Las Vegas, Palace Hôtel, Chambre 18

Don Diego de la Vega venait de finir son déjeuner. Il se leva et alla observer par le fenêtre. Diego était un beau jeune homme, d'une grande taille, à la silhouette fine, détenant des yeux noisettes aux regards brillants et chaleureux. Ces cheveux toujours bien entretenus et bien coiffés étaient d'un noir ébène, mais une jolie mèche bouclée trahissait son utilisation de gel, elle ne tenait jamais en place quand il gesticulait un peu trop.

Il était habillé uniquement d'une chemise blanche brodée en argent à l'extrémité de chaque manche et d'un slim noir.

Tout à coup, quelqu'un entra précipitamment dans sa chambre. Il se tourna brusquement en position de défense mais se détendit quand il vit que l'homme n'était autre que son ami, Bernado.

Bernado était plus petit que lui, plus agé que lui, plus discret physiquement que lui. Il était son helpman ( un helpman étant un homme au service d'un autre homme, anciennement majordome, ou "serviteur" mais avec un peu plus de liberté ).

"- C'est toi ? Je pensais que tu prendrais plus de temps, dit Diego en fronçant les sourcils.

Bernado tapa quelques choses sur l'écran 3D de sa montre et Diego prit son portable pour lire ce qu'il avait envoyé.

"- Quoi ? S'écria-t-il en clignotant des yeux fixant toujours son portable, tu peux entendre de loin ? Tu en es sur ? Les oreillettes que je t'ai crée sont surement en pannes et te donnes surement des fréquences radios..."

Le helpman hocha négativement la tête et renvoya un second message.

"- La fille du directeur de l'hôtel sort avec le chanteur Deren Hidalgo, lut-il, je pensai qu'il sortait avec Sofia Carina...elle l'a eu une dispute avec son père dans son bureau et j'ai tout entendu alors que j'étais dans la cuisine. C'est insensé, Bernado ! Il y a un problème avec les oreillettes, je vais jeter un coup d'oeil."

Le pauvre homme paraissait désespéré, ce qui stoppa le jeune Diego qui arqua un sourcil.

"- Tu es certain que tu peux entendre de loin ?"

L'helpman hocha la tête avec force.

"- D'accord, mais comment tu as pu faire cela ?"

Soupirant, il écrit un autre message.

Je ne l'ai pas fait exprès au début, j'entendais les conversations dans les chambres et comme vous m'avez dit que je pouvais entendre les gens qui parlent, selon ma volonté, j'ai eu envie de voir ce que disait le directeur à sa fille quand j'ai su qu'ils étaient dans son bureau.

"- Je comprends, mais je n'aurai jamais imaginé cela, Bernado...Je viens de créer des oreillettes qui permettent non seulement de les contrôler grâce à la pensée mais aussi d'entendre de loin et à travers les murs !"

Pendant quelques moments, Diego n'arrivait pas à croire ce qu'il venait de faire, pourtant, il restait sceptique.

"- Bien sur, je pourrai annoncer ça à la V-Corporation à Los Angeles, murmura-t-il en s'asseyant pensif, et j'obtiendrai sans doute mon premier poste en tant que ingénieur, mais si je le fais, tu imagines ce qui se passera ?

Bernado fit signe que non.

"- Ce sera le nouvel ère de Big Brother, déclara-t-il, partout dans le monde, les gens seront écouté, espionné, plus aucune liberté. Déjà les caméras volants sont insupportables quand on sort, mais les oreillettes...Bernado, ces oreillettes que tu portes sont uniques, je les ai crée spécialement pour toi...Non, je ne pourrai pas vendre mes inventions à la V-Corporation, plutot mourir."

Son ami était aussi d'accord.

"- Bon, ce n'est pas tout mais Los Angeles attend, se redressa Diego en baillant, la voiture est-elle prête ?"

Bernado assura que oui et s'empressa de vérifier la chambre. Les bagages ayant déjà été enlevés, il ne restait plus qu'à passer en revue la chambre pour voir si rien n'avait été oublié. Le jeune homme le laissa faire et sortit pour régler la note de son séjour.

