2. ... est-ce que tout tourne autour du boulot ?

Samuel intègre le groupe spécial de Paulsen dès qu'il ressort de l'appartement, une grande heure plus tard. Toute notre vie est immédiatement bouleversée. Il a tellement peu de temps libre qu'au bout de deux jours, je commence à douter qu'on habite réellement ensemble. Ça ne fait pas obligatoirement passer mes propres soirées plus rapidement, c'est un fait. Quand je finis par m'endormir, ayant finalement surmonté mes inquiétudes et ma solitude, je me réveille en sursaut parce qu'il s'effondre dans notre lit - trop souvent quelques heures à peine avant que je ne doive me lever.

Si je le vois peu, je n'ai jamais autant entendu parler de lui à la Division - il est le plus jeune des cinq choisis par Paulsen, et ça, quelques mois après sa promotion à l'échelon trois, fait parler dans les couloirs. Il faut dire qu'on y trouve rien que du beau monde : Foote qui a reniflé l'affaire, Proudfoote, le prochain sur la liste des candidats lieutenants, Ron et mon ancienne mentor - Charity Perkins, tous les deux bien placés pour une promotion Rang Un. De quoi gloser. Notre équipe n'y échappe pas. Le point que, chaque matin, Tanya fait avec nous se termine par les mêmes interrogations que sans doute toutes les autres équipes.

"Tu crois qu'il est soutenu par qui, Tanya, un type comme Samuel McDermott ?, interroge Hammond Hawlish.

Son père était Auror, et il croit toujours tout savoir du fonctionnement de la Division. Si je la ramenais seulement moitié moins que lui, je serais honnie de tout le monde. Mais son pauvre Hawkes de père a été suffisamment blessé dans une opération de grande envergure pour ne jamais revenir en activité. Je crois que tout le monde a l'impression de lui devoir de l'indulgence, ne serait-ce que pour conjurer la possibilité qu'un jour leurs propres rejetons se retrouvent dans la même situation.

Tanya, qui est toujours cette femme libre et sage comme dans mes souvenirs d'enfant, hausse les épaules avec mesure et philosophie : "Si tu parles à tout ceux qui ont bossé avec lui, Hammond, tu te rendras compte que personne n'a rien contre lui : de Kahn à Weasley, c'est pour dire !"

Comme Peredur Kahn et Ron sont généralement, et par principe, d'opinions opposées depuis le temps où le second a été l'aspirant du premier, c'est censé être révélateur.

"T'es pas dégoûtée de ne pas en être, Tanya ?", veut savoir Winifred Huxley qui n'est pas toujours d'une très grande diplomatie. "Ton mari y est, lui !"

"John est l'un des adjoints de Paulsen, c'est naturel qu'il l'assiste. Après, les équipes spéciales, c'est généralement intéressant", reconnaît Tanya avec sincérité. "Maintenant, le hasard du service fait que personne de notre équipe n'a été sur une des affaires. Paulsen a recruté en lien direct avec Lupin", elle rajoute avec juste un infime regard vers moi. "Je ne vois pas pourquoi il m'aurait demandé quoi que ce soit."

Beaucoup moins discrètement, les deux autres ont l'air de se demander si, moi, j'aurais pu changer ce déroulement. Je lève ouvertement les yeux au ciel.

"Quoi ?", demande Huxley, un peu pincée.

"Au risque de me répéter, je ne sais rien sur l'Affaire des Pierres", je réponds sans doute pas aussi diplomatiquement que je le devrais.

"Tu n'aimerais pas en être ?", me questionne assez naïvement Hawlish.

Je pense très vite à Sam et à ma mère - qu'est-ce qu'ils me conseilleraient de répondre ? La vérité pour ma mère, je le sais. Sam serait sans doute plus prudent.

"Si j'avais une raison d'y être", je décide de doser la vérité - plus comme mon père saurait le faire. "Si on avait besoin de moi, j'en serais honorée. Mais je ne me surestime pas ; j'ai des tas de trucs à apprendre avant d'être dans un quelconque groupe spécial..."

