Disclaimer : Il se trouve dans le prologue.
Note : Merci à ceux qui m'ont laissé des reviews, j'ai été très touchée ! Et merci Lost Breath, tu sais ta review m'a touchée même si ça le devrait pas je sais. J'espère que la suite vous plaira autant.
Chapitre 1 : La mort repoussée ?
Le noir.
L'opposé du blanc.
L'opposé de la lumière.
L'absence de couleur qui donnait force aux Ténèbres.
Ou encore l'obscurité dans laquelle se cachait les monstres sous les lits des petits enfants.
Les ruelles sombres dans les quartiers mal famés là où se passait toujours les crimes les plus sanglants et les plus violents.
Le symbole du désespoir aussi.
Oui, Light avait d'innombrables raison d'avoir peur du noir, pourtant il n'avait jamais craint la nuit, craint le manque de clairvoyance, c'est comme si son intelligence, sa propre lumière pouvait vaincre les Ténèbres de ce monde.
C'est ce qu'il pensait... avant d'avoir ce bandeau noir sur les yeux et de se faire traîner par les chaînes de ses menottes comme on promène un chien.
La connaissance était puissance, c'était sa devise, et il ne l'avait jamais compris qu'intellectuellement. Maintenant, en revanche, Light la ressentait, la vivait à travers la crainte de ne pas voir, de ne pas savoir ce qui allait advenir de lui. L avait toutes les cartes en mains parce que lui savait ce qui allait arriver, lui était le maître de son destin, et c'est ce qui lui donnait le pouvoir.
C'était rageant au possible. Ses sourcils se froncèrent en une ligne uniforme tandis que ses muscles se raidirent, ses pieds nus descendaient maintenant des escaliers, et les mains qui le maintenaient ne faisaient aucun effort pour l'aider à trouver les marches, c'était bien le contraire. Il sentit dans son dos une force le pousser légèrement vers l'avant, puis quelques ricanements.
« - Tu ne nous filerais pas entre les pattes Kira ? » La voix rauque et le ton grossier de l'homme le fit grimacer. Il sentait les gros doigts boudinés sur sa peau qui remontaient des menottes jusqu'à son poignet, pour resserrer davantage sa prise, -comme si les menottes ne suffisaient pas- sans doute dans le but le blesser.
« - Tu ne devrais pas te moquer, répliqua un homme sur sa droite, avec un ton réprobateur. C'est Kira, même les mains liées, il est toujours dangereux. »
« - Tsss... »
Les doigts boudinés quittèrent son poignet pour attraper quelques mèches de ses cheveux auburn, sur le haut de sa tête et les ébouriffer violemment, comme s'il caressait grossièrement son animal de compagnie.
Light serra ses dents avant de secouer la tête sèchement, s'éloignant de la main de son gardien.
« - Mais c'est qu'il est douillet ! » Le railla-t-il, Light imaginait aisément son énorme ventre redondant, -sans doute aussi en graisse que ses doigts- tressautait dans son rire gras, alors qu'il reposa sa main sur son dos pour le faire avancer. Ses membres frissonnèrent légèrement en descendant la marche pour tomber sur un parquet fait de dalles froides.
Light remarqua alors l'absence de chaleur. Même pas un rayon de soleil ne réchauffait son visage, même dans les prisons, il y avait des fenêtres, il y aurait eu du bruit s'il avait été dans un commissariat. Mais à part les deux gardiens et Watari qui marchaient devant lui, il n'avait rien entendu. Alors, cela signifierait-il que L voulait le garder à proximité ? Sûrement, ce serait logique, personne n'arracherait au détective ce qu'il considérait comme sa plus grande victoire, pensa-t-il avec un rictus amer. Serait-il alors encore dans le QG ? Ce serait possible. On lui avait bandé les yeux, puis emmené dans une voiture, il estimait le trajet à environ une heure, mais ils auraient pu tout aussi bien le faire tourner en rond pendant tout ce temps, pour que Light perde ses repaires et revenir sans qu'il ne le sache au QG.
