Voici la deuxième partie de ce recueil. Celle ci a été inspirée par "Smells Like Teen Spirits" de la B.O du film "The Gallows".
Attention : automutilation.
Le noir régnait chez le Maître du Jeu. La fatigue n'avait plus sa place dans son corps.
Les yeux fixés sur un petit cadre dans ses mains, ses larmes s'écrasant sur le verre, il retenait au mieux ses sanglots.
Deux petites filles riaient à ses côtés sur la photo protégée par la petite vitre.
Il éclata soudain, les sanglots violents lui donnant presque la nausée alors qu'il serrait le cadre contre son coeur.
Ses yeux avisèrent, derrière ses lunettes embuées, une petite lame dont il se servait pour ouvrir ses colis et ses paquets de jeux.
Une idée, mauvaise, sournoise, germa dans son esprit et il tendit la main vers elle pour s'en saisir. Il la contempla quelques secondes, puis regarda son bras ou de vieilles marques blanches semblaient
l'appeler, lui demander de leur créer de nouvelles compagnes. Sans qu'il ne réfléchisse, il apposa la lame contre sa peau et appuya : une goutte de sang écarlate perla et glissa le long de son bras, larme
de rubis allant se perdre dans les ténèbres.
Un soulagement malsain le submergea et il donna un coup sec de lame en travers de son bras, faisant sortir d'autres gouttes de sang qui vinrent rejoindre la première. Un nouveau coup sec, à nouveau
du sang. Ses larmes coulaient toujours mais il ne les sentait plus, pas plus que les sanglots qui secouaient sa cage thoracique et coupaient son souffle.
La lame caressait, embrassait la peau fine de son bras dans un ballet de mort et de souffrance, une valse démoniaque qui durait et durait, tant que Mahyar se sentait capable de pleurer.
Il ne cessait pas, ne prenait pas de temps pour respirer. Les premières marques avaient à peine le temps de coaguler que de nouvelles venaient déchirer sa peau.
Ce qu'il ne vit pas lorsque l'inconscience eut pitié de lui et vint le prendre dans ses bras vaporeux, ce fut le sang qui ruisselait sur la photographie, comme si l'homme qu'il fut autrefois pleurait cette vie
qui lui avait été arrachée.
Ses yeux se fermèrent et sa respiration s'apaisa.