"C'est ce que te dit ta mère ?", ose Hawlish avec cette assurance qu'il traîne comme une malédiction. On est de la même promo à Poudlard - lui est Poufsouffle - et on est sorti en même temps du purgatoire de l'aspiranat. Il croit relativement fermement qu'on est potes.

Je décide qu'il ne mérite pas que je réprime l'envie de rire qui m'étreint.

"Je ne suis pas assez stupide pour l'obliger à me dire un truc pareil !"

Hawlish se rembrunit devant la pique, mais comme Huxley et Tanya sourient, il décide de faire bonne figure. Le seul mec au milieu de trois filles.

"Iris est peut-être trop prudente, mais le réalisme n'est jamais un mauvais point de départ", commente notre chef actuel en posant sa tasse de café d'une manière qui dit bien que la pause est finie. "Winifred, je te confie nos petits jeunes ?"

Le nouveau dossier de Winifred Huxley a trait à une femme assez mystérieuse qui est apparue sur le Chemin de Traverse. Elle nous est décrit comme entre deux âges, grande, maigre, avec des cernes sous les yeux.

"Une gueule de loup-garou", commente Hammond avec l'air de se trouver drôle.

Ça choque plus Huxley que moi - elle le voit sur mon visage, hésite, et puis se rappelle qu'elle est censée nous encadrer, qu'elle a dix ans de plus que nous et un échelon quatre, tout ça : "Tu t'abstiens de ce genre de commentaire, Hawlish, d'accord ?"

"Tu dis ça pour Lupin ? Elle en a entendu de bien pires !", estime mon collègue totalement décomplexé.

"Tu veux que j'en parle à Sawbridge ?", menace Huxley sans se rendre compte qu'elle en fait un peu trop.

"Si c'est une louve, t'inquiète Hawlish, je te protégerai", je lâche négligemment pour essayer de couper court. Ça a presque autant d'effet sur les deux. Ils aimeraient être sûrs que je blague, je le sais. Je ne prends pourtant pas la peine de les rassurer : "D'autres révélations fracassantes dans ce dossier, Winifred ?"

Quand elle s'est remise de mon intervention, Huxley raconte. La Dame en marron

apparaît parfois pour plusieurs jours sur le Chemin de Traverse. Personne ne sait où elle passe les nuits, mais de nombreuses personnes l'ont remarquée dans la journée, plutôt dans les rues transversales. Elle cherche à obtenir de l'or ou de la nourriture contre des actes de divination. Elle peut aussi ne rien demander du tout. Il n'y aurait là qu'un exercice un peu hors norme de la magie si des gens de plus en plus nombreux et variés ne se plaignaient pas d'étranges phénomènes après l'avoir consultée. Une dizaine de personnes ont ainsi déjà témoigné auprès des policiers ou de Sainte Mangouste de pertes de mémoire temporaires.

"A mon avis, ils avaient perdu la tête avant", commente Hammond Hawlish.

"Tu veux dire que tu leur avais parlé ?", je craque sans doute un peu trop vite.

"Hawlish, Lupin, on n'est plus à Poudlard", soupire Huxley avant de nous envoyer séparément interroger de nouvelles personnes qui ont accepté de témoigner. Je sonne ainsi chez un certain Joshua Hoyt, ouvrier de l'atelier de baguettes Ollivander.

"Auror Iris Lupin", je me présente avec une espèce de stupide accélération de mon coeur, comme si c'était un test et que les examinateurs m'observaient derrière un écran magique. "Je suis envoyée par l'Auror Huxley qui a pris le rendez-vous avec vous pour prendre votre déposition."

"La Division pense que je raconte n'importe quoi, c'est ça ? On m'envoie le plus jeune Aspirant disponible ? Et puis après, quoi, l'équipe de santé mentale de Sainte Mangouste ?", s'agace l'homme sans me laisser entrer.

"En fait, nous sommes trois à interroger les personnes qui ont vécu des pertes de mémoire similaires. Pour avancer plus vite, nous avons décidé d'établir seuls les premières dépositions. Nous reviendrons avec des questions plus précises quand..."