« - Je ne veux pas d'infection merci. » Rétorqua-t-il sèchement en avançant plus vite pour échapper à la main.
« - Mais t'en es une, petit insecte. Comment un gamin comme toi, qui doit encore mouiller son lit à l'idée de toucher une fillette pré-pubère a pu tuer les meilleurs agents du FBI ? » Light entendit le bruit d'un un cracha alors que quelque chose de répugnant, qu'il identifia comme étant de la salive coula le long de sa nuque jusqu'à tomber sous son pull noir.
Cette énorme baleine avait osé ? Osé le souiller de son fluide buccale écœurant ?
Light se retourna avec une rapidité qui fit reculer l'homme.
« - Ne prenez pas votre cas pour une généralité, expliqua-t-il, un rictus infâme sur les lèvres. Mais je comprends votre frustration, rien qu'en imaginant votre morphologie, je grimace de dégoût, j'imagine alors que vous pratiquez l'abstinence depuis des temps immémoriaux. »
Light secoua la tête de gauche à droite, voulant avoir l'air accablé, mais ce sourire sardonique resta sur son visage.
« - Alors qu'est-ce que ça doit être en réalité ? Torturez moi si vous voulez, mais je vous en prie, soyez miséricordieux, épargnez moi cette vision.
- Sale petite ordure !
- La vérité est douleur. » Ricana Light en suivant les pas de Watari devant lui. Des souliers claquèrent derrière lui à une vitesse phénoménale, et résonnèrent à chaque seconde de plus en plus fort. L'homme était en train de se précipiter sur lui avec la grâce d'un éléphant, et le rugissement d'un grizzly. Et alors que Light pensait cela, une douleur fulgurante le frappa dans le bas du dos, et un instant son sang semblait comme avoir arrêté de circuler avant qu'il ne tombe à quatre pattes, se rattrapant de justesse sur la paume de ses mains.
Le souffle fort de l'homme se répercuta derrière lui.
« - Bâtard.
- Hmm, hmm, toussota la voix de Watari en se retournant. Si vous êtes incapable de vous maîtriser, sortez. Il est innocent jusqu'à preuve du contraire. »
Le ton du vieil homme suintait le dégoût et le peu de vérité dans ses paroles était si mal caché que ça en devenait presque indécent, mais ainsi était la formulation, et Light n'en était que trop heureux. Il se releva l'air de rien, ignorant le craquement des muscles dans son dos, la douleur étant trop vive, et pourtant, il marcha, la posture bien droite vers l'avant, signalant au passage :
« - Oui, mon avocat va être ravie. Rappelez moi, quel était votre nom déjà ? »
Le souffle fort de l'homme se perdit dans un hoquet de stupeur. Que Kira connaisse votre nom était signe de mort, mais sa colère et son exaltation à l'idée de torturer Light lui avait fait oublier qu'il n'avait pas à faire à un criminel classique.
« - Je ne vous oublierai pas. » Précisa Light en continuant à marcher, guider par Watari qui le tirait par les chaînes. Son sourire devint encore plus sincère dans sa cruauté alors que la sensation d'avoir retrouvé un semblant de contrôle sur quelqu'un le réchauffait, très étrangement.
Watari le guida, le visage fermé de toutes pensées, en évitant précautionneusement de se retourner pour ne pas voir le sourire de Kira.
Il y avait quelque chose de malsain à voir un tel rictus chez quelqu'un d'aussi jeune, un rictus sincère mais dépourvu de joie. Il n'y avait pas assez de mots dans la langue pour le décrire.
Joie ? Sympathie ? Compassion ? Non, instinctivement, on sentait quelque chose de mal dans ce sourire. Mais même ce mal, on ne pouvait le nommer. Cruauté ? Ce n'était pas de la cruauté comme ce n'était pas juste de la méchanceté. Ce n'était pas aussi simple mais instinctivement, on savait que c'était mauvais. Comme les hommes savaient faire instinctivement la différence entre le bien du mal -du moins la plupart-, on sentait que ce sourire était le mal dans toute sa fourberie.