"- Ah, buenas dias, don Diego de la Vega, le salua le réceptionniste qui réparait un cyborg.

- Vous avez un problème ? S'enquit le jeune homme en voyant le robot penché en avant.

- Il déraille, ça fait, trois ans qu'il est ici et je ne l'ai jamais changé.

- Voulez-vous que je vous aide ?

- Non, c'est bon, je sais comment ça fonctionne et..."

Le réceptionniste se tut tout à coup fixant d'abord le cou du robot dont il était en train de réparer et Diego qui souriait à pleine dent, se retenant de rire.

"- Euh...j'avais...complètement oublié, toutes mes excuses, bredouilla-t-il penaud.

- Ne vous en faîtes pas, ça arrive souvent, puis-je ?"

Diego s'approcha de la machine, toucha et tourna quelques vis et quelques fils, puis tout à coup, le cyborg se redressa lançant machinalement : "A votre service, sir".

"- Et voilà, déclara Diego satisfait.

- J'oubliais que votre père est le président de la V-Corporation.

- Ne vous blâmez pas, je ne suis que son fils, je n'ai pas encore de diplômes mais ces engins ont tellement partagé ma maison que je les connais par cœur.

- J'imagine bien, sourit le réceptionniste.

Sur ceux, Diego paya rapidement et sortit rejoindre Bernado à la voiture, ou plutôt limousine flottante, qui l'attendait à l'entrée de l'Hotel Palace.

"- Qui est le chauffeur ? Voulut savoir le jeune de la Vega.

- Je suis le chauffeur, répondit une voix derrière lui.

Le jeune don se tourna brusquement.

"- Benito ! S'exclama Diego en lui serrant chaleureusement la main, quel joie de te revoir ici, mon ami !

- Je suis heureux de te revoir, Diego, tu as...changé, dit Benito en s'écartant pour l'admirer, je pensais que tu aurais gardé ta mine d'ado sauvage...

- Dis-moi, ça fait combien que je suis absent de Los Angeles ? Dit-Diego faussement interloqué.

Benito éclata de rire et lui donna une tape amicale.

"- Tu as gardé ton humour massacrante, malgré ces années ! Dire qu'avant j'étais beaucoup plus grand que toi.

- Est ce que c'est mon père qui t'envoie ? Fit Diego un peu plus sérieux.

- Pas vraiment, c'est plutot la Vigilance. Au début, il voulait t'envoyer un cyborg camérisé mais tu sais comment ils sont, ils ne s'arrêtent pas tant qu'ils ne sont pas arrivés à bon port et je voulais t'éviter les...formalités.

- Tu veux dire les rayons X, les empreintes, que pourraient relever le cyborg, c'est ça ?

- Tout à fait.

- Pourquoi la Vigilance aurait-elle voulu me...surveiller ?

- Je n'en sais rien franchement, mais c'est pas nouveau...La Californie a bien changé depuis que tu es parti, du moins Los Angeles. Là-bas, il y a même des couvres-feu en fonction de l'âge que tu as, les flyers caméras sont toujours à gambader les rues, chaque fois qu'un touriste arrive, il est questionné pendant des heures par les vigiles...Un jour, Los Angeles va déserter le tourisme.

- Je n'aurai jamais cru ça, souffla Diego, je pense que je vais retourner en Espagne..."

Benito s'esclaffa.

"- Mais dis-moi, Diego, qui est-ce ? Finit-il par demander en portant son attention sur Bernado.

"- C'est mon Helpman, Bernado, il ne parle pas, il a un problème de langages.

- Ah, je vois, je penserai que tu prendrais un cyborg comme lorsque nous étions enfant, surtout que ton père en a perfectionné.

- Je trouve que l'être humain est bien meilleur qu'une machine sans émotions et qui ne comprendra jamais ce qu'est la solitude."

Le chauffeur par intérim n'osa rien répondre devant la réplique un peu trop froide de Diego. C'était bien la première fois qu'il parlait ainsi.