Dans l'edit du prologue que j'ai fait il y a un petit moment, je dis que cette fiction va sûrement être violente et vulgaire, et je le confirme ici.
Pour ceux qui suivent quelques une de mes autres fictions, je travaille en ce moment sur le prochain chapitre de Lily, j'en ai écrit deux tiers pour le moment, et je vais certainement avancer sur Trône aussi.
Ce chapitre est une mise en contexte, probablement pas le plus excitant qui soit, mais nécessaire pour la suite.
J'espère que ça vous plaira, et désolée pour la période d'absence !
1 - Backstories
–Vous êtes viré.
S'il y avait bien quelque chose qu'Oliver Wood avait cru ne jamais entendre entendre durant sa courte carrière, c'était bien celle-ci. Deux semaines auparavant, son supérieur faisait son éloge à l'ensemble du département. La semaine précédente, il était promu. Et aujourd'hui...
–Je vous demande pardon ?
–Vous êtes viré Wood. C'est bien dommage, je vous aimais bien, et vous aviez du potentiel, ah ça, je le nierais pas. Mais ce fiasco avec le jeune Weasley... Par tous les dieux Wood, comment c'est possible d'être aussi con ?
–Il... Il avait un détonateur dans la main... Et... Enfin c'est ridicule...
–Ce qui est ridicule Wood, c'est d'arrêter un Weasley. Vous auriez pu y laisser la vie, vous savez ? Enfin je comprends, vous savez, la fougue de la jeunesse, l'envie de bien faire, et un sens aigu de la justice... Je vous aurais bien dit que ça allait vous passer, mais le fait est que vous êtes viré, alors ça peut bien vous rester, pour ce que j'en ai à foutre...
Oliver Wood n'était qu'incrédulité. Ronald Weasley avait été relâché parce qu'il était... un Weasley ?
–Mais c'est de la corruption !
–Tout de suite les grands mots ! Je vous ferais dire que je ne reçois pas d'argent.
Était-il en train de rêver ? Il devait être en train de rêver pas vrai ? Tout ça n'avait aucun sens.
–Vous n'avez pas le droit... répondit-il, l'air de croire que son chef était en plein délire.
–J'ai tous les droits. C'est moi le chef, ici.
–Alors je vais vous poursuivre ! Ouais... Je vais vous poursuivre pour licenciement abusif... Vous n'avez aucun droit de me virer, et vous le savez très bien ! J'ai fait mon boulot comme j'étais supposé le faire... Qu'est-ce que vous attendiez de moi ?
Horace Slughorn, chef du département anti-terroriste de la police de Londres, soupira face à l'entêtement de son futur ex-subalterne.
–Ce que vous auriez du faire, Wood, c'est écouter Bones quand elle vous a dit qu'on ne pouvait rien pour Hogsmeade. C'est une ville de criminels, et ça l'a toujours été. Bordel Wood, a une époque c'était une prison ! Et ça l'a été jusqu'au jour où la couronne a décidé qu'il serait plus ambitieux encore de faire d'un pays grand comme un continent une prison, et a déplacé une grande partie des prisonniers anglais en Australie. Mais les gens de là-bas, c'est juste de la pourriture. Ils sont putrides, pourris je vous dis. Ça pue la merde là-bas, alors laissez-les dans leur merde enfin ! Vous pensez que je suis corrompu Wood ? Peut-être... Mais j'ai une épée de Damoclès constamment au-dessus de ma tête. Non, en fait, si elle était au-dessus de ma tête, alors Weasley serait toujours dans cette salle d'interrogatoire. Ils menacent mes filles, Wood. Mes filles bon dieu ! Alors allez-y... écoutez vos penchants suicidaires si ça vous fait plaisir, mais je ne laisserai pas mes filles se faire tuer à cause d'un petit con un peu trop impétueux ! Vous êtes viré ! Et me poursuivre ne changera rien, parce qu'il n'y a pas un seul gradé de la police ou de la justice de Londres qui ne fasse pas face au même dilemme que le mien !
Un cauchemar. Ça ne pouvait être qu'un cauchemar, parce que la seule chose qui l'avait jamais rendu heureux, son travail, était en train de lui être enlevé. Horace Slughorn soupira une deuxième fois, cette fois par compassion plutôt que par affliction.
–Je suppose que si vous travaillez une ou deux années à la circulation, vous sortirez du radar, et pourrez retravailler en tant qu'enquêteur. Mais pour le moment, je ne peux rien pour vous.
–Et ça vous dérange pas ? Ça vous dérange pas d'être tenu en laisse par ces gens ? Qui du maître ou du chien est le plus respectable ?
Le vieil homme observa sa montre l'air de penser qu'il avait mieux à faire, puis attrapa un crayon et son carnet de post-it. Il sembla écrire un nom puis un numéro avant de détacher du carnet le premier feuillet pour le donner à Oliver.
–Bien sûr, si vous êtes si attaché que ça au fait de finir par voir vos idéaux de justice écrasés par la pourriture d'Hogsmeade, voici le numéro de Marcus Flint, le chef de la police de cette ville. Et si vous pensez que Londres est corrompu, préparez-vous à voir ce à quoi ressemble la vraie corruption en entrant dans son bureau.
…
Étrangement, Hogsmeade était ce que l'on pouvait appeler une très jolie ville. Elle avait un cachet tout particulier, quelque chose qui lui donnait l'apparence d'une ville qui venait d'un autre monde, d'un autre univers. Un univers plus fantastique et fantaisiste. Comme si, tout au long de l'année, cette ville fêtait Noël. Bien sûr, Oliver Wood y avait bien vu les junkies qui jonchaient les rues, les transactions illégales se faisant au grand jour sans la moindre trace d'inquiétude sur les visages des dealers. Il avait bien entendu vu la devanture de ce bâtiment qui ne cachait pas une minute son état de maison close, alors même que la législation anglaise les avait bannies depuis bien longtemps. Il avait vu les vestes en jean sur lesquelles était brodé un écusson, identique d'un vêtement à l'autre, un serpent à la gueule grande ouverte. Très probablement le signe distinctif des membres d'un gang. Un gang qui n'était certainement pas le seul dans cette ville, quand on voyait l'état de cette dernière, derrière la jolie façade qu'elle affichait.
Oliver Wood n'avait pas de famille. Il était né fils unique d'une femme un peu pommée pour qui la contraception, une nuit, avait échoué. Le père, simple coup d'un soir, était parti cinq minutes après s'être vidé, et avait donc été complètement absent de la vie d'Oliver. Quand il avait demandé à sa mère quel genre d'homme était son père, elle lui avait toujours répondu des banalités : un homme bien, gentil, très occupé, et aussi intelligent, fort et beau que son fils l'était. Bien sûr, bien des années plus tard, une fois qu'elle fut morte, il réalisa quelque chose qui aurait pu le rendre triste s'il n'avait pas passé sa vie dans un état d'apathie constant. Sa mère n'avait absolument aucune idée de qui était son père, ce dernier n'étant rien d'autre qu'un homme parmi des dizaines. Elle lui avait juste fait miroiter l'image d'un père pour que jamais il n'ait l'impression d'être un accident.