Quand Light ne sentait plus la chaîne des menottes le tirer, il s'arrêta. Et tandis que les cliquetis métalliques que faisait le trousseau de clé contre les barreaux résonnèrent, il demanda, l'air badin :
« - Où suis-je ?
- Vous n'espérez pas que je vous le dise, répondit Watari, d'une voix dépourvue d'émotion.
- Non, mais sait-on jamais. »
Watari haussa un sourcil, que Light ne put voir.
« - Vous parlez pour ne rien dire, ce n'est pas dans votre genre. A moins que vous commenciez à comprendre dans quel genre de solitude vous allez être enfermé dans quelques secondes. » Watari s'arrêta un instant, le rictus de Light avait dépéri, mais il doutait que ses mots avaient eu un tel impact. S'il aurait pu voir ses yeux peut-être aurait-il pu voir quelque chose de cacher, même la vérité sur les sentiments du meurtrier, mais le vieil homme était sceptique sur cette vieille phrase : "les yeux sont les fenêtres de l'âme." quand il s'agissait de Kira.
« - La solitude ne me fait pas peur, répondit-il d'une voix forte, sans trembler.
- Je pense que oui, dit Watari, dans un petit rire cynique. Je pense sincèrement que vous ne mentez pas pour faire bonne figure. En effet, je peux l'entendre, vous le pensez.
- Dois-je applaudir votre brillante observation d'un homme sans visage ? »
La serrure s'ouvrit dans un clic, et à ce même moment le corps de Light le trahit pour la première fois, quand, involontairement, ses mains menottées se mirent à trembler. Heureusement pour lui, les tremblements furent si infimes, que Watari ne les remarqua pas, Light lui-même aurait aussi voulu les ignorer, mais il était trop conscient de son propre corps pour ça.
Sa tête défiait le démon de la peur, ce monstre qui entrait en vous insidieusement, quand vous étiez le plus vulnérable, et qui transformait un homme fort en être faible et couard. Oui, le pire sentiment au monde était pour Light Yagami la peur, parce que sous la panique, que vous ayez des facultés exceptionnelles ou non, vous étiez incapable de réfléchir.
La peur était l'arme pour vaincre son plus grand talent, un vrai don : son esprit.
Mais son corps trahissait son esprit, et refuser de s'accorder avec sa fierté, montrant à Light que malgré tous les masques dont il pourrait affubler son beau visage, il ne pouvait pas se mentir à soi-même.
« - C'est vrai, je ne vois pas vos yeux, expliqua Watari en ramenant vers lui la porte de la cellule, pour laisser le passage libre à son nouvel occupant. Mais je n'en ai pas besoin, vous et L, vous vous ressemblez beaucoup.
- Ne m'insultez pas. »
Le grincement d'un micro résonna subitement dans la cellule, et une voix robotique, que Light reconnut facilement comme celle de L signala d'une voix monotone :
«- Je te prie de ne pas m'insulter Watari. »
Les traits de Light se tirèrent dans une expression de pure rage. Alors L l'observait ? Ce bâtard devait bien profiter du spectacle.
Watari ignora les paroles puériles, et dans son regard creusé par le grand âge, l'ombre de la nostalgie baignait ses iris d'une douce lueur.
« - L a mis des années à comprendre qu'on ne peut pas vivre seul. Et croyez moi, il est bien plus misanthrope que vous. »
Watari tira Light par les chaînes et le poussa sèchement dans la cellule. Il fut étonner de ne pas trouver la moindre résistance dans les mouvements de son prisonnier. Il obligea ensuite le jeune homme à s'asseoir sur une chaise au centre, un instant, le vieil homme eut l'impression d'entendre le coeur de Kira accélérer et son souffle devenir plus rauque, mais quand ses yeux se fixèrent sur le beau visage bandé, il ne décela rien. Naturel, non ?
Après tout, cet enfant n'avait pas de coeur.