"D'autres personnes ? Nous sommes combien ?", s'affole l'homme.

"Une dizaine déclarée", je lui réponds. "Certains sont venus seuls à nous, d'autres nous ont été envoyés par Sainte-Mangouste", je précise en me disant que j'essaierai d'en parler à Kane pour voir s'il peut avoir accès aux examens des gens qui, affolés, se sont pointer aux urgences magiques. "On peut s'asseoir ?", je pousse mon avantage.

"Oui, bien sûr", balbutie l'homme visiblement secoué par l'information en me conduisant à un salon assez mal rangé. "Vous voulez quelque chose, Mademoiselle...?"

"Lupin", je répète. Et je vois que cette fois, le nom l'interpelle.

"Lupin", il répète, "Lupin comme..."

"Comme Remus ou Nymphadora Lupin, oui, je suis leur fille", je précise avec patience. L'expérience prouve qu'il vaut mieux évacuer le sujet. C'est presque plus simple sans collègue qui m'observe par en dessous.

"Oh... vous êtes très jeune", Hoyt constate, " Vous suivez les traces de votre mère... ?"

"On verra. C'est un peu tôt pour le dire", je minimise avec patience - j'ai un entraînement assez poussé en la matière, il faut dire. "Si vous avez du thé..."

"Oh oui, bien sûr, bonne idée, prenons du thé", approuve l'homme en sortant une baguette étonnamment rutilante de sa poche pour la pointer vers la cuisine. Le thé ne tarde pas à nous rejoindre ; il y a même des scones.

Je le remercie de la tasse qu'il me tend. Je la laisse refroidir en installant mon parchemin et ma plume papote.

"Je sais que vous avez déjà raconté l'essentiel à l'Auror Huxley", je commence mais si vous pouviez reprendre les évènements dans l'ordre pour notre dossier..."

Hoyt raconte qu'il a entendu parler des Divinations réalisées par la femme qu'il appelle lui aussi la Dame en marron depuis des semaines. En bien. Lui-même se désole que sa femme l'ait quitté ; elle est partie avec un Suédois rencontré en vacances, avec leurs deux enfants. Tout ça est très récent - quelques mois à peine. Il ne veut pas croire qu'elle soit réellement partie. Et c'est la confirmation de sa certitude intime qu'il est allé demander à la Dame en marron.

"Ça doit vous faire sourire, Mademoiselle", il termine amèrement.

"Pas vraiment", je lui réponds avec sincérité. "Comment l'avez-vous trouvée ?"

"Eh bien, je l'ai croisée un jour dans la rue... je l'ai abordée, elle m'a donné rendez-vous après mon travail. Au petit square près de Florian Fortarôme".

J'opine pour montrer que je situe, mais il reste silencieux, sans doute plongé dans ses souvenirs incertains.

"A-t-elle répondu à votre question ?", je le relance un peu timidement à mon goût.

"Oui. Elle a dit que je ne perdrais pas mes enfants ; qu'ils voudraient vivre avec moi ; que c'était le plus important ", il me répond, clairement embarrassé de me raconter ça mais n'osant pas ne pas me répondre.

Le prestige de la fonction - c'est la première fois que je l'expérimente en personne, c'est impressionnant. Je n'ose pourtant pas lui demander ce que la Dame en marron a prévu pour sa femme.

"Et vous l'avez rémunérée ?", je préfère enquêter.

"Je crois", il soupire.

"Vous croyez ?", j'insiste.

"Je me revois tirer ma bourse de ma poche... en tirer des pièces... Elle ne voulait pas mais finalement elle a tendu la main...Je la revois cette main… fine… assez aristocratique, je me suis dit. Et après... je ne sais plus rien..."

"Jusqu'à quand ?", je questionne assez bas. Je suis un peu intimidée, je me rends compte, à la fois par ce que mon enquête me permet, entrer dans l'intimité de cet homme, et par ce qu'il me raconte. Ce n'est pas l'Affaire des pierres, mais c'est clairement plus intéressant que le vol à la tire ou le trafic de tapis !