Elle l'avait toujours aimé, sa mère. Elle avait arrêté de boire, de fumer et de se droguer pendant sa grossesse pour être sûr qu'il soit en bonne santé. Elle avait repris la cigarette après, mais jamais quand le petit était dans les parages, et il lui arrivait de boire parfois, mais jamais au point d'être une autre personne, jamais au point d'être capable de faire du mal à son fils. Elle n'avait jamais repris la drogue, avait commencé à être beaucoup plus sérieuse dans son travail de caissière jusqu'à être promue, tout ça pour pouvoir s'occuper de lui et en faire un homme bien qui n'irait pas un jour baiser une femme un peu pommée sans savoir qu'il était en train de l'engrosser. Elle avait réussi à économiser de quoi lui payer une éducation relativement pas mauvaise pendant treize années consécutives, avant qu'elle ne meure d'un cancer du pancréas diagnostiqué une fois qu'elle fut morte.
Oliver se débrouilla seul par la suite. Il n'y avait personne, pas de famille, pas d'amis pour s'occuper de lui, alors il s'occupa de lui-même seul. Il quitta l'école, trouva un travail dans un fast-food du coin qui lui rapportait à peine assez d'argent pour payer son loyer, ses factures, et de quoi vivre. Alors fatigué, un jour, il tomba dans la vente de drogues. Il approchait principalement les fils de bourges des lycées privés, gros consommateurs, bien qu'un peu trop lâches pour acheter la marchandise dans les quartiers difficiles, ce qui, en soit, pouvait aussi être vu comme de l'intelligence. De temps à autre, il lui arrivait de sortir de l'apathie pour donner libre cours à une colère sourde enfouie en lui depuis des années. Une colère qui avait grandie en haine après la mort de sa mère mais qui avait déjà existé bien avant, en la voyant se décarcasser pour son bien, et se heurter à obstacle sur obstacle, parce que c'est ainsi que la société fonctionne. Tout est facile pour les riches, mais rien ne l'est pour les pauvres.
On lui avait dit d'arrêter de taper sur les clients, que ça faisait une mauvaise pub à l'entreprise, de trouver un autre échappatoire. Il était entré dans le cercle de combats clandestins le plus violent de Londres. Ici, pas d'individus voulant se changer les idées après une journée de travail chiante à mourir, juste des tarés assoiffés de sang qui voulaient donner un peu de légitimité à leur folie. Il ne se rappelait que vaguement de son premier combat, l'adrénaline ayant rendu flou le souvenir de ce moment, mais il se rappelait avoir presque tué son adversaire, et personne ne lui avait dit d'arrêter de taper. S'il ne l'avait pas fait, il serait mort aujourd'hui. La morale qu'avait tenté de lui inculquer sa mère aurait dû lui indiquer que c'était mal, mais il avait aimé ça. Il en avait aimé chaque seconde. De l'instant où ses jointures étaient pour la première fois entrées en contact avec sa mâchoire à celui où il avait jeté le corps inconscient de la victime sur le parvis des urgences accompagné de deux types qu'il ne connaissait absolument pas.
Dealer, c'est accepter de ne plus jamais sortir de ce monde, et Oliver, à l'âge de dix-huit ans, s'était fait une raison. Après tout, il savait faire son travail, ne comptait pas trahir qui que ce soit ou se faire un peu d'argent de poche sur les bénéfices du patron. Il prenait ce qu'on lui donnait, et c'était assez pour s'éloigner des ennuis. Mais personne autour de lui n'était aveugle au fait qu'il n'avait absolument aucune envie d'être ici, et que sa seule motivation était l'argent qu'il y gagnait. Mais l'homme à la tête de ce trafic, Viktor Krum, avait fini par apprécier Oliver. Par l'apprécier beaucoup, peut-être même un peu trop, assez du moins pour avoir besoin d'une douche froide après chaque conversation en face-à-face qu'il avait eu avec le jeune homme, sans que Wood ne s'en soit douté une seule seconde.
La hasard faisant bien les choses, Oliver était un jour entré dans le bureau de Viktor Krum alors que celui-ci allait se faire tuer d'une balle dans la tête. Alors plus par envie de voir quel effet pouvait bien avoir le meurtre d'un homme sur son assassin que par compassion pour son patron, Oliver avait tué l'homme qui menaçait Krum à l'aide du neuf millimètres qui, pour une raison inconnue, traînait par terre. Pour le remercier, et peut-être aussi, bien qu'Oliver n'en comprit rien, pour s'attirer ses faveurs, Krum offrit à Oliver de payer son loyer, ses factures, ce dont il avait besoin pour vivre ainsi que ses études le temps que Wood se construise une vie stable, mais également de sortir du cartel sans représailles. Oliver, bien sûr, accepta, mais ne sut pas bien quoi répondre à Krum quand ce dernier lui demanda ce qu'il voulait faire de sa vie maintenant qu'il n'allait plus dealer. Alors il avait regardé le cadavre par terre et remarqué qu'il portait une veste de la police, et en haussant les épaules, répondu qu'il voulait entrer dans la police.
Entrer dans la police avait été pour lui une véritable bouffée d'air frais. Pour la première fois, il avait un but, une volonté. Pour la première fois, il n'était plus un spectateur passif de sa propre vie. Au contraire, il lui arrivait même d'être un acteur important de la vie des autres. Il avait, après vingt ans d'errance, fini par comprendre qui il était, et jamais n'aurait-il laissé quoi ou qui que ce soit lui enlever ce qu'il avait mis tant de temps à trouver. Il avait fini par comprendre qu'aider les autres le satisfaisait bien plus que les tabasser.
Sauf qu'il aurait dû deviner, trois ans plus tard, que cette courte période de bonheur ne durerait pas bien longtemps. Elles ne duraient jamais bien longtemps d'ailleurs. Alors Oliver Wood, qui n'avait pas de famille, pas d'attaches pour le retenir de faire quoi que ce soit où que ce soit, avait décidé qu'il allait faire payer à la pourriture d'Hogsmeade son erreur : lui avoir pris ce qu'il chérissait le plus au monde, son travail.
Il était passé devant le concierge de l'hôtel miteux dans lequel il avait passé la nuit le temps de trouver un appartement dans cette ville, un homme à l'esthétique capillaire des plus étranges, chauve sur le dessus, long sur les côtés, en train de caresser un chat empaillé avec amour, murmurant des choses qu'Oliver ne voulait entendre pour rien au monde à l'oreille de « Miss Teigne », et il était passé devant lui avec la ferme intention de mettre de l'ordre de cette ville.
