Il s'agissait leur première affaire avec le petit nouveau, et Hotch sentit une pointe d'appréhension à l'idée de laisser l'étrange et quelque peu déconcertant Docteur Reid aller sur le terrain. Ce sentiment ne changea en aucune manière quand le jeune homme s'arrêta sur l'aérodrome dans une Volvo qui semblait avoir connu plus de printemps que Hotch.

Le Docteur Reid descendit de la voiture et salua nerveusement Hotch avec un signe de tête :

- Agent Hotchner. Halaimon, ajouta-t-il en répétant le même geste vers le grand dæmon qui se tenait aux cotés de Hotch.

Celui-ci se figea. Personne ne parlait jamais au dæmon de quelqu'un d'autre à moins d'y avoir été expressément autorisé, il s'agissait là d'une règle tacite. Voir son nouveau collègue s'adresser à Hal d'une manière si naturelle, c'était pour le moins déconcertant.

Son attention fut détournée de ce faux-pas social par un éclair marron à coté des pieds du jeune homme. Une créature avait surgi comme une flèche de la voiture, s'était éloignée en bondissant et était allé s'évanouir entre les massifs qui bordaient le parking avant que Hotch ait pu en avoir une vision claire.

- Qu'est-ce que c'était ? demanda-t-il, son irritation oubliée tandis que Hal tressaillait de surprise.

Le Docteur Reid haussa les épaules avec indifférence avant de se pencher dans sa voiture pour prendre son sac de voyage, puis fermer la porte avec sa hanche.

- Aureilo. Il sera revenu avant le décollage. Auriez-vous les notes sur l'affaire ?

Il avait raison. Hotch s'était à peine installé sur son siège, dans le jet, que la créature réapparut, bondissant aisément sur les marches et observant la cabine avec sa tête inclinée sur le coté.

Hotch nota qu'elle était petite. Puis, il remarqua comme elle semblait délicate. Ni l'un ni l'autre ne fut une surprise.

- C'est une lapine, commenta Morgan en abaissant le dossier qu'il tenait et avec un grand sourire vers la créature dégingandée. Ca te va bien, Beau Gosse.

Reid envoya à Morgan un drôle de regard à ce surnom, alors que son dæmon hérissait sa fourrure de colère et se redressait sur ses pattes arrières.

- Certainement pas, siffla-t-il d'une voix indéniablement masculine. Je suis très clairement un Lièvre Européen, et définitivement masculin.

Reid continua de lire calmement son dossier, ses yeux ne quittant jamais la page pendant que les regards des autres passaient tout à tour de lui à son dæmon.

-o-o-o-

Il ne savait pas vraiment quand c'était arrivé mais, un jour, Reid avait fini par arrêter de tressaillir quand Morgan passait amicalement un bras autour de ses épaules. Sans qu'il le remarque, cela avait cessé de n'être qu'un simple travail, et Reid soudain s'était retrouvé avec davantage que de simples collègues.

- Je suis vraiment obligé de porter ce chapeau ? demanda-t-il avec horreur en voyant la monstruosité criarde en forme de gâteau d'anniversaire dans les mains de JJ.

Elle ignora son cri de désarroi et enfonça le chapeau sur sa tête. Son dæmon Colias hyale perché avec légèreté dans ses cheveux comme une barrette particulièrement réaliste, elle affichait un sourire radieux, et Reid réalisait avec horreur qu'il n'allait pas échapper à ce moment de partage entre coéquipiers.

- Ce n'est pas tous les jours que tu as vingt-quatre ans, Spence.

Aureilo esquiva le dæmon de Morgan, car l'exubérant boxer essayait de lui donner des coups de museaux affectueux.

- Naemeria, à cause de toi je suis tout humide ! grommela le lièvre en grattant le bout de fourrure humide avec sa patte arrière.

Le boxer ne répondit pas, mais regarda Reid et lui fit un clin d'œil.

Elle se pencha par-dessus son bureau pour regarder le chapeau de Reid de plus près, son propre démon furet fermement agrippé sur l'épaule.

- Tu te plains beaucoup pour quelqu'un d'aussi petit, dit-elle.

Il y eut un court instant de silence tendu quand elle réalisa qu'elle s'était adressée au dæmon d'une autre personne, et elle attendit que Reid s'en offense.

