Bon, les gars, vous m'avez grave mis la pression là par contre. Honnêtement, cette fiction a l'air d'avoir son petit succès notamment pour une fiction qui n'avait jusque là qu'un prologue, prologue qui était le premier publié avec ce compte. Du coup la publication de ce chapitre me stresse un petit peu, mais j'espère que ça vous plaira quand même !
(Je vais pas mentir, même si j'ai dit que je m'étais séparée de toute la niaiserie, je crois qu'il en reste encore pas mal, parce que j'ai un petit cœur fragile, m'en voulez pas svp. Et aussi, Hermione et Draco se partagent les appartement de préfets-en-chef. MDR non c'est faux. Avouez vous avez eu une petite frayeur là. Héhéhé.)
Harry Potter appartient à JKR, mais mon cœur appartient à Tyler, the Creator.
Enjoy !
I - La guerre
Dans l'infirmerie, deux lits étaient occupés. L'un restait désespérément silencieux. Une absence de sons qu'il était possible d'appeler littéralement un silence de mort, que de nombreux médicomages venus de Sainte-Mangouste tentaient de briser. Une simple respiration aurait suffi, mais Draco Malfoy restait Draco Malfoy, et il ne simplifiait jamais la tâche à personne.
Le deuxième patient hurlait comme il n'avait jamais hurlé depuis plus d'une vingtaine de minutes. A tel point que sa voix avait fini par mourir. Les médecins cherchaient le problème. Les os brisés, ils les avaient déjà repérés. Ils savaient qu'il souffrait d'une violente hémorragie cérébrale, mais il devait forcément y avoir autre chose pour qu'un patient censé être comateux soit en train de hurler à en perdre sa voix.
Au milieu de tout ce bruit ambiant, entre les cris et les médecins s'activant et faisant de leur mieux pour venir en aide aux deux victimes, le bruit de la porte de l'infirmerie s'ouvrant à la volée fit sursauter Minerva McGonagall.
–Miss Parkinson, sortez d'ici tout de suite ! Cria-t-elle.
Elle fut cependant choquée de voir la si hautaine et condescendante Pansy Parkinson les yeux embués de larmes, partagée entre hurler à Draco de se réveiller, et prendre Blaise dans ses bras pour qu'il arrête de hurler.
Pour des raisons que la vice-directrice était bien incapable d'expliquer, les yeux de la préfète s'arrêtèrent finalement sur Blaise. Peut-être parce qu'il montrait incontestablement plus de signes de vie que son congénère, et peut-être parce que Pansy Parkinson était aussi incapable que la plupart du reste de la race humaine de faire face à la mort.
–Qu'est-ce qu'il a ? demanda Pansy, la voix tremblante au possible.
–Sortez d'ici tout de suite ! lui répéta Miss McGonagall, bien trop occupée pour succomber à cette discrète poussée maternelle qu'elle avait pour ses élèves en détresse. Elle devait bien admettre pourtant que pour la première fois depuis son entrée à Poudlard, Miss Parkinson lui semblait vulnérable.
–Vous ne comprenez pas... lui répondit Pansy, sur un ton presque suppliant.
Et puis Blaise s'était mis à hurler plus fort encore, déchirant le peu de voix qu'il lui restait, et toutes les larmes qu'elle tentait de contenir, Pansy les laissa soudainement couler.
Elle leva les yeux vers la vice-directrice comme pour l'implorer du regard, comme lui demandant avec tout ce qu'elle avait de sensibilité de faire en sorte qu'il arrête de hurler.
–Blaise ne pleure pas, dit-elle alors. Il ne crie pas. Jamais.
Il était évident que Pansy Parkinson était implicitement en train de se référer à la guerre. A toutes les souffrances que Blaise Zabini y avait subies et qui n'étaient pas parvenues à lui arracher de larmes ou de hurlements. Pansy Parkinson tentait avec ses mots rongés par la fierté de lui dire que Mr Zabini n'avait jamais autant souffert de toute son existence pourtant jonchée de douleur.
Il y eut soudain beaucoup plus d'agitation autour de Blaise, et Minerva se retourna subitement. Il ne hurlait plus à présent, il crachait du sang.
–SORTEZ D'ICI ! hurla Minerva, mais cette fois pour ne pas infliger à Pansy la vision de son ami en train de dangereusement s'approcher de la mort.
Alors Pansy se retourna, observa Draco pendant une fraction de seconde puis se dirigea vers la sortie. Toujours emplie de fierté, elle essuya ses larmes avant de sortir de l'infirmerie. Elle resterait digne. Elle resta digne même en croisant le regard de Ginny Weasley qui venait tout juste de revenir du stade, elle qui était restée dix minutes, seule, au milieu du terrain, à regarder le sang sur ses mains.
–Quoi ? Assena sèchement Pansy, jugeant que Weasley la fixait trop, et devait avoir pitié. On ne pouvait pas avoir pitié de Pansy Parkinson, non. Jamais.
Ginny, baissa les yeux, et continua son chemin.
Hermione se leva au milieu du repas. L'atmosphère était morne. Harry et Ron ne parlaient pas. Ils marmonnaient des bouts de phrases, de temps en temps, mais le cœur n'y était pas. Ginny n'était pas du tout venue manger. Tout le monde se doutait qu'elle était la plus marquée d'entre tous. Personne ne lui en voulait d'être en train de pleurer dans son dortoir, et personne ne lui en voulait de ne pas avoir d'appétit, parce qu'au fond, personne ici n'avait réellement faim. L'atmosphère générale se résumait à cela. Les gens ne parlaient pas, et quand ils le faisaient, c'était pour dire à quel point ils avaient été choqués. Une grande partie des élèves avaient pensé que si un tel accident arrivait à des serpentards, ils auraient jubilé, encore plus à ces serpentards là en particulier. Ce soir, ils se rendaient compte qu'ils ne l'auraient souhaité à personne.
C'était à la table des serpentards, dont l'effectif avait déjà été réduit après la guerre, que l'atmosphère était la plus étrange. La table était silencieuse, complètement. La place du Prince et celle de son bras droit n'étaient pas occupées, et ce côté inhabituel en déstabilisait plus d'un. Personne n'avait eu besoin de le dire. Sans Malfoy ni Zabini, c'était à Nott de reprendre le trône, que ce soit pour quelques jours dans le meilleur des cas, ou jusqu'à la fin de l'année si cet accident se soldait par les morts de deux élèves. Pourtant même lui n'avait pas eu le cœur à s'asseoir à une de leur deux places. Et quand Harper avait osé s'asseoir à la place de Zabini, Parkinson s'était levée, avait hurlé tout un tas d'injures, avait attrapé le fautif par les cheveux, et lui avait écrasé la figure dans son plat de purée à trois reprises, sous l'œil médusé des deux seuls professeurs présents dans la Grande salle, les autres étant à l'infirmerie. Puis elle était partie, sans un mot, dans le silence ambiant de la salle. On avait seulement entendu l'ordre menaçant de Nott à l'attention de Harper qui lui indiquait clairement de s'en aller. Les murmures étaient repartis de plus belle, et puis bientôt, tout le monde s'était tu. Le cœur n'y était pas.