"Je me suis réveillé le lendemain ici, dans mon lit", il me répond en plongeant des yeux pleins de désarroi dans les miens.

"Aucun autre souvenir ?"

"J'étais épuisé. Mon manteau était mouillé. Je ne sais pas pourquoi... Je suis allé travailler mais je n'arrivais pas à me concentrer, j'ai ruiné un magnifique morceau de bois de rose... une faute de débutant ! Et mon chef d'atelier m'a renvoyé chez moi. J'ai ruminé tout cela, manqué d'aller à Sainte-Mangouste puis j'ai décidé d'appeler la Division..."

oo

Les témoignages récupérés par Winifred Huxley ou Hammond Hawlish ne dépareillent pas de la narration de l'ouvrier de chez Ollivander. Les gens n'avaient aucune idée de ce qu'ils avaient pu faire pendant plusieurs heures. Ils s'étaient réveillés dans leur lit, fatigués, affamés. Leur dernier souvenir conscient était d'avoir été avec la Dame en marron, laquelle avait répondu au préalable à leurs questions avec beaucoup de gentillesse. Aucun ne pouvait formellement l'accuser de leur avoir jeté un sort - pas de souvenir de baguette, d'incantation, pas de sensation de choc, pas même un contact physique. Rien que l'absence de souvenirs. Celui interrogé par Huxley avait mis des semaines à oser en parler à quiconque. Sa femme l'avait décidé à voir leur médicomage qui n'avait pas détecté d'altération magique de la mémoire ou de sortilèges maléfiques et l'avait invité à nous appeler.

Tanya nous écoute avec une attention qui ne trompe pas. On ne risque pas de continuer à enquêter seuls demain, je me dis avec un mélange de soulagement et d'agacement - plus on sera, moins une Rang Cinq aura les commandes, même pour l'interview de victimes.

"Cette affaire mérite notre attention", annonce notre chef d'équipe sans surprise. "Je vais suivre votre enquête personnellement - éventuellement, on élargira l'équipe. Je vais en parler à Gawain dès ce soir pour qu'il nous obtienne des rendez-vous à Sainte-Mangouste. Je vous attends tous demain matin en forme", elle termine en se levant, les yeux déjà vers le couloir qui mène au bureau de Robards.

Les possibilités de cette affaire me tiennent compagnie quand je rentre chez moi - Sam est en mission, Merlin sait où. L'appeler n'est pas une option. Rien donc pour éloigner mon esprit du boulot - même la rencontre avec ma famille, samedi, n'arrive pas à capter mon attention pour la première fois depuis des jours.

Me rappelant l'implication de Sainte-Mangouste, j'appelle Kane, mais il ne me répond pas - soit il bosse, soit il dort déjà, je suppose en renonçant même à lui laisser un message. Ses horaires décalés sont une vraie plaie, presque pire que les miens. Je caresse ensuite l'idée d'aller à l'appartement de mes parents, voire à Poudlard, enquêter sur les pertes de mémoire. L'idée de devoir expliquer ma démarche à mes parents - de devoir écouter les judicieux conseils qu'ils ne manqueraient pas de me donner - me coupe dans mon élan. J'ai envie que cette histoire reste mystérieuse encore un peu, qu'elle m'appartienne en propre encore un moment. L'enquête va suffisamment vite me rappeler tout ce que je ne sais pas encore, voire apporter des réponses rationnelles, je me dis en me mettant au lit de bonne heure. Autant que l'absence de Sam serve à ça. Il rentre peu de temps après - je ne suis pas en phase de sommeil paradoxal et je saute sur mes pieds en entendant la porte.

"Tu dormais ?", il se désole.

"Pas vraiment. Je voulais être en forme demain... Tu as dîné ?"

"Oui, t'inquiète, en bossant. J'ai juste besoin d'une douche et je te rejoins", il annonce en m'embrassant.

"Je suis mort", il laisse échapper en se laissant tomber à côté de moi un quart d'heure plus tard. "Je me demande ce que prend un gars comme Paulsen pour tenir..."

"Eh, Carley, il a l'âge de ma mère, 42 ans, ce n'est pas Kahn ou Robards !"

