Confiance dominante

Disclaimer: Remercions les deux créatrices ainsi que les studio MAPPA pour cet anime du paradis, mes enfants.

Genre: Romance, amitié, vie de couple, discussion de sexe théorique et pratique, léger BDSM mais surtout, beaucoup de fluff.

Rating: M (T pour ce chapitre, oui encore 8'D)

Personnages/Couple: Viktor x Yuuri (Viktuuri)

Résumé: Viktor et Yuuri sont fiancés, installés ensemble et vivent leur petite vie de couple en parallèle de leur vie de patineur et d'entraineur à la perfection. Mais Viktor a envie d'explorer de nouvelles choses chez son adorable amant.

Note: Petit cadeau de fin d'année ~

On commence les choses sérieuses. Je vous avoue que j'ai peur d'avoir été un peu out of caracters dés que ça commençait à chauffer. J'espère que les choses ne sont pas allées trop vite, je ne voulais vraiment pas que ça donne l'impression d'un revirement de situation direct. Je ne sais pas pourquoi j'ai voulu m'embarquer dans une histoire avec un thème aussi explicite, mais bon, autant continuer. N'hésitez pas à me laisser des commentaires :)


Une semaine après la discussion qu'il avait eue avec Christophe, Viktor se sentait prêt.

Bien sûr, il aurait pu tenter directement après être rentré de leur beuverie d'appliquer directement la théorie à la pratique. Mais d'une part, il avait trouvé un sushi grandeur nature enroulé dans une couverture, endormi dans leur lit -entrant dans son top 10 personnel des choses les plus mignonnes qu'il a pu voir-. D'autre part, il s'était rendu compte qu'on ne proposait pas un virement de situation comme ça à son partenaire sans s'être un minimum renseigné et préparé. Entre deux séances d'entrainement et de ménage, il avait donc pris le temps de se renseigner.

Ce fut fastidieux, car le champion russe eut du mal à trouver ce qui correspondait exactement à ce qu'il avait en tête. Il ne voulait pas totalement être soumis, parce qu'il n'aimait pas les relations de pouvoir que ça instaurait, même temporairement. Actuellement, même si c'était lui qui avait les commandes de tout, il s'assurait toujours que Yuuri ait son mot à dire, quitte à être parfois un peu lourd à chaque étape, mais il ne voulait pas tout décider de lui-même. Il aimait cette réciprocité qui faisait la dynamique de leurs ébats.

Et donc, pour que les choses se passent au mieux, Viktor avait pensé s'adresser directement à la communauté.

Au bout de vingt sites spécialisés consultés, trois forums sur lesquels il s'était inscrit pour poser ses questions et une dizaine de sites érotiques visités, il avait finit par baisser les bras. Qui aurait cru que l'univers de la domination soit si varié, et surtout qu'il existe une domination "soft", avec peu de sévices charnelles et ne faisant appel à aucun accessoire. Bien loin des clichés du latex et des fouets, le médaillé d'or s'était rendu compte que tout le monde pouvait en fait pratiquer, à des échelles de restrictions différentes, et que rien n'empêchait d'évoluer par la suite. C'était au moins encourageant dans ce sens.

Il avait donc décidé de passer le cap après avoir bien intégré les conseils.

Ce soir-là était parfait pour passer à l'action.

C'était samedi, donc le milieu du week-end de repos qu'ils s'accordaient toutes les deux semaines. Ils étaient suffisamment reposés de leur semaine d'entrainement et il restait le dimanche pour se remettre de la soirée que le russe avait prévue. La journée s'était merveilleusement bien passée, et Yuuri avait laissé sous-entendre que cette nuit, il ne serait pas contre une petite galipette sous la couette, comme il aimait le dire. Toutes les conditions étaient donc réunies pour que ça se passe bien. Presque toutes.

Alors qu'il préparait le dîner -c'était son tour-, l'homme aux cheveux argentés jeta un coup d'oeil à son fiancé qui scrollait paresseusement son fil d'actualité Instagram sur leur canapé. Allongé sur le ventre, en simple survêtement, qu'il avait d'ailleurs porté toute la journée, mais Viktor ne pouvait s'empêcher de le reluquer quand même. Le vêtement était le moins gracieux du monde, et il trouvait pourtant terriblement aguichant la manière dont il tombait sur les fesses offertes à sa vue. N'importe qui l'aurait traité de gaga pour être à ce point à fond sur son fiancé, mais il n'y pouvait rien. Il était parfait, peu importe les circonstances.