Hermione se dirigea vers la sortie, comme un bon nombre d'élèves l'avaient déjà fait depuis le début du repas, mais quand elle atteignit la porte, elle vit tous les professeurs qui n'étaient jusqu'alors pas présents arriver. Leurs visages n'annonçaient rien de bon. Même le professeur Dumbledore, si joyeux d'ordinaire, avait un air morne. Hermione ne retourna pas s'asseoir pour autant, mais resta dans l'encadrement de l'immense porte alors que le professeur Dumbledore, au centre de la table des professeurs, demandait l'attention de tous.
–Je sais, en tant que Directeur de Poudlard depuis de nombreuses années, que si la situation n'est pas clarifiée, de nombreuses rumeurs, pour la plupart fausses, feront le tour de l'école d'ici demain. Je vais donc vous dire ce que je peux vous dire pour le moment. La chute de Mr Malfoy, comme vous vous en doutiez tous, n'est pas due à une erreur de vol de sa part. Personne ici ne doute de ses talents de joueur de quidditch. Il semblerait que Mr Malfoy ait fait un arrêt cardiaque, alors qu'il se trouvait, ainsi que Mr Potter, à plus de cinq cent mètres du sol. Il nous est encore impossible de connaître précisément l'origine de cet arrêt cardiaque, mais il s'agit là d'une information qui ne vous serait pas communiquée quand bien même nous en aurions connaissance. Ce que je peux vous dire néanmoins, c'est que Miss Weasley n'a pas menti. L'espace de quelques minutes, Mr Malfoy est bel et bien mort. Nous avons cependant pu le ranimer, mais nous ne savons pas encore quand il se réveillera.
Ce qu'Albus omettait volontairement de dire, c'est qu'ils n'étaient même pas sûrs que Draco finisse par se réveiller un jour.
–Blaise Zabini a quant à lui payé très cher son acte héroïque. Et comme pour Mr Malfoy, nous ne sommes pas encore en mesure de vous dire s'il lui coûtera la vie. Pourtant, je pense qu'il serait bénéfique pour nous tous de saluer son acte de bravoure. Parce que Blaise Zabini, aujourd'hui, n'a pas fait que sauver son ami. Il nous a montré que malgré le fait que nous sommes tous uniques, nous nous ressemblons tous. Vous vous ressemblez, qu'importe la maison à laquelle vous appartenez. Mr Zabini a démontré qu'il avait en lui les qualités prédominantes de chacune des maisons de Poudlard. N'a-t-il pas fait preuve d'une grande loyauté envers son ami ? En ce sens, ne se rapproche-t-il pas des Poufsouffles ?
Silencieusement, tous les Poufsouffles présents acquiescèrent pour eux-même.
–Soyez certains que Mr Zabini était conscient des risques qu'il encourait avant même de faire le tour du stade. Il savait ce qu'il encourait, et il a démontré qu'il avait en lui le courage des Gryffondors, car il a fait abstraction de la peur de la douleur, de la mort, pour faire ce qui lui semblait être juste.
Les Gryffondors, déjà pensifs, baissèrent les yeux vers leurs assiettes.
–N'a-t-il pas montré la fameuse intelligence des Serdaigles dans sa façon de procéder ? D'une autre manière, il aurait pu échouer. D'une autre manière, il aurait également pu se tuer sans aucune chance de survie.
Les Serdaigles restèrent silencieux.
–Il a également su rester fidèle à sa propre maison, en montrant une détermination hors du commun. Alors ce que je vous demande, c'est de vous rappeler du moment où vous avez vu Blaise Zabini tout faire pour sauver son ami dès qu'il vous viendra l'envie de dénigrer une maison qui n'est pas la vôtre. Rappelez-vous, et demandez-vous ce que vous auriez fait si vous aviez été à la place de Mr Zabini, et si c'était votre meilleur ami qui était en train de tomber. La réponse est simple. Chacun d'entre vous aurait trouvé le courage, la loyauté, l'intelligence et la détermination nécessaires pour sauver votre ami, parce que vous avez en vous chacune des maisons de cette école. Merci de votre attention.
Les derniers mots du Directeur à peine prononcés, le fracas d'une assiette cassée se fit entendre à la table des Serpentards. Quand Hermione leva les yeux vers leur table, elle vit clairement Théodore Nott se lever pour s'en aller, visiblement en colère, mais personne à sa table ne dit mot, de peur de s'attirer les foudres d'un des meilleurs duellistes de Poudlard.. Mais ce qu'Hermione vit, ce jour-là, c'est les airs perdus qu'arborèrent l'ensemble des élèves de Serpentard. Elle ne comprit pas, jusqu'à ce qu'elle voit les quatre places vides au centre de la table, et n'assimile l'information. Les quatre uniques personnes qui pouvaient se proclamer au-dessus des autres Serpentards n'étaient pas là, et les autres serpents avaient incontestablement l'impression d'avoir perdu leurs marques.
Ce qu'elle ne put comprendre, car étant de Gryffondor, une maison dont l'organisation était à l'opposée de celle de Serpentard, c'est que cette désertion venait de remuer la fosse aux serpents. Le trône était remis en jeu.
[…]
–Bonsoir Miss Granger.
La brune offrit un sourire un peu las à Madame Pomfresh en guise de réponse. Elle semblait exténuée, mais également inquiète. Jamais Hermione n'avait vu Pompom dans cet état-là. Harry était venu à de nombreuses reprises, gravement blessé, mais Hermione lui avait toujours vu un air confiant qui se voulait rassurant.
Hermione jeta un coup d'œil aux deux lits occupés de la pièce. Au-dessus du lit de Malfoy trônait une immense bulle, probablement pour donner au blond l'oxygène dont il avait besoin lui qui était bien incapable de respirer autrement qu'artificiellement dans son état. A côté, Zabini avait sombré dans un sommeil agité et semblait se débattre contre une entité invisible.
Madame Pomfresh suivit le regard d'Hermione et eut un sourire triste.
–Je n'ai jamais ressenti une once d'empathie envers ces deux-là, dit-elle sur le ton de la confidence. Mais personne ne mérite de mourir. Après tout, qu'on l'apprécie ou non, Mr Malfoy a été un élément décisif pour notre victoire dans cette guerre. Mais j'ai beau chercher, je ne vois rien qui pourrait le réveiller.
Hermione déglutit difficilement. Elle sentit, sans qu'elle ne puisse le contrôler, ses entrailles se tordre.
–Quant à Mr Zabini... Je dois bien avouer n'avoir vu de tels actes héroïques que pendant la guerre, quand la mort était partout, et que les gens étaient prêts à tout pour sauver les gens qu'ils aimaient. Veuillez me croire, Miss Granger, quand je vous dis que ce qu'à fait Mr Zabini était un acte désespéré et non pas courageux, peu importe ce que peut bien en dire Albus. Enfin, heureusement pour lui, son état s'est stabilisé, mais j'ai bien peur que la douleur soit toujours présente...
