SEVEN ROOMS.
CHAPITRE DEUX. MISSING.
Ichigo se réveilla à la sensation du matelas sous lui qui s'abaissait, comme si quelqu'un s'était assit à côté de lui. Il ouvrit les yeux, et se retrouva nez-à-nez avec Rukia, qui venait de se pencher sur lui, la tête tournée vers le côté, comme si elle avait cherché à écouter sa respiration, sûrement pour savoir s'il dormait.
- C'est l'heure du petit-déjeuner, viens.
Ichigo attendit que Rukia se lèvee et quitte son lit pour se redresser à son tour. Il avait l'air de faire toujours noir dehors, alors il chercha des yeux un réveil ou une horloge pour vérifier l'heure, mais il n'en vit aucune, en tout cas pas dans la chambre. Ils étaient en septembre, la nuit tombait vite, il devait probablement être dans les sept heures du matin, une heure bien matinal pour des patients qui n'avaient de toute façon sûrement pas envie de se lever. Ça étonnait Ichigo que Rukia se lève si tôt, mais elle ne devait probablement pas avoir dormit de la nuit, à en juger par sa pâleur, accentuée par ces cernes si noires et les tâches rouges qui lui pigmentaient les yeux. Elle avait presque l'air d'un fantôme, son teint livide contrastait avec ses cheveux de jais et ses yeux qui semblaient encore plus sombres que la veille. Le bruit d'une porte qui s'ouvre attira l'attention d'Ichigo, et il se rendit compte que c'était Rukia, qui venait d'ouvrir la porte de la chambre pour sortir. Pendant un moment, Ichigo la regarda sans bouger, se demandant si elle venait de forcer la porte. La veille il avait bien essayé d'ouvrir, mais elle demeurait farouchement bloquée. Il devait sans doute s'agir d'un système de couvre-feu. Rukia se tourna vers lui, lui tenant la porte, et devant son insistance, Ichigo se leva, remarquant au passage la tenue de Rukia. Elle portait une chemise trop grande pour elle, et surtout un caleçon qui lui descendait presque jusqu'au genoux. La raison pour laquelle elle portait des sous-vêtements de garçon échappa à Ichigo, et Rukia quitta la chambre quand elle se rendit compte qu'il la jaugeait, sûrement consciente de la curiosité de son accoutrement. Ichigo se précipita derrière elle, mais à l'instant où il passa la porte, il s'arrêta dans son élan.
Dans le couloir, presque juste en face de leur chambre, il y avait un tableau, parcourut de gribouillis remplis de noms, avec à côtés des nombres, ou des heures. Son attention fut attirée par son propre nom, en bas du tableau. À côté, était écrit un zéro, puis une heure « 9h30 », et le nom du médecin qu'il avait vu la veille. C'était sûrement un rendez-vous qu'il avait fixé, il lui avait dit qu'il le verrait bientôt. Les chiffres en revanche, avaient toujours une signification qui lui échappait. Ichigo s'en désintéressa et longea le couloir, qui menait à une grande salle. Il devait s'agir d'un hall, ou quelque-chose, en tout cas il semblait que tous les patients de l'hôpital se réunissaient là. Étrangement, malgré la trentaine de personnes présentes, ce n'était pas trop bruyant, la plupart étaient calmes. La pièce était presque vide, uniquement meublée de quelques tables et des chaises qui trainaient ci et là, un piano avait été placé dans un coin de la pièce et à l'opposé, une autre pièce était directement reliée à celle-ci, elle ressemblait à un bureau d'accueil, séparé par une vitre, et à en juger par les infirmiers en blancs qui s'activaient derrière, il devait s'agir du bureau des infirmières.
Ichigo chercha Rukia des yeux et la repéra très vite, assise à une table dans un coin de la pièce, alors il s'avança pour s'assoir à côté d'elle. Il avait été rapide à la trouver en partie à cause de l'homme qui était assis en face d'elle : ses cheveux étaient d'un rouge flamboyant, au milieu de cette pièce si terne, il était difficile de ne pas les remarquer. Ils avaient peut-être été très beaux un jour, mais aujourd'hui, ils étaient attachés négligemment en queue haute, ce qui semblait déjà avoir dû être une tâche difficile, tellement ils étaient emmêlés. Quand l'homme en question tourna la tête pour parler à Rukia, Ichigo remarqua une brosse en plastique, bloquée dans ses cheveux, sûrement maintenue par des nœuds, dans une tentative pour les démêler. Au milieu de cette longue tignasse, on ne la voyait presque pas. Perdu dans sa contemplation, il entendit Rukia dire son nom, Renji. Il devait être son seul ami parmi les patients, parce qu'elle ne sembla pas enclin à lui présenter qui que ce soit d'autres, et il lui en était d'ailleurs reconnaissant. À la seconde où il avait comprit qu'il devrait rester quelques jours dans cet hôpital, il avait espérait croiser le moins de monde possible, après tout il n'avait rien à faire au milieu des fous. Ichigo fut tiré de ses pensées quand Renji se tourna vers lui, comme s'il attendait quelque-chose. Peut-être qu'il lui avait parlé, et qu'il n'avait pas entendu. Ichigo lui rendit son regard interrogateur, mais ce point d'interrogation resta en suspens, tandis qu'il remarquait l'état du visage de Renji. Il avait des tâches sur les lèvres et sur les joues, et de ce point de vue ça rassemblait vraiment à dû vomit vieux de quelques heures. Renji ne parut pas noter la note de jugement chez Ichigo et saisit la cuiller de Rukia pour la tendre vers elle. Aussitôt, Rukia le repoussa, et, d'un geste brusque, envoya voler en éclat le bol posé devant elle.
