Voilà la suite, j'espère qu'elle vous plaira.
Disclaimer: Le Hobbit ne m'appartient pas.
Dans une autre vie
Fili
3001
« Saluez l'héritier de Durin ! Saluez le nouveau Roi sous la Montagne ! »
« Longue au Roi ! Longue vie à toi, Fili Belle-Oreille ! »
Le hall gris était plongé dans le silence serein et ancestral qui seyait aux tombeaux, pourtant Fili avait l'impression d'entendre encore la voix puissante de Dwalin résonner dans la grande salle du trône, rugissant au-dessus de la clameur de la foule. Cela remontait à trois ans déjà, et pourtant quand il fermait les yeux, il pouvait encore voir les yeux fiers et les sourires joviaux des Nains d'Erebor braqués sur lui, debout au sommet de l'escalier menant au large trône autrefois occupé par Thror, puis pas Thorin, et qui était aujourd'hui sien. L'anxiété qu'il avait ressenti à cet instant pourtant joyeux était encore présente dans son cœur, le poids de la couronne massive presque trop lourd sur sa chevelure blonde arborant les ornements de la royauté.
Le jeune Nain souffla doucement pour reprendre contenance, se concentrant sur l'air frais de la pierre qui se glissait dans ses poumons, sur le son de sa respiration puissante et calme. Il entrouvrit lentement les yeux, révélant ses iris clairs au travers de longs cils blonds qu'il posa sur le gisant devant lui. Les traits de son oncle demeuraient fiers et nobles même dans la mort, sculptés par les mains expertes des Nains des Monts de Fer dans une pièce de marbre. Daïn Pied d'Acier avait tenu à faire construire lui-même le tombeau de son cousin, en guise de dernier hommage. Mais c'était Nori qui avait gravé les inscriptions sur les flancs du gisant.
D'un geste lent, Fili effleura le nom de son oncle, le symbole royal de Durin ajouté sous la date de son trépas. Thorin Écu-de-Chêne, Prince déchu, puis Roi sous une Montagne qu'il avait reconquis au prix de nombreuses batailles et d'une grande aventure, avait survécu à plus de guerres que la plupart de ses semblables. Mais c'est lors d'une embuscade d'Orcs qui s'étaient aventurés vers les confins de Mirkwood que le fier souverain avait trouvé la mort. Parti jovial et confiant au matin avec Dwalin et Bifur, il était revenu sur une civière portée par ses deux compagnons, le torse en sang et le souffle court. Littéralement embroché par une lance, toutes les connaissances médicinales d'Oïn n'avaient pas suffi à le sauver. Il avait rendu son dernier soupir entouré des siens, entre les murs solides de la cité qui l'avait vu naître deux cents plus tôt.
– Vous me manquez, mon Oncle, soupira Fili dans l'air frais du tombeau.
Trois ans qu'il avait assisté aux funérailles de Thorin, trois ans qu'il était devenu le Roi sous la Montagne. Les gens de Dale l'avaient surnommé « Roi qui fait couler des flots d'or », en référence à sa chevelure blonde qui leur rappelait les chariots entiers remplis de pièces d'or qui sortaient chaque jour de la Montagne. Erebor était redevenue la fière cité d'or et d'argent, gorgée de pierres précieuses convoitées par tous les peuples de la Terre du Milieu, et, de par son alliance avec Dale, grande cité marchande des Hommes, était redevenue le cœur du commerce du Nord.
Symbole de cette richesse et cette grandeur retrouvées, Fili portait un capuchon brodé de fils d'or et l'attache qui maintenait la fourrure sur ses épaules était sertie d'un joyau bleu. Les tresses parcourant sa chevelure et sa barbe blondes étaient maintenues au moyen d'attaches d'argent pur finement ciselé qui s'entrechoquaient à chacun de ses mouvements et, aux deux mains du souverain, une bague ceignait le pouce droit et l'annulaire gauche, chacune sertie d'une pierre précieuse. La couronne, portée par son arrière-grand-père, son grand-père, puis son oncle, reposait maintenant sur la tête haute du jeune Nain qui semblait avoir pris en envergure depuis l'époque de la Compagnie.