Mais bien sûr, Marcus Flint n'était pas vraiment le genre d'homme qui laissait les autres pourrir sa journée avec leurs désillusions. Oliver Wood eut beau se parer de tout son charisme en entrant de le bureau du chef de la « police » d'Hogsmeade, il n'eut pour seule réponse que l'irrespect typiquement Hogsmeadien sorti de la bouche de Flint:
–Salut ma jolie... La maison close c'est de l'autre côté de la rue.
Il n'avait même pas levé les yeux sur lui une seule seconde, comme s'il n'admettait pas même son existence. Oliver fronça les sourcils, mais sentit quelque chose s'éprendre de lui. Quelque chose qu'il n'avait pas ressenti depuis qu'il était sorti de la rue pour entrer dans la police. Une bête qu'il avait refoulé en lui sans en prendre conscience, et que son badge avait eu pour effet de sceller. Son badge lui ayant été repris, Oliver sentait bien la haine se réveiller doucement à l'intérieur de lui. Les prémices d'une envie de faire couler le sang jusqu'à ce qu'on le supplie d'arrêter, jusqu'à ce que les supplications deviennent des hurlements.
Mais s'en prendre à Flint maintenant, assis les pieds sur son bureau en train de lire un magazine sportif, c'était prendre un risque inconsidéré. Après tout, Oliver n'était plus armé depuis qu'il s'était fait virer, alors que Flint, qui n'avait rien d'un policier, avait toujours son arme de service. Alors il se contenta de lui manquer de respect à son tour, juste retour du bâton.
–Je pense qu'on peut s'arranger... Tu prends combien ? Lâcha-t-il.
A ces mots, le yeux de Marcus Flint quittèrent son magazine, et il toisa le visage de son vis-à-vis, d'un air dur. Puis, sans prévenir, il explosa de rire.
–T'as la langue bien pendue pour une petite pisseuse... Tu sais... C'était déjà con d'embarquer Weasley, mais je me demande sérieusement s'il te manque pas une sacrée case pour ramener ton petit cul de londonien dans cette ville. Laisse-moi deviner... Tu veux « mettre de l'ordre », c'est ça ?
Oliver haussa un sourcil, comme pour le mettre au défi de continuer son petit discours. Mais il ne tarderait pas à comprendre que rien n'intimidait Marcus Flint.
–Mais laisse-moi t'expliquer un truc...
Il regarda un bout de papier sur son bureau pour se rappeler du nom de son interlocuteur avant de continuer.
–...Mood. J'ai pas envie de maintenir l'ordre dans cette putain de ville. Pas seulement parce que c'est impossible, non... C'est juste que c'est confortable. S'il y a un problème, c'est pas le mien tant qu'on me paie pas... On me laisse tranquille, et en règle générale, on me craint. Donc je résume, histoire que tu comprennes bien... Tu sers à rien. Alors soit tu rentres chez toi, soit tu restes ici et tu vas bosser en face, parce qu'en ce moment, t'as pas plus d'utilité qu'une pute, et je t'avouerais que là tout de suite, j'ai pas très envie de me faire sucer.
Marcus reporta son attention sur son magazine alors que Wood demeurait silencieux, essayant au mieux de contenir ses envies de meurtre.
–Mais tu sais quoi, ma jolie ? Reprit-il cependant. Rien ne t'empêche de jouer au flic si t'en as envie. T'as quand même un peu de chance quand on y pense, s'il y a une ville où c'est plutôt simple de se procurer une arme, c'est bien Hogsmeade. Et vu que tout fonctionne de travers ici, le mieux à faire pour avoir l'air d'avoir un badge, c'est de ne pas en avoir. Tu vas crever au bout de deux jours d'une balle dans l'œil gauche, et tu pourras même pas te vanter d'être mort en héros, parce que tout le monde ici en a rien à foutre de ton existence. Fais ce que tu veux mon ange, mais je pense que tu serais quand plus en sécurité à te faire baiser de l'autre côté de la rue...
Il fit une pause en fronçant les sourcils, comme s'il réalisait quelque chose.
–Enfin si tu te protèges, parce que sinon, je te donne pas trois jours avant que tu chopes un truc.
En y pensant bien, l'idée même de rencontrer Marcus Flint dès son premier jour à Hogsmeade n'était pas forcément bonne, même en ne sachant pas quel genre de personne il était. Il aurait eu plus à gagner à comprendre le fonctionnement de cette ville avant d'essayer de parlementer avec un type qui prenait apparemment un malin plaisir à l'imaginer entouré de chibres. Il lui fallait quelque chose. Un moyen de pression peut-être. Des explications. Il lui fallait quelque chose pour que Flint arrête de le prendre de haut, se mette à l'écouter, et se décide à se bouger un peu.
–Qu'on soit bien clair Flint, dit-il en se retournant pour se diriger vers la sortie, je suis pas près de partir de cette ville, donc attends-toi à me revoir.
Il entendit un ricanement derrière lui.
–J'espère bien ma jolie, c'est pas parce qu'aujourd'hui j'en ai pas envie que ça t'empêche de me sucer n'importe quel autre jour...
...
–Bonjour.
Oliver sursauta à l'entente de la voix fluette qui l'accueillit à la sortie du poste de police. Elle avait de longs cheveux blonds et de grands yeux bleus rêveurs, et elle ne sembla pas avoir remarqué qu'elle lui avait fait peur. Au lieu de ça, elle tendit un tract aux teintes roses pales qui l'invitait à se rendre dans un établissement portant l'étrange nom de « Lupanar ». Sûrement du français. Elle ne remarqua pas son regard interrogateur, mais répondit tout de même à la question qu'il se posait, sans trop bien savoir qu'il se la posait.
–Dita est la préférée de la clientèle, mais les jumelles Padma et Parvati sont aussi très populaires. Il y en a pour tous les goûts.
Elle le toisa pendant trois secondes, restant silencieuse, comme analysant tout ce qui pouvait bien faire sa personne, avant de reprendre.
–Justin est quant à lui très populaire auprès d'une autre clientèle dont les goûts diffèrent.
Sans aucun doute la maison close en face de laquelle il se trouvait. Il ne comprit pas pourquoi elle avait pris le temps de lui indiquer qu'il n'y avait pas que des femmes à s'y prostituer, mais il ne s'épancha pas plus sur la question.
–T'as quel âge ? Demanda-t-il.
Elle avait l'air bien trop jeune pour travailler dans une maison close. Vraiment trop jeune.
–Seize ans, répondit-elle.
Puis elle sembla comprendre la raison de son trouble, et eut un rire fluet.
