peu et que les conversations montaient jusqu'au plafond enchanté pour refléter le ciel. En cet instant, il était gris.
– Ça a l'air d'aller un peu mieux, non ? voulut savoir Harry en voyant son meilleur ami dévorer comme quatre son dîner.
Il se demandait si le soudain appétit de Ron n'avait rien à voir avec Morag McDougall et son béguin pour lui. Ou alors l'estomac de Ron n'en avait que faire de ses considérations émotionnelles concernant Granger et il voulait être rempli. Peut-être un peu des deux.
– Pas vraiment. J'ai toujours l'impression d'avoir été trahi et que mon cœur a été piétiné par un troupeau d'hippogriffes en colère. Ne parlons plus de ça. Tu vas demain à Ste Mangouste ? chuchota-t-il.
Harry hocha la tête, tout sourire et bonne humeur envolés. Sainte Mangouste et son rendez-vous mensuel avec ses parents hospitalisés.
Durant toute son enfance, sa famille avait affirmé que Lily et James Potter étaient morts. À son arrivée à Poudlard, il avait découvert que ses parents étaient en vie mais qu'ils résidaient de façon permanente à Ste Mangouste, l'hôpital sorcier situé dans Londres. Ils avaient été soumis à haute dose à un Sortilège Impardonnable, le Doloris qui infligeait des douleurs atroces à la victime, sous les yeux d'un Harry bébé, par une sorcière qui passerait le reste de sa vie à Azkaban, la prison sorcière. Son but fut de vouloir tirer d'eux la cachette de son Maître défunt.
Les conséquences de ce sortilège avaient été de conduire les Potter à la folie. Lily et James ne reconnaissaient pas leur propre fils et semblaient avoir régressé à un âge tendre.
Depuis sa première année, Harry leur rendait visite une fois par mois, accompagné de son professeur de Potions qui était chargé de trouver un remède, mais aussi parce qu'il connaissait bien Lily. Harry pensait qu'il était amoureux de sa mère.
Donc, une fois par mois, Rogue infligeait officiellement une retenue à Harry durant deux heures. Pendant ce laps de temps, il l'emmenait à Ste Mangouste passer voir ses parents.
Les visites étaient toujours éprouvantes pour l'un comme pour l'autre.
Mis à part Ron, aucun élève n'était au courant. Chez les professeurs, le directeur l'était, de même que la directrice de maison de Harry.
– C'est à quelle heure ?
– Retenue à quatorze heures.
– Ok et... tu veux qu'on soit là à huit heures ? se renseigna innocemment Ron.
– Pourquoi huit heures ? Il se passe quoi à huit heures ?
Lorsque son rouquin de meilleur ami le regarda de façon insistante, Harry se dit que quelque chose n'allait pas. Restait à savoir ce dont il s'agissait. Et puis il se souvint. Sa présence était fortement requise par Drago Malefoy s'il se décidait à accepter leur couple.
– J'avais oublié, gémit-il en se prenant la tête dans les mains. Pourquoi Merlin ne veut pas m'accorder un peu de bonheur ? Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter autant de haine ?
– Quelque chose de très grave si tu veux mon avis, décréta Ron en se servant généreusement de salade de pommes de terre.
– Merci Mr le génie. Tu pourrais me dire que tout va bien se passer ou compatir un peu !
– Chacun son tour et aucune compassion pendant les repas. C'est ma devise, sourit-il avant d'engouffrer dans sa bouche une grosse fourchetée.
– Tu es dépitant.
– Cha che dit 'as.
– Tu l'es quand même en plus d'être un porc. Je ne sais pas ce que Morag peut bien te trouver.
– Hé ! s'indigna Ron. Tu as dit que j'étais plutôt mignon.
– Oui. Si on omet ta façon de te tenir à table.
– La bave du crapaud n'atteint pas la blanche colombe.
– C'est qui le crapaud ? s'insurgea Harry avec un grand sourire.
Son voisin lui répondit en dévoilant toutes ses dents.
– Tu as de la patate entre les gencives. Je maintiens, tu es dépitant, Ronald Weasley.
– J'en prends bonne note, Potter. Alors ? Oui ou non ?
– Toi ? Debout pour huit heures un dimanche matin ?
Ron était connu chez les Poufsouffle pour dormir le plus possible pendant le week-end.
– Certes, je vais sacrifier ma grasse matinée dominicale mais c'est pour la bonne cause. S'ils te cherchent des noises, on sera là.
Touché par cette déclaration d'amitié, Harry hocha la tête. Ron se pencha vers Ernie assis à côté de lui, occupé à discuter avec Steven, et lui murmura quelque chose à l'oreille. Quelques secondes plus tard, toute la classe des Poufsouffle de Septième Année fit un signe de tête à Potter qui ne put que leur sourire.
À suivre
C'est officiel, cette fic fait 10 chapitres... je crois... si, c'est ça, 10 chapitres en tout donc plus que 8