Il pencha la tête hors de la cellule en faisant signe au membre du FBI le plus âgé des deux, qui se tenait à l'entrée, de venir le rejoindre. Light entendit quelque chose, comme un crissement, un bruit aiguë semblable à un carillon qui trainait en longueur.
Puis des semelles claquèrent contre les dalles.
Et il comprit, ils amenaient d'autres chaînes.
« - Je me demande, combien de temps mettrez vous à comprendre ? Vous en rendrez vous compte avant de devenir fou ? »
Light garda le silence, ne montrant pas le trouble qu'avait occasionné les paroles de Watari.
« - Kira, les jours sont longs, très longs quand pour seule compagnie, vous avez ces murs de pierres qui deviendront vite vos pires ennemis. »
Watari prit les chaînes que lui tendait le policier et accrocha les chevilles de Light contre les pieds de la chaise, fermement, mais sans trop serrer. Bien que cet homme ne lui inspirait que du dégoût et un certain malaise, le blesser n'était pas son intention. S'il était vraiment humain, la douleur viendrait bien assez tôt.
Il posa ses mains osseuses sur les genoux de Light pour s'aider à se relever, et comme prévu, Light bougea involontairement les jambes pour le dégager, mais les chaînes étaient bien trop serrées pour bouger le pied ne serait-ce que d'un centimètre.
Watari passa la main sur sa nuque et la remonta pour vérifier que le bandeau était parfaitement noué. Light sentit le souffle faible du vieil homme contre sa gorge et tenta de le gratifier de son plus beau regard noir, mais avec le bandeau cela lui était possible. Cependant, à sa mâchoire tirée, à son front plissé, Watari devina aisément l'expression de Kira.
« - Vous n'êtes qu'un enfant, murmura-t-il contre son oreille. Un enfant qui avait tant à vivre, c'est dommage... Je vous conseille de profiter de ce laps de temps d'isolement, pour réfléchir... ne serait-ce qu'une fois dans votre vie, réfléchissez avec le peu d'humanité qui vous reste. »
Watari recul, jusqu'à la sortie de la cellule, et aussitôt que le vieil homme était sortit, le membre du FBI referma la porte dans un grincement expressément sonore.
« - Tu entends ça Kira ? Demanda le policier, un air sévère sur le visage. Tu entendras ce cri toute ta vie, il accompagnera même tes cauchemars : le cri de ta liberté perdue. »
Pour seule réponse, les lèvres de Light s'étirèrent dans un sourire provoquant.
Non, il n'avait pas peur du noir.
Du moins, pas pour l'instant.
Recroquevillé sur sa chaise, le pouce sur le bout des lèvres, L fixa un cahier, posé sur la table devant lui. Le terme de « cahier » était risible, quand cet instrument composé à l'origine de 90% d'éléments végétaux était plus dangereux que l'arme nucléaire. Pour une énième fois, ses yeux lisaient les noms qui y étaient inscrit, il y en avait tant et tous étaient resserrées parfois sur la même ligne en colonne, comme s'il n'avait été que des morceaux de viandes sur pattes, des porcs qu'on menait à l'abattoir.
Mais c'était bien ça que représentait les criminels pour Light, de la chair canon, pas des hommes. Un certain malaise lui nouait l'estomac à chaque fois qu'il parcourait les pages. Ce death note était la preuve même de la folie de Light Yagami, cet adolescent – car il ne le voyait pas comme un adulte- avait une absence telle de morale et de sens de la justice que L en devenait malade. Le nombre de meurtre que Kira avait commis en était la preuve, il imaginait facilement Light notait des noms le soir dans son cahier entre un repas de familles et des devoirs de mathématiques, conciliant une vie normale avec une existence inhumaine, puis dormir du doux sommeil des justes.
Le peu de valeur que Light accordait à la vie humaine était terrifiant.
Un rictus plissa ses lèvres en comprenant qu'au final, Light n'était qu'un idéaliste. Un petit enfant toujours enfermé dans son rêve, un enfant qui refusait de comprendre le monde et qui en voulait en faire un à son image.