Un fardeau qui pesait aujourd'hui bien lourd sur les épaules de Fili. Haut de ses cent quarante-deux ans, le fils de Durin était encore un jeune monarque sans expérience. Daïn, de quatre-vingt-dix ans son aîné, n'hésitait pas à le conseiller. Fili avait trouvé en la personne de son cousin un appui considérable et un ami à la loyauté sans failles. Il était maintenant bien un des seuls. Le monde tel que Fili l'avait connu semblait s'être disloqué après la mort de son oncle : Dwalin était parti vivre dans les Monts de Fer, Bombur et Bifur étaient retournés vivre dans les Montagnes Bleues et Bofur avait entrepris de devenir artiste itinérant et avait pris la direction du Sud. Quant à Balin et Ori, ils avaient monté une expédition plus de dix ans plus tôt pour reprendre les Mines de la Moria des mains des Gobelins. Plus personne n'avaient eu de nouvelle d'eux depuis.
Le bruit de bottes contre le sol dallé du tombeau tira le jeune souverain de ses songes. Il tourna la tête, et un sourire éclaira son visage quand il reconnut la silhouette qui se glissa entre les portes entrouvertes menant à la sépulture de Thorin.
Vêtu d'atours de voyage encore boueux, ses longs cheveux noirs éternellement ébouriffés par les éléments, le prince Kili n'avait de princier ou de royal que le titre et l'ascendance. On ne pouvait deviner sa parenté au roi qu'aux attaches d'argent ciselé, identiques à celles de Fili, retenant les deux tresses encadrant son visage. Un large sourire enfantin perçait la courte mais épaisse barbe noire qui ornait désormais son menton. Il rejoignit son frère lorsque ce dernier tendit un bras pour l'enrouler autour de ses épaules et le serrer contre lui.
– Tu es déjà rentré ? souffla Fili à mi-voix. Nous ne t'attendions pas avant au moins deux semaines.
– J'ai écourté mon voyage, sourit Kili. Je… Je voulais être présent pour l'anniversaire de sa mort.
Un voile tomba sur les yeux sombres du cadet. Incapable de retenir son affection, Fili ébouriffa les cheveux déjà désordonnés de son frère et poussa un petit soupir. Au dix-neuf du mois, le royaume d'Erebor célébrerait le troisième anniversaire de la mort de Thorin. Plusieurs délégations royales seraient présentes pour présenter leurs hommages à l'ancien souverain, dont celle de Bard le Jeune, fils de Baïn et petit-fils de Bard l'Ancien, actuel Seigneur de Dale. Maintenant qu'il était adulte, il était le portrait craché de son grand-père. Cela déconcertait beaucoup Fili et Kili, qui avaient l'impression d'être ramenés soixante ans plus tôt, à l'époque de la Compagnie.
– Il serait fier de nous s'il nous voyait aujourd'hui, dit Kili d'un air contemplatif.
– Il l'était déjà avant sa mort. C'est grâce à lui que nous sommes ici aujourd'hui, et qu'Erebor est revenue à notre lignée.
Même trois ans après sa mort, parler de leur oncle au passé avait toujours une connotation étrange pour les deux frères. Thorin leur avait si longtemps semblé infaillible, indestructible, aussi immuable qu'un roc qui traverserait le temps et les âges.
– J'espère pouvoir faire perdurer cette prospérité, laissa échapper Fili sans regarder son frère. Même si la paix règne encore sur nos terres, les ombres du Mordor semblent vouloir s'étendre jusqu'à nos frontières… J'ai vu et j'ai entendu des présages, Kili. Des présages de mauvais augure.
La grive ne chantait plus. Les troupes d'Orcs s'étaient multipliées et se risquaient de plus en plus au-delà des frontières du Mordor. Dol Guldur, la Forteresse Noire autrefois occupée par Azog le Profanateur et ses troupes, avaient été réinvesties par de sombres créatures envoyées par l'ombre de l'Ennemi. Gandalf, qui parcourait la Terre du Milieu du Nord au Sud, lui avait rapporté ces sombres nouvelles depuis sa dernière visite à Erebor, deux mois plus tôt. Fili avait pris les avertissements du Mage Gris au sérieux. Quelque chose se tramait en Mordor, et il fallait s'y préparer.
Nombreux des conseillers de Fili avaient pris les inquiétudes de leur roi comme le fruit de son inexpérience sur le trône, les plus virulents allèrent même jusqu'à qualifier le Roi sous la Montagne de couard. Erebor ne partageait aucune frontière avec le Mordor, et sa paix et sa stabilité économique n'étaient pour le moment aucunement menacées par quelque armée que ce soit venue des Terres Noires. Après plus d'un siècle à avoir essuyé la calamité qu'était le dragon Smaug, Erebor refusait de laisser une autre menace ternir son bonheur.
