Chapitre 2.
Le lendemain matin, j'eus beaucoup de mal à me réveiller. Déjà parce que je m'étais couché hyper tard la veille à cause de ma retenue, (et de Ron qui m'avait soudain avoué être gay), et ensuite, parce que je n'avais pas vraiment fermé l'œil de la nuit.
En fait, après la déclaration de Ron, je repensai à certaines choses. Des choses qu'on avait faites lui et moi. Je veux dire, des trucs qu'on avait faits en tant qu'amis. M'imaginer qu'il était gay quand on prenait nos douches ensembles aux entrainements, quand on comparait la taille de nos… , ou tout simplement quand on dormait ensemble au Terrier, dans le même lit. M'imaginer qu'il était gay à ces moments-là, ça changeait tout.
Je sais bien que m'être tiré comme un sauvage après qu'il m'ait avoué avoir couché avec Drago, c'était pas une solution. Mais…
Mais quoi ?
- Harry ! Tout le monde est parti, on attend plus que toi, dépêche !
Je reconnus sans peine la voix de Seamus. D'habitude c'était Ron qui me sortait du lit le matin. Mais étant donné la situation…
J'étais énervé.
De savoir que Ron ne m'avait pas attendu. De savoir qu'il était surement vexé. Et que c'était de ma faute. Ca m'irrita au summum du maximum.
Je sortis finalement de mon lit et me traîna jusqu'à la salle de bain en intimant Seamus de quitter le dortoir en lui indiquant d'une voix (je peinai l'annoncer) affligée : « Ne m'attendez pas, je n'ai pas faim. »
Ron m'avait évité toute la journée. Ou bien, étais-ce moi qui l'avais évité ? Mystère. En tout cas, il n'avait pas cherché à me parler ni même me suivre lorsque je me rendis chez Hagrid, le soir, après n'avoir que très peu rempli mon estomac.
- Harry ! me salua chaleureusement Hagrid quand je vins toquer à la porte de sa vieille cabane.
- Bonsoir…
Ma voix trahissait mes émotions. Et le géant barbu remarqua sur-le-champ que quelque chose clochait.
- Qu'est-ce qui ne va pas ? me demanda-t-il en refermant la porte derrière moi.
- Ron est gay, marmonnai-je.
Hagrid me servit une tasse de thé et je lui racontai tout : l'aveu de Ron, Malefoy, et ma contrariété...
- Oh… Ecoute Harry, je suis pas très psychologue tu sais… alors les histoires de ce genre, c'est pas trop mon verre de jus de citrouille… mais si tu veux mon avis, la meilleure chose à faire c'est d'avoir une discussion avec Ron.
- Pour parler de quoi ?
- Eh bien, de tout ça. Ta pensée vis-à-vis de sa… sexualité.
J'avais envie d'éclater de rire. Ecouter Hagrid parler de la sorte, discerner la rougeur qui s'étalait sur ses joues barbues hirsutes lorsqu'il employé le mot « sexualité » me faisait sourire.
- Tu devrais retourner à ton dortoir maintenant.
Je finis ma tasse de thé, essuya mes lèvres du revers de ma manche et me leva de la chaise.
- Et n'oublie pas de discuter avec Ron, me rappela-t-il lorsque j'eus regagné la porte.
Mon silence répondit à son conseil puis je le quittai sans même un au revoir, juste un faible sourire en guise de remerciement.
Comme je m'y attendais en rentrant au dortoir, Ron ne dormait pas. Il était avec Hermione et nos cothurnes de chambre dans la salle commune. J'aurais voulu passer et aller me coucher direct, sans même un regard à leur attention mais c'était sans compter sur Dean et Seamus, qui m'attrapèrent chacun une épaule.
- Harry ! Tu le savais toi ?
Aussitôt, mon cœur s'accéléra. J'avais cette impression bizarre d'avoir commis une faute grave. Une faute dont tout le monde devait ignorer l'existence parce que c'était capital pour ma survie.
- Si je sais quoi ? répondis-je - je l'avoue- agressivement.
Ils échangèrent un regard étonné, certainement dû au ton que j'avais employé.
- Oh ! Ca n'a pas l'air aussi intéressant que la raison pour laquelle t'es en rogne.
- Une peine de cœur ?
- Une mauvaise note ?
- On veut tout savoir !
Ils me firent assoir sur le canapé à côté d'Hermione. Ron, installé dans le fauteuil en face, me considérait tel un lion sauvage près à bondir sur sa proie. Cette description métaphorique me refroidit immédiatement.
- Je veux aller me coucher les gars, c'est tout.
- Tu es sûr que ça va ? me demanda Hermione en posant une main sur mon dos.
- Ouais je… ça va.
Je n'arrivais plus à soutenir le regard de Ron, alors je tournai ma contemplation vers la cheminée.
- On a un scoop, lâcha, après coup, Seamus. Harry, tu savais que le prince des Serpentards…
- …autrement dit Drago Malefoy, continua Dean d'un ton réjoui.
- … à été surpris avec une mystérieuse personne…
- … dans les toilettes d… ?
- Je sais ouais, coupai-je, sec.
Ils ne prêtèrent pas attention à l'agacement qui m'envahissait et poursuivirent :
- Et… toi qui sais tout sur tout Harry, t'aurais pas une petite idée de qui été avec lui ?
Evidemment que je le savais.
Je jetai un coup d'œil à Ron. Si ses yeux à cet instant avaient été des baguettes, elles m'auraient toutes deux jetées un Avada.
Je ne comprenais pas. Pourquoi Ron semblait si en colère contre moi ? M'en voulait-il à ce point ?
Mais…
… Avec Drago Malefoy bordel !
Il a eu une relation avec Drago Malefoy, aussi mon pire ennemi… non, notre pire ennemi depuis toujours ! C'était normal de lui en vouloir. Même si Ron était mon meilleur ami, je ne pouvais le considérer, dans l'état actuel des choses, autrement que comme un félon.
Ma mâchoire se serra et mes poings également. Dean et Seamus continuaient de me regarder dans l'attente d'une réponse, Hermione me caressait l'épaule sentant que j'étais affreusement tendu et Ron me dévisageait, avec cet air insupportable.
Je soutins un moment encore le regard de mon ami rouquin. Il avait l'air si sombre, comme empreint d'une profonde déception. Alors que c'était moi le trahi là-dedans. C'en était trop. Je voulais aller dormir.
- Demandez ça à Ron, crachai-je en me levant.
Ron se redressa, fronça les sourcils en ma direction. Il s'apprêtait à dire quelque chose mais trop tard… j'étais déjà parti. Mon lit m'attendait et j'espérais pouvoir dormir un minimum cette nuit.