- C'est vrai que tu te plains beaucoup, dit le génie à son dæmon en ignorant délibérément le souffle chargé de colère que le lièvre laissa échapper.

Quand Reid leva les yeux, son équipe souriait à nouveau. L'instant de maladresse s'était évanoui et Hotch le regardait depuis le couloir avec une expression que le jeune homme ne pouvait pas même commencer à comprendre.

-o-o-o-

Si Reid ne parlait pas souvent, ce n'était pas le cas d'Aureilo.

Quand il prenait la peine d'être présent, en tout cas. Chaque fois qu'il n'était pas là, Reid errait avec un regard étrangement vide, comme si la moitié de son esprit était ailleurs.

Il était toujours brillant, néanmoins ; et plus encore quand il avait son dæmon pour pallier ses réserves. Au bout d'un moment, les membres de l'équipe arrêtèrent de se soucier du fait qu'ils ignoraient si une question destinée à Reid serait répondue par jeune homme lui-même ou par son dæmon.

Hotch n'était pas certain du moment où il avait commencé à respecter l'homme à part entière, mais cela pouvait être aux alentours du jour où Reid avait tué un homme d'une balle dans la tête pour sauver leurs deux vies, sans que Hotch n'ait à dire un seul mot.

-o-o-o-

Tout l'entrainement du monde ne peut vous préparer efficacement au moment où quelqu'un pointe une arme sur vous, et la seule chose qui empêcha Reid de perdre la tête quand Dowd le visa, ce fut la présence solide de Hotch à ses cotés.

Quant à savoir qu'Aureilo était hors de portée, dehors avec le reste de l'équipe, eh bien… ce n'était pas un mal non plus.

Hal grogna depuis le mur où le dæmon protèle de Dowd l'avait acculée. Hotch frappait Reid en criant des insultes et en essayant de lui faire comprendre son plan sans se trahir.

C'était presque insultant. Reid avait compris ce que voulait Hotch dès le moment où celui-ci avait éloigné les civils de sa ligne de tir. Après cela, ce fut presque trop facile de prendre le Glock de l'étui à la cheville de Hotch et de tirer sur Dowd directement entre les bourrelets sus-orbitaires.

Pas le plus sûr des tirs ; rater sa cible aurait entrainé leur mort garantie. Mais un tir dans la poitrine les aurait également tués, car Dowd aurait eu le temps de tirer en retour. Le long moment qu'il lui fallut pour que son doigt serre la détente fut empli de toutes les possibilités, de toutes les conséquences possibles de ce mouvement.

Prendre une vie aurait dû être plus difficile. Il était certain que le coutre-coup arriverait plus tard.

Hotch vint le retrouver au niveau de l'ambulance et, en voyant les rides d'inquiétudes sur son front, Reid voulut rire.

- Hotch, vous frappez comme une fillette de neuf ans, le taquina-t-il.

Les rides d'inquiétude ne disparurent pas, mais un petit sourire apparut.

Dès que Hotch fut hors de portée, Aureilo lui dit d'une voix ferme :

- Je ne te laisse plus jamais hors de ma vue.

Reid regarda les oreilles de Hal se tourner vers eux ; elle les écoutait clairement.

Il pensa à toutes les manières dont la situation aurait pu déraper et fut parcouru d'un frisson.

- Cela me convient très bien, admit-il en passant affectueusement la main le long du dos de son dæmon.

-o-o-o-

Son équipe était en train de boire, de se laisser aller, les horreurs de leur travail les ayant vite quittées dès qu'ils étaient entrés dans le bar. Hotch était assis seul et les regardait tout en buvant silencieusement le contenu de son verre.

Hal était étendue sous la table, loin des pieds inattentifs, ses yeux et ses oreilles concentrés sur tout ce qui l'entourait. Occasionnellement, un des occupants du bar l'apercevait et commentait sa taille. Ils s'en allaient ensuite quand ils se rendaient compte que Hotch les ignorait, ou lorsqu'ils voyaient le léger plissement du museau de Hal.

Quelqu'un se glissa sur le siège à coté de lui, et se décala jusqu'à ce qu'ils soient côte à côte. Reid était seul, Aureilo hors de vue. Cela ne surprenait plus Hotch, désormais. Un jour, il lui demanderait comment il faisait cela mais, pour l'instant, il considérait que c'était simplement dû au fait que Reid était Reid.