Laissant de côté ses pensées sur ce qu'il aimerait faire à Yuuri dans cette position, il l'appela pour se mettre à table.

"Mhh, ça à l'air réussit cette fois!" S'enthousiasma le Japonais en s'installant devant son assiette.

"Gnocchi au boeuf et à la vodka!" Annonça gaiement le cuisinier en posant le plat sur la table puis s'installant à son tour.

"Vodka? " Le regard noisette se fit soudain plisser derrière ses lunettes.

"Ne t'inquiète pas. Il n'y en a pas assez pour te saouler, au pire ça te rendra légèrement pompette, mais ça m'étonnerait. C'était juste pour donner du goût."

"Je suis curieux de voir ça."

L'asiatique goûta donc son plat dans la plus grande confiance. Effectivement, il ne sentait pas trop le goût de l'alcool, mais plutôt une étrange saveur qui relevait celui du boeuf et des féculents. C'était spécial, par forcément désagréable. Même si selon lui, ça manquait d'un certain raffinement et tenait bien au ventre, mais étant donné qu'il aimait des lamelles de porc sur du riz et de l'omelette, il pouvait difficilement critiquer. Son coach autoproclamé le rejoignit vite dans sa dégustation, satisfait de le voir apprécier sa cuisine.

"Tu vois, on ne sent rien. Après ce n'est pas de la grande cuisine, mais je n'ai jamais vraiment cuisiné avant qu'on soit ensemble."

"Je comprends bien. Moi je sais uniquement parce que j'ai participé un peu à tenir l'auberge avant. Je connais les basiques."

"Mais c'est déjà tellement bon!" S'émerveilla Viktor avec des étoiles dans les yeux.

"N'exagérons rien..."

Comme à chaque fois qu'il recevait un compliment, Yuuri baissa les yeux en rougissant légèrement et détourna la tête. C'était intrigant de voir qu'il avait gardé cette habitude après des années sous les projecteurs à avoir fait partie des meilleurs, et donc essuyé toutes sortes de louanges. Toujours ce manque de confiance en lui qui devait lui faire penser que, quelque part, il ne méritait pas tant d'éloges et que ceux qui lui en faisaient n'étaient pas sincères ou exagéraient les choses pour lui faire plaisir. En l'occurrence, il devait sûrement penser que Viktor était trop aveuglé par ses sentiments pour être objectif.

Bon, il n'aurait pas totalement tort sur ce point...

"Je suis sérieux." Se contenta de dire son voisin de table, d'un ton sans équivoque.

Le champion mondial savait bien à quel point son fiancé se dédouanait de tout compliment. Mais ce soir, il allait peut être trouver un moyen de remédier à cette modestie maladive et enfin donner un peu plus confiance à son fiancé. Et justement, maintenant qu'ils étaient dans une bonne ambiance, il estimait que c'était le moment idéal pour aborder le sujet qui fâche et tenter de le convaincre de s'engager dans cette route. Le tout était de bien lui présenter la chose... Ou juste essayer d'anticiper ses arguments.

"Sinon Yuuri..." Se décida-t-il à dire "Ce soir, on a prévu..."

"Oui oui!" Le coupa le concerné encore plus rouge, prévoyant déjà la suite. "Juste laisse-moi le temps, comme d'habitude, que je me prépare dans la salle de bain et tout..."

"En fait, je voulais te proposer quelque chose de nouveau."

"Ah? Mais quoi? Enfin je... Ce n'est pas la première fois que tu me dis qu'on va faire 'quelque chose de nouveau', mais tu me le dis pendant qu'on... enfin tu vois..."

Le japonais se sentit bafouiller au fur et à mesure de son explication, et se mit à triturer la nourriture dans son assiette pour venger son stress, même s'il savait que c'était extrêmement impoli de faire ça. Même entre eux. Heureusement que sa mère ne le voyait pas. Non, il ne devait pas penser à sa mère au milieu d'une conversation pareille. Il allait se sentir encore plus mal... Trop tard. Des fois, il détestait son esprit qui divaguait trop. Heureusement que Viktor vint rapidement à son secours en précisant sa pensée -et interrompant donc les siennes-:

"C'est parce que cette fois, c'est assez spécial. J'ai envie... J'ai envie de te laisser faire les choses."