–Je ne fais que distribuer les tracts, dit-elle. Mrs Malfoy me garde strictement en dehors des chambres. Pourquoi êtes-vous dans cette ville, Mr Wood ? Demanda-t-elle sans transition.
Il sursauta à l'entente de son nom. Comment diable pouvait-elle bien le connaître ? Encore une fois, elle sembla voir sa confusion, et répondit à sa question.
–Personne n'arrive dans cette ville sans être remarqué. Comme vous êtes un ancien policier, toutes les grandes figures d'Hogsmeade connaissent déjà votre nom, et Mrs Malfoy a jugé bon de m'envoyer vers vous pour faire la promotion de son établissement. C'est un très bon établissement. Les règles d'hygiènes sont très strictes, et les cas de transmission de maladies vénériennes sont très rares. Les draps sont changés tous les jours, et le rapport qualité prix est très bon. Je m'appelle Luna Lovegood.
Elle avait l'art et la manière de changer de sujet en un quart de secondes sans que ça ne fasse le moindre sens.
–Êtes-vous ici parce que Terence Higgs a été assassiné ? Personnellement, je pense que vous êtes ici parce que le lycée a explosé, mais Hannah dit que vous êtes sûrement ici parce que vous avez fait partie du cartel de drogue de Krum et que la violence vous manque.
Bordel de merde. Comment une gamine qui distribuait des tracts sur lesquels apparaissaient les prix des prestations d'un nombre ahurissant de putes pouvaient en savoir autant sur son passé ?
–Comment tu sais ça ? Demanda-t-il, la voix sèche.
Elle haussa les épaules.
–Tout le monde le sait déjà. N'hésitez pas à venir au Lupanar à l'occasion, il y a une réduction de 50% pour les nouveaux arrivants. Si vous avez besoin d'informations sur le fonctionnement de cette ville, vous devriez aller au Sinistros, deux rues plus loin, sur le territoire des gryffondors. Ils vous diront ce que vous voulez savoir pour seulement une ou deux consommations. Au revoir Mr Wood.
–Attends une minute... l'interpella-t-il alors qu'elle se dirigeait vers la maison close, de l'autre côté de la rue.
Mais elle se contenta de lui dire au revoir de la main sans se retourner. Avant qu'elle n'entre dans l'établissement, il put apercevoir sur le dos de son gilet aussi difforme que coloré, un écusson qu'il avait déjà vu auparavant. Un phénix.
...
Le Sinistros n'était étonnement pas aussi sinistre que le laissait entendre le nom qu'il portait. Il était empli de l'obscurité propres aux pubs britanniques, mais le mobilier était en bon état et de bon qualité, et il y avait, derrière l'odeur des volutes de fumées et celle de l'alcool, une odeur de propre, comme si ce pub était consciencieusement récuré tous les jours.
Oliver avait vu tous les visages se tourner vers lui au moment où il était arrivé, le fixer pendant une petite seconde, avant de reprendre leurs conversations. Il ne lui fallut pas beaucoup de temps pour remarquer que chaque individu dans ce bar avait une veste sur lequel avait été cousu un écusson représentant soit un phénix, soit un lion.
–Une Guinness, demanda-t-il après s'être assis au comptoir.
Le barman n'avait rien dit, avait continué d'essuyer un verre avant de le poser avec les autres verres propres. Il en attrapa un autre sur lequel était gravé le nom de la célèbre bière irlandaise avant de le remplir et de le poser devant Oliver. Deux yeux gris le scrutaient, et pendant un instant, Oliver crut qu'il s'agissait là d'une manière de lui dire de payer sans avoir à la faire. Mais alors qu'il allait esquisser un mouvement vers son porte-feuille, la voix de son vis-à-vis s'éleva.
–Alors mon petit Oliver, qu'est-ce qui t'amène dans notre charmante petite ville ?
Oliver entendit clairement le volume des conversations autour de lui baisser, sinon disparaître complètement.
–Et je parle à... ? demanda-t-il.
C'était la moindre des choses. Tout le monde ici semblait connaître son nom, il aimerait connaître au moins un nom en retour.
–Sirius Black, lui répondit le barman en lui tendant la main.
Oliver hésita pendant une seconde, mais décida qu'il n'était pas judicieux de se faire des ennemis tout de suite, et lui serra donc la main en retour. Sa poigne était forte, mais il ne sembla pas vouloir l'intimider pour autant, et son sourire semblait aussi sincère que sa poignée de main.
–Eh bien Sirius, j'ai l'impression que cette ville sait déjà bien mieux que moi pourquoi je suis là.
Sirius Black eut un éclat de rire comme Oliver n'en avait jamais entendu. Communicatif, il sonna presque comme l'aboiement d'un chien pendant une demie-seconde, avant de devenir normal.
–Alors mon petit Oliver, je vais te dire ce qui t'amènes dans cette ville... T'es un flic de la police de Londres qui se démerdait pas mal jusque là avant de se mêler des affaires d'Hogsmeade et de coffrer le petit Weasley.
Il entendit plusieurs ricanements à la mention de ce dernier nom. Pour une raison qui lui échappait, tout le monde semblait penser que tenter d'arrêter Ronald Weasley était la chose la plus stupide jamais faite.
–Mais t'es mauvais joueur, alors tu t'es dit que flic ou pas flic, tu viendrais ici résoudre l'affaire, et tous les problèmes dans lesquels beigne Hogsmeade. Et maintenant je vais te dire exactement ce qui va se passer, Wood : Avec un peu de chance, tu vas la résoudre, l'affaire pour laquelle t'es venu, mais tu vas te rendre compte que c'est rien, que dalle comparé à toutes les merdes qui se passent ici. Alors tu vas vouloir tout régler, tout faire par toi-même, mais c'est pas comme si t'avais la police pour te donner les moyens de le faire. Non, t'as que toi et ce que cette ville veut bien te donner, mais cette ville, elle donne rien gratuitement. Ça va prendre peut-être quelques mois ou quelques années, mais un jour tu vas te réveiller, et tu te rendras compte que ça fera longtemps que t'auras plus été un flic. T'auras juste été un autre hors-la-loi qui veut maintenir l'ordre. Alors à ce moment, tu te demanderas ce qui a bien pu t'arriver, et tu voudras partir, et tu le feras. Tu vas partir plusieurs semaines, peut-être même plusieurs mois si t'arrives à tout refouler assez profondément, mais tu vas finir par revenir. Tout le monde finit toujours par revenir. Tu viens de mettre le pied dans un piège. Pour le moment, tu peux encore faire demi-tour, mais reste ici trop longtemps, et tu seras un des nôtres. Une autre petite pourriture parmi un gros tas de déchets.
Sirius termina sa tirade avec un grand sourire, alors qu'Oliver buvait une gorgée de sa bière.
–On dirait que je suis pas le premier flic à être venu ici.
