Chapitre deux.

Elle a mal.

Les yeux gonflés, le sang qui coule depuis la commissure de sa bouche, ses membres endoloris. Etendue sur le sol gris et chaud de l'arène, elle fixe le ciel. Sans rien dire. Et pourtant il est là, à quelques mètres, sûrement préoccupé par son il au beurre noir et sa lèvre fendue. Il est debout, dos à elle.

Tenten a mal, c'est un fait. Elle a perdu son combat, pas de surprise. Elle est malheureuse, c'est nouveau.

Il l'a cognée, comme jamais il ne l'a fait. Et elle a riposté sur le même ton, parce qu'elle n'avait pas le choix. Oui, c'est la première fois qu'elle arrive à le blesser, et qu'elle voit son sang à lui couler.

Neji l'a mérité, pas vrai ?

Tenten ne sait plus quoi penser, quoi regarder ... A cet instant, tout ce qui existe, c'est cet abominable ciel uniforme, et la douleur qui pulse dans son corps entier. Qui lui rappelle chaque seconde qui passe un peu plus, que c'est lui, et lui seul qui a fait ça, qui a voulu cette douleur. Sa douleur.

Serait-ce une manière de la punir d'avoir aimé cette nuit ? D'avoir céder à l'irrésistible tentation ? Peut-être est-elle un mauvais coup aussi.

Elle n'a pas envie de se poser ce genre de questions, mais c'est inévitable face à la rage, à toute la violence insoupçonnée qu'il a déployé face à elle. Un duel ? Même pas, un simple combat. Un putain d'échauffement.

Ca y est, c'est fini. Il la hait. Peut-être autant qu'elle le hait désormais.

L'univers affreux camaïeu de bleu et de gris clair est soudainement masqué par un masse plus sombre, et surtout plus vivante. Un être de chair et de poils qui lui demande, l'air de rien - comme si elle était capable d'avoir ne serait-ce qu'une pensée cohérente - arborant son éternelle sourire flamboyant :

- Ca va ?

Mais quelle question ... Ca a l'air d'aller peut-être ?

Elle se contente d'éructer difficilement un semblant de réponse, en même temps qu'une petite gerbe de sang. Tenten en profite pour essayer de se relever un peu, avec ses coudes.

C'est bon, elle émerge.

- Il t'a mise une sacré raclé, Ten'. Mais je te félicite, tes efforts commencent à porter leurs jeunes et juteux fruits. Tu as fait de très belles actions, belle fleur des arènes de Konoha !

Lui aussi, il démarre vite; mais déjà, elle ne l'écoute plus. La brune continue à se lever, jusqu'à ce que ses jambes de coton la portent à peu près.

- Tu devrais peut-être faire un tour à l'infirmerie Tenten. Je ne veux pas vexer ta sensibilité de femme combattante, mais tu semble plutôt affaiblie. Je me trompe ?

Nan jure, elle crache du sang ! La guerrière le repousse cependant, ses pupilles irrémédiablement fixées sur le dos de son amant, de son assaillant, de son ennemi ... de celui qu'elle ne saurait même plus qualifier.

Lee continue de parler, comme si de rien était. C'est comme si il n'était pas là, elle s'en fiche totalement, tout ce qui compte, c'est Neji.

Mais le Hyûga ne parait pas disposé à se retourner, à lui faire face et à lui expliquer. De toute façon il n'a jamais été très doué pour les longs discours. Il est plus frappant comme mec. Elle vient de découvrir à quel point cette phrase est à prendre au sens littéral du terme ...

C'est à elle de comprendre maintenant, de se tourner et de partir. Lee a un peu raison tout de même : les coups de Neji ne restent jamais sans conséquence, surtout lorsqu'ils sont assenés avec tant de rage.

Et c'est comme si son cur avait souffert physiquement. Elle ne sait plus vraiment où ses poings, ces mêmes magnifiques mains blanches qui l'avaient caressée toute la nuit, on frappé. Son corps ou son âme ? Qui est le plus blessé des deux ?

La vigueur lui revient d'un coup. Ses jambes sont soudain plus sures, sa volonté d'acier se réveille. Tenten fait une demi-rotation sur place, puis s'en va, presque en courant, vers la terre ferme, loin de l'arène et de ses terribles terrasses de combat.

Elle descend les escaliers flottant, passe sous les tunnels de verdure puis pénètre dans le saint des saints : la modestement nommée, infirmerie.

Shizune l'attend, visiblement. Mains sur les hanches et sourcils froncés, dès qu'elle l'aperçoit, elle gueule :

- Non mais tu as vu dans quel état tu t'amène ?! Tenten, dis-moi pourquoi tu t'obstine à provoquer plus fort que toi ?! Ca ne te suffit pas d'être battue à chaque fois, il faut que tu te fasse massacrer maintenant ?

Mais Tenten n'est pas d'humeur à riposter. La guerrière se contente de s'asseoir lourdement sur un fauteuil immaculé, avant de présenter un visage sans expression à son amie qui ne semble pas vouloir s'arrêter de parler :

- Dis-moi ce que tu lui as fait pour qu'il te cogne de cette manière. J'ai tout vu, Tenten, je regarde toujours ton entraînement pour organiser mon matériel en fonction de tes blessures ... Ferme les yeux et ne mord pas ta langue.

La brune obéit, et se contente d'un grognement pour réponse alors que l'infirmière ausculte son il gonflé.

Shizune la garde ainsi une bonne demi-heure avant de s'écarter, après avoir désinfecté ses blessures, tartiné la jeune fille de crème apaisante pour les ecchymoses, et de dire :

- Je ne peux rien de plus pour toi, Ten'. Tâche de te reposer, et reste à distance de Hyûga. Pas d'entraînement avant au moins trois jours.

Pour la première fois, la jeune fille ne proteste pas face aux recommandations de l'infirmière. Elle s'en va sans un regard pour son amie qui s'inquiète d'autant plus.

Tenten entre alors dans une sorte de tube couloir en verre opaque blanc qui descend à pante douce en spirale, comme une sorte d'escalier sans marches, jusqu'à déboucher sur une immense salle toute en longueur, aux murs de béton, complètement vide, qu'elle parcours, toujours de son pas claudiquant, le plus rapidement possible. De chaque côté d'elle, une rangée de portes métalliques qui font affreusement penser à celles d'un pénitencier. Elle finit par s'arrêter devant l'une d'elle, à sa gauche. Sur le battant d'acier est vissée une petite plaque sur laquelle est gravé en lettre brunes : "Blok 7556 - HITOMI Tenten"

D'un geste poli par l'habitude, elle débloque une petite trappe à peine visible sous l'inscription et enfonce sa main à l'intérieur. Tenten réprime difficilement un frisson dégouté au contact de ses doigts avec la matière visqueuse chargée de l'identifier.

Un déclic qui résonne lugubrement dans la pièce toujours désespérément vide, et la porte pivote lentement sur ses gonds, alors qu'elle attire vivement sa main vers, tout en murmurant dans sa barbe un : "Je m'y ferais jamais..." .

Son blok est plongé dans l'obscurité la plus totale, mais l'idée d'allumer le plafonnier ne lui vient même pas à l'esprit. D'un mouvement sur, elle avance vers le fond du cube ergonomique qui lui sert d'appartement et déverrouille le clavier de commande du lit encastré dans le mur, renversé sur le côté, qui bascule doucement vers elle. Dans un bruit sourd, Tenten se laisse tomber dessus, lâchant enfin le gémissement de douleur qu'elle retient depuis son départ de l'infirmerie.

... Pourquoi ?