"Me laisser faire les choses? J'ai du mal à comprendre. Des fois, je fais des... choses, non?"

Effectivement, il arrivait que Yuuri trouve parfois assez de courage pour laisser les mains de Viktor guider les siennes pour le caresser. Dans ces moments-là, le plus âgé se sentait d'ailleurs euphorique, mais ça n'allait pas beaucoup plus loin qu'un plaisir partagé. Comment dire à son Japonais encore assez farouche ce qu'il avait en tête sans être trop cru tout en restant explicite? C'était tout un casse-tête, et le pire, c'est qu'il savait que ça ne venait pas de la timidité de son compagnon, mais de la difficulté du sujet en général.

Quand on ne connaissait pas l'univers de la domination, à moins d'être ouvert d'esprit, c'était dur de recevoir de la part de son amoureux son désir de jouer au gendarme et au voleur, version adulte. Pas qu'il avait préparé des menottes d'ailleurs, mais quand même... Enfin, la question n'était pas là. Il devait plutôt trouver un moyen de lui dire pour qu'il comprenne. Vu que c'était mal parti en tentant une voie détournée, autant qu'il y aille directement. C'est ce que lui avait dit Chris après tout. Et même s'il était parfois un peu tordu, son ami avait toujours été de bon conseil.

N'y tenant plus et posant sa fourchette pour prendre une grande inspiration, Viktor planta son regard azuré dans les noisettes de Yuuri et déclara:

"Yuuri, je veux que tu me domines ce soir!"

Un recrachement. Une toux. Des yeux écarquillés. Et un "Nani!?" lancé d'un ton outré. Et quand son protégé japonais repassait dans sa langue natale, ce n'était généralement pas bon signe. Avec une étrange sensation de déjà vu, le russe réfléchit à une manière de se reprendre, cette fois-ci en y mettant les formes. Parce que vu comment c'était lancé, non seulement il pourrait faire une croix sur son envie, mais sur leur câlin du soir tout court. On l'avait pourtant prévenu sur les sites qu'il avait visité que ça passerait ou ça casserait de proposer ça de but en blanc. Soit le partenaire serait enjoué, soit ça ruinerait le désir.

Inutile de dire dans quelle catégorie il se trouvait.

"Attend Yuuri. Pas comme tu l'imagines! En fait, je voudrais que tu sois un peu entreprenant, tu sais. C'est toujours moi qui te mets sur le lit, qui te touche et tout... "

"Et ça ne te conviens pas, c'est ça?" S'enquit le brun, avec une expression angoissée. Cette maudite confiance en soi...

"Si, absolument Yuuri! Je t'assure que notre relation me convient parfaitement."

"Alors pourquoi tu veux... changer? C'est bien qu'il y a quelque chose qui ne te plaît pas sinon tu me demanderais pas ça. Je sais que je ne suis pas entreprenant comme tu le voudrais! Je sais qu'avant moi, tu as dû connaître des tonnes de gens bien plus doués qui ont dû satisfaire tous tes désirs mais... mais je fais de mon mieux! Je n'y peux rien si je... si ça ne m'intéresse pas, si je ne suis pas assez...bon..."

"Yuuri, mon chéri!"

Le voyant clairement affecté par cette déclaration, Viktor décida de se lever de table n'avait plus faim de toute façon- et d'aller rejoindre Yuuri pour l'enlacer. À force de vivre ses crises d'angoisse, il avait appris à les reconnaître et à les gérer. Cela lui avait coûté du temps et un retour de bâton assez violent à cause de ses maladresses, mais à force de patience, il savait quoi faire et quoi dire pour réconforter son protégé et le sortir de la spirale psychique dans laquelle il était aspiré. Gentiment, il se pencha et l'enlaça, collant son visage contre son torse, proche de son coeur afin qu'il entende son coeur.

La consigne était toujours la même; ferme les yeux, concentres-toi sur le rythme, oublie le reste, respire profondément.

Une fois calmé, le patineur russe reprit plus doucement en lui caressant les cheveux.

"Yuuri, je ne mens pas quand je te dis que je suis très heureux avec toi. J'aime ce qu'on fait, et j'aime quand on ne le fait pas d'ailleurs. Les autres sont les autres, et toi, tu es toi. Toi, tu es avec moi, maintenant, et c'est ce qui compte. Ce n'est pas parce que j'ai un manque ou quoi que ce soit que je te propose ça. Tu me satisfais en étant simplement toi, je t'assure."

