Je pense qu'il aurait été beaucoup plus simple de comprendre une hypothèse scientifique à ce moment, plutôt que de tenter de comprendre les réactions de chacun. Tout était chamboulé depuis cette pseudo fin du monde. Les gens ne réagissaient plus de la même façon qu'avant, et c'était déroutant pour beaucoup avant tout ça, Emily m'aurait pris dans ses bras, aurait cherché à me réconforter. Et puis nous serions parties faire les magasins toutes les deux, bras dessus bras dessous. Daryl serait resté avec moi, se serait excusé même si ce genre de mots lui brûlait la gorge. Il m'aurait embrassé, et puis nous serions partis à l'hôpital. Mais pas là. Surtout pas, alors que personne n'était au courant de notre relation. En fait, Daryl et moi étions ensembles depuis des années mais nous avions toujours caché notre relation aux yeux des autres, surtout aux yeux de son frère. Emily était au courant, cependant. Il avait été difficile de lui cacher quoi que ce soit… avant. Alors elle nous avait servit de bouclier, d'excuse aussi auprès de Merle quand nous voulions nous voir un soir, Daryl et moi.

La seule présence de Glenn à ce moment là me ramena à la réalité. Je n'avais pas fais attention à sa main, toujours agrippée à la mienne. Son regard était indescriptible, et sincèrement je pense qu'il avait compris à ce moment là qui était Daryl pour moi, et réciproquement ce que j'étais pour lui. La pression relâcha, et le jeune asiatique serra la mâchoire. Et alors seulement, il se retira. J'étais restée seule quelques temps dans cette même pièce sombre, ne sachant réellement pas quoi faire. Je ne me voyais pas revenir dans la pièce commune, un sourire aux lèvres. Je ne pouvais pas faire comme si rien ne s'était passé. Alors je me précipitais au dehors, dans la cour de la prison. Le soleil me brûla intensément les yeux et c'est armé d'une main en visière que je m'aventurais au dehors. L'air était étouffant. Au loin, une horde de zombies s'avançait vers la grille qui les séparait de moi. Affamés jusqu'aux os, ils grognaient et se bousculaient pour mieux m'apercevoir, gros tas de viande que j'étais à leur yeux. Sans même prendre le temps de réfléchir, j'ouvris la grille d'un grand coup sec. Le bruit métallique résonna en écho comme un son lugubre qui annonce une mort inévitable au condamné à la chaise électrique. A mes yeux, il était logique de vouloir en finir. Et c'est lorsque les regards de ces êtres se posa sur moi que je me demandais pourquoi je ne l'avais pas fais plus tôt. J'avançais alors lentement, telle une des leur. Alors qu'ils pressaient le pas, je fermais les yeux, prête à encaisser une quelconque morsure ou griffure. Puis un coup fendit l'air. Je les rouvris lentement, apeurée de ce que je pourrais voir. Une silhouette sombre me faisait face, suspendue dans son mouvement de sabre. Son regard était immensément profond, dénoué toutefois d'émotion. Je déglutit avec peine, et lorsque je refermais mes paupières, la femme me saisit par l'épaule, et me tira à l'intérieur de la cour de la prison. Elle paraissait essoufflée, et perdue.

Lâche moi, je n'ai pas besoin de toi !

Ma voix sonnait faux. Elle m'avait sauvé la vie quand je voulais plus que tout en finir. Il était logique à mes yeux que je ne la remercie pas. Et comme la fille influençable que j'étais depuis ma naissance, je repris.

Une fille de ton niveau ne devrait même pas me toucher. Retourne d'où tu viens et surtout ne t'avise pas de recommencer.

Le regard étonné, mais toujours figé dans une sorte de seconde dimension, la jeune femme ne me répondit pas. Elle respirait très fort, et c'est le seul signe de mécontentement qu'elle montra cette fois-ci. Il y eu du mouvement dernière nous, provenant de la prison. La jeune femme me saisit le bras, et me coinça son sabre sous la gorge. J'aperçu Rick, Daryl et Emily entre autres. Le reste paraissait flou à mes yeux. J'agrippais son avant bras, tentant de lui lacérer les chaires de mes ongles. Moi qui pensais en finir deux minutes avant, mais voir ma sœur et Daryl m'avait complètement requinqué. Je désirais plus que tout les serrer dans mes bras et leur dire combien je les aimais. Je lui labourais la peau tant bien que mal elle ne réagissait pas. Son regard était braqué vers ma famille qui accourait, l'arme fixée vers nous.

Lâche la maintenant ! Tu entends ce que je te dis ? Maintenant !

La voix de Daryl m'avait radoucie. Le fait qu'il prenne la parole le premier me prouvait à quel point il tenait à moi. Et je n'avais rien à craindre de cette inconnue. Rick avait posé les yeux un instant sur Daryl. Il avait l'air de réfléchir. D'un geste de la main, il intima le jeune homme à se calmer, et à le laisser gérer la situation. Mes yeux, pourtant brouillés de larmes, pouvaient voir au loin les silhouettes inquiètes d'Hershel ainsi que de sa petite, puis plus en avant, Carol. Je devais gérer mon ânerie, et revenir vivante pour eux.

Est-ce qu'on peut parler ? Baisser nos armes comme des gens civilisés ?

Rick sur son grand destrier, tel que je le connaissais. Parler, parler. Toujours le dialogue. Pas de violence. Je déglutis alors quand je sentis la lame chauffée par le sang se blottir contre ma gorge. Et, lentement, elle m'intima de la suivre à reculons. Contre mon grès je l'imitais, mais mes yeux ne quittaient pas ma sœur. Ma douce Emily.

Tournez-vous. TOURNEZ-VOUS.

Lentement, tous trois se retournaient, Daryl plus difficilement que les deux autres. Je jetais alors un œil vers la prison : les autres étaient rentrés. Puis, m'agrippant la main, elle m'intima de courir. Je me mis donc à la suivre, trébuchant quelques fois. Après dix bonnes minutes qui me parurent une éternité, nous sommes arrivées à une petite cabane en bois, surement bâtie autrefois par les prisonniers. Elle s'y engouffra la première, dégagea un zombie déjà mort. Puis, alors qu'elle posait son sabre au sol, elle se tourna vers moi.

J'ai juste besoin qu'on m'écoute.