L'infirmière soupira, avant de reporter ses yeux sur la gryffondor.
–Enfin bref ! Que puis-je pour vous, Miss Granger ? demanda-t-elle, en tentant de reprendre l'air assurée qu'elle avait en temps normal.
Hermione reporta son regard jusque là fixé sur Malfoy sur l'infirmière.
–Oui, je... euh... je voulais savoir si vous auriez une potion anti-nausée... Je...
Elle eut l'air d'avoir un mal fou à finir sa phrase, ce que Madame Pomfresh comprenait sans problème.
Elle offrit à la jeune sorcière un sourire compatissant. Elle avait bien remarqué l'effet que cet incident avait eu sur une bonne partie des élèves de Poudlard. C'était, d'une façon assez étrange, une scène que beaucoup avaient assimilée à la guerre. Il ne s'agissait pourtant que d'un simple match de quidditch, mais le nombre d'élèves venus la voir depuis ce moment pour avoir une potion qui pourrait éloigner les maux que leur avait apporté le souvenir d'une époque loin d'être lointaine était élevé. Le bilan était clair, si une bonne partie des élèves de Poudlard n'avaient pas versé une goutte de sang pendant la guerre, ils avaient tous, sans exception, été profondément traumatisés, et Madame Pomfresh s'en voyait profondément chagrinée. Et il lui paraissait évident que la raison de l'assimilation de cet incident à la guerre venait de l'acte presque sacrificiel de Blaise Zabini. Après tout, qui dans cette école n'avait pas perdu au moins un proche de cette manière ?
–Bien sûr, se contenta-t-elle de lui répondre comme elle avait répondu à des dizaines d'élèves avant elle, allant jusqu'à sortir des cartons entiers de fioles, pour ne pas en manquer.
Elle se dirigea vers l'un d'entre eux et en sortit trois flacons.
–Ceux deux-là contre la nausée. Une pour vous, et une pour Miss Weasley que j'ai entraperçue vomir tout à l'heure. Elle n'était pas préparée à voir ça... Elles mettront une bonne demie-heure à agir en tout cas. Si je vous en donnais de plus fortes, j'ai bien peur que vous seriez forcées de passer la nuit ici. Et ceci est une potion...
–… de sommeil sans rêves, termina Hermione, qui connaissait cette potion pour l'avoir utilisée à de nombreuses reprises. Elle n'eut tout de fois aucun mal à comprendre que cette potion aussi était destinée à Ginny.
–Merci beaucoup, avait-elle ajouté, un sourire sincère sur le visage, glissant les flacons dans ses poches.
Elle se dirigea vers la sortie, et posa son regard une dernière fois sur Draco Malfoy. C'est en l'observant, et sans qu'elle ne puisse fournir d'explication, que le souvenir d'une de ses vadrouilles dans l'arrière-arrière-réserve de la bibliothèque de Poudlard, lui était revenue en mémoire. Elle se retourna vers l'infirmière quand elle comprit que ce souvenir était loin d'être inutile.
–Vous savez, je suis la seule élève que Mrs Pince laisse entrer dans la réserve. Quand toutes ces histoires avec les mangemorts ont fini par devenir sérieuses, j'ai feuilleté quelques livres anciens, qui parlaient de magie noire, entre autres...
La femme qui lui faisait face haussa les sourcils.
–J'ai lu un livre qui datait de l'époque où les sortilèges impardonnables n'étaient pas encore interdits. Et...
Hermione cherchait ses mots.
–Je sais que c'est vous la professionnelle, mais... ce livre était tout au fond de la réserve, là où Mrs Pince m'avait interdit d'aller, il était recouvert de plusieurs siècles de poussières, et honnêtement, je ne pense pas qu'il n'y ait ne serait-ce qu'un pour cent de la population sorcière qui sache cela...
–Venez-en aux faits, Miss Granger... Vous êtes une sorcière brillante, si vous pensez savoir quelque chose qui pourrait réveiller Mr Malfoy, dîtes-le moi...
Hermione acquiesça.
–Eh bien... Ce livre parlait des dommages physiques et cérébraux du Doloris et de l'Impero sur une longue durée. En fait, aujourd'hui, nous savons que ces sorts, utilisés trop longtemps sur une courte durée peuvent mener à la folie. Mais l'interdiction oblige, personne ne s'est jamais interrogé sur les dommages que ces sorts pouvaient causer à petites ou moyennes doses sur une longue période. Une période qui s'étire sur plusieurs années...
–Miss Granger, je veux être bien sûre de comprendre... Êtes-vous en train de suggérer que Mr Malfoy aurait subi ce genre de traitement ?
–Je n'en sais rien, Mrs Pomfresh, mais je dois avouer que tout semble coïncider. Les saignements, le teint cadavérique, et l'arrêt cardiaque. Bien sûr, la magie étant ce qu'elle est, je mettrais ma main à couper qu'une dizaine de maladies présentent exactement les mêmes symptômes que ceux que montrent Malfoy mais... Je suppose qu'on ne peut pas réellement qualifier de « bienveillant » son entourage...
Miss Pomfresh ne sembla même pas réfléchir avant de poser ses mains sur ses épaules, le regard intense.
–Où avez-vous trouvé ce livre, Miss Granger ? demanda l'infirmière, qui semblait soudainement pressée.
–Dans l'arrière-arrière-réserve, tout en haut. Faites attention aux barreaux des échelles, certains sont sur le point de casser. Et surtout, ne vous appuyez pas aux barrières, certaines d'entre elles sont prêtes à tomber, et vous pourriez faire une chute de plusieurs dizaines de mètres. Catégorie « Conséquences et remèdes », rangée B-8, il me semble. Je suis incapable de vous redonner le nom de l'auteur, mais il me semble que le titre s'apparente à quelque chose comme « Règles d'usage du Doloris et de l'Impero ».
Un grand sourire apparut sur le visage de Mrs Pomfresh, qui semblait voir le bout du tunnel, ou plutôt, qui pourrait bientôt le faire voir au jeune Malfoy. Elle attrapa rapidement sa robe de sorcière, l'enfila, puis s'arrêta devant Hermione, posant à nouveau ses mains sur ses épaules pour avoir son entière attention.
–Miss Granger, j'ai besoin que vous restiez ici, pour surveiller ces deux-là. Si quelque chose ne va pas, comme... si par exemple Mr Malfoy se met à convulser, ou à étouffer, envoyez un patronus à Minerva, et prodiguez-lui les premiers secours, tel que vous l'apprennent les moldus. Quant à Zabini, je lui ai déjà donné une quantité astronomique d'anti-douleur. Tout ce dont il a besoin, s'il se met à hurler, c'est d'apaisement. Voyez-le comme un enfant vulnérable, parce qu'à l'heure qu'il est, c'est ce qu'il est. Et s'il vous plaît, Hermione, je sais que vous n'avez jamais été en bon terme, mais croyez bien qu'à cet instant précis, l'un et l'autre n'en ont que faire, donc faites abstraction de votre animosité s'il se passe quelque chose...