"Pourquoi alors?"

"Parce que justement, c'est toi qui me satisfais."

Le concerné releva la tête d'un air interrogatif, arrachant un sourire attendrit à son fiancé qui savait qu'il devait développer.

"Durant tout ce temps, j'ai appris à connaitre différentes facettes de toi, Yuuri. J'aime ce que tu es tel quel, mais je suis aussi terriblement attiré par ce que tu m'as montré dans d'autres circonstances: au banquet et surtout, ton programme court l'an passé."

"Éros?"

"Éros." Confirma l'argenté. "Ce toi m'attire terriblement, je n'y peux rien. J'aimerais que tu me le montres encore une fois, dans nos moments intimes. Que tu te montres possessif comme tu l'as fait. Que tu me réclames comme tien et que tu me séduis avec ta sensualité. Je veux voir ce Yuuri qui a achevé de faire chambouler mon coeur."

Comme pour imager sa demande, il attrapa la main de son adorable compagnon pour la relever jusqu'à son visage et embrassa délicatement les phalanges.

"J'aimerais que ça te soit aussi bénéfique, je voudrais juste te montrer que tu n'as pas à avoir honte de ce que tu es avec moi. Mais si tu veux pas, ce n'est pas grave, parce que je t'aime comme tu es. Avec tes préférences et tes envies, tu restes le plus formidable de mes amants. Et le seul amour de ma vie."

Il eut pour toute réponse un visage qui vint se caler entièrement dans sa poitrine et quelque chose de japonais marmonné qui se révélait incompréhensible. Il put néanmoins deviner aux oreilles rouges qui dépassaient de la tignasse brune qu'il venait de dire quelque chose d'extrêmement embarrassant. Malgré lui, il en rit, parce qu'il adorait la réaction de son compagnon Dès qu'il était gêné. Par compassion, il lui caressa de nouveau les cheveux, content d'avoir pu réparer sa bourde. Peut-être que leur soirée ne tombait pas à l'eau au final.

Après quelques secondes, ils se détachèrent puis Yuuri déclara;

"Je... Je veux bien essayer. Mais il faudra que tu me guides et que tu me dises ce que tu veux concrètement pour que je fasse de mon mieux."

Viktor se sentait à deux doigts de sauter, et de joie, et sur Yuuri, mais il se retint, ne voulant pas l'incommoder encore plus alors qu'il était au bord de l'implosion. Plutôt, il lui lança un dernier sourire puis ils purent finir leur repas tranquillement, décidant d'un accord tacite de ne revenir sur le sujet qu'une fois le moment venue. Ils laissèrent intentionnellement un moment passer pour faire redescendre la tension après avoir débarrassé, pendant lequel Viktor regarda la télévision et Yuuri fit pensivement la vaisselle. Après la dernière sortie pour Makkachin, l'heure fatidique se rapprocha quand ce fut au Japonais d'aller prendre sa douche.

Encore dénudé avec simplement sa serviette sur les hanches, il se fixa dans le miroir, incertain du devenir de la chose.

Et si jamais il échouait?

Et s'il ne se montrait pas à la hauteur de ce qu'attendait Viktor?

Et s'il faisait quelque chose d'idiot qui ruinerait totalement l'ambiance?

Surtout qu'il ne s'imaginait pas trente secondes prendre le dessus sur son amant. Viktor était tellement expérimenté et sûr de lui pendant leurs ébats, toujours le guider et les conduire tous les deux au plaisir, que c'était dur de penser qu'il se complairait dans une position plus passive. Yuuri ne comprenait pas ce qui avait pu lui traverser l'esprit pour penser que le laisser faire serait mieux. Il comprenait plus ou moins ce qu'il voulait dire en parlant de son Éros, mais une performance pendant du patinage artistique n'était pas vraiment une performance sexuelle.

Pourtant le russe s'attendait visiblement à ce qu'il agisse plus ou moins de la même manière que pendant son programme court. Sauf qu'il oubliait que sur la glace, le patineur s'oubliait lui-même pour se laisser transporter par la musique et le glissement des patins. À partir de là, dans ses bons jours, son corps suivait le rythme et il pouvait offrir cet autre lui. Mais dans un cadre aussi intime, où il n'y avait ni glace, ni patin, et où il n'avait jamais autant conscience de lui que dans le regard de son partenaire, c'était beaucoup plus dur de se laisser aller.

