Deuxième chapitre! Vu que ça fait considérablement avancer l'histoire, n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez!
Harry Potter appartient à JKRowling, enjoy!
I - Les yeux jaunes
Daphné Greengrass était gentille. C'est une affirmation qui peut paraître quelque peu banale, mais gardez-vous bien de penser de cette manière : avant la naissance de la petite Daphné, jamais n'avait-il existé une chose aussi irrationnelle qu'un Greengrass gentil. Du moins existait-il sous la forme d'un conte, d'un simple récit féerique : la gentillesse Greengrassienne était de l'ordre de la fantasmagorie. Il y avait bien cette comptine, racontant les aventures du Gentil Greengrass, allié du Père Noël et de la Petite Souris, ensemble formant une équipe contre le croque-mitaine. De la pure moquerie locale, une vengeance à petite échelle.
Mais Daphné Greengrass était la pureté incarnée. Un mélange angélique voire même divin de gentillesse, d'intelligence et de beauté. Elle était ce que tout le monde désirait devenir. Beaucoup aimait la critiquer, voir en sa gentillesse une simple façade, mais rien de tout cela n'était vrai. Elle était le vilain petit canard de la famille Greengrass, le cygne majestueux que tout le monde enviait.
Elle était aussi un pont. Le pont entre les groupes d'amis s'entre-détestant, entre deux familles se vouant une haine sans merci. Car Daphné Greengrass était aussi une Mafoy : une bâtarde.
C'est que Lucius Malfoy n'avait jamais bien su contrôler ses pulsions sexuelles, et si Narcissa Malfoy était indéniablement une femme d'une beauté époustouflante, elle avait une concurrente : Elizabeth Greengrass. Daphné Greengrass fut sans conteste le secret le plus rapidement dévoilé de l'histoire des secrets. Les Malfoy avaient tous été blonds, les Greengrass avaient tous été bruns, et du ventre d'Elizabeth Greengrass, femme de l'héritier de l'empire, mais pas des gênes familiaux, était née une petite blonde.
Il se racontait que Narcissa Malfoy détestait la gosse jusqu'à vouloir sa mort, preuve de l'affront reçu. Que cette mort, Lucius Malfoy la voulait aussi, parce que Daphné était la preuve de sa trahison envers sa famille. Et pour ces mêmes raisons, George et Elizabeth Greengrass voulaient en finir avec sa vie. Il se racontait que Daphné Greengrass était née au milieu d'un champ de bataille, et que soudain, c'est elle que tout le monde avait commencé à viser. Et puis que, contre toute attente, Daphné s'était trouvé un frère. Draco Malfoy. Ils étaient d'une ressemblance frappante, avec leurs cheveux d'une blondeur éclatante, et leurs yeux clairs. Lui les avait gris, elle bleus. On aurait dit des jumeaux, jusque dans leur rire, dans leur posture, dans leurs mots, et leur proximité. Mais l'un était légitime, et l'autre était une bâtarde. L'un avait été élevé avec pour seule visée de devenir un héritier charismatique et impitoyable, quand l'autre avait été délaissée, entourée de livres dont les héros partageaient une même qualité, la gentillesse.
Ainsi, Draco Malfoy, en grandissant, avait perdu sa gentillesse enfantine pour ne plus garder que son intelligence et sa beauté. Il combla le trou par de l'arrogance. Il était à la fois idolâtré et détesté, craint et respecté. Malgré cette différence grandissante, jamais la relation fusionnelle entre Daphné Greengrass et Draco Malfoy ne sembla s'essouffler.
Ils devaient partir. Partir loin. Lui, elle, et puis Blaise Zabini, aussi. Le dernier membre du trio, celui qui avait quitté Londres à l'âge de dix ans en bougonnant, abhorrant l'Écosse et le trou pommé dans lequel il s'en allait. Mais il n'avait pas eu le temps de prendre sa première inspiration d'air campagnard que deux fois il tombait : en amour, et en amitié. C'était rare, à n'en pas douter. C'était rare de connaître l'amour si jeune. C'était rare de trouver son âme sœur à cet âge, son frère, son meilleur ami.
Oh, il y avait bien d'autres personnes qui gravitaient autour d'eux, mais vraiment, ils constituaient le noyau central. Le connard, la bâtarde et le petit noir. Unis pour le meilleur et pour le pire et pour l'éternité, par les liens sacrés de l'amour, de l'amitié, et de la fraternité. C'était comme ça que ça devait se passer.
Et pourtant, Draco se tenait là, les bras ballants, incapable de penser correctement. Il sentait bien les regards sur lui, l'attente, l'envie de voir quelque chose, n'importe quoi – une émotion, peut-être ? – se montrer sur son visage. Il sentait tout ça, mais c'était quoi, à côté de la vision qu'il avait sous les yeux ? On venait à peine de lui annoncer que Daphné était morte, et voilà que le père de son pire ennemi – Qu'ils crèvent tous, les Potter – embarquait son meilleur ami pour le meurtre de sa sœur. Ça n'avait aucun sens, aucun putain de sens – d'ailleurs il le gueule, que ça n'a pas de sens, que Blaise aimait Daphné comme un fou, que s'il y avait quelqu'un, quelqu'un qui ne lui aurait jamais fait de mal, c'était lui. Mais c'est Draco, le fou, maintenant, et il voit bien les regards satisfaits des gens qui le haïssent. C'est qu'il craque, le petit con, c'est qu'il pleure... Ça lui apprendra, tient. Ça lui apprendra à se croire au dessus de tout. Et puis qu'il crève lui aussi. Ou bien qu'il finisse en taule. Et d'ailleurs... Pourquoi ce serait pas lui le coupable ?
