Les Olympiens

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TOKYO, 26 AOÛT 2011

Comme à son habitude, Sakura avait prit le métro tôt ce matin là. Partout on ne parlait que de la destruction l'avant-veille du centre ville. La jeune magicienne ferma les yeux, fatiguée. Elle aurait tant voulu pouvoir s'appuyer sur quelqu'un. Elle ferma les yeux pour chasser ces mauvaises pensées mais un regard ambré apparut dans ses paupières closes. Enervée, elle rouvrit brusquement les yeux. Pourquoi pensait-elle à lui ?

Elle descendit rapidement de la rame de métro bondée pour sortir marcher dans un dédale de souterrain et arriver enfin à l'air libre.

Face à elle, un grand bâtiment arborait en lettre romaine « St Lucien Hospital » comme pour bien se faire remarquer. Mais Sakura ne lui porta qu'une attention restreinte alors qu'elle pénétrait dans son hall. C'était un hôpital neuf, construit deux ans plus tôt par un grand industriel américain, Lucien MacDekins, et offert à l'Etat nippon par l'homme… contre certains avantages… Mais cela importait peu à la jeune fille. Elle salua la veille secrétaire qui se tenait aux admissions et qui, comme à son habitude lui offrit un sourire chaleureux.

Sans vraiment y réfléchir, la magicienne marcha dans les nombreux couloirs de l'endroit pour arriver face à une porte en particulier. Un « 365 » en lettre métallique brillait sur le blanc médical de la porte. Sakura la poussa sans même prendre la peine de frapper. Elle savait bien que la personne qui était à l'intérieur ne lui répondrait pas. Elle pénétra dans cette chambre qu'elle connaissait par cœur et s'assit sur le même fauteuil que d'ordinaire.

« Bonjour Grand Frère, murmura-t-elle au malade endormi. Tu sais, les choses ne s'arrangent pas ici. Tomoyo est de plus en plus inquiète. Et Mme Li est passée me voir. Tu sais, c'est la mère de Shaolan. Je sais que tu ne l'aimais pas, mais il me manque Grand Frère. Il me manque tellement. J'aimerais tant qu'il soit là, avec moi pour m'aider à tenir le coup. Je suis toute seule maintenant. Les choses deviennent si dangereuses que je n'ose même plus impliquer Tomoyo. Que dois-je faire ? Je vais aller à une réunion de gens comme moi. Je ne sais pas ce que ça va donner tu sais. J'espère qu'on pourra trouver une solution… Je l'espère tellement… »

On frappa à la porte, sortant Sakura de son monologue.

« Bonjour Melle Kinomoto, déclara le nouveau venu.
- Bonjour Docteur. Il y a eu un changement ?
- Oui, et pas en bien j'en ai peur… Mademoiselle, je crois qu'il va falloir que vous acceptiez la possibilité que votre frère risque de ne pas se réveiller et que sans les machines diverses auxquelles il serait mort depuis longtemps…
- Que cherchez-vous à me dire ? fit Sakura sur la défensive.
- Qu'il faudrait peut-être penser à abandonner…
- Pas question ! rugit la magicienne. N'y pensez même pas ! »

Le médecin eut un mouvement de recul alors qu'elle s'était levée.

« Ne vous énervez pas Mademoiselle, » tempéra-t-il, « et prenez la peine d'y réfléchir, voulez-vous ?
- C'est tout réfléchit. »

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TOMOEDA, 10 AVRIL 2009

Sakura marchait gaiement dans les rues de la petite ville. Malgré les récentes tragédies qui avaient touchées les Etats-Unis, elle ne se sentait pas vraiment en danger. Certes cette chasse aux sorcières entreprise en Amérique était dangereuse et inquiétantes, mais elle était lointaine et du haut de ces dix-huit ans révolus, la Maîtresse des Cartes était restée insouciante.

Elle sourit en voyant le bout de son chemin se profiler à l'horizon. Elle avait rendez-vous avec Toya et Yukito pour se rendre au cinéma voir le dernier film qui venait de sortir.