Autant il faisait totalement confiance à son coach pour tout ce qui concernait le patinage, autant il était un peu plus sceptique dès que ça quittait ce cadre précis.

Enfin, ce n'est pas en remuant ça dans son coin qu'il ferait avancer les choses.

Ne sachant comment s'habiller, il avait décidé de garder sa tenue de nuit habituelle composée d'un t-shirt marine et d'un pantalon en coton gris à élastique assez confortable. En y repensant, il n'avait jamais porté de tenue "sexy", mais Viktor ne lui avait jamais fait de remarque là-dessus. Il rangea le désordre fait dans la salle de bain et la baignoire qu'il avait encore le réflexe de vider. Il pensa néanmoins à peigner ses cheveux au minimum et remettre ses lunettes avant de prendre une grande inspiration pour se donner du courage et se diriger vers la chambre à coucher.

Son fiancé l'y attendait, habillé également au plus simple, en train de consulter son téléphone en attendant.

C'est en sentant l'énorme soulagement en lui que le jeune homme asiatique se rendit compte qu'il s'était presque attendu à voir le russe allongé dans une position lascive sur leur lit en tenue de cuir, des menottes entre les dents et leur chambre transformée comme par magie en donjon sordide. Parfois, il maudissait un peu trop son imagination et les quelques pornos sur lesquels il avait pu tomber plus jeune. Le voyant rentrer dans leur chambre, l'expression de Viktor s'illumina et il laissa son téléphone de côté pour le rejoindre.

"Ah, Yuuri! Tu viens?"

"Mmh... oui..."

Le plus jeune s'installa au bord du lit, à côté du plus vieux et préféra baisser la tête en regardant ses mains serrées entre ses deux cuisses. Un silence extrêmement embarrassant tomba entre le couple, aucun des deux n'osant prendre la parole. C'est à ce moment que celui aux cheveux clair se rendit compte que la situation ne serait pas si facile à débloquer que ça. Pas tant que la timidité de Yuuri continuerait à s'ériger comme une barrière infranchissable autour de son manque de confiance en soi. Il ne pouvait pas s'attendre à ce qu'il le plaque simplement sur le lit et commence les festivités quand son partenaire a toujours eu l'habitude de se laisser faire.

Lâchant un soupire pour la forme, Viktor s'engagea sur ce terrain miné.

"Yuuri, je te sens tendu. Si tu ne veux vraiment pas le faire..."

"N... Non! Je t'assure, je veux... Je veux au moins essayer, ne serait-ce que pour voir si j'en suis capable mais... mais je ne sais pas comment commencer."

Le noiraud osa tourner son regard noisette vers l'argenter avant de le baisser immédiatement, signe de confusion. Bon, cette tentative serait un test pour voir s'ils pouvaient vraiment s'engager dans cette voie, et s'ils échouaient et que ça se passait mal, Viktor savait qu'il pourrait faire une croix dessus. Il avait donc intérêt à ce que ça se passe bien. Heureusement que la tension et ce genre d'enjeu ne provoquaient pas d'angoisse en lui. Plutôt, il le prit comme un défi et se sentit d'autant plus motivé à passer un bon moment. Réussir à faire immerger cette part de Yuuri qu'il désirait voir. Il était prêt à tout pour ça.

Lentement, il posa sa main sur celle de Yuuri, puis l'autre vint lui caresser le visage pour le faire tourner vers lui.

"Ne t'inquiète pas. Comme pour le reste, on ira doucement. Je vais commencer et tu me suis, ça te va?"

"D'accord."

Satisfaites de cette réponse, les lèvres en forme de coeur vinrent rejoindre leurs homologues pour un baiser chaste. S'il était question de mettre son amant dans de bonnes dispositions pour la suite, il était confiant sur ses performances. Il avait appris avec tous ces moments intimes qu'est-ce que son protégé aimait, ce qu'il aimait moins, et ce qui l'amenait en extase. Il allait jouer dessus pour faire ressortir cette personnalité excitante et passer aux choses sérieuses. Décidément, Yuuri lui aura appris jusqu'au bout à donner de sa personne pour obtenir des faveurs en retour.