- Tu devrais manger. Si tu continues à maigrir, plus personne ne voudra rester avec toi.
Rukia lui lança un regard plein de reproches, comme si elle lui en voulait d'essayer de la faire grossir. Ichigo comprit à cet instant l'utilité du goûte-à-goûte qu'elle trainait toujours avec elle, si manger la dégoûtait à ce point, le personnel de l'hôpital n'avaient pas dû avoir d'autres choix que de se reposer sur l'intraveineuse. Le bruit qu'avait fait Rukia en renversant son bol alerta des infirmières, qui se dirigèrent vers eux. Ichigo s'écarta légèrement, et se rappela soudain qu'Orihime devait être là aussi. Il la chercha alors des yeux, mais ne la vit pas. Il se rapprocha de Rukia, qui s'était levée pour s'assoir à côté de Renji, et s'appliquait à essayer de le faire lâcher sa cuiller avec insistance. Renji la repoussa, et elle sembla lâcher l'affaire.
- Dîtes, vous avez vu une fille qui s'appelle Orihime ? Elle est rousse, elle a dû être admise en programme de désintox.
Renji ne réagit pas mais Rukia se tourna vers lui, semblant d'abord surprise. Elle ne parut cela dit pas vraiment réfléchir à la question.
- Désolée, je connais pas de fille rousse, encore moins de junkies.
L'idée qu'Ichigo puisse être un junkie lui aussi sembla lui traverser l'esprit, et elle lui jeta un regard presque craintif avant de se lever et se diriger vers les chambres. De son côté, Ichigo visait le bureau des infirmières qu'il avait vu plus tôt et toqua sur la vitre. Aussitôt, une des infirmière fit glisser la vitre et lui adressa un sourire très peu naturel.
- Excusez-moi, je voudrais savoir où se trouve une fille qui a dû être admise hier. Elle s'appelle Inoue Orihime.
- Désolée, je ne suis pas autorisée à donner des informations personnelles sur les autres patients.
Affichant un faux sourire d'excuses, l'infirmière referma la vitre sans attendre de réponse. Ichigo toqua à nouveau, mais l'infirmière ne daigna même pas relever la tête pour le regarder, sûrement habituée à ce que des fous toquent à la vitre toute la journée. Animé d'une colère non maîtrisée, Ichigo donna un grand coup dans la vitre, qui fit sursauter l'infirmière. Avant qu'elle ne puisse réagir, il se détourna d'elle et se dirigea vers la porte à sa gauche, qui donnait directement dans le bureau des infirmières. Avant qu'il n'atteigne la porte cela dit, il sentit des longs doigts chauds se serrer autour de son poignet, le forçant à se retourner. C'était Renji, qui semblait s'être précipité depuis sa chaise pour le rattraper.
- Attends Ichigo, si ton amie a été admise en même temps que toi, elle est peut-être dans d'autres quartiers. La désintox c'est pas ici, c'est dans l'aile Ouest.
Ichigo resta sans voix pendant quelques secondes. Bien sûr, il pensait avoir déjà fait le tour « de l'hôpital », mais il ne pouvait décemment pas ne s'agir que de ça, il devait y avoir plusieurs bâtiments, comme l'avait dit Renji. Ils devaient séparer les patients malades mentaux des drogués admis pour désintoxication. Ichigo se précipita à la fenêtre près du piano et l'ouvrit à la volée, stupéfait. L'hôpital était bien plus grand qu'il ne l'avait pensé. Ils se trouvaient au deuxième étage, et en face de lui se dressait un autre bâtiment, sans doute semblable à celui dans lequel il se trouvait, tous deux séparer par une immense cour, comme un jardin intérieur. Il pouvait lire « Aile Ouest » sur le bâtiment d'en face. Il devait donc se trouver dans l'aile Est, et le bâtiment qu'il pouvait entrapercevoir à sa droite, légèrement plus en recul des autres, était l'aile Nord. En toute logique, il n'y avait aucune raison qu'il puisse se rendre dans d'autres quartiers. Soudainement fatigué, Ichigo se détourna de la fenêtre parsemée de barreaux, et s'appuya sur le rebord. En face de lui, il pouvait voir une infirmière ramasser les débris du bol de Rukia au sol, tout en la sermonnant.