"C'est vrai qu'elle est super jeune pour être au poste qu'elle occupe", lâche Sam. "Désolé..."

"Elle était une très jeune lieutenant aussi..." , je concours sans chercher à savoir de quoi il s'excuse.

"Et dans les petits papiers de Shackebolt", il rajoute sans s'excuser cette fois.

"Depuis toujours."

Il sourit.

"On dirait que tu sais tout..."

"Tout le passé", je précise - c'est un truc qui me turlupine visiblement, je réalise.

"Tant mieux, ça me laisse une place pour le futur...", il commente en caressant ma joue.

"Évidemment", je lâche, ravie et fondante comme un caramel. "Dis-moi que ça ne va pas t'empêcher pour samedi ?", je trouve la présence d'esprit de lui demander quand on cesse de s'embrasser..

"Ne t'inquiète pas, Paulsen a déjà organisé les gardes, et j'ai expliqué que j'avais un repas de famille prévu depuis longtemps. Il m'a collé dans les équipes du dimanche", explique Sam en recommençant à m'embrasser.

"Un repas de famille", je répète avec un mélange de ravissement et d'effroi quand il reprend son souffle. La formulation réveille mon âme la plus romantique, mais ma paranoïa s'inquiète que Paulsen ait pu relier entre eux des indices que personnes d'autre n'aurait remarqués. Carley a toujours été un enquêteur hors pair. Pas que j'ai eu l'honneur de bosser avec lui, mais ma mère répète ça depuis aussi longtemps que je l'écoute parler de la Division des Aurors. Ça laisse des traces.

"Tu ne m'as pas vendu autre chose qu'un repas de famille", remarque Sam, prosaïque, nous faisant rouler sur le côté, enlacés l'un contre l'autre en chien de fusil.

"Non, bien sûr", je bats en retraite, n'osant pas enquêter plus avant sur ses sentiments. Reste le boulot : "Et ça ira le dimanche, un truc précis de prévu ?"

"Je n'ai pas le droit de parler de l'enquête", rappelle Sam d'une voix un peu fatiguée.

"Mais.. je veux dire si tu as une opération prévue, on peut laisser tomber... Paris", je propose le coeur battant contre le matelas.

"On n'en est pas aux opérations. Surveillance, étude de dossiers... des trucs comme ça. Dimanche, je suis sur une surveillance avec John Foote.

"Lui même !", je remarque. Les rumeurs des couloirs ne sont pas entièrement infondées. Les huiles se sont accaparés l'histoire - soit parce qu'elle est particulièrement sensible, soit elle offre de bonnes possibilités pour se faire mousser politiquement. Sam rit quand je développe cette idée.

"J'avoue que, pour l'instant, l'affaire est surtout étrange et excitante.. Je suis trop bleu pour savoir où sont les enjeux politiques."

"Je suis trop bleu" n'est pas une phrase que j'entends souvent dans la bouche de Sam.

"Tu ne peux pas en parler", je lui rappelle avec un clin d'oeil.

Il sourit et réfléchit avant de proposer :

"Si ça t'amuse, je peux te révéler le code de Paulsen, il appelle ça une "affaire à la XIC"... Le XIC était un groupe mafieux..."

"...mêlant moldus et sorciers, plusieurs nationalités dans un trafic de potions vendues des deux côtés ; et ce n'était que le partie émergée de l'affaire..." je complète.

"Tu connais !", il comprend.

"Mes deux frères se sont faits enlever par le XIC... Enfin Harry pas directement, mais son responsable de stage à la Banque de Genève, si... Et mon père a passé trois semaines dans le coma..."

"A cause du XIC ?", vérifie Sam totalement en alerte.

J'opine un peu nerveusement, comme si j'avais, par maladresse, fait sortir un épouvantard de sa malle.

"L'affaire a été sacrément traumatisante pour ma famille", je résume. "Même si ma mère a obtenu l'inculpation des chefs, ils avaient des appuis politiques de dingues, et aucun n'a effectivement effectué une peine sur le sol britannique. Leurs pays respectifs les ont protégés... Je ne me rappelle plus des détails exacts."

