Note de l'auteur : Coucou, voici la suite ! :D Par contre, au risque d'en faire déchanter certains, ceci ne sera pas une fiction longue. Il y avait 3 chapitres de prévus à la base + un épilogue. "Avait", parce que cette partie II vient d'être coupée en deux. Donc on passe de trois à quatre chapitres. Bref.
Merci à ceux qui m'ont laissé des reviews malgré ma longue absence ! :') Les réponses sont après le texte.
II - Ténèbres crépusculaires
Le quotidien de Gérard avait changé. Il ne vivait plus désormais que dans l'attente des visites de sa Succube aux boucles rubis. Elle apparaissait toujours tard le soir, lui prenait du sang en quantité qu'il devinait non négligeable - il avait fréquemment des points noirs devant les yeux quand elle finissait son office - et puis disparaissait.
C'était ça qui le chagrinait le plus. Le fait qu'il ne savait pas quand elle reviendrait. Il n'y avait pas de jour ou d'heure précises. Elle venait, environ une fois par semaine, mais c'était tout.
L'autre chose qui l'attristait, c'était le manque de dialogue entre eux. Depuis la première visite de la jeune femme, les seuls mots qu'elle lui avait adressés avaient été du type : « Ne bouge pas » ou « Allonge-toi », ou encore : « Redresse la tête ». Lui-même n'avait jamais véritablement le temps de dire quelque chose avant qu'elle ne commence.
ooOoo
Assis au bord de son lit, le bleu attendait. Jetant de temps à autres un regard au radioréveil sur la commode, il tenta de se retenir son excitation. Cela faisait une semaine exactement qu'elle était venue. Jamais elle n'avait laissé passer plus de sept jours entre deux de ses visites et Gérard était donc certain qu'elle viendrait ce soir-là.
Un pas léger derrière lui le fit se retourner d'un bond.
« Pas encore couché ? »
Il sentit son cœur battre sur un rythme effréné alors qu'il détaillait le visage fin en face de lui, la peau pâle, les lèvres pleines, la façon dont les mèches pourpres recouvraient à demi le front, retombant en une frange qui dissimulait partiellement l'œil droit...
« Je t'attendais. », dit-il d'un ton laissant entendre que c'était évident.
La nymphe fronça les sourcils mais ne répliqua pas et entreprit plutôt de faire le tour du lit pour se rapprocher de lui. S'arrachant à sa contemplation, le jeune Faust leva une main pour lui faire signe d'attendre.
« Je... Est-ce que ce serait possible de... discuter un peu ? »
L'angle des sourcils pourpres s'accentua.
« Si tu ne veux plus que je boive ton sang, dis-le. », lâcha la rousse d'un ton neutre.
Gérard se figea un instant, interloqué.
« Non ! Non non, ça n'a rien à voir !, s'exclama-t-il, tentant de dissiper le malentendu. Tu peux boire mon sang autant que tu veux ! Je me disais juste... Hé bien..., hésita-t-il en se frottant la nuque. Que nous pourrions communiquer un peu plus.
- ... Tu veux que nous... communiquions... plus, répéta lentement la jeune femme. Pourquoi faire ?, demanda-t-elle, déconcertée.
- Je ne sais pas, avoua le bleu, mal à l'aise. Pour se connaître mieux ?, tenta-t-il avec espoir. Je ne sais même pas comment tu t'appelles. », continua-t-il d'une voix qu'il trouva horriblement plaintive.
Muette, la Succube le dévisagea un long moment, son visage ne traduisant aucune émotion. Finalement, elle le fixa dans les yeux, et il dut se retenir de déglutir devant l'intensité qui habitait les pupilles sombres.
« Je ne vois pas vraiment en quoi nous connaître mieux nous serait profitable, déclara-t-elle d'une voix qui laissait entendre son désintérêt pour la matière.
- Mais ! », protesta-t-il avec vigueur.
Voulut protester avec vigueur. Car la belle rousse apparut devant lui comme par magie. Un doigt fin appuya sur son sternum et il bascula en arrière sur son lit. Aussitôt, elle s'assit à califourchon sur lui et enserra ses biceps dans une poigne d'acier.