- Je pensais que Morgan devait jouer les assistants drague pour toi ? demanda-t-il à Reid en notant la rougeur du visage de celui-ci et le verre à moitié vide dans sa main.

Reid rit nerveusement.

- C'était le cas. Il a été distrait et je me suis échappé. Me disait que je serais plus en sécurité par ici.

Hotch rit doucement et un silence agréable tomba, jusqu'au moment où Reid se mit à faire à voix basse le profil des personnes présentes dans le bar, presque comme s'il se divertissait lui-même.

Hotch le laissa disserter en le corrigeant à l'occasion, et il se rendit compte que les efforts de Morgan pour enivrer leur plus jeune collègue avaient bien portés leurs fruits. Appuyé sur son bras pour mieux voir les personnes qui les entouraient, Reid ne cessait de glisser en avant quand son coude dérapait sous lui et il se dépêchait de corriger régulièrement sa posture avant d'atterrir sur Hotch.

Il finit par arrêter de corriger sans cesse sa posture et laissa son corps s'incliner jusqu'à se retrouver contre Hotch, tout en faisant la liste des noctambules qui avaient des fétichismes embarrassants (ce qui fit naître un tas de questions intéressantes mais absolument pas professionnelles dans l'esprit de Hotch) et en énumérant les noms scientifiques de leurs dæmons comme pour une animation de fête.

Hotch ne se joignit pas à lui. A un moment donné, son attention s'était entièrement tournée vers la surface chaude du corps de Reid appuyé contre le sien, et son esprit se demandait distraitement ce que cela ferait d'avoir le reste de Reid contre lui – et d'où est-ce que ça lui venait au juste ?

Quand Reid se tourna pour lui faire face, les yeux brillants et la bouche tordue en un délicieux sourire, Hotch déglutit péniblement et essaya, sans succès, de ne pas imaginer ce que cela ferait d'aller à la rencontre de ces lèvres avec les siennes.

A ses pieds, Hal resta silencieuse mais, quand il baissa le regard vers elle, ses yeux étaient écarquillés de surprise.

- Pourquoi vous dites que c'est une louve ? demanda Reid qui avait suivi son regard vers le dæmon.

Hotch se figea, acculé.

- Pourquoi pas ?

Il sut avant même d'avoir ouvert la bouche que poser cette question à l'homme qui connaissait le nom scientifique de tous les dæmons de la pièce était une erreur.

- Elle n'est pas à cent pour cent louve, dit Reid à voix basse.

Le cœur de Hotch rata un battement en entendant quelqu'un le dire.

- Son museau et ses oreilles la trahissent, continua Reid.

Hotch fit courir ses doigts le long de son verre et essaya la condensation sur son jean. Le coté de sa main frôla la jambe de Reid et la chair de poule s'empara de ses bras.

- Je ne suis pas très doué pour savoir ce que je veux, murmura-t-il.

Reid fut parcourut d'un frisson.

-o-o-o-

C'était toujours pire quand des enfants étaient impliqués. A travers la fenêtre sans tain, Reid observa Hotch consoler le garçon qui venait de perdre sa mère. Le dæmon de l'enfant ne semblait plus être qu'une vive lueur vacillante alors qu'il ne cessait de passer d'une forme à une autre, complètement terrifié.

Hal était là, à l'écart, afin de laisser l'enfant respirer. Quand Reid le vit abandonner et s'effondrer, en larmes, dans les bras de Hotch, il crut voir dans le regard du loup quelque chose qui ressemblait à de l'envie.

L'une des longues oreilles d'Aureilo eut un mouvement rapide tandis qu'il s'asseyait sur le bureau pour voir clairement la scène.

- Je n'aurais jamais pensé que nous trouverions quelqu'un de plus seul que toi, fit le lièvre.

Reid déglutit difficilement et ne répondit pas, sa gorge trop sèche pour former un son.

-o-o-o-

D'une certaine manière, Hotch ne fut pas surpris que ce soit Arlo, le dæmon d'Elle, qui le fasse en premier.

- Votre tueur à une expérience militaire, affirma un jour le furet d'une voix abrupte en levant le regard de la carte de Reid.

A part ce dernier, toutes les personnes présentes dans la pièce s'immobilisèrent et fixèrent Arlo, stupéfait d'entendre la voix du dæmon ; même s'ils côtoyaient Aureilo tous les jours.