Ichigo sortit du bureau du docteur Umesh et referma la porte derrière lui, sur un médecin hésitant. Il devait penser qu'il n'avait pas écouté ce qu'il avait dit, et c'était le cas. Ichigo avait donné le meilleur de lui-même pour ne rien laisser paraître de sa panique quand il avait entendu le docteur lui dire qu'il était là depuis un mois, et que c'étaient des flics qui l'avaient amené ici. Son cerveau s'était comme fermé et il n'avait plus rien entendu d'autre, son esprit braqué sur les mots « un mois ». Il devait avoir prit plus de shoots qu'il ne l'avait pensé, jamais il n'avait eu un trou noir d'un mois, était-ce seulement possible ? Peut-être était-ce le temps de sa période de désintox. Mais surtout, il n'était même pas sûr que son père, ou ses sœurs, soient au courant qu'il était là. Le docteur lui avait expliqué très clairement que l'internement d'une personne était possible dans trois cas de figures : quand la demande venait du patient lui-même, ou alors, quand il n'était pas jugé apte à prendre des décisions par lui-même, un tueur le faisait à sa place. Ce tuteur pouvait être un membre de la famille, comme un juge, ou n'importe qui travaillant dans le domaine de la loie. De ce qu'il avait comprit, sa famille n'avait rien à voir avec son internement. Il devait absolument parler à ses sœurs.
Dans ses pensées, il heurta une infirmière, qui ne réagit même pas. Elle lui lança un coup d'œil désintéressé et reporta son regard devant elle. Ichigo la contourna et compris ce qui l'intéressait tant. Rukia. Elle n'était plus en sous-vêtements, elle était maintenant habillée de façon tout-à-fait normal, et elle arpentait le couloir en souriant, saluant les membres du personnel qu'elle voyait.
- Je vous dit au revoir. Je m'en vais, aujourd'hui c'est à mon tour de partir.
En entendant ses mots, Ichigo resta bouche-bée. Elle partait ? Les instituts psychiatriques avaient tellement la réputation de ne jamais laisser partir ses patients atteints mentalement qu'il avait cru ça impossible. Rukia salua un dernier infirmier avant d'atteindre la porte, mais elle parut surprise en constatant qu'elle ne s'ouvrait pas. Elle tenta de forcer et donna un coup d'épaule dans la porte avant de se retourner.
- Ouvrez s'il-vous-plaît, aujourd'hui c'est mon jour de sortie.
Un infirmier se dirigea vers elle et la prit par le bras. Le considérant comme un acte hostile, Rukia tenta immédiatement de se dégager tandis que l'infirmier faisait ce qu'il pouvait pour la trainer le plus loin possible de la porte. Ichigo compris sans qu'on ait à lui expliquer la situation, et soupira. Il pouvait déjà entendre la voix maintenant séductrice de Rukia susurrer des mots à l'oreille de l'infirmier qui la repoussa en roulant des yeux. Arrivé à hauteur d'Ichigo, à l'entrée de la salle principale, il poussa Rukia devant lui et se détourna d'eux. Ichigo la regarda sans un mot, se demandant si son petit numéro était dû au fait qu'elle avait bêtement essayé de rouler le personnel ou si elle avait véritablement cru que c'était « son jour de sortie ». La petite femme parut le remarquer et se dépoussiéra, avant de commencer à s'éloigner, mais Ichigo l'arrêta.
- Je voudrais appeler quelqu'un, tu sais où je peux téléphoner ?
Rukia parut soulagée qu'il ne fasse aucun commentaire sur ce qu'il venait de voir, et tira une chaise vers elle, qui grinça bruyamment sur le sol. Mais sa réponse n'aida pas Ichigo à se sentir mieux, au contraire. Utiliser le téléphone était un privilège, qu'il fallait mériter. Et pour le gagner, il fallait avoir trois points. Voilà la signification des chiffres qu'il avait vu sur le tableau en face de sa chambre. Selon ce tableau, il n'en avait aucun, et selon Rukia, pour gagner des points, il fallait adopter un comportement modèle, assister et participer aux séances de groupes, et toute cette merde qui accompagne l'internement. Mais surtout, ça mettait du temps.
- Tu n'as qu'à demander à Renji, il a accès au téléphone une fois par semaine.