Leurs nez n'étaient qu'à un ou deux centimètres de distance et il sentait son souffle lui caresser la mâchoire. Gérard pensait qu'elle irait directement dans son cou étancher sa soif, mais elle resta immobile au-dessus de lui, l'étudiant avec attention.
« Je suppose que tu as bien droit à une rétribution pour me laisser m'abreuver à toi. », admit la demoiselle d'un ton songeur.
Les lèvres du jeune homme s'entrouvrirent sous la surprise. Le prenant au dépourvu, elle descendit son visage dans son cou. Il éprouva un discret chatouillis qu'il savait du aux boucles vermeilles et se prépara mentalement à l'engourdissement qui n'allait pas tarder à se diffuser dans son corps.
Une bouche chaude lui effleura l'oreille.
« Mon nom c'est Elsa. Et maintenant, laisse-toi faire. », chuchota-t-elle d'un ton sans réplique.
ooOoo
« Anges et démons : mythe ou réalité ? Ote-moi d'un doute, ce sont tes lectures habituelles ? »
Sursautant violemment, Gérard lâcha le livre qu'il tenait et jura quand le volume lui écrasa les orteils. Sautillant sur un pied pour tenter de faire s'évanouir la douleur, il se tourna vers la personne qui venait de s'exprimer.
Appuyée contre sa commode, Elsa haussa un sourcil curieux en feuilletant le bouquin qu'elle avait dans les mains. Elle n'eut pas l'air d'y voir grand-chose d'intéressant car l'épais pavé rejoignit rapidement l'endroit où le bleu l'avait posé auparavant.
Son regard sombre revint sur le jeune homme qui se tenait toujours avec un pied en l'air, agrippant sa chaise pour ne pas perdre l'équilibre. S'avançant de sa démarche chaloupée qui fit, comme à son habitude, manquer un battement au cœur du garçon, elle se baissa pour ramasser l'ouvrage que le jeune Faust avait laissé échapper.
« La quête du Vampire : Faits et légendes, lut-elle à voix haute. Gérard, gronda-t-elle d'un ton menaçant. Combien de fois devrai-je te dire que je ne suis pas une de ces saletés de Vampyrs ?
- Je sais bien que tu n'en n'es pas un, plaida-t-il en essayant de reprendre son livre. Mais tous les auteurs qui ont traité le thème des Succubes l'ont fait en étudiant les Vampyrs. »
La rousse renifla d'un air dédaigneux, lui colla le volume dans la main, manquant de lui faire perdre l'équilibre, et se détourna pour aller se laisser tomber gracieusement sur le lit.
« De toute façon, déclara-t-elle en prenant un air hautain, la majorité de ce qui est écrit là-dedans est bonne à jeter à la poubelle. Comme si la lumière du soleil pouvait nous faire quoi que ce soit ! »
Ce fut au tour du bleu de manifester sa curiosité.
« Tu ne crains pas le soleil ?, demanda-t-il en reposant prudemment son pied par terre. Mais pourquoi tu ne viens que la nuit, alors ? »
Même lui ne put s'empêcher de faire une grimace devant l'intonation plaintive de sa voix. On aurait cru entendre un gamin boudeur, pas un adulte de plus de vingt ans !
« Parce que c'est beaucoup plus simple pour moi de me déplacer quand il fait nuit. Je veux dire par là qu'il y a bien moins de monde dans les rues, développa-t-elle en captant son froncement de sourcils. Et puis, par égard pour toi, aussi, ajouta-t-elle comme si c'était l'évidence même.
- Comment ça ? »
Le regard qu'elle lui accorda laissait aisément deviner ce qu'elle pensait de ses capacités mentales.
« Au vu de la réaction de ton corps quand je me désaltère, je pense que tu seras d'accord avec moi pour dire qu'il serait malcommode que je passe le matin, juste avant que tu ne partes étudier... Ou au beau milieu de la journée, ce qui susciterait sans nul doute des interrogations de la part de tes amis devant ta tête de zombie... »
Le ton était clairement ironique. Il ne pouvait toutefois pas réellement lui reprocher ses sarcasmes. Maintenant qu'elle le disait, il comprenait la logique dans le choix des heures de visites d'Elsa. Nul besoin de préciser qu'il se sentait très, très bête.