C'était plus étrange quand cela ne venait pas de la véritable collection d'étrangeté qu'était Spencer Reid.

Morgan ouvrit la bouche pour répondre, avant de prendre une expression indécise et de jeter un regard frénétique à Elle pour lui en demander la permission. Elle observait son dæmon avec une expression songeuse et n'avait pas remarqué le désarroi de son collègue.

- Arlo a raison, fit Reid en quittant son dossier des yeux. Regardez la manière dont la pièce est organisée. Cela aurait dû nous sauter aux yeux dès le début.

- On a été dérouté par la négligence dont il a fait preuve en tuant, affirma finalement Morgan en se laissant aller contre le dossier de sa chaise tout en cachant un sourire.

Quand Naemaria se joignit à eux avec ses propres observations prudentes, Hotch ne put s'empêcher de sourire. Aussi étrange que cela puisse paraître pour un regard extérieur, aussi déconcertant l'idée de leurs dæmons parlant librement aux autres soit-elle, quelque part cela semblait… dans l'ordre des choses.

Hal resta à ses cotés et ne dit rien, mais ses yeux ne quittaient pas Reid.

-o-o-o-

Reid retira son gilet presque aussitôt après être monté dans le train dans lequel Elle était retenue en otage, et Hotch n'était pas certain de savoir ce qu'il allait faire au gamin quand il aurait mis la main sur lui.

S'il mettait la main sur lui. S'il en avait la chance.

En fin de compte, le choix ne fut pas difficile à faire.

-o-o-o-

Hotch frappa à sa porte cette nuit-là, et Reid sentit l'anxiété ramper en lui à la perspective de se voir passer un savon par son supérieur.

Il avait déjà minutieusement préparé ses arguments, prêt à affirmer que, logiquement, retirer son gilet et tenter de négocier avec le preneur d'otage était le mieux à faire. Il s'était préparé à tout ce que Hotch pourrait faire.

En tout cas, c'était ce qu'il pensait.

Il offrit un siège à Hotch en s'attendant à tout, vraiment. Au lieu de tout ce qu'il avait pu imaginer, il fut attiré dans un baiser vigoureux qui le laissa sans voix.

Il s'était préparé à tout, sauf ça.

Il y avait une sorte de désespoir empli de panique dans le baiser, comme si Hotch essayait de compenser une journée passée à imaginer qu'il n'en aurait jamais l'opportunité, et chaque parcelle du corps de Reid qui venait à son contact le brûlait.

- Hotch, qu'est-ce que… ? haleta-t-il quand ils se séparèrent finalement.

Il fit un pas en arrière et tomba maladroitement sur le canapé. Sa tête tournait et tout le sang contenu dans son corps prit un virage abrupt vers le bas.

Hotch ne répondit pas mais lui lança un étrange regard et s'avança au dessus de lui, le plaquant contre le coussin, une des jambes placée entre celles de Reid. Ce dernier s'arqua presque involontairement pour venir à sa rencontre, ce qui le fit gémir contre la bouche de Hotch.

Hotch jura, les pupilles dilatées, l'air aussi désarçonné que lui par l'intensité de cette expérience soudaine. Baissant la tête, il mordilla le cou de Reid. Le jeune génie devint brusquement conscient du besoin insistant de réajuster son pantalon. A en juger par le gémissement tendu que laissa échapper Hotch, il venait lui aussi d'en prendre conscience.

Inclinant sa tête en arrière, Reid expira, la respiration sifflante. Son regard tomba sur Aureilo, blotti contre une des pattes avant du grand chien-loup, qui le poussait du museau avec affection. Les yeux d'Aureilo étaient en partie clos, son regard ordinairement acéré devenu trouble.

Hotch devait avoir levé les yeux, lui aussi, car il se figea contre Reid, les battements de son cœur résonnant dans les deux cages thoraciques.

- Jamais encore elle n'avait laissé un autre dæmon la toucher, révéla-t-il.

Sa voix, plus profondes que d'habitude de plusieurs octaves, ce qui envoya une autre vague de désir liquide droit vers l'entrejambe de Reid.

Il se tourna sous Hotch pour mieux voir et gémit en tremblant sous la sensation du poids du corps de Hotch contre le sien.