Hermione acquiesça, pour faire comprendre à son aînée qu'elle avait bien tout compris, et qu'elle ne les aurait pour rien au monde mis en danger pour des querelles passées. Alors que Mrs Pomfresh s'apprêtait à quitter l'infirmerie, elle l'arrêta tout de même.
–Faites attention aux fantômes. Ils se sont habitués à ma présence, mais j'étais la première sorcière qu'ils aient vu depuis des décennies. Même Mrs Pince à peur d'eux. Il se peut qu'ils se montrent teigneux avec vous...
L'infirmière acquiesça, et quitta rapidement la pièce.
Dès lors, Hermione se retrouva seule dans l'infirmerie, et elle laissa alors ses yeux détailler l'endroit. Elle se rendit compte qu'elle ne l'avait jamais vraiment fait. Quand elle venait, c'était soit parce que Ron, Ginny ou Harry y étaient, et donc elle avait autre chose à faire que d'observer les lieux, soit parce qu'elle même y était, et quand elle acceptait de rester à l'infirmerie, c'était qu'elle était loin d'être en état d'aller en cours, soit pour demander à l'infirmière tel ou tel flacon, et son passage était donc rapide. Aujourd'hui, elle put donc constater qu'en quelques décennies à ce poste, Pompom avait plus ou moins personnalisé l'endroit. Bien entendu, la partie de la pièce où étaient les lits était parfaitement neutre, mais la seconde partie où se trouvaient toutes les étagères contenant livres de médicomagie ou autres potions et flacons ainsi que le bureau de l'infirmière, toute cette partie était remplie de plantes, de peintures et de petites sculptures ressemblant fortement à de l'art moldu.
C'est sur les deux serpentards que son regard se reporta quand elle termina enfin sa contemplation. Et plus particulièrement sur Draco Malfoy. Elle avait cette étrange sensation à chaque fois qu'elle lui faisait face. Comme si elle lui devait quelque chose. Comment si, en quelque sorte, elle lui devait tout, mais sans savoir pourquoi. Et ce sentiment datait du milieu de la guerre, sans qu'elle n'arrive vraiment à le dater. Avant cela, elle n'avait jamais ressenti que de l'animosité, pour lui. Et puis était venu le jour où il avait risqué sa vie à de nombreuses reprises pour atteindre le QG de l'Ordre, et les renseigner sur tout ce qu'il savait. Mrs Pomfresh avait raison : sans Malfoy, elle n'était pas sûre qu'ils auraient pu gagner la guerre, et s'ils l'avaient fait, les pertes auraient été encore bien plus lourdes. Mais ce sentiment de tout lui devoir ne venait pas de là. Pansy Parkinson avait agi comme il l'avait fait, mais plusieurs semaines avant lui. Pour autant, elle ne ressentait pas ce tiraillement dans les entrailles dès qu'elle la croisait. Parce qu'au final, Pansy Parkinson l'indifférait, alors qu'elle ne pouvait pas s'empêcher de poser ses yeux sur Draco Malfoy dès qu'elle le croisait. Par miracle, il ne semblait pas le remarquer, et s'il venait à le faire, elle serait probablement mortifiée. Parce que d'une façon ou d'une autre, elle s'était attachée à lui. Mais il ne s'était jamais rien passé de particulier entre eux. Pendant toutes ces semaines où il était resté au QG, ils n'avaient jamais ne serait-ce que parlé, pas même pour se saluer. Ils s'ignoraient, quand bien même elle se flagellait mentalement pour ne pas l'observer. Mais quoi qu'elle fasse, cette sensation demeurait là, au creux de ses entrailles, chaque fois qu'elle posait les yeux sur lui.
Elle s'avança doucement dans l'allée qui séparait les lits des deux meilleurs amis, pour ne pas réveiller Zabini, semblant vivre l'enfer dans son cauchemar, et se mit à regarder les étiquettes des flacons vides posés sur la table entre les deux malades. Et elle ne put que constater qu'en effet, au vu de la demi-douzaine de flacons vides d'anti-douleur qui reposaient là, Blaise Zabini devait souffrir plus que de raison.
Une main attrapant son poignet droit la fit sursauter, et quand elle se retourna, sans surprise, elle tomba sur le regard suppliant de Zabini.
–Granger... Granger s'il te plaît..
La bile remonta son œsophage à toute vitesse. Elle dut se retenir de ne pas vomir là, ici, à cet instant. Parce que ce regard, elle le connaissait. Et elle savait ce que ce « s'il te plaît » voulait dire. Elle l'avait entendu plusieurs fois, et elle aurait préféré ne jamais l'entendre, ne jamais comprendre ce qu'il pouvait bien vouloir dire. Souvent, pendant la guerre, ceux qui disaient ça, avec ce regard suppliant, ils agrippaient votre baguette. Pas pour vous empêcher de l'utiliser, bien au contraire, pour la pointer sur leur propre personne, avec des mots qui différaient d'un individu à l'autre mais qui dans les grandes lignes disaient la même chose : S'il te plaît, achève-moi.
Elle le regarda continuer de la supplier en murmurant, alors que sa seule envie à elle était de partir en courant, pour fuir ce regard qu'elle voyait encore aujourd'hui dans ses cauchemars. Toujours le même regard, mais jamais les mêmes yeux. Et puis elle le vit commencer à pleurer. Doucement d'abord, et puis ses larmes redoublèrent alors qu'il continuait de la supplier. Et elle comprit ce qu'avait voulu dire Madame Pomfresh quand elle lui avait dit qu'à cet instant précis, Blaise Zabini était un enfant vulnérable. Elle le comprit assez pour renoncer à son envie de partir en courant, qui lui semblait soudainement bien cruelle.
Il fallait qu'il se rendorme. Il n'y avait que comme ça qu'il supporterait la douleur. La question était la suivante : Que ferait-elle face à un enfant pleurant de douleur, et qu'elle voudrait endormir ?
La réponse vint d'elle-même. Hermione s'agenouilla à côté du lit de Blaise et capta son regard. Et encore une fois, l'infirmière avait eu raison. A cet instant précis, Blaise Zabini se fichait royalement du fait que Hermione était ce qui se rapprochait le plus pour lui d'une ennemie.
Il continua de pleurer, mais cessa de la supplier. Alors, seulement, il entendit la voix d'Hermione faire son chemin vers son oreille. C'était une simple comptine moldue, que la mère d'Hermione lui avait chanté tous les soirs pendant plus d'un mois à la mort de sa grand-mère. Le genre qui disait que tout finirait par aller mieux. Les larmes de Zabini avaient déjà commencé à se calmer, mais elle continua tout de même de chanter.
Il semblait s'être calmé, mais tremblait toujours de douleur. Il releva tout de même les yeux sur elle, et Hermione eut à cet instant la certitude que Zabini n'aurait aucun souvenir de ce moment quand il se réveillerait, ce qui la soulagea d'un poids.