Dans une tentative maladroite de faire passer sa gêne, il laissa tomber le livre qu'il tenait toujours sur la pile qu'il avait ramenée de la bibliothèque, fit pivoter sa chaise de bureau et s'y assis à l'envers, appuyant ses bras sur le dossier.
« Tu voudrais bien m'en dire plus ?
- A quel sujet ?, répliqua la jeune femme en croisant les jambes.
- Hé bien... », chercha-t-il quelques instants.
Son regard tomba sur le volume que la Succube avait feuilleté un peu plus tôt, sur la commode.
« Pourquoi tu ne m'expliquerais pas la différence entre les Vampyrs et toi ? Ainsi, j'arrêterai de t'énerver avec mes confusions. », tenta-t-il.
Il doutait d'obtenir une conférence en la matière. La créature surnaturelle en face de lui n'était pas le genre prolixe. Un nouveau froncement de sourcils lui confirma la justesse de ses pensées.
« Je me vois mal t'expliquer de long en large les mœurs des Umbrae Res, soupira celle qui siégeait sur son lit. Encore moins celles des Sanguinis Rex. »
Il fallut un petit moment à Gérard pour comprendre qu'il n'avait pas mal entendu. Il ne connaissait juste pas les mots qu'elle venait d'employer. L'un d'eux toutefois lui sembla plus explicite que les autres.
« Quand tu dis Sanguis, euh... quelque chose, tu parles de toi ? Je veux dire, des Succubes ? Ou bien des Vampyrs ?
- Sanguinis Rex, répéta-t-elle avec une certaine patience. Dans ta langue, ça veut dire « Roi du sang ». Un peu pompeux, grimaça-t-elle, mais c'est assez daté. De nos jours, ce sont les termes « Incube » et « Succube » qui priment. Avec l'avantage de différencier les sexes, ajouta-t-elle d'un ton satisfait.
- Féministe ? », sourit le jeune Faust en se retenant de rire.
Le regard qu'elle lui envoya aurait pu geler l'enfer. Il se décomposa en la voyant se lever et écarter une mèche de devant ses yeux d'un geste rageur.
« Plutôt que de perdre ton temps avec ce tas d'affabulations moisies, siffla-t-elle en désignant les livres sur le bureau, je te conseille plutôt de t'instruire sur le statut de la femme à l'époque victorienne, gamin. »
Il n'eut pas le temps de se remettre de son fulgurant changement d'humeur qu'elle avait disparu dans le néant.
Gérard se rendit compte qu'elle ne l'avait même pas touché.
ooOoo
Les rues sombres défilèrent sans qu'elle n'y prête attention, trop occupée à se retenir de flanquer son poing dans un mur pour soulager la colère qui l'habitait. Pour qui se prenait-il, ce misérable humain ?!
Les dents serrées, elle tourna à l'angle d'une allée et aperçut un peu plus loin un homme jeune. Ses yeux se gaussaient de l'absence de lumière et elle put aisément distinguer le moindre de ses traits. Des cheveux blonds dorés, aux mèches encadrant de fins yeux bleus, il avait une silhouette androgyne qui aurait presque pu le faire passer pour une femme.
Le garçon ne sut même pas ce qu'il lui arrivait. D'une poigne rendue brutale par la colère qui s'agitait en elle, la Succube l'immobilisa et plongea vers cet espace de chair tendre sur le cou palpitant. Elle fit cependant attention à ne pas provoquer de souffrance chez sa victime en enfonçant ses crocs.
Le sang afflua entre ses lèvres et elle s'éloigna du blond comme si elle s'était brûlée. Elle recracha aussitôt le liquide carmin qui lui emplissait la bouche, se demandant vaguement si les Succubes étaient capables de vomir.
La flaque rouge à ses pieds sembla la narguer alors qu'elle s'essuyait machinalement les lèvres avec le dos de la main. Il était hors de question qu'elle retourne chez cet humain. Si elle ne pouvait s'abreuver nulle part ailleurs, et bien tant pis. Elle était bien trop fière pour aller trouver le bleu et le supplier de la laisser boire.
« Que... Mais... Mais vous êtes cinglée ou quoi ?! »
Surprise, la rousse tourna la tête vers l'homme blond qui était toujours là, assis par terre. Il la regardait d'un air qui oscillait entre la stupéfaction et le dégoût, et elle nota le fin ruisselet pourpre qui dégoulinait entre ses doigts plaqués contre la morsure. Elle se dit qu'il fallait au moins qu'elle le soigne, mais dès qu'elle fit mine de s'avancer dans sa direction, il se releva et recula.