Il y Pansy, derrière lui, qui le tire par la manche, qui lui dit de ne pas se donner en spectacle, qu'ils peuvent s'éloigner s'il veut, et qu'alors il pourra bien gueuler tout ce qui lui chante, frapper un mur comme dans les films, ou aller avec elle et Théo acheter de l'alcool fort – pas du Firewhisky, surtout pas du Firewhisky – avec leurs fausses cartes d'identité, celles qui ne servent à rien de toute façon, parce que tout le monde connaît sa tronche, sa belle gueule déjà adulte, et que tout le monde connaît son âge, et que s'ils veulent bien lui filer cette putain de bouteille de tequila, c'est uniquement parce qu'il paie le double du prix initial.
Ce qui le tue, Draco, c'est qu'il voit bien dans le regard de Pansy qu'elle les croit tous, à penser que Blaise a tué Daphné.
– Il l'a pas tué, je te jure qu'il l'a pas tué, qu'il dit.
Elle sert sa manche, et elle sourit. Elle ne le croit pas. Elle croit les autres, elle n'a jamais été futée. Elle est jolie, Pansy. Un joli petit mouton. Et demain, Blaise fera la une du journal local, avec un titre aguicheur, histoire d'être sûr de rameter les moutons. La une du journal des parents du joli petit mouton, et c'est bien, au fond, c'est bien. C'est ce qui lui permet de vivre, à Pansy. Ce qui lui permet de bouffer, d'aller au cinéma, de suivre ses cours de danse, d'acheter toutes ces jolies petites robes qu'elle ne porte jamais de toute façon, puisque l'uniforme est obligatoire. C'est que la petite robe Valentino ne s'achètera pas toute seule, alors on dit merci Blaise. Merci pour ce crime que tu n'as pas commis mais qu'on t'as mis sur le dos. Merci de prendre le rôle du bouc-émissaire. Merci pour ton sacrifice, il permet à certains de bouffer du caviar pendant le brunch du dimanche.
Putain, à quel moment on a pensé que c'était une bonne idée de bouffer des œufs de poisson ? Regardez-les ces abrutis. Foutez de la piquette du 24/7 du coin mélangée à un peu d'eau gazeuse dans une flûte, et ils vous diront que ce champagne a du caractère. Putains de parasites.
Alors Draco a comme une envie de dégueuler, et il aimerait bien se frayer un chemin, s'éloigner de la voiture de police, de la foule réunie autour, et de Pansy. Pendant un moment, il a envie de trouver Daphné, parce que Daphné, elle sait toujours l'apaiser, et puis il se rappelle, et la bile remonte à toute vitesse. Les larmes aussi. C'est pas un trou béant qu'il a dans la poitrine, comme ils disent dans les romans. Un trou, ça ne ferait pas aussi mal. Un trou, ce serait du vide, du néant. Hop, un petit coup de vent qui vous traverse, et puis c'est tout. Non, c'est autre chose. Un rongeur dans sa poitrine. Un rongeur qui boufferait tout ce qu'il serait en mesure de trouver. Pas seulement son cœur, non – Ce serait trop facile – mais ses entrailles tout entières. Un rongeur vampire, en fait. Tout ce qu'il n'est pas en mesure de bouffer, il le suce. Il bouffe, et il suce, et Draco a l'impression qu'un jour, il sera si gros qu'il sentira sa cage thoracique exploser et que ce monstre en sortira. Il aura les yeux jaunes. Dans ses cauchemars, il a toujours les yeux jaunes.
Il tire sa manche, il pousse Pansy. Elle essaie de le retenir, mais elle n'y arrive pas, gourde qu'elle est. De toute façon, ça ne sert à rien de le retenir. Lui, il veut juste faire demi-tour, partir loin, tant pis si c'est seul. Il veut s'éloigner des regards moqueurs, ou dégoûtés, pleins de pitié. Il veut s'éloigner des yeux jaunes. Partir le plus loin possible, et pourquoi pas quitter le monde. Ou trouver quelqu'un, quelque chose, n'importe quoi. Un sourire bienveillant, une étreinte aimante, un regard dans lequel il pourrait fonder tous ses espoirs. Un futur, s'il vous plaît. Un futur pour celui qui s'est perdu. Et une bassine, par pitié, une bassine pour vomir son monstre et sa bile.
Il y a une musique au loin. Il la connaît, tout le monde la connaît, mais il n'arrive plus à penser correctement, alors il se fiche bien de savoir, qui, quoi, quand, lui il veut juste avancer, et fuir. L'idée de se bourrer la gueule lui paraît plus qu'attrayante quand il voit Granger et Potter devant chez le disquaire. Se bourrer la gueule, et puis peut-être, sans doute, par pitié, éclater la bouteille vide sur la face de cet enfoiré de Potter. Que toute cette ville crève. Qu'ils brûlent tous en enfer. Jusqu'aux derniers décibels de leurs foutues voix. Sauf peut-être... Sauf peut-être celle-là...
– Il l'a pas tuée, je suis sûre qu'il l'a pas tuée, qu'elle dit, Granger.
Oh... I'll Stand By You.
Voilà! Ça vous donne plus d'info sur l'histoire, et sur le style d'écriture employé. J'aime beaucoup écrire avec ce style là d'ailleurs, au passage. P-e que vous vous en foutez, mais je tiens à le préciser !
Allez, bisous.
Et comme le dit si bien Tyler, the Creator : Saumon et glace.