Difficile de ne pas repérer l'habitude dans le discours de ce Sirius Black. Peut-être à cause d'une volonté de se sentir spécial, il avait pensé qu'il était le seul à avoir jamais fait cette démarche, mais avec du recul, ça faisait sens que d'autres l'aient précédé.
Sirius fit un geste de la main vers un homme assis un peu plus loin au comptoir, un café noir encore fumant devant lui, et un journal sous les yeux.
–Oliver, je te présente Remus Lupin, alias toi dans une dizaine d'années...
–C'est insultant Sirius, répondit ledit Remus Lupin.
–Ose me dire que t'es pas venu dans cette ville avec l'assurance que t'allais la changer, contra Sirius, un sourire taquin sur le visage.
Le visage de Remus Lupin était couvert de cicatrice, et à la façon dont l'une d'entre elle descendait le long de son cou et disparaissait sous sa chemise, Oliver se demanda si son corps tout entier n'en était pas recouvert. Sur son avant-bras droit, là où sa chemise était retroussée, il aperçut un tatouage. Un autre de ces phénix qu'il voyait depuis le début de la journée.
–Si, mais la différence, c'est qu'à l'époque, je me suis pas laissé écraser par cet enfoiré qui dirigeait ce qu'Hogsmeade appelait sa « police ».
Sirius porta une main à son cœur comme s'il était incroyablement peiné.
–Je t'ai cassé trois dents Moony.
–Moi aussi. Ça, deux côtes, et ton nez.
–C'était avant que je te plante.
–C'était avant que je te vole ton flingue et que je te tire une balle dans la cuisse.
–DEUX PETITS CONS UN PEU TROP ARROGANTS ! gueula une voix grasse qui surprit Oliver.
C'était un vieil homme assis derrière lui, un homme qui ne cachait ni sa bedaine ni son œil de verre, et dont les cheveux roux commençaient à prendre une teinte blanche.
–Et Sirius n'était même pas la moitié du connard qu'est Flint ! termina-t-il.
L'ensemble du bar sembla approuver en trinquant comme si le vieil homme venait de prêcher la bonne parole.
–Vous êtes dur avec Flint... Il fait ce qu'il peut ! s'exclama Sirius, le seul à être en désaccord avec les paroles du borgne.
–C'est quand même un connard... ne put s'empêcher d'intervenir Oliver, et autour de lui, tout le monde acquiesça.
–Et puis c'est un Serpentard ! gueula quelqu'un d'autre derrière lui.
–Comme si c'était eux nos ennemis ! cracha Sirius, qui semblait étrangement énervé. Vous avez l'air d'oublier pourquoi vous portez des phénix ! Les vrais ennemis, c'est les mangemorts, pas les serpentards !
–Et à ton avis, de quel gang ils sont nés, les mangemorts ?! brailla la voix grasse du vieil homme.
–Oh la ferme Maugrey ! Des tarés, y en a partout, il se trouve que celui là venait de Serpentard ! Mais va pas me dire qu'ils représentent encore une menace aujourd'hui. Même eux, ils se battent contre les mangemorts !
–Ils se battent ? gueula une voix féminine dans l'assistance. Ferme-la Black, ils ferment leur gueule, ils détournent le regard et puis c'est tout. Sournois je veux bien croire, mais lâches, ça j'en suis certaine !
–Quand c'est, la dernière fois que vous avez tabassé un mangemort ?! cingla Black, et cette question eut le pouvoir de tous les faire taire. Vous êtes pas plus foutus que moi de vous bouger le cul, et vous allez reprocher aux Serpentards de pas en faire plus que vous ? Je dois vous rappeler qu'on parle d'un gang dont tous les membres ont de la famille et des amis parmi les mangemorts, et qui par dessus tout est dirigé par un gamin d'à peine dix-huit ans ? Bordel de merde, il vient à peine d'arrêter de pisser au lit !
–Tu vas nous le faire passer pour un ange maintenant ? Je te rappelle que Malfoy tabasse ton filleul depuis qu'il a cinq ans !
–Et Harry le lui rend bien ! Y aura toujours une rivalité Gryffondor/Serpentard, on y changera rien, mais si une minute on avait arrêté de cracher sur les serpentards pour se concentrer sur la vraie menace... L'affaire aurait déjà été réglée.
Il y eut des grognements désapprobateurs dans l'assistance. Sirius jeta son torchon sur son épaule et reprit.
–Et puis merde ! Personne ici a la moindre idée de ce que c'est que d'être à la tête d'un gang ! Moi je sais ! Ça pue la merde ! Pourtant ça fera bientôt vingt ans que je fais ça, on pourrait croire que j'ai pris le pas, mais non ! Pas du tout ! Malfoy est une petite merde, on est d'accord là-dessus, mais y a personne dans ce putain de bar qui pensait qu'il arriverait une seule seconde à garder la stabilité des Serpentards ! Merde, quand Malfoy senior a été arrêté, on a tous bu comme des trous à la mort de Serpentard ! Trois ans plus tard, et les sepentards continuent de dealer sur nos territoires, la maison close a jamais aussi bien marché, et certains de nos membres changent même de camp ! Et j'ai une question pour vous ! Si ni les gryffondors ni les phénix l'ont fait, à votre avis, qui a buté Higgs ?
Oliver Wood ne comprenait rien à ce qui était en train de se raconter, mais le discours de Black semblait faire mouche.
–Et on en parle, des Vipers ? Des Pythons ? Des Mambas ? Les serpentards ne sont peut-être pas aussi forts qu'il y a une dizaine d'années, mais les groupes qui en font partie, eux, ils sont de plus en plus forts ! Vous croyez vraiment qu'ils auraient pu gagner en puissance et en indépendance si Malfoy avait laissé le gang se faire aspirer par les mangemorts ? Merde, le gamin reçoit des lettres de menace de mort tous les deux semaines de la part de son père !
–Comme si Lucius allait buter son fils... C'est juste une grande gueule.
–Bien sûr que non il va pas le faire. Cet enfoiré a beaucoup de défauts, mais certainement pas celui de faire du mal à sa famille. Il veut lui faire peur quitte à ce qu'il le déteste parce qu'il sait que des tarés, les mangemorts, ils en sont pleins ! Assez pour plus avoir de fils une fois qu'il sortira de taule.
D'un geste rageur, il jeta son torchon sur le comptoir.
–Finnigan ! cria-t-il en attrapant un paquet de clopes dans la poche arrière de son jean, avant de sortir par une des portes qui semblait mener sur une arrière-cour.
Quelques secondes plus tard, descendant d'un escalier au fond du bar, un petit rouquin à l'air jovial fit son apparition et vint se placer derrière le comptoir, et, comme le faisait Sirius Black avant son coup de sang, se mit a essuyer les verres propres avec le torchon laissé sur le comptoir.