–J'ai vu un ange, Granger.
Elle se rendit compte seulement à ce moment que comme elle l'aurait fait avec un enfant, elle s'était mise à acquiescer avec un sourire encourageant, pour l'inciter à continuer. Peut-être que parler l'épuiserait assez pour qu'il se rendorme.
–Elle est venue, après que je suis tombé. Elle était belle, tu sais. Il y avait le ciel et les nuages, derrière elle. J'aurais aimé la suivre.
Ses paupières étaient à demi closes. Il allait bientôt se rendormir. Elle pourrait ensuite s'asseoir en attendant Mrs Pomfresh, et puis s'enfuir au plus vite. Parce que voir deux de ses pires ennemis dans cet état la chamboulait. Parce que ça n'était pas dans l'ordre naturel des choses. Ils auraient du gagner ou perdre ce match sans encombres, et continuer à être mesquins avec elle. Elle n'aurait jamais du être là, à éprouver de la compassion pour quelqu'un qu'elle était censée détester. Censée. Tout était dans le terme.
Les paupières de Zabini étaient à présent complètement closes mais il continuait de trembler, signe qu'il n'était pas endormi.
–J'aurais dû la suivre... J'ai toujours aimé les rousses.
A peine le dernier mot prononcé que déjà les tremblements cessaient, et la respiration de Zabini s'alourdissait.
Il laissa Hermione avec ses pensées, ses doutes et ses certitudes. Parmi ces dernières, une lui apparaissait plus que flagrante. L'ange que Zabini était si sûr d'avoir vu n'était autre que Ginny Weasley.
–Pansy m'a dit que tu hurlais comme elle ne t'avait jamais entendu hurler.
Blaise Zabini passa ses deux mains sur son visage, puis se frotta les yeux. Une vague de frissons traversa son corps au souvenir de la douleur qu'il avait éprouvé. Atroce.
–Pansy est venue ? Se contenta-t-il de demander à Théodore Nott.
Ça le rendait malade qu'elle ait pu le voir dans l'état pitoyable dans lequel il se trouvait. Théodore se contenta d'acquiescer.
–J'ai pas compris grand chose à ce qu'a dit Pompom, mais de ce que j'ai compris, le choc a été tellement violent que ma magie s'est éparpillée dans tout mon corps et s'est réfugiée dans les seules zones encore réactives, c'est à dire mes nerfs. Du coup, en plus des os brisés et du poumon perforé, j'avais cette douleur continue dans tout le corps.
Il se gardait bien de lui dire à quel point il aurait voulu mourir, à quel point il préférerait mourir plutôt que de revivre ça à nouveau. On ne dit pas ce genre de chose entre serpentards. Même si le serpentard en question est un de vos meilleurs amis.
–Pire qu'un Doloris ? demanda simplement Théo, qui savait bien que Blaise ne lui dirait jamais à quel point il avait souffert.
–Pire qu'un Doloris, confirma son vis-à-vis.
–Et Malfoy ?
Blaise tourna légèrement la tête pour observer son meilleur ami. Il semblait apaisé. Plus qu'il ne l'avait jamais été. Ses paupières étaient parfaitement immobile, et sa respiration était profonde. Il semblait plus serein que jamais.
–J'ai rien compris. Pomfresh aurait trouvé quelque chose pour le réveiller. Le vieux fou et la psycho-rigide avait l'air de trouver que c'était une bonne idée. Et le nom de Granger a été mentionné plusieurs fois.
–Granger ? répéta Nott.
–Granger.
Théodore se leva, et se plaça devant la fenêtre de la pièce. Blaise ne pouvait maintenant plus voir son visage, et il ne put donc pas voir le petit sourire qui couvrait le visage de Théodore, à cet instant.
–T'es une sorte de héros, maintenant. T'aurais vu leurs têtes ! Toutes les maisons. Ils étaient tous... je sais pas. Tristes, sûrement. Pour toi, pour Malfoy... Et le vieux fou t'as érigé en héros national. Un peu plus et il remplaçait l'écusson de Poudlard par ta tronche.
–Je suis plus un connard narcissique ? demanda Zabini le plus sérieusement du monde.
–Non. Ils pensent même que t'es l'être le plus dévoué du monde. Un martyre. Si on était dans une école moldue, ils t'appelleraient... Comment il s'appelait ce con déjà ?
–Qui ça ?
–Le sorcier qui s'est mis à marcher sur l'eau et changer l'eau en vin histoire de se faire sucer la bite par les moldus ?
–Oh ! Jésus ?
–Voilà ! Si on était dans une école de moldus, tu serais Jésus. Sauf qu'au lieu d'écarter la mer, tu vas écarter un max des cuisses, je te préviens...
–C'était pas Jésus je crois, répondit Zabini.
–Oh ta gueule, qu'est-ce que ça change ? Juste deux pauvres mecs nuls en magie qui se sont dit qu'en allant montrer leur manque de talent aux moldus, ils seraient quand même acclamés.
Blaise ricana, puis se retourna vers le blond à sa droite. Il n'y a que pour Draco qu'il aurait fait ça. Les autres, il en avait plutôt rien à faire. Peut-être Théo et Pansy. Il faudrait le remettre en situation pour qu'il puisse vraiment le dire. Il n'aurait jamais pensé qu'il ferait quelque chose d'aussi fou pour sauver Malfoy, et pourtant il l'avait fait. Théodore se retourna, mais avait cette fois un air plus que sérieux.
–Et Harper est bien décidé à reprendre le trône. Il s'est assis à ta place, hier soir. Je crois qu'il s'imagine déjà au sommet, en train de nous rabaisser. Ça lui a fait un choc quand Pansy l'a éclaté dans son assiette. Sauf qu'elle est partie. Et que je suis parti aussi.
Blaise Zabini passa à nouveau une main sur son visage.
–Sérieusement, Nott ? T'aurais pas pu laisser ton petit cul quelques minutes de plus sur ce banc au lieu de déserter ?
Théo ne répondit rien, et Blaise pensa que s'il avait été à sa place, la perspective de perdre leur pouvoir sur la maison lui aurait semblé bien dérisoire en comparaison de l'hypothétique mort de deux de ses meilleurs amis.
–Ça doit être la guerre, dans l'arène, reprit-il alors, supprimant toute forme de reproches dans sa voix. Ils s'imaginent déjà graver leur nom sur le trône, je suppose.
–C'est la guerre, confirma Théo. Vous êtes ici depuis à peine vingt-quatre heures, et c'est comme si on était tous morts.
–Pucey est dans le coup ? demanda Blaise, pensant pendant une petite seconde qu'il allait devoir le virer de l'équipe de quidditch, ce qui était assez regrettable.
–Non. Il se tient à l'écart. Il aurait mille fois plus de chance qu'Harper d'y accéder, et ça serait beaucoup plus difficile pour nous de l'en déloger, mais je crois pas qu'il ait jamais voulu prendre la place de Malfoy. Il le déteste, mais je pense que ça reste purement sentimental, avec Greengrass qui est dingue de Draco...