- Hotch, souffla-t-il.

Puis, parce qu'il existait un point de non retour et qu'ils étaient sur le point de le franchir :

- Aaron.

Le deuxième gémissement était davantage marqué, empreint de besoin, et d'un mouvement brusque, Hotch alla batailler avec la fermeture éclair de Reid. Il frôla l'entrejambe de Reid, s'arrêta, pressa sa main contre la longueur dure ; et il y eut un long moment figé quand Reid eut l'impression que son corps était en feu.

Puis son pantalon fut retiré, Hotch ouvrit le sien, et ils glissaient l'un contre l'autre dans un désordre maladroit de peau et de sueur, Reid articulant silencieusement une litanie contre le cou humide de Hotch alors qu'ils se précipitaient vers un orgasme brusque.

Hotch se pencha pour les envelopper tous deux de sa main et la hanche de Reid ondula contre son autre paume. Sa main était chaude et sèche, Reid fut vaguement conscient qu'Aureilo disait quelque chose d'inintelligible en arrière-plan, et c'était beaucoup trop.

- Spencer, fit Hotch.

Il y avait dans cette voix une pointe d'autorité à laquelle Reid ne put s'empêcher d'obéir. Il se rua vers le sommet tandis que Hotch se raidissait et jurait à nouveau avant de le suivre, quelques instants plus tard.

Plus tard, ils s'habilleraient comme si rien ne s'était passé. Pendant que Hotch remettrait sa cravate correctement, Reid attraperait son regard et demanderait : pourquoi aujourd'hui ? Pourquoi moi ?

Hotch ne répondrait pas, détournant les yeux avec un regard vide qui masquait presque ce qu'ils venaient de faire. Ce fut Hal qui répondrait, et sa voix était plus riche et douce que Reid l'avait jamais imagé.

- Peut-être que nous sommes fatigué d'être seuls, dirait-elle avant de lécher le flanc d'Aureilo et de respirer ardemment son odeur.

-o-o-o-

C'était une semaine après que ça soit arrivé, et Hotch n'était toujours pas certain qu'il ne s'agissait pas uniquement d'un fantasme d'un érotisme insensé que son cerveau aurait concocté pour détourner son attention du travail et la concentrer sur son attraction grandissante envers son subordonné d'une jeunesse obscène.

Puis, il leva les yeux de son bureau pour voir Reid qui se trouvait dans l'open-space et agitait les bras en essayant d'expliquer une quelconque théorie compliquée à un Morgan au regard vide. Quelque chose, dans les profondeurs de son estomac, se réveilla en rugissant avec un vif intérêt.

Aureilo et Hal semblaient avaient été capturés par les yeux de l'autre, un changement de comportement effrayamment évident, et Hotch se retrouvait pratiquement obsédé par cette idée alors qu'il attendait que quelqu'un le remarque. Personne ne semblait pourtant remarquer combien les deux dæmons s'asseyaient proches l'un de l'autre quand ils étaient tous deux présents.

Les dæmons ne se touchaient cependant pas, et Hotch leur en était reconnaissant. Il ne pensait pas que Reid ou lui auraient pu le supporter.

Un jour, il trouva Reid en train de mélanger ce qui ressemblait à la moitié du bol de sucre dans son café, et les mots sortirent avant qu'il ne puisse les en empêcher :

- Ce qui est arrivé ne signifie rien.

Reid se tourna vers lui avec un regard stupéfait, et Hotch s'empressa de se corriger avant que quelqu'un n'entre et voie ses oreilles devenir écarlates.

Parce que, bon sang, il ne pouvait plus regarder Reid sans que le souvenir de ce à quoi cet homme ressemblait quand il était allongé sous lui vienne rôder dans son esprit et teinter toutes leurs interactions.

- C'était uniquement… quelque chose de fortuit et sans lendemain.

Reid eut un rire étrange et sourit de ce sourire déstabilisant.

- Ne vous inquiétez pas, Hotch. C'est juste du sexe. Cela n'a pas à signifier quoi que ce soit si vous ne le voulez pas.

Hotch se dit qu'il était soulagé, mais la voix de Reid avait légèrement fléchi sur la dernière phrase et il n'était pas certain qu'il s'agisse de la vérité, pour l'un comme pour l'autre. Sans parler que la manière calme dont Reid avait dit « juste du sexe » avait fait naître une jalousie à peine retenue.