C'est en arrivant devant le multiplex où ils avaient rendez-vous que la joie de Sakura la quitta entièrement. Des brigades de police avaient bouclé le périmètre. Et devant les yeux ébahis de la jeune fille, Yué se débattait avec difficulté contre d'étranges chaînes qui le maintenaient prisonnier. Le cœur de Sakura bondit et elle fit un pas en avant pour aider le juge. Mais lorsque leurs regards se croisèrent, la jeune fille comprit qu'elle ne pouvait rien faire pour lui. Et soudain, son attention fut attirée par une forme, allongée sur le sol.

« Toya ! » cria-t-elle tentant de rejoindre son frère, inconscient sur le bitume.

Mais un policier la retint. Il lui parla mais elle ne l'entendit pas. Toute son attention était captée par le corps de son grand frère et par Yué dont les ailes étaient brisées. Pourquoi ? Comment ne l'avait-elle pas sentit.

« Maîtresse… Sakura… »

La voix de l'ange de la Lune fit sursauter la magicienne. Elle raisonnait dans sa tête.

« J'ai fait en sorte que tu ne sentes pas ce qui s'est passé. Parce que ton frère m'avait demandé de te protéger et que si tu avais su tu aurais accouru avec les Cartes. La chasse aux sorcières va se poursuivre ici, et tu devras être très prudente. Plus que Toya, Yukito et moi l'avons été. Tu dois te demander ce qui s'est passé. Ils ont voulu m'attraper, et Toya s'est mit… en travers de leur route… Je… je n'ai plus… suffisamment d'énergie pour… maintenir la connexion… J'ai une dernière fa… veur à te demander. Je veux… que tu récupères… ma force… Que tu me… fasse disparaître… et que je me fon… de avec ton sceptre… c'est notre… souhait… à Yuki…to et moi… »

Les larmes coulaient sur les joues de Sakura, toujours maintenue par le policier. Elle savait ce que signifiait la requête de Yué. La destruction. La mort. Quelle que soit le nom qu'on lui donnait. Yukito et Yué disparaîtraient, à jamais.

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TOKYO, 26 AOÛT 2011

Sakura sortit de l'hôpital avec un moral encore plus bas que lorsqu'elle y était entrée. Elle soupira tristement en se demandant pourquoi le destin semblait vouloir s'acharner contre elle. Pour ajouter à tout ce qui lui était tombait dessus ce jour là, le ciel était gris et la, pluie menacer de se mettre à tomber à tout moment. La jeune femme soupira, se demandant ce qu'elle allait bien pouvoir faire. Machinalement elle tritura son pendentif, songeant à tout ce qu'il représentait depuis ces jours néfastes…

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TOMOEDA, 11 AVRIL 2009

Les policiers lui avaient parlé toute la nuit, cherchant à comprendre pourquoi son frère avait voulu protéger « l'ange ». C'était ainsi qu'ils appelaient Yué devant elle. Mais elle savait que derrière son dos, ils le nommaient « le démon ». Pourquoi ? Yué n'avait rien fait de mal. Et Toya non plus. Toya. Comment allait-il ? Elle ne le savait même pas. Leur père devait être à son chevet. C'était ce qu'elle se disait. Il n'était pas seul.

Et puis, après de longues heures, une jeune femme arriva enfin. Quel âge avait-elle ? 26 ou 27 ans… pas plus. Ses cheveux châtains tombaient sur ses épaules alors que ses yeux pers jetaient des éclairs. Elle se mit à parler avec rudesse aux policiers. Sakura n'aurait pas su dire se qu'elle disait. Elle était trop perdue pour y porter une réelle attention. Aussi, qu'elle ne fut pas sa surprise lorsque, quelques minutes plus tard, elle sortit du commissariat accompagnée de cette sauveuse inattendue.

Puis la jeune femme se présenta. May Siriyawa. C'était son nom. Et Sakura avait apprit avec surprise que c'était son avocate.