Mais le réveil sera brutal quand le monde réclamerait son dû. Ce monde qu'il s'était évertué à détruire lui rendrait la monnaie de sa pièce, et L voulait être la pour voir ça.
« - Oh j'y crois pas ! Hahaha ! Alors comme ça Light s'est fait battre. »
L eut un tressautement sur sa chaise à l'entente de la voix rauque et profonde entrecoupée d'une espèce de ricanement guttural qui semblait presque inhumaine. Une ombre gigantesque recouvrait les pages blanches du death note et rendait les noms inscrits presque illisibles dans l'obscurité. Le détective leva la tête dans un geste lent, s'il n'avait pas été déjà préparé à voir un Shinigami, il serait sûrement tombé de sa chaise. Cependant, L ne s'était pas attendu à voir ce Shinigami là.
La créature volait derrière lui, légèrement au-dessus de sa tête, ses petites ailes noirs battaient dans un dos étrangement recourbé, ses yeux jaunes détonaient dans la pièce éclairé uniquement par la lueur bleue des écrans d'ordinateur, son nez était aplati sur sa face, et ses lèvres semblaient être étirés à jamais dans le sourire d'un clown plus effrayant qu'amusant.
« - Bonjour Shinigami sans nom.
- Ouais, ouais. Salut ! »
Le Shinigami rabattu ses ailes derrière son dos, comme pour atterir, puis marcha tranquillement jusqu'aux écrans d'ordinateur, les chaînes autour de sa taille claquaient contre son corps dans une sinistre mélodie.
Il pencha son énorme squelette devant l'écran qui donnait vu sur la cellule de Light, le dos encore plus recourbé qu'avant, si recourbé que L en serait devenu jaloux et ce même rire fit tressauter son corps dans de furtif tremblement.
« - Alors, il est vraiment là ! Hahaha ! Je suis sûr que lui-même ne s'y attendait pas.
- Tu es le Shinigami de Light, observa L en sautant de sa chaise pour avancer vers le dieu de la mort.
- Plus maintenant apparemment, fit Ryûk en se retournant vers L.
- Es-tu venu le libérer ? » Demanda L d'une voix neutre, sans un seul tremblement de peur, mais malgré tout, un petit doute s'insinuait en lui. L'instinct de protection de Rem pour Misa était si palpable que cela en devenait comique pour une créature immatérielle -du moins il le pensait- le Shinigami de Light était-il semblable ? Le tuerait-il pour sauver le propriétaire de son death note ?
Le Shinigami sans nom repartit dans son rire en regardant L de ses petits yeux jaunes, alors que son sourire hideux s'élargissait.
« - Les humains... vous êtes comiques. Comme je l'ai dit à Light, je ne suis du côté de personne. »
L mordilla le bout de son pouce, le regard dans le vide, en remarquant :
« - Mais tu as vécu avec lui depuis plusieurs mois, nuit et jour... cela a dû créer une sorte d'attachement. Même si l'idée est risible, un Shinigami attaché un humain. »
Pourtant Rem en était la preuve même, cependant L ne savait pas que Rem n'était qu'une exception, et que comme il l'avait pensé au départ, si Shinigami existaient, ils devaient être des créatures bien sombres et égoïstes.
« - C'est vrai, Light est l'humain le plus intéressant que j'ai jamais vu... mais ainsi va votre monde. Cependant je peux le remercier, sa vie aura servi à quelque chose, il m'a bien amusé »
L fut surpris du ton joyeux du dieu de la mort, du moins, il interpréta l'inflexion qu'avait prise voix pour de la joie. Le Shinigami n'avait alors aucun attachement pour Light et le remerciait juste parce que Kira avait chassé son ennui ? L regarda dans les yeux jaunes du Shinigami pour voir une lueur de quelque chose... il avait bien vu chez Rem de l'affection pour Misa quand la Shinigami lui avait parlé d'elle mais chez celui de Light, absolument rien, juste un rire qui le rendait très mal à l'aise, une sorte de cruauté dans sa joie qui lui faisait comprendre ce qu'était vraiment un Shinigami.