"Une sale référence alors", interprète Sam en me caressant les cheveux d'un air pensif.

"Il faudrait savoir ce que Carley a en tête quand il pense au XIC - le mélange des genres, les appuis politiques probables ou les ramifications internationales ?", j'abonde. "D'ailleurs, si je ne me trompe pas, Foote et Ron aussi en étaient - c'est sans doute un signe."

"J'essaierai de les faire parler", décide Sam. "Ce sont de bonnes questions... Et ça explique la composition du groupe...s'il y a une parenté entre les affaires.."

"Tu diras que tu est allé lire les archives, hein ?", je rajoute en plaisantant seulement à demi. Je ne suis pas sûr que Paulsen ne reconnaîtrait pas trop facilement qui a pu renseigner Sam.

"Je demanderai à Ron de raconter. Il adore ça." Comme j'opine en me pelotonnant contre lui, mon petit ami réfléchit à haute voix : "T'étais toute môme - tu te souviens de ton père dans le coma ?"

Je suis touchée qu'il me relance non sur l'enquête, mais sur moi et ma famille.

"Il avait l'air de dormir... C'était en pleine forêt amazonienne - une immense maison en bois au milieu de nulle part... Je crois qu'on se planquait des journalistes autant que des méchants", je réponds avec des images assez fortes dans les yeux. La sensation de la chaleur, les cris des singes dans les arbres, les craquements des lattes des parquets et cette rivière où on allait se baigner, Kane, Cristovao et moi. "Mais moi, mon principal souvenir, c'est mon initiation aux catalyses magiques... Et le principal bénéfice de tout ça : découvrir mon animagus avant mes onze ans !"

"Avant tes onze ans ?", répète Sam interdit.

"Je sais, mon dossier au Ministère dit treize - ce qui était déjà plus jeune que Harry, et suffisamment enfant prodige, comme disait Mae. Mais, en fait, ma première transformation animale date de la forêt amazonienne, et ma première transformation volontaire et personnelle a eu lieu deux ans plus tard...", j'insiste. Samuel m'aime, il a le droit de savoir.

"Le renard, déjà ?", il questionne un peu timidement.

"En fait, non, à l'époque, je me transformais alternativement en renard ou en chouette... à la brésilienne", je raconte.

"A la brésilienne ?"

"Les enfants guaranis prennent des tas de formes animales avant leur onze ans. C'est considéré comme un signe de magie spontané... Peu prennent la peine d'apprivoiser leur forme stable mais, en fait, ça serait un bon moment... C'est ce que mon père a compris... Tu sais que le Fondation propose la recherche d'animagus à tous les membres des familles de lycanthropes. Quand il y a des frères et soeurs, ils essaient la méthode brésilienne, et ça marche assez bien", je raconte en bâillant. J'ai moi-même pas mal participé à ce programme.

"On dit qu'à cause de Remus Lupin, le nombre d'animagus a été multiplié par cinq en Grande-Bretagne", sourit Sam.

"Et par trois en Europe", je rajoute. "Parce que ses programmes sont copiés en Italie, en France et en Allemagne du Sud"

"T'en es fière", il remarque.

"Évidemment."

"Et après, moi, je devrais pas me sentir minable ?"

"Sam, tu viens d'être pris dans un groupe d'élite, tu veux quoi, devenir lieutenant avant la fin de l'année ?", je m'agace. "Tu sais ce que mon père a bossé pour arriver où il est ? Tu sais ?"

"Eh, tu sais que je l'admire !", il essaie de me calmer en m'embrassant la joue. "Mais moi, je n'ai pas d'animagus..."

"Je peux t'apprendre quand tu veux", je propose avec pas mal d'enthousiasme. Ginny comme Brunissande ont appris de mes frères. Ça me paraît dans l'ordre des choses..

"Je ne suis pas trop vieux ?", questionne Samuel avec une naïveté extrêmement rare.