Ichigo se laissa tomber contre le dossier de sa chaise. Téléphoner à ses sœurs paraissait déjà moins insurmontable, mais il n'était pas sûr qu'avec si peu d'autorisation à téléphoner, Renji sacrifierait une semaine pour lui. Dans le doute, il le chercha tout de même des yeux et le vit au fond de la salle, assit avec une petite femme qu'il n'avait encore jamais vu. Elle avait les cheveux relevés en chignon, mais malgré son apparence soignée, son visage était misérable. Elle était le cliché des malades mentaux, l'idée que les gens s'en font généralement : les yeux sombres et tombants, et le visage si fatigué qu'il s'attendait à la voir tomber de sa chaise, raide morte, à n'importe quel moment. Quand il arriva à leur hauteur, il attrapa la poignée de la brosse emmêlée dans les cheveux de Renji et entreprit d'essayer de démêler les nœuds. Il devait tirer fort, et il s'attendait presque à voir des cafards jaillir de la tignasse et tomber sur le sol en masse. Si Renji l'avait remarqué, il n'en montra rien, et Ichigo se pencha pour regarder ce qu'il faisait. Lui et la fille d'en face était absorbé par un puzzle, qu'ils avaient l'air loin d'avoir complété.
- Vous aimez les puzzles ?
La fille assise en face releva la tête. Contrairement à lui, elle sembla mettre un nom sur son visage, comme si elle le connaissait déjà, ou du moins le connaissait assez pour le reconnaître.
- Tu es l'amie de Rukia ? Tu peux nous aider alors. Si on complète ce puzzle, alors elle acceptera de manger normalement pendant une journée.
Délaissant les nœuds, Ichigo s'essaya sur une chaise à côté de Renji.
- En parlant de Rukia, elle m'a dit que tu accepterais de téléphoner à des gens pour moi. Tu pourrais passer un message à mes sœurs ?
Renji ne réagit pas tout de suite. Ichigo se demanda s'il réfléchissait à la question, où s'il était concentré sur le puzzle. Il se tourna vers la fille en face, comme pour demander une confirmation qu'il avait entendu, mais elle aussi semblait maintenant être partit ailleurs. Ses lèvres bougeaient lentement, comme si elle murmurait. Il reporta son attention sur Renji, qui acquiesça. Soulagé, il attrapa un crayon de couleur sur les étagères derrière eux et écrivit le numéro de Karin sur une page d'un album à colorier, à défaut de ne pas avoir de papier. Pendant qu'il écrivait, il perçut les mots que prononçait la fille en boucle. « Il a fait ciseaux. »
Depuis que Renji était partit, Ichigo n'avait pas bougé de sa place assise. La fille avec qui Renji jouait s'appelait Hinamori. Il ne savait pas pourquoi elle était là, mais de toute façon ni lui ni elle ne s'intéressait à l'autre. Elle s'appliquait à compléter le puzzle tandis que lui avait dirigé son attention vers la fenêtre, et regardait les gens passer en bas, dans le parc. Après leur conversation, Renji était tout de suite partit, apparemment, il pouvait téléphoner quand il voulait, mais une seule fois par semaine. Il espérait juste qu'il n'aurait pas oublié sa requête en chemin, ou quelque-chose du genre, et qu'une fois devant le téléphone, il allait vraiment appeler ses sœurs pour les mettre au courant de la situation. Rukia avait semblé vouloir lui parler, mais quand elle avait vu qui lui tenait compagnie, elle s'était abstenue, tandis qu'Hinamori avait murmuré quelque chose comme « nymphomane ». Ce n'est que quand Renji était revenu, qu'Ichigo se rendit compte de quoi il avait du avoir l'air, impassible, assit depuis des heures à regarder par la fenêtre. Renji s'essaya sur la chaise qu'il avait quitté une demie-heure plus tôt, mais ne sembla pas être sur le point parler, alors Ichigo l'interrogea.
- Alors ? Tu les a eu ?
Renji rejoignit Hinamori pour compléter le puzzle, il avait l'air attentif, pourtant les paroles d'Ichigo était passait dans l'oreille d'un sourd. Ichigo attendit sa réponse qui ne vint pas, alors tira sur sa chaise pour qu'il lui fasse face, et répéta sa question. Renji grimaça, comme si Ichigo venait de lui crier littéralement dans les oreilles et se détourna à nouveau. Découragé, Ichigo se redressa, et se tourna vers Hinamori, qui s'appliquait à l'ignorer. Ce n'est que plus tard, que Rukia lui expliqua que Renji semblait entendre constamment des tambours, dont le volume variait selon les jours, et qu'il y'en avait où c'était tellement fort, qu'il n'entendait rien d'autre. Elle lui avait conseillé de lui parler le lendemain, mais Ichigo laissa tomber, et, découragé, rejoignit sa chambre en cherchant cette fois un moyen de quitter l'hôpital.