« Ne... N'approchez pas ! »
Il recula encore de quelques pas avant de faire volte-face et de s'enfuir à toutes jambes. Elle le regarda disparaître au coin de la rue, sa veste voletant derrière lui. Un soupir lui échappa. Même si ce type allait déclamer son histoire aux autorités, personne ne croyait plus aux créatures mythologiques. En admettant qu'ils le croient, ils penseraient avoir affaire à un fou furieux qui s'amusait à mordre les gens.
Pas très flatteur pour elle. La pensée lui arracha une grimace.
Néanmoins, son problème de base restait le même : elle crevait de soif, et son unique source de rafraîchissement était inaccessible pour l'instant. Elle savait pourtant qu'il faudrait qu'elle retourne voir le jeune Faust au plus vite, mais elle ne pouvait se résoudre à y aller maintenant.
Elle pouvait bien attendre encore une semaine, décida-t-elle en reprenant sa marche.
ooOoo
Sa gorge la brûlait. Elsa ne se souvenait pas avoir jamais autant souffert de la soif. Adossée à un mur de vieilles briques, elle leva la tête vers le ciel noir. Même sa vision surnaturelle ne lui permit pas de distinguer les étoiles - la faute aux fumées diverses et aux gaz d'échappement.
Trois jours. Il s'était écoulé trois jours, mais elle avait l'impression d'avoir erré trois ans dans le pire des déserts. Boire. Elle devait boire. Même si sa fierté - la dernière chose qu'elle possédait encore - devait tomber aux oubliettes.
Ses jambes commencèrent à la porter presque sans qu'elle ne s'en rende compte en direction des pénates de Gérard.
« Tiens donc, susurra une voix dans son dos. Je n'aurais jamais cru te croiser à nouveau, ma chère Knightwalker. »
L'interpellée se stoppa avant de se retourner. Elle connaissait la propriétaire de cette voix, et elle lui renvoya un regard méprisant.
De son corps aux courbes plantureuses outrageusement révélées par des nippes fendues de tous côtés, à son visage peinturluré de rouge et de bleu, en passant par sa voix mielleuse, Minerva ressemblait à une prostituée.
Le parfait portrait d'une Vampyre de base, pensa dédaigneusement la rousse.
« Je peux savoir ce que tu me veux ? », demanda la Succube d'un ton suintant de mépris.
Le sourire doucereux de la brune s'étira en une ligne pincée couleur de rouge à lèvres, accordant ainsi son expression à son regard d'un vert glacé.
« Je constate que tu te prends toujours pour la Reine de la Nuit, Knightwalker, persifla-t-elle d'une voix venimeuse.
- Je sais surtout où est ma place, Minerva, répliqua la jeune femme aux boucles incarnat, prononçant le prénom comme elle aurait désigné un cafard répugnant. Contrairement à toi. », continua-t-elle avec dédain.
Le beau visage de la brune fut déformé par une grimace haineuse.
« Parce que tu crois que ton statut de Succube te protège, peut-être ?! Tu me dégoûtes, lâcha-t-elle hargneusement. Et je m'en vais te faire taire, Knightwalker. Ici et maintenant ! »
Elsa sentit sa joue la brûler alors qu'elle évitait la charge de la Vampyre. Un des ongles vernis de son adversaire avait du l'effleurer. La rousse fit volte-face pour voir son ennemie foncer sur elle à nouveau, griffes en avant. Elle se baissa rapidement, perdant quelques cheveux au passage, avant de passer comme un mirage sous le bras tendu de la brune, la prenant à revers sans que celle-ci n'ait le temps de réagir, et abattit sa main raidie sur sa nuque.
Une main griffue s'empara de son poignet et elle croisa avec surprise le regard, malveillant et triomphant à la fois, de Minerva.