Derrière Oliver, les conversations reprirent de plus belle, comme si rien de tout cela ne s'était passé. Lui était confus. Bien entendu, il avait compris que les serpentards, les mangemorts et les gryffondors étaient des gangs d'Hogsmeade, mais il lui était difficile de faire la lumière sur tout ce qui avait été dit.
–Je vais fumer une clope, lui dit Remus Lupin en faisant un geste du menton vers l'entrée principale.
Derrière cette phrase transparaissait l'ordre qu'il lui donnait de le suivre, mais Oliver ne se formalisa pas du ton autoritaire qu'il avait pris, et se contenta de se lever et de se diriger vers la sortie à la suite de l'ancien flic.
Il y eut un silence d'une minute où Remus se contenta d'expirer lentement les bouffées qu'il tirait sur sa cigarette. Il fut celui qui brisa le silence qu'il avait instauré.
–A une époque, il y avait seulement deux gangs dans cette ville. Les gryffondors avec l'emblème du lion, et les serpentards avec l'emblème du serpent. Je te dis à une époque, mais en réalité, ça a duré des siècles. Je sais pas si tu le savais, mais à une époque, Hogsmeade, c'était une prison.
–J'ai cru comprendre, ouais, fit Oliver, d'un ton amer.
–La couronne a envoyé pas mal de prisonniers en Australie, et ils ont fini par abandonner petit à petit certaines de celles qu'ils avaient en Angleterre. Alors de prison, on est passé à une ville, mais tu te doutes bien que quand des prisonniers créent une ville, on est pas sur le summum de la paix et de l'harmonie. La plupart des gens qui vivent ici sont des descendants de marginaux qui sont venus vivre ici au fil des siècles, mais y en a aussi qui descendent directement de ceux qui ont bâti cette ville après y avoir été prisonniers. Les Black, les Malfoy, les Potter, les Weasley, les Greengrass et les Riddle. Enfin bref, déjà à l'époque où c'était une prison, ces types étaient partagés en deux clans : les gryffondors et les serpentards. Ça remonte a tellement loin, jusqu'à il y a pas si longtemps que ça, on ne savait même pas pourquoi deux clans s'étaient formés. Mais bon, les traditions, c'est pas quelque chose dont on se débarrasse facilement.
Comme s'il remarquait finalement avoir oublié quelque chose, Remus Lupin tâta rapidement les poches de son manteau avant de plonger sa main droite dans sa poche, d'en ressortir un paquet de cigarettes et de le tendre à Oliver. Celui-ci accepta l'offre et alluma sa cigarette avec le briquet que Remus lui tendait.
–Et il y en a combien, maintenant ? Quatre ? Plus ? demanda-t-il.
–Quatre. Enfin c'est toujours quatre de trop.
Oliver fit un geste du menton vers le bras de Remus.
–Pourtant tu fais partie de l'un d'entre eux.
Remus fronça les sourcils. Pas par colère ou agacement. C'était comme s'il se souvenait de quelque chose qui l'avait fait souffrir et qu'il essayait de faire disparaître.
–L'affaire qui m'a amené ici, c'est le meurtre d'un couple il y a de ça dix-sept ans. James et Lily Potter. James était le meilleur ami de Sirius, et le chef des gryffondors. Une nuit, ils ont été assassinés par Tom Riddle, le chef des mangemorts. Il a essayé de tuer leur fils aussi, Harry, le filleul de Sirius, mais pour une raison que personne ne connaît, le petit s'en est sorti avec seulement une cicatrice sur le front. Je le savais pas à l'époque, mais le gang des mangemorts était vraiment récent. Les Riddle avaient disparu depuis quelques décennies, et personne soupçonnait qu'ils avaient encore des descendants, mais Tom s'est ramené. Lui, il savait pourquoi deux clans s'étaient formé : à l'époque de la transformation de la prison en ville, il y avait ceux qui voulaient étendre la ville, et indirectement la mauvaise influence qu'elle avait sur ceux qui s'en approchaient, les serpentards, et puis il y avait ceux qui y vivaient parce qu'ils n'avaient pas d'autres choix, mais qui l'auraient quitté s'ils avaient pu, les gryffondors. Tom Riddle est arrivé de nulle part des années plus tard avec la ferme intention d'étendre le pouvoir de cette ville, et tant qu'à faire, d'être le garant de ce pouvoir.
Remus jeta un regard à Oliver comme pour vérifier qu'il suivait bien.
–A l'époque, James Potter était le chef des gryffondors comme je l'ai dit, et Lucius Malfoy, celui des serpentards. Malfoy s'est rallié à Tom Riddle, et son bras droit, Hector Greengrass, a fait pareil. Pour les Black, c'était un peu plus compliqué. Sirius a mis fin a des siècles de tradition en rejoignant les gryffondors et pas les serpentards. Sa cousine, Andromeda, elle aussi elle était un peu rebelle sur les bords. Elle l'est toujours d'ailleurs. C'est une serpentarde, mais elle fait aussi partie de l'Ordre...
–L'Ordre ?
–L'Ordre du Phénix. C'est un gang qui est né en réponse à la naissance des mangemorts. Il a pas d'autre but que d'annihiler les mangemorts. Il a pas de territoire, ne cherche pas à faire du profit ou quoi que ce soit. Une partie des gryffondors en font partie, et certains en sont particulièrement fiers. Assez pour se le faire tatouer sur l'avant-bras.
Oliver observa Remus, attendant le moment où il lui révélerait la raison pour laquelle un flic qui voulait mettre de l'ordre dans une ville avait fini par prendre part de la pire des manières possibles aux conflits de celle-ci. Mais ce moment ne vint pas. Il n'y eut qu'un silence mélancolique, et Oliver comprit qu'il n'aurait pas de réponse, que quelque chose de très personnel devait être arrivé.
–Enfin bref, même si les mangemorts étaient tout puissants, les serpentards existaient toujours et s'appuyaient sur leur puissance. De toute façon, il aurait pas pu supprimer Serpentard. C'est pas comme ça que ça marche. Un gang, ça doit mourir seul où par la main du gang ennemi, pas par un type qui sort de nulle part. Paradoxalement, s'il avait tenté de supprimer Serpentard, Gryffondor aurait tout fait pour que ça n'arrive pas, ils auraient tout fait pour aider leurs ennemis, et ça, Riddle l'avait bien compris. Et puis il y avait quand même une partie d'entre eux pas vraiment d'accord avec ce que voulait Riddle, et ça aurait pas été bon pour les mangemorts de les foutre encore plus en rogne jusqu'à ce qu'ils s'allient aux gryffondors. Mais on pensait tous que c'était qu'une question de temps avant que Riddle prenne le contrôle et soit à la tête des deux gangs. Et puis il y a trois ans...