"Ça sera moins facile que si tu avais dix ans ; il faut retrouver accès à ta magie primordiale, à tes instincts, oublier des tas de trucs qu'on t'a appris sur la magie, pour que ça marche. Mais c'est possible. Ma mère l'est devenue à peu près à ton âge, j'imagine. A peine plus âgée, elle était enceinte de nous..."

"La meilleure protection contre la lycanthropie", commente Sam un peu pour lui même."Ton jumeau..."

"Kane", je corrige - je voudrais qu'il arrête de rendre ma famille indistincte et lointaine. Les prénoms me paraissent un bon début.

"Kane y est arrivé au même âge ?"

"Oui. Il se transforme en chouette uniquement aujourd'hui - ce qui lui va bien... Selon les Guaranis, les deux Animagus sont liés symboliquement au-delà de leur forme animale", je rajoute. "Mais je suis en train de te dire des trucs d'initiés Guaranis alors que tu ne veux même pas me parler de ton enquête !"

"T'es initiée ?", il relève.

"Ben oui. Pas totalement - dans le sens de : pas à un niveau suffisant pour initier d'autres personnes, mais oui, je suis initiée. A cause de la catalyse... pas tant de gens vivent une catalyse à peine sept ans en fait..."

"Je ne sais pas trop ce que c'est, une catalyse, Iris - juste que c'est le truc pour lequel ton frère Cyrus est connu... qu'il écrit des livres là-dessus... fait des conférences..."

"Un peu mon neveu", je rigole. Cyrus, Tiziano, mais aussi Aesthélia, Severus, Harry et Brunissande ne bossent que sur ça, la construction d'une théorie comparative, inclusive et adaptative de la Catalyse - j'ai retenu ma leçon. L'oeuvre de leur vie, en quelque sorte.

"Mais tu ne peux rien expliquer ?", s'étonne Samuel.

"Bah, je ne voudrais pas vous priver d'un bon sujet de conversation...", je bâille de nouveau.

"C'est toujours mieux de savoir de quoi on parle", insiste Sam.

"Mais c'est toi l'enquêteur qui sait faire parler les fortes têtes..."

"Tu te foutrais pas de moi, par hasard, Lupin ?" - il fait mine de s'agacer.

"McDermott, est-ce que je te demande où va l'enquête ?", je réponds. Ça nous rend silencieux quelques longues minutes. Je me laisse bercer par sa chaleur contre mon corps et les images évoquées de la forêt amazonienne.

"C'est vrai que les Animagus prennent souvent la même forme que les patronus ?", il me souffle à l'oreille.

"Mais t'es pas censé être crevé ?", je proteste. "Je ne vais pas te faire un exposé sur les patronus à cette heure-là !"

"Parce que toi, ton patronus est une chouette... Donc finalement, d'après ce que tu m'as dit tout à l'heure, c'est la même..."

"Symbolique que le renard, oui. Kane est inversé avec moi, et il paraît que c'est courant entre jumeaux... enfin quand on a toutes les données !", je complète dans un soupir. C'était Harry qui nous avait expliqué ça quand nous étions encore en sixième année. "Mes frères ont les mêmes également, mais pas ma mère... Le moment auquel tu cherches l'un et l'autre semble bien influencer la forme..."

"Tu veux dire : moi, mon patronus, c'est un écureuil... ça ne veut pas dire que je prendrais la même forme en tant qu'Animagus ?"

"T'as peur que je te mange ?", je souris.

"Te fous pas de moi", il proteste en se reculant - ça fait un grand froid dans mon dos.

"Sam..."

"Excuse-moi, tout le monde ne tombe pas dans une Catalyse à sept ans pour en ressortir muni d'un animagus et d'un patronus !"

"Ce n'est pas du tout ce qui s'est passé !", je me récrie.

"Ah bon ?"

"Une catalyse te permet d'avoir accès à la magie primordiale..."

"Qu'est-ce que c'est que ça ? On dirait une religion !"

"Mon frère a dû écrire deux ou trois livres sur la question...", je commence avant de me dire que c'est une mauvaise piste. "En fait, c'est la magie brute, la magie dans la nature, accessible à tous les êtres vivants, les créatures magiques dont nous, les animaux magiques ou non, les plantes, les Moldus, tout le monde..."