Et finalement, il vit bien quelque chose dans ces petits yeux : Light.
Ce Shinigami ressemblait étrangement à Light.
« - Mais bon, tu vas aussi pouvoir me divertir. Tu vas te servir du death note, non ? » Demanda Ryûk en pointant l'ancien death note de Light sur la table.
L le regarda légèrement incrédule.
« - Certainement pas, le Shinigami sans nom, je ne compte pas me faire embrigader comme Light. »
Le rire de Ryûk mourut dans sa gorge, alors qu'il se pencha pour examiner réellement le détective.
«- Quoi ? Tu vas renoncer au pouvoir, ce n'est pas très humain, vous êtes tous corrompus normalement... à moins que tu sois trop faible pour l'utiliser pleinement ? Tu ne veux pas devenir un Dieu comme lui ? » Dit-il en regardant à nouveau l'écran qui montrait la cellule de Light.
L ignora une si grossière provocation, ce Shinigami n'était pas très subtile, et retourna s'asseoir sur sa chaise.
« - Trouves-tu qu'il ressemble à un Dieu à présent, hein, Shinigami sans nom ? » Demanda L distraitement, sans attendre véritablement une réponse. Ryûk fixa son regard sur l'écran où il pouvait voir Light assit sur une chaise, pieds et poings liés, les yeux bandés, silencieux comme à son habitude.
« - Alors tu vas le tuer ? » Demanda Ryûk, simplement. L monta sur sa chaise, pieds les premiers, et alors que le début d'une réponse se forma sur ses lèvres, il arrêta tout ses mouvements. Le Shinigami le regardait, son sourire fendait presque son visage en deux, et il y avait quelque chose de moqueur dans ses yeux alors qu'il regardait L, comme s'il connaissait déjà la réponse et s'en amusait.
« - Souhaites-tu la mort de Light ? »
Ryûk jeta un dernier regard sur Light à travers l'écran et s'approcha du mur, alors que son corps disparaissait dans la pierre, il ricana une dernière fois :
« - Moi ? Je m'en fiche, mais pas toi, vraiment, les humains sont fascinants, je n'y aurais pas cru si je ne le voyais pas de mes yeux. »
L resta perplexe en regardant le Shinigami disparaître.
Light croyait résister plus longtemps avant de ressentir un nœud se tordre dans son ventre et se resserrer à chaque fois que seulement sa respiration lente et presque sourde couvrait le silence oppressant qui l'entourait. Maintenant qu'il y pensait, jamais il n'avait vraiment été seul. Le rire de Sayu ou ses questions souvent gênantes, la voix douce de sa mère qui lui demandait de descendre pour dîner, le plancher devant sa chambre qui craquait à chaque fois que son père passait dans le couloir la nuit à des heures impossibles l'avaient toujours oblitérés, recouvrant le silence, tellement parfois qu'il ne s'était même plus entendu penser. Light n'aurait jamais imaginé pouvoir qualifier ces dérangements incessants d'autre chose que nuisances, mais maintenant, à cette minute, une part de lui souhaitait ardemment entendre les jérémiades de sa soeur.
Et aussitôt qu'il réalisa cela, il se pinça les lèvres comme pour se punir, se punir d'avoir des pensées aussi pathétiques, aussi humaines, se punir d'être aussi stupide. S'il se mettait à implorer maintenant son ancienne vie, sa situation misérable ne ferait qu'empirer, le regret serait la cause de sa souffrance, il le savait, et c'est pourquoi il ne regretterait jamais.
Après tout, on ne souffrait pas si on ne manquait de rien. Il se suffisait à lui-même, oui, s'il vivait pour lui-même, il ne décevrait personne, ne blesserait personne, et ne souffrirait d'aucune sorte de mauvaise conscience que son père pleurait pour qu'il ressente.