Hotch n'aimait pas partager.

Puis, Lila Archer arriva et Reid se mit à la regarder avec cette expression aux yeux écarquillés qu'il n'avait auparavant que pour lui, et Hotch n'était pas sûr de savoir si c'était à Hal ou à lui que cela hérissait davantage le poil.

-o-o-o-

Finalement, il se lança. Comme il avait dit à Reid, il n'avait jamais été doué pour savoir ce qu'il voulait.

Le téléphone sonna dans le vide et il raccrocha avec une expression légèrement soulagée. Il ne savait même pas vraiment pourquoi il appelait son ex ; ils étaient restés en bons termes après leur séparation, mais cela n'avait mené nulle part.

Quand son téléphone portable sonna quelques minutes plus tard et que le nom d'Haley apparut sur l'écran, il songea à ne pas répondre.

- Pourquoi est-ce que tu fais ça ? demanda Hal avec mauvaise humeur.

Pour une raison inconnue, cela le poussa à décrocher.

- Haley ? Bonjour, c'est Aaron. Je me demandais si tu voulais qu'on se revoie.

Le repas était bien, le sexe qui suivi était bien, et pendant tout ce temps Hal regarda avec désintérêt tandis que Hotch ne s'était jamais senti aussi déconnecté par rapport à son propre plaisir. Il accepta prudemment un autre rendez-vous en ignorant le grognement mécontent de Hal.

Il n'avait jamais été à coté de la plaque à ce point avec elle.

Qu'est-ce qui n'allait pas chez lui ?

-o-o-o-

Sa mère lisait en silence dans la salle de conférence en attendant que Reid la ramène chez elle, et il prit quelques secondes pour savourer la quiétude du moment.

Son dæmon guépard était assis à ses pieds, son pelage négligé agglutiné en touffes de fourrure dorée tachetée, et ses yeux erraient dans la salle sans se concentrer sur quoi que ce soit. Son esprit était à des millions de kilomètres de là.

Le dæmon de sa mère avait toujours était un indice de l'éminence d'un épisode, et Aureilo l'avait toujours averti en silence de la détresse de Sonnet. Ce jour là, Aureilo les regardait sans rien dire.

Une voix grave, derrière lui, le fit sursauter.

- Cela a dû être difficile de grandir avec uniquement ta mère.

Venant de qui que ce soit d'autre, il aurait éludé la question. Venant de Hotch, il n'osa pas.

- Ce n'était pas si mal, répondit-il en essayant de faire en sorte que son regard ne s'attarde pas trop longtemps sur son supérieur. Les femelles Acinonyx jubatus élèvent toujours leurs petits toutes seules.

Les mots « ne signifie rien » s'attardaient dans son esprit comme s'ils y avaient été marqués au fer, et il refusa obstinément de reconnaître combien ils lui faisaient mal.

Les sourcils de Hotch tressautèrent.

- Tu sais, les dæmons n'en révèlent pas toujours tant que ça sur leurs humains. Tu ne te nourris pas de carottes.

Reid lutta contre le désir de faire à Hotch un exposé sur le régime alimentaire des lièvres européens. Au lieu de cela, il haussa les épaules avec nonchalance.

- Je pense que nos dæmons en disent beaucoup sur nous. Les loups courent en meutes.

L'épaule de Hotch frôla la sienne et Reid essaya de ne pas appuyer le contact.

Il échoua.

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Garcia était blottie contre Morgan, les yeux rouges bordés de larmes et son dæmon pie sur l'épaule, pour une fois immobile et silencieux. Naemaria était en boule autour des pieds de Morgan, le regard terrifié.

Hotch faisait les cent pas, agité ; le temps coulait lentement pendant qu'ils attendaient des nouvelles d'Elle. Reid ne se trouvait pas avec eux, il était parti prendre un café. L'anxiété de vouloir toute son équipe autour de lui pendant qu'ils attendaient le rongeait.

- Vous allez bien ? demanda doucement JJ, son papillon agitant les ailes, alors qu'il entamait la quatrième boucle autour de la salle d'attente.

Il acquiesça, la gorge trop serrée pour trouver les mots.