Ils s'embrassèrent, encore et encore, restant en surface tout en se cherchant mutuellement. Ayant naturellement fermé les yeux, Yuuri sentit la deuxième main de Viktor tenir ses joues, et il sut ce qui arrivait ensuite. Sa mâchoire se détendit afin de laisser passer la langue de Viktor à l'intérieur de sa bouche. Taquine, elle effleura ses dents avant de trouver sa jumelle qui n'attendait plus qu'elle pour commencer leur danse sensuelle. Un gémissement étouffé par le baiser les fit vibrer. Puis l'accès se renferma pour mieux s'ouvrir, et le bien-être commençant à l'envahir, le plus petit vint également envahir son partenaire pour redoubler l'échange.

Cela dura un petit moment pendant lesquels leurs mains étaient descendues le long de leur corps en s'explorant, restant néanmoins assez sages pour éviter les parties sensibles. Viktor savait que Yuuri détestait quand il allait directement dans le vif du sujet. Il préférait que les choses se fassent lentement, presque comme si le sexe n'était pas l'aboutissement de leurs caresses. Il remonta jusqu'aux épaules pour les frictionner tandis que le baiser s'intensifia, les lèvres et les langues mélangées, voulant se déguster l'une l'autre alors qu'une incontrôlable chaleur commençaient à s'emparer du japonais.

Il ne savait si c'était l'expérience, ou juste la forme en coeur de cette bouche si experte, mais les baisers de Viktor étaient toujours terriblement délectables.

Qu'il soit aussi léger qu'un effleurement ou vorace comme un affamé, le jeune homme se sentait fondre juste sous ce contact qu'il ne pouvait maitriser. En ce moment, il avait juste l'impression que sa bouche était dévorée, explorée, exploitée, comme la caverne d'un trésor dans laquelle son amant ne voulait rien laisser. Sa langue malmenée se faisait elle-même léchée et aspirée alors qu'il tentait de garder la bouche entrouverte pour résister à l'assaut. Une des mains vint soutenir sa tête qui se pencha en arrière tandis qu'il ouvrit plus largement l'accès afin de s'offrir un peu plus à l'appétit grandissant de l'argenté.

Ce dernier eut un sursaut de conscience en entendant le gémissement du noiraud et se détacha rapidement -et avec beaucoup de regret- de son en-cas.

Tous deux haletants, un léger filet de salive sur la commissure des lèvres, ils se regardèrent mutuellement, partagés et confus. Ils s'étaient laissés aller, visiblement, sous le bien-être de l'échange. Viktor, mue par une envie qu'il réfrénait depuis un certain temps déjà et Yuuri, habitué à ce que les choses se fassent de cette manière. Le sexe était peu fréquent entre eux, mais généralement très intense, le désir ayant le temps de monter pour exploser dans un point culminant qui valait largement le coup d'attendre. Mais en l'occurrence, à ce moment, ce n'était pas bon.

S'ils continuaient comme ça, ils feraient encore comme d'habitude, et même si c'était horriblement tentant de renverser son amant rougeoyant sur le lit pour lui faire langoureusement l'amour, le russe avait d'autres plans en tête. Il déposa un autre baiser sur les lèvres du japonais qui, par réflexes, les tendit pour chercher l'échange avec un petit sourire.

"Je croyais que tu avais dit doucement."

"Oh, mais c'était doucement ~ " Répondit son ainé avec un sourire taquin. "Si c'est déjà trop pour toi, je peux continuer sur ma lancée et on oublie l'idée."

"Je ne pense pas que ce soit dans tes plans."

"Effectivement, non..."

L'homme aux cheveux clairs vint murmurer cette dernière réponse contre son oreille avant de se pencher pour lui embrasser la chair de la nuque.

Encore une fois, le plus jeune ferma les yeux pour apprécier la sensation humide et chaude à cet endroit si sensible. La peau si fine recevait de plein fouet chaque toucher, des lèvres ou des dents, sur les nerfs. Cela lui envoya un délicieux frisson partout dans le corps. Les grandes mains de l'entraineur avaient glissé pour l'une sur son bras, l'autre dans son dos. Il l'entendit également inspirer profondément son odeur et expirer dans ce qui semblait être un soupire d'extase

Après avoir mordillé un moment cette zone, Viktor se détacha d'un air encore plus langui qu'après leur baiser.