« Tu veux que je t'amène à l'hôpital où se trouve ton frère ? demanda-t-elle avec un sourire réconfortant.
- Oui, je vous remercie… fit la magicienne. Mais j'aurais quelque chose à faire avant. »

La juriste ne sembla pas réellement surprise.

« Je comprends. Ecoute, il y a un petit café sympa prêt d'ici, allons boire quelque chose et ensuite je t'emmène voir ton faire, d'accord ? Ça te laissera le temps de régler ton truc. »

Sakura approuva de la tête, reconnaissante. Elles s'installèrent et commandèrent rapidement. Puis, s'excusant, la Maîtresse des Cartes se leva et se dirigea rapidement vers les toilettes. Elle fut satisfaite de n'y trouver personne. Elle ferma les yeux et prit une profonde inspiration, sentant sa gorge se serrer. Puis, elle prit sa clé et en libéra le pouvoir.

Puis, elle exauça le dernier souhait de Yué. Bien malgré elle, les larmes s'étaient mises à couler sur ses joues. Elle regarda en pleurant la magie dont était fait l'ange de la Lune se fondre avec le sceptre, détruisant ainsi deux vies. Yué et Yukito. Plus jamais elle ne les reverrait. Plus jamais. Elle s'effondra, en pleur.

Soudain, elle sentit une main se poser sur son épaule. Une jeune femme se tenait là, et lui souriait. Sakura sursauta. Comment était-elle entrée ? La magicienne était pourtant certaine d'avoir scellée la porte avec la Carte de la Serrure ! L'inconnue essuya les larmes qui coulaient sur son visage et l'aida à se relever. Sakura l'observa avec attention. Elle était plus jeune que l'avocate mais plus vieille qu'elle-même. Les cheveux blondissant, les yeux noisette, il émanait d'elle une grande douceur et une gentillesse certaine mais aussi une volonté inébranlable. La Maîtresse des Cartes se sentit revigorée par cette douce force.

Le sourire de l'inconnue s'étira. Puis, on entendit des coups à la porte. Sakura se retourna brusquement, comprenant que quelqu'un cherchait à entrer. Elle s'approcha de la porte, puis reporta son attention vers la jeune femme, voulant la remercier sans trop savoir comment. Et quelle ne fut pas sa surprise alors de ne trouver personne dans la pièce…

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TOKYO, 26 AOÛT 2011

Sakura se mit à courir. Décidément, tout semblait se liguer contre elle ce jour là. Voila que maintenant, il pleuvait à torrent. Jurant, la magicienne redoubla de vitesse et entra en trombe dans le métro. L'endroit était bondé et une lourde atmosphère de fumée de cigarette, d'humidité et d'autres odeurs dont la jeune femme ne voulait pas connaître la provenance ne le rendait que plus désagréable. Soupirant avec fatalité, elle pénétra dans la rame qui venait de s'immobiliser devant elle.

Puis, pendant que les stations défilaient sous ses yeux, elle se prit à penser à cette inconnue. Elle s'était souvent demandée si elle était réelle ou si c'était simplement le fruit de son imagination. Et maintenant, elle se demandait si elle aurait un jour la réponse à cette question. Elle sourit avec sarcasmes. Elles avaient tellement de questions et si peu de réponse… pas uniquement à propos de cette femme d'ailleurs… Mais l'heure n'était pas aux questions, décida-t-elle. Elle sortit du métro pour retrouver la pluie torrentielle. Elle soupira en remontant son col. Le temps s'était vraiment détraqué ces derniers temps. Qu'il fasse aussi froid en été aurait été inconcevable quelques années plus tôt. Elle secoua la tête, reportant son attention sur ses pieds pour éviter de glisser sur les dalles mouillées.

Son téléphone portable se mit soudain à sonner, attirant son attention.