Remus serra la mâchoire, et laissa une bonne minute s'écouler dans le silence le plus total avant de reprendre.
–Il y a trois ans Lucius Malfoy et Hector Greengrass ont été inculpé dix-sept ans après les faits pour le meurtre d'une mère et de son fils. Ils ont été condamnés à perpétuité avec possibilité de libération conditionnelle après dix ans. On sait tous qu'ils vont l'obtenir, mais c'est toujours ça de pris.
Devant le regard confus d'Oliver, Remus reprit.
–Les victimes n'avaient rien à voir avec les Potter.
Un nouveau silence s'installa, moins lourd que le précédent. Puis Oliver réalisa quelque chose.
–Mais je croyais que la police et la justice de Londres ne se mouillaient pas quand on en venait à Hogsmeade...
–Quand le premier ministre lui-même se mouille, les subalternes sont obligés de suivre.
–Le premier ministre ? Qui a le pouvoir de faire en sorte que le premier ministre lui-même influe sur la justice ?
Remus eut un petit sourire en coin.
–Le chef de l'Ordre du Phénix, Albus Dumbledore. C'est peut-être le seul dont Tom Riddle ait peur.
–Attends... Ils ont été inculpés il y a trois ans, c'est ça ? C'est l'époque où la mère du premier ministre est morte, non ?
L'autre acquiesça avant de jeter son mégot devant lui.
–Le premier ministre avait mis en place une protection rapprochée de toute sa famille. Sa femme, ses filles, ses deux frères, toutes les personnes qui lui étaient chères et qu'il voulait pas perdre. Sa mère était née en Égypte et avait décidé d'y passer ses dernières années. Il s'est dit qu'elle était trop loin pour être menacée. Grosse erreur. Bien sûr, ils ont pas rendu ça public, et ont blâmé les crises de démence qui vont avec Alzheimer. Elle était pas atteinte d'Alzheimer, elle se portait même plutôt bien. Elle a été défenestrée. Pas de doute sur le fait que c'était un meurtre, sa serrure avait été forcée, et il y avait des signes de lutte sur place.
Oliver soupira. Jusqu'où s'étendait la folie de cette ville ?
–Et cet Albus...
–Dumbledore, l'aida Remus Lupin.
–Cet Albus Dumbledore n'a pas pu faire en sorte que Tom Riddle soit arrêté pour le meurtre des Potter ? Si t'es si certain qu'il est coupable, c'est que ça doit être irréfutable, non ?
–Si. Mais Riddle a réussi a s'évader alors qu'il était tout juste entré dans le fourgon de police, et la sœur d'Albus a été retrouvée morte dans la foulée. C'est pour ça qu'il lui a fallu tant de temps pour tirer les ficelles pour faire inculper Malfoy et Greengrass. Par peur de perdre quelqu'un d'autre.
Oliver jeta son mégot devant lui comme Remus l'avait fait un peu avant lui. Comment une seule personne pouvait avoir autant de pouvoir ? Il lui semblait que Tom Riddle n'avait qu'à claquer des doigts pour provoquer une mort. Mais Oliver partait au moins avec un avantage : celui de n'avoir aucun être cher. Devant eux, le soleil se couchait.
–Une deuxième ? proposa Remus.
Oliver acquiesça et attrapa la cigarette qui lui était tendue tout en remerciant Lupin d'un signe de tête. Ils fumèrent pendant un temps dans un silence confortable avant qu'Oliver ne parle.
–Il a beau être le chef des gryffondors, il a l'air de mettre un point d'honneur à défendre les serpentards...
Remus eut un sourire triste.
–Il a fallu en venir à la mort de son meilleur ami et de sa femme pour qu'il comprenne que ces clans causaient bien plus de mal que de bien. Il a élevé leur enfant comme si c'était le sien avec la ferme intention de faire en sorte qu'il sorte de cette ville, et pourtant, Harry est parti pour devenir le futur chef des gryffondors, même si Sirius fera tout pour que ça n'arrive jamais. Ils sont morts à l'âge de vingt-et-un ans. C'est à peine trois ans de plus que l'âge qu'a Harry aujourd'hui. Il a peur que les jeunes d'Hogsmeade finissent comme James et Lily, et... Je dirais que sa peur dépasse les gangs. N'importe quel gamin de cette ville peut venir lui demander de l'aide, peu importe le gang auquel il appartient, il fera toujours en sorte de les aider. C'est pas juste de la parlote, c'est ce qu'il fait. Il veut les voir grandir, et vieillir. D'ailleurs il héberge un serpentard en ce moment. Blaise Zabini. Un gamin qui a fait un gamin et qui se retrouve tout seul pour l'élever. Oh... C'est aussi lui qui a risqué sa vie pour aller chercher Weasley sur le territoire des mangemorts il y a trois ans. Le petit que t'as voulu embarqué, depuis cet incident, on y touche pas, c'est une règle implicite ici. Riddle a voulu taper fort quand Albus a fait inculper Malfoy et Greengrass. Sauf qu'Albus n'avait plus qu'un frère et que ce frère avait disparu des radars depuis plusieurs années, impossible de le retrouver, même pour lui. Alors il a frappé chez les Weasley. Les Weasley, c'est un peu un symbole. Il a enlevé Ronald un jour, l'a torturé pendant trois jours. Apparemment, il lui a fait prendre énormément de drogues à un moment donné. Assez pour déclencher sa schizophrénie. Il l'a complètement bousillé, le petit. Schizophrénie, dédoublement de personnalité, et un syndrome post-hallucinatoire persistant. En gros, même trois ans après, il lui arrive de croire qu'il est encore drogué. C'est pas le cas, mais son esprit recrée les effets de l'acide. Quand Sirius l'a ramené, il était presque mort. Un légume. C'était un légume, et tout le monde pensait qu'il serait plus jamais capable de prononcer de phrases cohérentes dans sa vie. Ça l'a miné Sirius. Vraiment.
Oliver avait tiqué à l'évocation des noms de Blaise Zabini et de Ronald Weasley, mais avait laissé et continuait de laisser Remus parler.
–Et en ce qui concerne Draco, c'est peut-être le gamin d'Hogsmeade qui court le plus à sa perte...
–Draco ?
–Malfoy junior. Sirius dit que c'est une petite merde, mais il dit ça parce qu'il le voit sauter les deux pieds joints dans les emmerdes. Les autres auraient tendance à le traiter de petite merde parce que c'est une sérieuse nuisance aux affaires des gryffondors. Mais non, Sirius est juste emmerdé par le fait qu'il joue avec sa vie. Et puis...
Silence.
–Et puis ?