Quelle idée stupide, pourquoi devrait-il ressentir une quelconque forme de mauvaise conscience ? Et d'ailleurs pourquoi appelle-t-il son incarcération temporaire une punition ? Pour mériter punition, il devrait y avoir faute commise, or, il n'y en avait pas.
« - Hey ! Light, t'es dans une de ces tenues, c'est pas un de tes plans ça, hein ? »
Light bougea légèrement sa tête vers la gauche, le bref soupir de soulagement qui avait naquit sur le bout de ses lèvres mourut rapidement, aussi rapidement que se resserrait le noeud dans son ventre, comme un monstre qui le dévorerait de l'intérieur.
Ryûk était là...
« - Et quand tu devras mourir, je serai celui qui écrira ton nom sur mon cahier »
Les paroles de Ryûk tournaient en boucle dans sa tête, comme un vieux disque rayé mais qui ne butait jamais sur un seul mot, une seule syllabe. Oh non, Light n'aurait pas cette chance. La voix de Ryûk, son ton monotone, son rictus odieux, tout était inscrit dans sa mémoire au fer rouge, et la peur qu'il pensait ne jamais ressentir intellectuellement obscurcissait ses pensées et les réduisait à néant, tout ce qui restait maintenant dans cet esprit si brillant, c'était un cri désespéré et la voix implacable d'un Shinigami qui chantait une ode sinistre.
Une goutte de sueur s'écoula le long de son front pour être absorbée par le bandeau. Son heure était-elle venue ?
Mais je ne veux pas mourir ! Je ne peux pas mourir !
Bien que Light avait connaissance du rôle de Ryûk depuis le jour où il l'avait rencontré : celui de son bourreau, celui de son assassin. Il n'y avait jamais vraiment pensé, sûrement parce que malgré son intelligence, comme tout le monde, la mort venait faucher les autres mais pas lui. C'était tragiquement comique, lui qui offrait tous les jours la mort de ses mains, n'avait jamais pris conscience de la propre condition de son existence, de sa propre mortalité.
Light déglutit presque imperceptiblement, ce n'était pas le moment de se laisser dominer par la terreur, il était plus fort que ça. Sachant qu'il était observé et sûrement écouté, il baissa la tête, rentrant pratiquement son menton, en murmurant d'une voix quasiment sourde -et certainement pas suffisamment haute pour être entendu par des micros, aussi perfectionnés soient-ils- ;
« - Es-tu venu me tuer, Ryûk ? » Sa voix n'avait pas butée une seule fois, aussi monotone que celle du Shinigami lui-même, Ryûk était comme un chien, si Light lui montrerait sa peur, il en profiterait pour se retourner contre son maître et le mordre, jusqu'à déchirer sa chair. Light ne perdrait pas le contrôle. Jamais.
Le Shinigami tourna son doigt à l'intérieur de son oreille, comme pour le nettoyer.
« - Hein ? T'as dit un truc ? »
Un instant Light oublia sa nervosité pour soupirer, tout simplement blasé. Pourquoi n'avait-il pas eu un Shinigami un peu moins stupide ?
« - Tais toi Ryûk, fais comme si je ne te parlais pas. » Murmura-t-il, les dents serrés.
Ryûk plia pratiquement son dos en deux, dans un angle de 120°, contorsionnant son cou dans un angle inhumain pour pouvoir mettre son visage juste en face de celui de Light qui avait toujours la tête résolument baissée.
« - Je jure Ryûk que si tu ne te tais pas je te tue. »
Le Shinigami eut un ricanement guttural.
« - Tu ne peux pas me tuer, certainement pas attaché sur une chaise en plus !»
Un rictus étira les lèvres de Light et même sans voir son regard brillant de haine et de colère, Ryûk sentait déjà un malaise le prendre.
