Sherlock's POV.
Sa bouche.
C'est la première chose que j'ai remarqué quand je l'ai vu s'avancer vers moi avec cette démarche gauche - mais ô combien désirable - qui avait le don inexplicable de rendre brûlantes mes veines d'ordinaire glacées. Cette bouche humide et profonde depuis laquelle s'échappait mon nom par bribes entrecoupées, ces lèvres rugueuses et gonflées par la ferveur des baisers qu'elle déposait sur ma nuque, mes joues, mes yeux ; tout dans cette bouche inspirait l'Amour et le Désir, me donnait envie d'exister.
Je n'avais jamais été attiré par qui que ce soit avant John. Oh bien sûr, il m'était arrivé de faire la connaissance d'hommes ou femmes que j'avais apprécié, ou même à qui j'avais tenu (inutile de rappeler qu'elles se comptaient sur les doigts de la main), mais tous au final n'avaient été que rencontres fugaces, sans intensité ni lendemain ; et aujourd'hui ma mémoire n'avait plus retenu d'eux que de vagues silhouettes effacées par le temps. Jamais personne auparavant ne m'avait délivré ce besoin vital de me mêler à une entité, de me fusionner à un Autre. Avais-je été faible en laissant John s'immiscer dans ma vie ? J'avais vécu tant d'années dans la solitude, l'engagement d'une relation stable me paraissait maintenant colossal.
Mes pensées et réflexions s'envolèrent bien vite quand je sentis les mains expertes de mon amant remonter vers mes cuisses pour atteindre l'objet de son désir. Mon dos se cambra de lui-même, avide de caresses, et mon souffle se perdit contre celui, chaud et doux, de l'homme qui m'avait sauvé, l'homme qui me faisait tourner la tête. J'avais la sensation que rien au monde n'aurait pu séparer nos corps à présent unis ; et sa langue sur la mienne, et sa peau nue tout contre moi, et sa voix enchanteresse qui m'embrumait l'esprit, tous ces éléments qui allumaient mon âme semblaient me promettre que non, aimer un Autre n'est pas une faiblesse, mais une preuve d'existence. La marque que l'on est bien en vie, et que rien, jamais plus, ne pourra désormais nous atteindre.
