A l'Orphelinat de Sainte Rosette
15 novembre 1914 France
Chère sœur Amélie,
Ton petit rejeton se porte bien. Le travail n'est pas trop difficile. Je suis une nouvelle recrue dans mon groupe et je ne veux pas me plaindre ou brailler comme le bébé que j'étais lorsqu'on m'a déposé devant l'orphelinat. Visiblement, je suis le plus jeune parmi le bataillon et on m'appelle « bleu » en me souriant tristement. Nous creusons, on ne fait que creuser. Creuser la terre. Amélie, je ne sais rien des potins du front à part que les Allemands ne sont pas loin devant nous à creuser eux aussi. Je ne les laisserai pas envahir à nouveau le pays et saccager Sainte Rosette. C'est pour cela que je me suis enrôlé. J'ai un peu peur mais je suis content de défendre quelque chose. Cela prouve que je suis vivant. J'ai souvent faim même si je ne manque de rien en apparence. Mon uniforme bleu me va à merveille et ne gratte pas trop. Il n'y a pas trop de boue. Le vent est agréable. Mais je me sens mal à l'aise même si je sais que ces combats ne dureront pas longtemps. Tout le monde le disait à Paris, d'après les officiers. Ce sera rapidement fini et je pourrais rentrer. Ne t'inquiètes ma petite Amélie, tu sais bien que je ferai tout pour ne pas te créer de soucis. Je ne jouerai pas les braves. Je serai prudent. Je ne fais que creuser. Installer des barbelés et refuser l'alcool ou la cigarette que me tendent mes voisins. Tu me manques, ma grande Amélie. Embrasse les autres enfants de l'orphelinat de ma part.
Ton petit singe turbulent
Lettre du soldat Gobrien-Coutrard acceptée par le bureau des postes. Vive la France !