« Allo ?
- Sakura, c'est Tomoyo. Où es-tu ?
- Je sors du métro, je rentre de l'hôpital.
- Donc tu n'as pas vu les informations…
- Que se passe-t-il ? s'enquit la magicienne, inquiète.
- Dit moi où tu es, je viens te chercher, comme ça tu pourras voir par toi-même… »

Quelques minutes plus tard, une limousine apparaissait devant une Sakura trempée jusqu'aux os. La jeune femme fut ravie de pouvoir y pénétrer et trouver enfin un endroit sec. Il ne lui fallut pas longtemps pour arriver à la demeure de Tomoyo qui avait elle aussi quitté Tomoeda quelques années auparavant.

Elle fut introduite dans un petit salon où son amie devait la rejoindre rapidement. Elle sourit en voyant des vêtements secs pliaient soigneusement sur une table. Tomoyo pensait toujours à tout. Elle se changea rapidement, puis se laissa tomber dans un fauteuil, heureuse d'être enfin au chaud et au sec.

Ce fut sur ces entrefaites que Tomoyo entra dans la pièce.

« Allume la télé, » dit-elle simplement.

Sakura fronça les sourcils mais s'exécuta tout de même.

« … c'est un véritable désastre, disait une correspondante qui semblait avoir du mal à tenir debout tant le vent autour d'elle était violent. On peut… »

Mais l'image se brouilla soudain, coupant la parole à la journaliste. Un autre apparut.

« Il semblerait que nous aillons un problème de réception. En attendant qu'il soit résolu, je rappelle pour ce qui vienne de nous rejoindre qu'un cyclone de classe 4 vient de toucher la Turquie après avoir dévasté Chypre. Les spécialistes assurent qu'une telle manifestation naturelle est scientifiquement impossible… »

Fatiguée, Sakura éteint la télévision.

« Ils pensent à un magicien n'est-ce pas ? soupira-t-elle.
- Ils n'ont pas d'autre explication.
- Un cyclone en Méditerranée, fit la Maîtresse des Cartes en fermant les yeux. « Les choses ne font qu'empirer…
- Je suis inquiète Sakura. Si jamais ils te trouvent… »

Tomoyo laissa sa phrase en suspend, regardant son amie avec anxiété.

« L'ordre de Myrddin va se réunir après demain à Paris. J'y suis conviée.
- Paris ? répéta la jeune femme. Mais je croyais que la ville avait été entièrement rasée l'année dernière par un mage…
- C'est bien le cas. Je suppose que l'ordre espère qu'on ne viendra pas nous chercher là-bas… Tu me donnes quelques jours de congé ?
- Bien entendu… Je t'en pris soit…
- Je serais prudente, » la coupa Sakura.

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AILLEURS, LE MÊME JOUR

Il regarda le Sceau. Il avait reprit ses droits. Mais pour combien de temps ? Il croisa le regard de ses deux compagnons. Ils avaient tous conscience que s'ils ne s'étaient pas trouvaient là, tous les trois, le pire aurait pu arriver.

Douleur, haine, peur…

Les choses n'allaient pas s'améliorer, loin de là. Que faire ? Mais que faire ?

Ce cyclone n'était que le signal… Comme pour un tremblement de terre. La première secousse. Avant le véritable désastre. Il ferma les yeux.

Quelqu'un entra.

« Alors ? » demanda-t-il au nouveau venu.

Celui-ci posa ses yeux sombres sur le sceau.

« Un cyclone de force 4, 204 kilomètres à l'heure. Un véritable désastre. Ils l'ont appelé Magika.
- Ils pensent que c'est l'œuvre d'un magicien ?

- Oui, après ça la répression ne va faire qu'augmenter si tu veux mon avis…

- Les fous… »

L'homme aux yeux sombres hocha la tête, faisant tomber des mèches de ses longs cheveux bruns sur son visage halé.

« Que va-t-il se passer maintenant ? » demanda-t-il.

Son interlocuteur se tourna vers les deux autres hommes présents et restés silencieux jusqu'alors. La question n'appelait pas vraiment de réponse, ils le savaient tous. Ils se contentèrent donc de regarder le Sceau à leurs pieds…

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à suivre