L'une de ses mains descendit jusqu'au poignet qu'il saisit délicatement pour la porter à son visage. Yuuri crut qu'il allait défaillir à l'expression qu'il lui servit alors qu'il reposait sa joue dans sa main droite. Il ressemblait à un misérable qui n'avait jamais eu le moindre contact physique, le moindre amour, et le suppliait actuellement pour lui donner de l'affection. Juste un peu. Juste un tout petit peu. Ses yeux bleus brillaient d'un désespoir qui, bien sûr le rendit légèrement mal à l'aise, mais réveillait aussi quelque chose en lui. Un étrange sentiment juste à cause de ce que voulait lui transmettre son amant.

"Yuuri..." Commença Viktor, incertain. "Je veux..." Il déglutit, incapable de finir.

Ah. C'était ça.

Le fait qu'il soit celui que Viktor désirait.

Viktor qui actuellement se sentait dépassé par lui-même, alors qu'il essayait de garder contrôle de la situation. Il avait juste prévu de chauffer Yuuri comme il avait l'habitude de le faire au début de leurs ébats. L'embrasser, le choyer, le toucher et faire monter le désir. Il n'avait pas prévu que son propre désir, réfréné depuis un petit moment, monterait également en flèche, et bien plus vite que celui de son partenaire. Cela et le fait qu'il avait envie de voir Yuuri prendre le dessus rendait les choses douloureuses. Il avait de plus en plus de mal à attendre et se sentait acculé au point de l'implorer.

Encore confus, le japonais ne put que bredouiller quelques mots malgré tout. Il n'avait jamais vu celui qu'on appelait la Légende vivante dans un état pareil. Et quelque part, il ne pouvait s'empêcher de trouver cela satisfaisant. Son ainé était toujours celui qui s'amusait avec lui, le faisant tourner en bourrique en usant de ses charmes pour qu'il devienne une chose tremblante entre ses doigts. Bien sûr, Yuuri se complaisait dans cette position, cible de toutes les attentions de son amoureux. Mais il avait peur de découvrir ce que pouvait ressentir son amant dans ces moments.

Ses yeux marron se plissèrent dans un regard impitoyable.

"Viktor... C'est toi qui as dit que tu commencerais les choses, et on vient à peine de commencer..."

"Oh Yuuri." Lâcha le russe dans une voix qui mêlait l'impatience, la luxure et la frustration. Et la délectation.

Mais toujours aussi dévoué, le médaillé d'or relâcha le poignet si fin pour repartir à l'assaut des lèvres si délicieuses. Encore une fois, il ne leur laissa aucun répit, mais encore plus d'avidité au point de se laisser choir au cou de son amant qui du supporter à la fois son poids et son offensive. Maladroitement, ses doigts vinrent se perdre dans la tignasse si fine aux couleurs de l'acier, tentant comme il pouvait de calmer la hardiesse du mendiant. Celui-ci relâcha sa bouche avant qu'il n'en reste plus rien et glissa du lit pour atterrir au sol en tailleur, le haut de son corps reposant contre le matelas.

Le voyant ainsi de haut, Yuuri hésita un moment à lui demander s'il allait bien et à quoi il jouait.

Viktor se déplaça alors pour appuyer sa tête contre ses jambes, les emprisonnant dans son bras pour les serrer contre lui. Impossible de voir son expression faciale de ce point de vue, mais le japonais pouvait aisément deviner par sa respiration désordonnée et sa voix à peine maitrisée qu'il était à bout. C'était déroutant et un peu effrayant quelque part. Yuuri n'avait jamais vu son amant dans un état pareil; que se passerait-il s'il n'arrivait pas à bien gérer la situation? Même si le russe lui avait semblé savoir où il allait au départ, maintenant, il avait juste l'air aussi perdu que lui. Perdu dans son désir.

Son bras se détendit légèrement pour passer autour d'une seule jambe et glisser sa main sous les genoux afin de la soulever en face de lui.

"Qu'est-ce que tu fais?" Demanda le propriétaire de la jambe, légèrement paniqué.

"Elles m'ont toujours intrigué." Se contenta de répondre l'homme au sol d'une voix absente. "Tout ce que tu as déjà fait grâce à elles."

Sa main descendit jusqu'au mollet.

"Ton corps, ton patinage, ton être..."