« Tu ne croyais tout de même pas que j'ignorais ton état ?, cracha la Vampyre sans relâcher sa prise. Je sais que tu n'as rien bu depuis des jours, tout comme je sais que tu es devenue pitoyablement dépendante d'un misérable humain ! »
La lumière se fit dans l'esprit de la Succube. En temps normal, aucun Vampyr, quelle que soit sa force, n'aurait pu rêver ne serait-ce que l'égratigner. Mais aujourd'hui, avec sa gorge sèche depuis dix jours, elle ne pouvait plus dominer aussi facilement ses ennemis. Depuis combien de temps la brune l'espionnait-elle, pour s'être rendue compte de ce fait ? L'insulte visant Gérard l'agaça également, quand bien même elle avait souvent pensé la même chose les derniers jours.
Néanmoins, Minerva sous-estimait la puissance qu'il lui restait. Et elle en fut pour ses frais, à sa plus grande stupeur, quand la rousse l'empoigna pour aller lui faire embrasser le réverbère le plus proche.
« Je ne suis pas une minable Vampyre dans ton genre, déclara Elsa d'une voix tranchante. Le sang ne me gouverne pas comme il le fait chez toi. Il ne régit ni mon esprit, ni ma force. »
C'était de l'esbroufe, à ce stade. Il était vrai que le manque de sang commençait à peser sur sa psyché, tout comme sur ses capacités physiques. Mais elle n'allait certainement pas s'abaisser à avouer ça à celle qui lui faisait face.
Minerva finit de se remettre debout, du sang sur le visage et les vêtements encore plus révélateurs qu'auparavant. Ses yeux se réduisirent à deux fentes et la haine qui émana d'elle était palpable.
« Ça ne m'empêchera pas de te tuer, saleté de Succube ! », feula-t-elle en se jetant à nouveau en avant.
Elle avait tout d'une furie et la rousse n'était pas assez confiante dans l'énergie qu'il lui restait pour prendre trop de risques. De fait, même en restant prudente, elle se fit plusieurs fois érafler assez profondément pour sentir son sang couler sur sa peau. Et même si elle rendit coup sur coup à la Vampyre enragée, elle eut l'impression que son esprit s'emplissait peu à peu de brouillard.
Son souffle se fit court, ses gestes moins précis. Une plaie profonde s'ouvrit sur son abdomen, et le sang macula son haut désormais massacré. Le brouillard se fit plus épais à chaque goutte purpurine qui tombait sur le sol.
Un triomphe malsain se lisait déjà dans les pupilles de Minerva. Celle-ci, sûre de sa victoire, ne vit pas venir le coup qui l'envoya voler de l'autre côté de la rue. Un écœurant bruit d'os brisés se fit entendre alors que la brune rencontrait violemment l'épais mur qui bordait l'allée. Elsa la vit retomber mollement sur le sol, inconsciente - peut-être morte, qui sait ?
Les genoux de la Succube ployèrent et heurtèrent durement le sol crasseux. Elle plaqua une main sur son ventre dans l'espoir d'endiguer le flot écarlate qui lui poissa les doigts en quelques secondes. Boire... Elle devait s'abreuver, rapidement, longtemps. Sinon, elle mourrait.
Boire...
Dans la ruelle obscure, le corps de la femme aux cheveux vermeil disparut sans un bruit.
ooOoo
Allongé sur le dos en travers de son lit, Gérard ne parvenait pas à trouver le sommeil. Trop d'émotions tournoyaient dans son esprit. Toutes centrées sur un seul protagoniste.
Il y avait d'abord eu l'incompréhension. Il avait déjà saisi que la Succube avait un caractère particulier, mais elle était toujours si maîtrisée que la voir exploser ainsi - pour une broutille de surcroit - était pour le moins déconcertant. Et puis, le statut de la femme à l'époque victorienne ? Qu'est-ce que ça avait à voir avec la conversation ?
Ensuite était venue la colère. Déjà, parce qu'il n'appréciait pas de se faire crier dessus pour quelque chose qu'il ne comprenait pas - et qu'elle ne s'était même pas ennuyée à lui expliquer. Et elle l'avait traité de gamin ! Elle n'avait pourtant pas l'air beaucoup plus âgée que lui, la demoiselle !
Enfin, c'était l'inquiétude qui avait envahi son esprit. Parce qu'Elsa n'était toujours pas revenue. Elle lui avait pourtant avoué qu'elle ne pouvait plus s'abreuver qu'à lui. Il ne savait même pas si le sang lui était véritablement vital. Et il se demandait si le manque de liquide carmin pouvait influer sur sa santé.