Y a qui du côté d'Harper ? questionna Blaise, à nouveau.
–Greengrass se voit déjà comme la nouvelle Reine de Glace. Harper s'est assis à ta place, parce qu'il savait qu'il y aurait eu une vague d'indignation s'il s'était assis à la place de Malfoy, mais c'est celle-là, qu'il veut. Bletchley te remplacera sûrement, j'imagine, et Bole est assis à ma place. »
–Des têtes vont tomber, dans l'équipe de quidditch. T'es sur que Pucey n'est pas de leur côté ?
–Au début, j'étais pas sûr. Puis Harper a voulu graver son nom sur le trône, mais un sort l'a envoyé à l'autre bout de la salle. C'est tout à fait le genre de sort qu'on aurait lancé, mais j'ai rien fait, et j'ai demandé à Pansy, elle n'y est pour rien non plus. Ça ne peut qu'être Pucey. J'ignore pourquoi, mais il est de notre côté.
Théodore lança un regard entendu à Pansy en pénétrant dans le cachot, et elle comprit donc que s'il ne s'asseyait pas à côté d'elle, c'est qu'il avait une bonne raison de le faire. Elle s'était bien entendu rendue compte de la situation, dans l'arène. Les serpentards étaient en ébullition. Elle regardait tout cela de haut, les coups bas et les menaces pour pouvoir s'asseoir sur le trône, tout en pensant au moment où les serpentards se soulèveraient contre ces usurpateurs. Elle l'attendait avec impatience, ce moment. C'était ce qui justifiait son inaction. Mais ce qu'elle attendait encore plus, c'était le moment où Blaise sortirait de l'infirmerie, et ferait tout valser pour finalement les faire tomber de leur piédestal. Blaise Zabini n'avait pas la prestance d'un Théodore Nott, et encore moins d'un Draco Malfoy. Il n'avait pas la froideur déjà légendaire d'une Pansy Parkinson. Il avait cette attitude volage et désinvolte d'un adolescent qui faisait sa crise d'adolescence en retard. Un rebelle. Un rebelle qui ne respectait plus aucune convention, qui couchait à tout va avec toutes les nées-moldues qui lui passaient sous la main, et s'en donnerait sûrement à cœur-joie si l'école acceptait les moldus. Il riait, souriait, là où il fallait se retenir, il parlait en mangeant, avait renié toute posture ou langage aristocratique, et en règle générale tout ce qui l'avait empêché de grandir. Il n'avait pas la prestance de ses amis, mais il avait du charisme. Beaucoup de charisme. Une aura de liberté l'entourait chaque jour que Merlin faisait depuis la fin de la guerre. De la liberté mêlée à de la puissance. Renier n'avait pas tout effacé, mais il se sentait aussi heureux qu'un enfant pouvait bien l'être. Insouciant, presque innocent. Pourtant, tous les serpentards savaient que derrière tout ça se cachait quelque chose de plus sombre. Un quelque chose ressemblant fortement à de la haine. Et ils savaient tous également qu'il fallait se méfier de l'eau qui dort. Blaise Zabini était une bombe à retardement, ça ils n'en avaient jamais douté, comme ils n'avaient jamais douté que Harper se surestimait. Jamais il ne tiendrait ne serait-ce qu'une semaine sur ce trône. Nott et Parkinson seraient là pour le déstabiliser, Zabini pour le faire tomber, Malfoy pour l'écraser.
Pucey fut surpris de voir Nott s'asseoir à côté de lui. Il compris néanmoins rapidement pourquoi il était là, sans que l'autre n'ait à lui dire quoi que ce soit. Il n'était pas stupide, bien au contraire. Il était d'ailleurs le seul serpentard dont le quatuor argent s'était un jour méfié. Le seul dont il se méfiait toujours.
Le cours commença rapidement, et ils commencèrent à préparer leur potion, en véritables experts en la matière qu'ils étaient. Jugeant qu'il n'y avait pas ne serait-ce qu'une infime chance pour qu'à eux deux, ils loupent cette potion, Théodore commença la conversation.
–Je sais que c'est toi qui a jeté le sort au trône pour que personne ne puisse graver son nom dessus.
Pucey remuait distraitement la substance.
–Je n'en attendais pas moins de toi, Nott.
–La question, c'est pourquoi ?
Un petit sourire naquit sur le visage d'Adrian.
–Je t'arrête tout de suite. Je ne suis pas de votre côté. En fait, je ne suis d'aucun côté. Je ne veux pas non plus graver mon nom sur le sacré-saint trône. D'ailleurs, commencez à appeler un chat un chat : votre trône, c'est qu'un putain de canapé, mais passons. Tu sais très bien que je déteste Malfoy. Tu sais pourquoi, j'ai pas besoin de te l'expliquer. Mais je ne nierai jamais que vous quatre avez réussi à unir toute la maison. Si Harper grave son nom sur ce fichu canapé, les serpentards vont à leur perte. Récupérez-le si vous voulez. J'interdis juste l'accès à Harper. Mais si quelqu'un d'autre, plus stratège, intelligent, et autoritaire qu'Harper arrive avant vous, le trône lui reviendra.
Théodore écoutait Pucey avec attention, tandis qu'il jetait les racines de mandragores dans la préparation.
–Donc dans cette histoire, tu joues l'arbitre...
Pour toute réponse, le châtain esquissa un sourire.
–Libre à toi d'entrer dans la partie, et de voir ton nom gravé sur le « canapé », ajouta Nott.
–Et je parie que si je dois entrer dans cette partie, je dois être de votre côté, c'est bien ça ? Non merci Nott, mais merci de proposer.
Un sourire s'afficha sur le visage dudit Nott. Il avait toujours plus ou moins bien aimé Pucey. Il aimait son caractère, et le fait qu'il n'ait jamais versé dans l'hypocrisie avec le quatuor. Il ne les aimait pas, et il le leur avait fait comprendre.
–Plus qu'une génération, Pucey, et ta famille perd ses privilèges au sein de Serpentard. Ton grand-père a gravé son nom sur ce trône. Écrit en grandes lettres, comme Malfoy et son père, comme Bellatrix Lestrange, comme Merlin lui-même. Evan Rosier, Pucey. Evan Rosier, ton grand-père, a immunisé trois générations de sa descendance en gravant son nom. Tu es la seconde. Si tu as des enfants, et qu'ils ne gravent pas leurs noms, alors tes petits-enfants repartiront de la case départ. Martyrisés comme tous les serpentards de moindre importance. Et encore, avec Malfoy au pouvoir, ils n'en bavent pas autant qu'ils en baveront une fois qu'il sera parti.
Cette fois, Pucey haussa un sourcil en se tournant vers le brun aux yeux bleu vif.
–Je croyais que tu ne parlais pas beaucoup, Nott. Sauf quand il s'agissait de provoquer bien sûr...
–Je parle quand c'est nécessaire.
Adrian retourna à la préparation, et se tut. Il n'était pas intéressé. Très bien. Deuxième plan.