Ses mots se perdirent dans un silence lourd, avalés par la fascination de l'homme. Arrivé à la cheville, il remonta alors en emportant le tissu avec lui pour découvrir la peau couleur pêche de l'Asiatique. Ses doigts effleurèrent l'épiderme imberbe dans leur course puis se bloquèrent une fois arrivé au genou. Les muscles se contractèrent par réflexe sous l'air extérieur et le toucher inhabituel, témoignant de la tension qui contaminait aussi celui resté sur le lit. Une fois l'ourlet assurant le maintien du pantalon, l'exploration reprit, de haut en bas et de bas en haut, du bout des phalanges. Un contact léger, et terriblement lourd de sens.

N'arrivant plus à supporter chaque décharge que lui envoyaient ces délices, Yuuri plia le genou de façon à s'en extraire dès qu'il sentit quelque chose d'humide contre sa chair.

Il put ainsi enfin voir le visage de son amant lorsque ce dernier se détacha pour le tourner vers lui, d'un air interrogatif et terriblement frustré. Pour autant, il ne parut pas mécontent, simplement dépossédé. Immédiatement, le Japonais sentit une vague de culpabilité monter en lui. Peut-être qu'il avait sur-réagi, mais son corps avait bougé tout seul, encore hypersensible à certains endroits. Et la première chose que Viktor lui avait dite quand ils avaient commencé sur ce terrain, c'est de dire immédiatement ce qui n'allait pas, ou lui faire savoir.

Malgré tout, il se sentait mal d'avoir arrêté les choses à peine commencées.

"Pardon, je... je n'ai pas l'habitude de..." Tenta de se justifier Yuuri.

"Tu n'as pas à t'excuser. Je suis peut-être allé trop loin."

"Non, pas du tout. C'est juste que... je ne pensais pas que tu aimais ça. J'ai été surpris." Il prit le temps de déglutir avant de reprendre, le visage cramoisi. "Et ça me fait étrange de te voir en dessous de moi."

"Tu n'aimes pas ça?"

Yuuri prit encore un instant pour réfléchir, regardant le corps de Viktor assis au sol qui s'agrippait désespérément à sa jambe comme s'il s'agissait d'une bouée de sauvetage. Est-ce qu'il n'aimait pas ça, réellement? Il serait un terrible menteur de dire que depuis le début de cet essai, il n'appréciait pas la tournure des choses. Bien sûr, c'était nouveau. Bien sûr, c'était déstabilisant. Mais c'était peut-être pour ça que c'était excitant. Plus que tout, il ne pouvait s'empêcher de sentir cette sensation de satisfaction à la vue du grand médaillé d'or qui l'avait tant servi de modèle ramper pratiquement à ses pieds.

Et en même temps, il culpabilisait d'apprécier une telle chose dégradante pour justement l'idole de son enfance, et c'était peut-être ce qui le faisait encore hésiter. Mais après tout, c'était Viktor qui lui avait proposé ce petit jeu. C'était Viktor qui l'avait initié. C'était Viktor qui semblait désormais le supplier de le continuer. Peut-être qu'inconsciemment, il le faisait languir parce qu'il aimait cette expression sur son visage. Il avait envie de voir plus. Une délicieuse curiosité prenait le pas sur ses inhibitions.

Le brun se mordit la lèvre puis enfin, reprit d'une voix plus basse.

"Non. Je n'aime pas ça, parce que tu le fais mal, Viktor." Il se pencha, transperçant de ses yeux noisettes le regard aux brumes glacées. "Il va falloir faire mieux pour que ça me plaise. Bien mieux."

Le russe eut une expression surprise à la réponse inattendue prononcée dans une voix qu'il n'avait, jusqu'alors, jamais entendue chez son amant. Une vois exigeante, sans hésitation, sans inhibition. Une voix qui appartenait à un conquérant entouré d'ennemi prêt à en découdre. Une voix qui appartiendrait à une femme adultère sur le point de choisir son amant de la nuit. Une voix qui pourrait appartenir à un méchant de comics face au justicier qui tentait inlassablement de l'attraper et faire cesser ses méfaits. Un voix qu'il voulait encore entendre lui murmurer des choses, jusqu'à l'orgasme.

Un fin sourire étira le coin de ses lèvres alors qu'il hôcha docilement la tête.

Qu'importe où cette décision les mènerait, il l'accepta avec un plaisir aveugle...