–Et puis il y a eu une période de six mois après la mort de James où Sirius s'est renfermé sur lui-même. Il s'est coupé de tout le monde, il menaçait quiconque l'approchait, gryffondor ou pas. Draco est son petit cousin. Sa cousine, Narcissa, a épouse Lucius Malfoy. Je sais pas comment elle a fait, mais c'est grâce à elle qu'il a arrêté de s'écarter, et... Il m'en a jamais parlé... mais je pense qu'il a la sensation de lui devoir quelque chose. Narcissa porte définitivement bien son nom, mais il y une personne pour qui elle ferait tout et c'est son fils. Je pense que Sirius sait ça, et qu'il a envie de protéger Draco pour payer sa dette, quelle qu'elle soit.
Oliver acquiesça, signe qu'il avait compris ce que Remus avait tenté de lui expliquer, puis posa la question qui lui trottait dans la tête depuis le début de leur conversation.
–Pourquoi me dire tout ça ?
Remus haussa les épaules, jeta sa cigarette à moitié entamée et commença à se diriger vers l'entrée du bar.
–Je suis passé par là, je sais que t'es sincère, alors je peux bien te donner un contexte, quelque chose avec quoi bosser. Mais autant te le dire tout de suite, Sirius a raison. Il y a de fortes chances pour que tu finisses exactement comme moi. Vieux, seul et pathétique, à arrêter de boire tous les six mois mais à quand même passer tes journées dans un bar, et à baiser régulièrement le pseudo flic qui a commencé à te mener la vie dure à partir du tout premier jour.
...
Ronald Weasley fut pris d'un soudain malaise quand il tomba nez à nez avec l'inspecteur qui l'avait interrogé à Londres deux jours plus tôt. L'inspecteur quant à lui, ne semblait pas particulièrement enclin à se montrer aimable.
En même temps... bon... il a perdu son job.
Là où certains entendent licenciement, j'entends vacances à durée indéterminée.
Ouais, mais pas payées.
La vie de feignasse, ça demande des sacrifices.
Ouais, enfin c'est marrant jusqu'au moment où t'es une feignasse à la rue.
C'est juste une question de point de vue. Être à la rue à Londres, c'est pas la même chose qu'être à la rue au soleil.
Dans tous les cas, je pense pas que ce soit une bonne chose.
De toute façon c'était pas le propos. Ron se balança d'un pied sur l'autre en triturant ses doigts pendant quelques secondes – Arrête ça Ron, c'est ridicule – durant lesquelles l'inspecteur ne se contenta que de le regarder durement. Puis il soupira, leva les yeux au ciel, et entama la conversation.
–Tu l'as fait exploser le lycée, oui ou non ?
Ron haussa les épaules.
Je suis quasiment certain que c'est pas moi, mais...
–Mais ?
Mais je suis jamais sûr de rien.
L'inspecteur l'observa pendant un temps, le regard suspicieux et
Je pense pas que ce soit de la suspicion, plus de la curiosité...
L'inspecteur l'observa pendant un temps, le regard SUSPICIEUX et les sourcils froncés.
–Vous êtes combien là-dedans ?
Tu vois que c'était juste de la curiosité... Il s'est rappelé de ce qu'a dit Fred, et il était curieux de savoir si on était encore là.
Y a un truc que t'as pas compris, narrateur de seconde zone, c'est que quand quelqu'un sain d'esprit se montre curieux de quelqu'un qui est fou, il est en réalité suspicieux. Tout le monde a peur de la folie, les fous en premier, mais ils sont beaucoup plus rationnels que les gens normaux sur la question. Pour un fou, la folie c'est être différent, pour quelqu'un de normal, c'est être dangereux.
Vous m'avez regardé avec curiosité ou suspicion ?
–Pardon ?
Ils sont en train de se demander si vous m'avez regardé avec curiosité ou suspicion avant de me demander combien on était dans ma tête.
–Euh... Curiosité, je suppose...
ET BIM !
Comme s'il allait avouer que c'était de la suspicion. Avec un peu de chance, quelqu'un lui a déjà dit qu'on fait pas chier Ron, voire pire, quelqu'un lui a déjà dit pourquoi il est taré. Bien sûr que non il va pas avouer qu'il est suspicieux de la pauvre petite victime de grand méchant Tom Riddle...
Ils vous ont dit pourquoi j'étais fous ?
–Oui.
C'est ce que j'avais dit.
Donc vous avez pitié...
–Je pense toujours que tu es coupable.
Donc c'était bien de la suspicion...
Donc c'était bien de la suspicion...
–Non. J'en ai rencontré des gens tarés. Des psychopathes, des sociopathes, des gens fondamentalement mauvais. Je ne pense pas que tu sois mauvais. Mais je sais que vous êtes plusieurs là-dedans, et j'ai jamais rencontré personne comme ça... Enfin je sais pas. C'est intéressant d'une certaine manière.
Bah bien sûr. On les connaît les gens qui te trouvent intéressant Ron. Ils sont tous gentils, tous mignons, puis un jour ils essaient de te faire enfermer à l'asile en préconisant les électrochocs.
Vous voulez me faire interner ?
–Je pense pas que tu sois dangereux, si c'est ta question.
Pourtant vous pensez que j'ai fait exploser le lycée.
–Le lycée était vide.
Et alors ?
–Et alors dans la logique des choses, tu l'as fait exploser en sachant parfaitement qu'il était vide, donc sans aucune volonté de blesser qui que ce soit.
Ça ne tient pas debout...
–Pourquoi ?
Ron baissa les yeux.
Vaut mieux pas lui parler de la partie dédoublement de personnalité Ron.
Vous êtes allé voir Zabini ?
–Pas encore.
Je vous aurais bien dit d'aller voir Malfoy, mais personne sait où il est depuis une semaine. Vu que Zabini est toujours fourré avec Malfoy, il pourra peut-être vous dire quelque chose.
–Pourquoi tu m'envoies vers eux...
Parce que si c'est moi, on a aucun moyen de le savoir... Mais je pense que c'est les mangemorts. Zabini est impliqué avec les mangemorts. Pas dans le genre copain-copain, mais de temps en temps il casse du mangemort pour se défouler. Le truc, c'est qu'à partir du moment où Zabini s'est ramené avec un bébé dans les bras, tout a commencé à partir en vrille. Déjà le mec est papa à dix-huit ans et personne sait qui est la mère, le lycée explose, Malfoy disparaît, Higgs meurt. Je sais pas quoi vous dire d'autre... Enfin de mon point de vue, Zabini, c'est le premier d'une liste de trucs chelous qui sont arrivés dans cette ville... Et faut commencer par le début, non ?
Voilà ! J'espère que ça vous a plu. J'ai pas fait de relecture approfondie pour changer, donc j'ai pu laisser passer quelques coquilles.
Qu'est-ce que vous en avez pensé ?
Bisous, et comme dirait Tyler, the Creator : "BOUFFE TA SOUPE AVEC UN COUTEAU. FAUT ETRE UN DUR A CUIRE."