–Ok, alors je vais la faire simple. Tu nous aides, on grave ton nom sur ce trône, tu fais donc partie des dirigeants, Greengrass, qui n'a aucune chance avec Malfoy, te tombe dans les bras. Où elle tombe dans les bras d'un autre si tu refuses. Je suis certain qu'Harper adorerait pouvoir la...
–C'est d'accord.
Théodore haussa un sourcil, alors que Pucey semblait concentré sur la préparation de la potion. Il n'avait pas vraiment pensé que cette technique pourrait marcher, mais apparemment, son attirance pour Daphnée Greengrass n'était pas juste une affaire de sexe.
–Donc Pucey est bel et bien avec nous, conclut Blaise, assis en tailleur sur son lit.
Plus que trois nuits à passer à l'infirmerie, et il pourrait revenir dans la Grande Salle comme si de rien n'était, pour donner à Harper la raclée qu'il méritait.
Théodore acquiesça, Pansy regardant le soleil se coucher par la fenêtre.
–Mais il va falloir qu'on grave son nom sur le trône, compléta Malfoy, d'une voix révélant la fragilité de son état.
Il s'était réveillé en début d'après-midi, avant de se rendormir épuisé par son précédent état léthargique, se faisant par la même occasion traiter de loque par Zabini. Madame Pomfresh lui avait administré la nuit précédente le traitement adéquat aux séquelles de doloris, et si sa tête le faisait souffrir, tout le reste n'était plus qu'un cauchemar.
–C'est pas comme s'il ne le méritait pas, répliqua Nott.
–Il me déteste, contra Draco, comme si ce simple fait pouvait justifier qu'il ne méritait pas d'avoir son nom gravé sur le trône.
–T'as couché avec Greengrass tellement de fois qu'on les compte plus. Enfin si, Greengrass les compte elle, alors j'imagine même pas ce que c'est que de voir la fille que t'aimes te balancer à la gueule combien de fois elle a couché avec un de tes pires ennemis, plaida Zabini, dont la bonne humeur du jour était presque inédite.
–Et c'est toi qui dit ça... se contenta de répliquer Draco.
Blaise avait en effet très longtemps eu un petit faible pour Greengrass, et avait profité de l'attirance de celle-ci pour les hommes puissants – Malfoy, Zabini et Nott, mais surtout Malfoy en fait, pour coucher avec elle bien plus de fois qu'elle n'avait pu le faire avec Draco.
–Erreurs de jeunesse. La puberté, tout ça, se défendit-il.
–De toute façon, il mérite qu'on grave son nom. Je veux dire, c'est peut-être pas nous qu'il a voulu défendre en empêchant Harper de toucher au trône, mais c'est toute la maison Serpentard. A la base, c'est un peu le but des dirigeants... Protéger la maison, reprit Nott, coupant court aux chamailleries de Blaise et Draco.
–On n'a pas la même vision de la place de dirigeant. Pour moi, c'est surtout un bon moyen de coucher, répliqua Blaise.
–C'est pour ça que tu mets un point d'honneur à orchestrer toi-même les vengeances contre Gryffondor quand ils nous attaquent ? demanda Draco, moqueur.
–Non. Ça c'est une question de dignité.
–De dignité ? Vraiment Zabini ? T'as perdu toute dignité quand t'as du traverser tout le château nu parce que t'avais eu la bonne idée de sauter une Gryffondor alors que son copain était censé être à la bibliothèque. Où il n'était pas d'ailleurs. Si tu l'avais su, tu serais sans doute pas revenu avec la tronche en sang.
Nott leva les yeux au ciel. Et c'était reparti...
–C'est pas moi qui me suis fait frapper par Granger...
–Ok, on a compris, le fait d'avoir d'avoir presque failli crever n'enlève rien au fait que vous jouez toujours à celui qui fait pipi le plus loin.
L'attention des trois serpentards se reporta sur Pansy qui venait finalement de parler après une bonne vingtaine de minutes de silence.
–C'est bien simple. Zabini, sans Malfoy, tu ferais juste partie de ces serpentards seuls au monde, mais qu'on aurait pas le droit de martyriser parce que ta mère a gravé son nom sur le trône.
Malfoy ne put s'empêcher d'envoyer un sourire triomphant à Zabini.
–Et toi Malfoy, sans Zabini, et sans chacun de nous trois d'ailleurs, tu serais le prince de rien du tout et certainement pas du cul de Greengrass.
Zabini, qui faisait bien moins dans la retenue, éclata de rire devant la mine sombre de Draco. Jusqu'à ce que le blond ne se mette à tousser.
– Hey, mec, ça va ? demanda Blaise doucement, exprimant l'inquiétude des deux autres serpentards en plus de la sienne.
–Mr Malfoy va bien, il est juste fatigué, dit Mrs Pomfresh en entrant dans la pièce. Mr Nott, Miss Parkinson, les visites sont terminées.
Cette nuit-là, Blaise Zabini fut réveillé en sursaut par le bruit de la porte de l'infirmerie s'ouvrant avec fracas. Il voulut se plaindre d'abord, parce que non, on ne pouvait décemment par réveiller Blaise Zabini à cette heure-là, parce qu'on ne réveille par un héros, où est-ce qu'ils ont vu ça ? Mais il n'en fit rien. Il entendit des voix dire à une personne de se calmer. Une voix féminine, des voix masculines. La voix de l'infirmière aussi. Et il n'en fit rien parce qu'il reconnut distinctement à travers ses pleurs la voix de la personne que ces gens tentaient de calmer.
Ça n'était pas seulement des pleurs. C'était des cris, des plaintes qui témoignaient d'une voix enrayée, des larmes par dizaines, des spasmes et une respiration anarchique. Des jambes trop faibles pour tenir un corps pourtant frêle, un corps dont la peau des avant-bras avait était déchirée par l'assaut d'ongles ensanglantés qu'il était possible de voir à quelques centimètres des plaies, puisque ces blessures avaient été auto-infligées. Du sang qui s'écoulait de lèvres déchiquetées elles aussi, parce que la langue avaient été mordue si fort que du sang s'échappaient d'une bouche qui, si elle n'avait pas été remplie de ce liquide, aurait sans doute été sèche d'avoir laissé échappé trop de cris.
Il n'en fit rien, parce que Blaise Zabini était en train d'assister à la plus impressionnante crise d'angoisse qu'il avait pu voir dans sa vie, et que la personne qui en était la victime n'était autre que Ginny Weasley.
Alors, seulement au moment où il réalisa cela, il prêta attention aux paroles que la rousse tentait de crier, alors que sa voix ne le lui permettait plus. Et un boulet se logea alors dans sa gorge.
Ils sont morts !
Il se demanda de qui elle parlait, mais il le savait déjà. Parce qu'après avoir vu l'ange, quand ses paupières avaient refusé de rester ouvertes, Blaise entendait toujours. Il entendit même l'ange qu'il était sûr d'avoir vu hurler que Malfoy était mort, et que lui aussi y passerait bientôt. Et puis, juste avant de sombrer, Blaise l'avait entendue, cette ange, prononcer les exacts même mots, avec la même intonation. Ils sont morts...