"Hum, je me souviens l'approche hétérodoxe de la magie du professeur Lupin", admet Sam en se rapprochant insensiblement.

"Donc la catalyse, elle permet de donner accès à cette magie, de la renforcer, de la canaliser. On a sorti mon père du coma comme cela... - c'était la première catalyse à laquelle je participais... on avait sept ans, Kane et moi... Mais ce n'est pas tout - ça a ramené mon père, mais ça nous a tous aussi permis d'accéder à une transformation... Cyrus la qualifie de symbiotique et ne me demande pas de t'expliquer ce que ça veut dire !", je développe en regrettant que ce ne soit pas n'importe lequel de mes frères qui fasse cet exposé. Je suis la moins théoriciennes de nous tous. "Grâce à la catalyse, on s'est tous transformés en boto..."

"En quoi ?"

"En fait, on a pris la forme d'un lamentin fluvial amazonien", j'essaie de répondre me rendant compte que j'ai pris les choses tellement dans le désordre que toutes mes explications compliquent ce que je veux transmettre. "Le boto est une créature magique amazonienne qui alterne forme humaine et lamentin... Cette nuit-là, on a répondu à son appel et on est tous devenus pour quelques heures des lamentins..."

"T'avais sept ans", vérifie Sam.

"Mais on l'a fait en groupe", j'insiste. "Je n'ai pas eu peur. Mon père tenait ma main quand on est entrés dans l'eau et la seconde d'après on jouait dans l'eau tous ensemble sous la forme de lamentin..."

"Et ça s'est arrêté comment ?"

"Quand Malghanica s'est couchée."

"Qui ça ?"

"Quand l'étoile du Sud - Alpha Crucis ou Malghanica en portugais - a disparu du ciel", je reformule. "Franchement Sam, j'avais sept ans ! Si tu veux une narration complète, étayée, commentée, faut demander à mes frères ou à mes parents !"

"OK. Et après tu avais ton animagus."

"Non pas du tout ! C'est ça que je voulais dire. On est retourné pas mal en Amazonie après, notamment parce que Cyrus et Ginny s'y sont plus ou moins installés. C'est en jouant avec Cristovao - le fils de la marraine de Cyrus - qui a deux ans de plus que nous que c'est venu... en jouant avec lui et d'autres mômes guaranis... Mon père a eu l'idée de nous faire travailler sur ce résultat - parce que l'idée qu'on puisse maîtriser cette transformation, comme tu l'as rappelé, c'est son obsession... Mais j'ai appris à faire un patronus en sixième année à Poudlard comme tout le monde !"

"Comme tout le monde", il se marre.

"Ben oui", j'insiste un peu vexée par son rire.

'Vous avez réussi du premier coup, je parie !"

"Dans les premiers", je tempère. "Kane avant moi d'ailleurs... il était trop content !"

"Tu l'as laissé ?", questionne Samuel gravement en me faisant pivoter vers lui et en fouillant mes yeux de son regard clair.

"Pardon ?"

"Tu l'as laissé y arriver avant toi ?", il explicite sans me lâcher des yeux. J'en ai le souffle coupé. "J'en étais sûr", il conclut.

oo

Notes de l'auteur

Les personnages hors cannon et nouveaux

- Joshua Hoyt - ouvrier chez Olliver- Hoyt est un vieux nom anglais du moyen-âge voulant dire bâton.

- Winifred Huxley - née moldue, dans la classe de Cyrus à Poudlard. Auror de Rang Quatre.

- Hammond Hawlish, fils de Hawkes Hawlish Auror cannon dont on ne sait que le nom. De la même promotion que Iris et à Poudlard et à la Division.

Incroyable, votre accueil de la semaine dernière ! Ça balaie tous mes doutes sur "est-ce que ça va intéresser quelqu'un ?" J'espère que la suite continuera à vous plaire.

Tout ça n'existerait pas sans l'aide, le soutien, etc, de Alixe, Dina et Fée Fléa(u) - tellement d'années qu'elles sont là à mes côtés, incroyable !