« - Tu en es sûr Ryûk ? Souviens-toi, j'étais sur le point d'achever Rem, à ta place Ryûk je ne me mettrais pas en colère, pas quelqu'un comme moi qui a la rancune facile. Tu sais mieux que quiconque de quoi je suis capable. »
Ryûk eut soudain un rire jaune, lui qui avait longtemps observé les humains, et malgré une intelligence peu foisonnante pour un Shinigami, avait remarqué immédiatement que Light était un être exceptionnel dans ce monde, par son manque d'émotion, peut-être, mais surtout par son intelligence rare. Et le dieu de la mort ne doutait pas que si Light le haïssait véritablement, un moyen pour le blesser se formerait aussitôt dans sa jolie petite tête.
Il était peut-être bizarre, étrange, parfois on le qualifiait même de fou, mais certainement pas assez pour sous-estimer Light Yagami. Personne ne connaissait sa noirceur aussi bien que lui.
« - J'aurais une pomme si je fais ce que tu dis ? »
Light soupira bruyamment, et pour que son attitude ne paraisse pas curieuse, il grogna à haute voix :
« - J'en ai assez, je ne supporte déjà plus cette pression ! Libérez moi ! Je ne comprends pas, je n'ai rien fait ! » Puis il chuchota : « je vais avoir du mal à aller à l'épicerie avec ce type de chaussures. »
Ryûk observa un instant les chaînes... effectivement.
« - Mais alors ? Pourquoi je devrais écouter ?
- Je demanderai à Misa de t'en donner quand elle viendra.
- Tu ne mens pas hein ?
- Si, maintenant tu m'écoutes et tu te la fermes. »
Light avait oublié rapidement dans toute cette pression combien Ryûk était doué pour l'agacer, au point même qu'il en oubliait que sa vie était sur un fil très raide, et qu'attirer la bienveillance du Shinigami aiderait certainement plus sa cause que de le menacer.
« - Pourquoi es-tu venu ? Murmura-t-il, d'une voix extrêmement basse, puis, il se força à répéter, pour me tuer ?
- Hum... nan, je m'ennuyais ! Fit-il simplement, en enroulant son bras squelettique autour de son corps d'une étrange manière pour atteindre son dos et le gratter. Ton heure n'est pas venue, si je te tuais maintenant, je risquerais de sauver celle de L.
- Quoi ? Light avait complètement oublié de chuchoter dans sa surprise.
- Light ! Distrais moi ! »
Un rictus effrayant, et qui pourtant, amusa Ryûk, incurva les lèvres de Kira. Il ne doutait pas de sa victoire sur L, -du moins, c'est ce qu'il avait aimé penser, perdre la guerre n'était pas envisageable- mais savoir de vive voix que L ne le tuerait pas, que dans l'immédiat il ne mourrait pas, tordait son estomac une nouvelle fois, mais dans une excitation toute nouvelle, une forme de joie qu'il rencontrait à nouveau comme une vieille amie.
Il avait une information que L ne savait pas, l'issue du combat était entre ses mains.
Il avait retrouvé le savoir.
Il avait récupéré son pouvoir.
Plusieurs heures s'étaient écoulées, peut-être plusieurs jours, ou seulement plusieurs minutes. Mais Light pensait que c'était plusieurs heures, quand L l'avait enfermé à sa demande pendant plusieurs semaines, il avait vite développé une connaissance instinctive du temps qui passait.
Ryûk était reparti pour aller il ne savait où et il ne voulait surtout pas savoir. Peut-être mendier des pommes à L, ou à Misa. Et puis, brusquement, le bruit de gonds mal huilés grinçait dans une longue et horrible note dans le couloir, en même temps que des pas lourds et trainant s'avançaient avec une sonorité à chaque fois de plus en plus forte.
L'âpre odeur de renfermé de l'étage, privé de lumière et de la douce brise du vent que l'automne offrait généreusement, fut remplacée instantanément par une forte odeur de chocolat.
L...
Fin du chapitre
Voilà, mes chapitres seront de plus en plus longs. J'espère que ça vous a plu, si c'est le cas, ou si quelque chose est incompréhensible, ou vous ne comprenez pas un évènement,n'hésitez pas. Reviews ?
Bien à vous,
Shadow.