–Elle s'est pas loupée, commenta Malfoy en voyant Ginny endormie dans un lit à côté de celui de Blaise, en se réveillant.
Il était allongé dans son lit, toujours trop faible pour pouvoir bouger sans aide, tandis que Blaise était assis en tailleur au milieu de son lit, lui tournant le dos, entouré de ses draps blancs froissés, contemplant, fasciné, la torture que la rousse s'était elle-même infligée. Il était déjà installé ainsi quand le blond s'était réveillé, et connaissant son meilleur ami, Malfoy aurait pu parier qu'il était installé comme ça depuis des heures. C'était la façon dont il fonctionnait. Il pouvait observer pendant des heures la chose la plus insignifiante qui soit si cette dernière le fascinait.
Il n'obtint aucune réponse du Blaise. Après tout, c'était plutôt évident. Le sang avait été nettoyé, mais les plaies sur son visage, sur ses lèvres et sur ses bras étaient plus que visibles, et quelques résidus de sang séché restaient encore sur ses ongles.
–Pourquoi est-ce qu'elle... commença Draco, curieux de connaître le pourquoi du comment.
–On a jamais parlé de la guerre, le coupa Blaise, ne lui faisant toujours pas face.
Malfoy n'était pas sûr de comprendre, alors il se contenta de se taire.
–Je veux dire... Durant la quasi totalité de la guerre, j'étais chez moi, plus que pénard. Bon c'est vrai que quand tu caches plusieurs dizaines de nés-moldu dans ta cave en sachant que Voldemort est quelque part dehors, tu dors pas comme tu le voudrais, mais globalement, ces mois de guerre, s'ils m'ont marqués, ils ne m'ont pas... totalement... traumatisés. Les morts, je ne les ai jamais vu. Tout au plus, je les ai entendu...
Malfoy savait qu'il omettait volontairement la partie où les mangemorts les avait trouvés, lui et sa mère. Quand ils étaient arrivés dans les sous-sols, il n'y avait plus un seul né-moldu. Blaise avait lancé un sourire insolent, et le regard de sa mère posé sur lui se voulait fier. Son fils ne faisait pas partie de ces individus qui manquaient sévèrement de savoir-vivre. Malfoy savait cela parce qu'ils avait fait partie de ceux qui avaient ramené les Zabini à Voldemort.
Trois semaines avant ça, le Seigneur des Ténèbres avait ordonné à tout ses hommes de retrouver la petite traîtresse qui avait rejoint l'autre camp, avait promis de se battre aux côtés de l'Ordre du Phénix et de donner des informations sur les mangemorts en échange de leur protection, et de leur pardon. Pansy Parkinson avait finalement franchi le pas.
On avait toujours envoyé Draco sur des missions de renseignements et de stratégie, avant ça. Il voyait les morts, beaucoup, mais ne les provoquait pas. Du moins pas directement. Mais quand ils avait ramené les Zabini, c'est lui qu'on avait envoyé les torturer. La mère et le fils était toujours l'un en face de l'autre, et on lui avait ordonné de ne jamais obstruer la vue. Que quand l'un était torturé, il fallait que l'autre voit tout. L'un était torturé physiquement, l'autre psychologiquement. C'était le but. Ça ne marchait pas. La résistance des Zabini au Doloris était telle qu'en observant les visages qu'ils avaient sous l'emprise de ce sort, on ne voyait pas de douleur. Juste du dérangement, de l'inconfort. Comme si quelque chose les démangeait mais qu'ils étaient tout bonnement incapable de se gratter. Les sourcils froncés, les muscles qui roulaient par moment. Pas souvent.
La toute première fois, juste avant son premier doloris sur Blaise, ce dernier avait prononcé ces mots : Je te pardonne. Et il les avait prononcé les huit fois suivantes, avant chaque début de séance de torture. A défaut de trois séances quotidiennes.
Il s'était dégoûté si fort, Malfoy.
Puis, trois jours étaient passés, trois jours où Malfoy les avait torturé. Et le Lord avait décidé que ça ne l'amusait plus, de voir le fils Malfoy torturer son traître de meilleur ami. Le lendemain il le tuerait, lui ainsi que sa mère.
Je ferai ce que le Lord me demandera, s'étaient contentées de formuler les lèvres de Malfoy.
Le lendemain, le couloir des cachots où étaient enfermés les Zabini était jonché des corps stupéfixiés des mangemorts qui le gardaient, et les Zabini eux-mêmes avaient disparu. Eux, ainsi que Malfoy Junior.
–Mais toi, tu les as vu, les morts, continua Zabini, coupant court aux pensées du blond.
Et Malfoy continuait de se demander où Blaise voulait en venir.
–Des centaines, des milliers peut-être. Tu en as vu tellement. Et elle aussi, je suppose, dit-il en faisant un bref signe du menton en direction de la rousse. Mais tu vois, en la voyant si fière sur son balai tout pourri pendant des années, j'avais jamais pensé qu'elle puisse être fragile.
Malfoy soupira puis détourna son regard vers le plafond.
–C'est pas le cas. Pas... Pas au point de faire une crise d'angoisse dès qu'elle voit un mort. Quand je suis finalement arrivé là-bas, j'ai vu tout le monde craquer à un moment donné. Grangie, la Belette, le Balafré. Tout le monde. Sauf elle.
Zabini acquiesça doucement. Elle avait tout gardé au fond d'elle, alors forcément ça devait exploser à un moment ou à un autre. Même après un événement mineur comparé à ce qu'elle avait vécu pendant la guerre.
Il y eut un silence de plusieurs minutes, avant que Zabini ne se décide à poser la question qui demeurait dans son esprit depuis des mois déjà.
–Où est-ce que tu es parti cette nuit-là ? T'as dit que t'avais... des choses à faire. Mais j'ai appris ton arrivée au QG de l'Ordre qu'une semaine plus tard. Alors qu'est-ce que t'as bien pu faire cette nuit-là, et même toute cette semaine, Draco ?
Malfoy bailla lourdement en se retournant dans son lit, tournant le dos à Zabini, et ferma les yeux, laissant ses lèvres se mouvoir une dernière fois avant de se rendormir.
–Pendant cette guerre, tout le monde a craqué à un moment donné.
J'ai encore la flemme de me relire, mais vu que le chapitre est plutôt long, il doit y avoir pas mal d'immondices là-dedans. Sorry.
Alooooooors ? Vous en pensez quoi ? Par rapport au prologue, vous avez été déçus, ou vous aimez bien ? Hésitez pas à me dire tout ça.
Allez, bisous.
Et comme le dit si bien Tyler, the Creator : NE LAISSEZ PAS CES ENFOIRES TUER VOS FLEURS ! FAITES BIEN ATTENTION A CE QUE VOTRE JARDIN SOIT BIEN ARROSE ET HYDRATE !