Perdu dans ses pensées anxieuses, il avait lentement commencé à emboîter les rares pièces qu'il possédait de cet immense puzzle qu'était la jeune femme. Elle l'avait traité de gamin, et il avait pris l'insulte au second degré - avait cru qu'elle lui reprochait un manque de maturité. Mais au final, le terme n'était-il pas à prendre au sens littéral ? Après tout, les Vampyrs - et les Succubes - étaient réputés immortels. Ce qui amenait encore plus de questions : Quel âge avait véritablement Elsa ? D'où venait-elle ? Qu'avait-elle fait pendant toutes ces années - dans l'hypothèse où le temps n'ait pas de prise sur elle ?
En un sens, il pensait avoir déjà la réponse. L'époque victorienne, hein ? La période était trop précise, trop sortie de nulle part pour être une référence balancée au hasard, sur un coup de tête. Elle devait avoir une signification pour la rousse.
Un bruit de déchirure transperça le silence et il se redressa brusquement, tâtonnant pour trouver l'interrupteur de sa lampe de chevet. Il perçut un râle rauque, très léger, presque un murmure, dans l'obscurité devant lui. Sa main se referma sur le petit bouton et il ferma les paupières par réflexe face à la vive lueur qui émana de la lampe, avant de rouvrir un œil larmoyant.
« Elsa ! »
Gérard se précipita, tombant presque du lit dans sa hâte de rejoindre la jeune femme qui remuait faiblement sur le sol. Il se pencha sur elle et son inquiétude s'accentua quand il perçut son souffle laborieux.
« Elsa ?, appela-t-il en attrapant doucement ses épaules. Elsa, répond-moi ! »
Il voulut passer son bras autour de sa taille pour l'aider à se redresser et sursauta quand ses doigts effleurèrent un bout de tissu humide. Il retira sa main et pâlit à la vue du sang qui lui tachait les phalanges.
Agrippant les épaules de la Succube, il l'obligea à s'asseoir, faisant reposer son dos contre son torse. Elle laissa aller sa tête contre sa poitrine, les yeux fermés, et il en profita pour la dévisager. Elsa était toujours pâle, mais son teint était plus diaphane que jamais. Baissant les yeux, il regarda la main fine qui se pressait sur une auréole sombre, au niveau du nombril de la rousse.
Lentement, il leva sa main ensanglantée et éloigna celle de la jeune femme de son ventre. De l'autre main, il releva le tee-shirt, notant au passage la large déchirure au milieu du vêtement - on aurait dit le résultat d'un coup de couteau. La plaie était affreusement grande, et le jeune Faust sentit son estomac se retourner devant le flot d'hémoglobine qui s'en échappait.
La panique envahissait le bleu quand il sentit Elsa bouger contre lui. Elle agrippa son avant-bras et se tourna pour lui faire face, laissant échapper un son à mi-chemin entre le grognement et le gémissement quand sa blessure effleura le genou de Gérard.
« Elsa, il ne faut pas que tu bouges ! Je... Je vais appeler du secours, ne t'inquiète pas, ça va... aller..., hésita-t-il. ...Elsa ? »
Elle n'avait pas l'air de l'entendre et il ne comprit que quand elle fourra son nez dans son cou. Sans réfléchir, il entremêla ses doigts dans les mèches écarlates et plaqua encore plus le visage de la jeune femme contre lui.
« Bois !, souffla-t-il sans attendre qu'elle lui demande. Bois, Elsa, prends tout ce que tu veux ! »
Les crocs de la Succube s'enfoncèrent dans son cou.
Note de l'auteur : Oui, je coupe à un moment dégoûtant pour les lecteurs, je sais. Mais j'aime les cliffhanger :)
Par rapport au texte : J'utilise volontairement les versions francisées des noms de Jellal (Gérard) et Erza (Elsa). Il y a une explication, mais si je la donne maintenant, je spoile mon histoire. :) Ensuite, pour ceux qui ne font pas de latin, "Sanguinis Rex" signifie bien "Roi du sang". Quant à "Umbrae Res", ça veut dire les "Êtres de l'Ombre". Pas très original, mais bon. Et enfin, pour ceux qui auraient beeeaucoup de mal à suivre, Elsa est une Succube tandis que Minerva est une Vampyre. Il y a une différence, qui sera évoquée plus tard.