Gideon se tenait à l'écart, les épaules voûtées d'une culpabilité semi-avouée, et Hotch savait qu'il aurait dû aller le voir pour le réconforter. Seulement, c'était difficile à faire quand Elle était toujours en train de saigner sous le scalpel d'un chirurgien. Il ne blâmait pas Gideon.

Il ne pouvait pas ne pas blâmer Gideon.

Le pas léger des tennis annonça le retour le Reid, qui tandis sans un mot à Hotch un café dont il n'avait pas vraiment besoin. Ils se trouvaient à l'écart de l'équipe, à regarder le petit groupe soudé, et Hotch fut frappé par le sentiment d'être ridicule.

- J'ai menti, dit-il soudain. Je ne veux pas que ça ne signifie rien.

Reid ne répondit pas mais fit un pas microscopique vers lui et, quand le médecin leur dit finalement qu'Elle était vivante et qu'elle le resterait, il posa une main réconfortante sur le bras de Hotch.

-o-o-o-

Hotch rentra avec la démission d'Elle pesant lourd dans sa main.

- Je n'ai pas pu dire au revoir, marmonna Reid dans le t-shirt de Hotch avec une trahison évidente dans la voix.

- Parfois, on ne le peut pas.

-o-o-o-

La remplaçante d'Elle se révéla intelligente et vive d'esprit, et Aureilo sembla faire du fait qu'elle se sente la bienvenue dans l'équipe une affaire personnelle.

La première fois que le dæmon s'adressa directement à elle, Emily Prentiss sourcilla à peine avant de lui répondre, l'air imperturbable. Ils découvriraient avec le temps que très peu de choses avaient le pouvoir de lui faire perdre ses moyens. Son dæmon, un mince chat noir aux yeux verts, cligna lentement des yeux en direction du lièvre et ronronna comme si cela lui plaisait.

- Je l'aime bien, annonça Aureilo plus tard, cette nuit-là, tandis que Hotch piochait dans l'assiette de nourriture indienne de Reid, laissée sans surveillance par ce dernier, afin d'en donner au lièvre qui attendait.

Il avala pour pouvoir répondre, mais fut pris de vitesse.

- Moi aussi, affirma Hal en battant de la queue deux fois pour appuyer ses dires.

Reid ne leva pas les yeux de son livre mais quand Hotch regarda dans sa direction, un sourire étirait ses lèvres.

-o-o-o-

Quand, finalement, cela arriva, ils étaient au milieu d'une affaire et c'était une erreur.

Reid était tendu, stressé par l'aspect vicieux des crimes sur lesquels ils enquêtaient. Aureilo, pour une fois, restait à proximité et faisait le tour de la salle à grandes foulées alors que Reid faisait les cent pas devant la carte.

Cela arriva l'espace d'une seconde ; Hal s'avança et donna un coup de museau affectueux au lièvre quand il passa. Cependant, Morgan regardait dans sa direction.

- Je n'avais pas réalisé que vous étiez si proches tous les deux, plaisanta Morgan.

Et ils auraient simplement pu en rester là si Hotch ne s'était pas figé, s'il avait répondu par une plaisanterie, s'il avait pris cette phrase pour la simple pique que c'était censé être.

Un silence similaire de l'autre coté de la pièce lui indiqua que Reid avait eu exactement la même réaction.

Prentiss leva des yeux acérés et le seul réconfort qu'il put puiser dans le regard qu'elle lui lança, ce fut qu'il avait eu raison de l'engager. Elle avait un bon instinct.

JJ et Morgan mirent un peu plus de temps, mais seulement parce que c'était la dernière chose à laquelle ils s'attendaient. Leurs yeux contemplèrent la même réalité surprenante en même temps.

- Nous en parlerons plus tard, murmura Gideon d'une manière menaçante.

Hotch put voir Reid paniquer.

- Reid, JJ, allez voir Hankel pour confirmer son rapport, ordonna-t-il en se disant qu'il pouvait au moins donner au jeune homme le temps de se préparer.

Reid et JJ sortirent en silence, leurs dæmons proches d'eux, et ni l'un ni l'autre ne dit « au-revoir ». Car après tout, que pouvait-il arriver ?

Il y a toujours un prix à payer quand on baisse sa garde.

-o-o-o-

Ce jour-là, Hotch apprit finalement le fait le plus surprenant concernant Spencer Reid.

Sans lui, il lui était impossible de respirer.


Merci Julindy pour la review !