Réponses aux reviews
Alisha Horiraito : Sensualité ? Cool, c'était le but ! :D Heureuse de voir que ça a marché. Et oui, le pauvre Faust est accro à sa sexy Succube (vive les assonances).
Multard : J'aime bien ton pseudo x) En fait, ce n'est pas tant l'univers qui est sombre... C'est juste que l'action de Belle de nuit se déroule toujours la nuit (en même temps, j'ai pas choisi ce titre pour rien...). Moi aussi j'aimais bien "Monsieur le Chevalier". Il fallait bien un surnom pour Gérard (parce que je voyais mal Elsa lui demander son nom de but en blanc), et notre Succube n'est pas du genre à appeler quelqu'un "Trésor" ou "Chéri". De toute façon, à part les rôles vraiment gnan gnan ou stupides, TOUT va bien à Erza, personnage adaptable et protéiforme à loisir. :)
Mechanical mind : Oh ! Tu es revenu(e) ! :) Je signale au passage que je ne visais personne en particulier xD Et je fais mon mea culpa pour ma période obscure, mais comme tu l'as dit les cours sont assez prenants. D'ailleurs il m'a fallu un bon mois pour me désintoxiquer et avoir de la place cérébrale dévolue à l'écriture de quelque chose de non médical. Je préfère le rythme rapide, je trouve ça plus... prenant, moins lourd. Ça m'évite de faire du hors-sujet ou de faire philosopher à outrance mes personnages. Le manque de développement est fait exprès : comme tu l'as si bien fait remarquer, ceci est un chapitre, non un OS. Les explications (comme pour l'histoire de l'addiction rapide) viendront plus tard (ou pas). Changement de style ? Peut-être, je ne me rends pas bien compte. Mais comme je le disais plus haut, j'ai essayé de faire quelque chose de moins lourd, avec des phrases plus courtes, du texte plus aéré... Peut-être que mes autres écrits (médicaux ceux-ci) y sont pour quelque chose. Ils traitent du milieu médical mais de façon légère, humoristique, et le style est donc différent. Pour le vocabulaire et les "jolies tournures", comme tu dis, je t'avouerais que j'ai une fenêtre ouverte sur un dictionnaire de synonymes quand j'écris, histoire d'éviter les répétitions assommantes. J'ai un grand respect pour les L (COMMENT peut-on survivre à 8h de philo par semaine en terminale, sérieux ?!). J'ai beau avoir fait S, mes jeux de mots sont aussi pourris que la moyenne des Français. Et j'aime moi aussi la polysémie des mots :) Oh oui, j'aime les double voire triple-sens. Puisque tu me demandes, que tu m'ordonnes de continuer à écrire du Gerza, je vais donc plier... (soupir résigné). Comment oses-tu me faire ça ?! (nan, je rigole, le gerza c'est viscéral chez moi x) ).
Lou Celestial : Merci de la review et des compliments. :) Puis-je savoir pourquoi la "virée dans le fantastique" t'a déçue ? :0 Ultear et Cobra reviendront, je les aime bien ces deux-là. D'ailleurs je me demande si ce couple n'est pas mon deuxième favori après le Gerza (jusqu'à présent je pensais que c'était le Miraxus, mais à bien y penser...). Quelles scènes érotiques ? o_o Bon, ok, la sensualité est voulue (Gégé est grand après tout), mais de là à parler d'érotisme... Ils sont habillés et elle ne fait que lui mordre le cou, grand dieu ! (bon d'accord dit comme ça c'est moins flatteur... ). Enfin, quoi qu'il en soit, merci pour le commentaire constructif. :)
Nethzea : Merci pour la review, la mise en favori et en follow ! :D Et pardon pour la longue absence... "Erza la bombasse" XDDDD Mais c'est vrai que c'est un peu ça. J'ai du me nettoyer la cervelle de mon année de médecine pour pouvoir y caser des idées pour mes fictions. D'où le petit délai. :) Chef, oui, chef ! Je reste sur le Gerza, compris ! x)
La question du jour : Un bisou offert à celui qui trouve l'identité du pauvre mordu qui est parti en courant ! :)