– Ce sont des idiots, déclara Kili sans détour.
– Surveilles tes paroles. Ces « idiots » sont mes conseillers, et parmi eux se trouve Nori.
Si les paroles formaient une réprimande, le ton qu'avait employé Fili était distrait. Kili haussa négligemment les épaules et fit la moue.
– Nori ne compte pas. Mais que savent tous ces vieux croulants qui te servent de ministres ? Ils n'ont pas bougé le petit doigt lorsque Thorin les a appelés pour récupérer Erebor, ils ne savent rien des sacrifices que nous avons enduré pour récupérer notre héritage. Ils ont refusé d'agir lorsque Smaug occupait notre cité. Pourquoi crois-tu qu'ils agiraient différemment aujourd'hui ?
La tirade de Kili permit à Fili de se souvenir exactement pourquoi il n'envoyait jamais son frère hors des frontières comme émissaire politique. Kili était un Nain intelligent, droit et loyal, mais il n'avait pas hérité de cette merveilleuse qualité qu'était la diplomatie. Ses émotions parlaient bien souvent trop vite pour que son cerveau ait le temps de tempérer ses propos. Pourtant, Fili ne pouvait pas complètement donner tort à son frère. Il y avait du vrai dans ses dires. Ses conseillers refusaient de voir le danger.
– Cela est difficile à leur dire, soupira le jeune souverain. Ces Nains sont nos aînés de près d'un siècle. Je ne peux pas vraiment aller les voir et leur dire qu'ils agissent de façon…
– Stupide ? suggéra innocemment Kili.
– Imprudente, gronda Fili en lançant un regard appuyé à son cadet.
Un sourire et une étincelle espiègle dans les yeux de Kili éclairèrent son visage.
– Pourquoi prendre des gants ? Tu es leur roi aujourd'hui, tu as plus que le droit de leur exprimer tes opinions.
– Il ne s'agit pas seulement de faire étalage de mes ressentis, grommela Fili. Il s'agit également de les convaincre, petit frère. Et ils peuvent être plus bornés que des têtes de pioche…
– Je croirai entendre Gandalf.
Fili ne put se retenir d'échanger un sourire complice avec Kili. Le mage, bougon et râleur, avait par bien des occasions partagé des « discussions » fort animées avec leur oncle Thorin, avant qu'il soit Roi sous la Montagne et après. L'Istari se plaignait souvent de l'entêtement irraisonné et enrageant des Nains, mais lui-même pouvait se révéler très buté lorsqu'il le voulait. Le jour où Gloïn avait pris le risque de le faire remarquer au mage, Gandalf lui avait envoyé un regard si terrible que le pauvre Nain avait bien cru que le magicien allait le réduire en cendres.
Kili se tourna vers lui, le regard soudain vif.
– Cela me rappelle que j'ai quelque chose à te transmettre, dit le prince.
Il plongea la main sous les replis du long manteau de cuir qu'il portait. Les yeux curieux de Fili suivirent son mouvement. Il vit son frère sortir des replis de son vêtement un paquet soigneusement enveloppé dans une étoffe précieuse bleu nuit et un second chargement, celui-ci allongé comme un bâton, recouvert d'une toile grise. Kili garda le bâton dans sa main gauche alors qu'il lui tendit le paquet de la droite.
– Ceci est un présent du Prince Legolas au Roi Fili.
La formule solennelle perdait en grandeur d'âme quand elle était prononcée par le ton enjoué de Kili. Fili arqua un sourcil et prit doucement le cadeau dont il défit lentement les attaches de soie. Ce faisant, il lança un regard interrogateur à son frère.
– Tu es passé par le royaume de Vertbois ?
– Non, répondit Kili en observant ses mouvements. Legolas séjourne en ce moment en la Maison du Seigneur Elrond. Il a profité de ma visite pour me confier ceci.
Depuis la Bataille des Cinq Armées, les liens entre les Nains d'Erebor et les Elfes de Vertbois avaient lentement évolués jusqu'à atteindre une sorte de cordiale alliance. Kili avait littéralement été la pièce qui avait permis une possible réconciliation de s'établir entre le Roi Thranduil et Thorin. Sauvé par le fils du roi des Elfes Sylvains, le jeune héritier de Durin avait été et demeurait le pont par lequel passaient l'un et l'autre monarque pour se parler. De son vivant, Thorin avait préféré garder une certaine distance à l'encontre de Thranduil tout en concédant à accepter de marchander avec lui. Les Elfes de VertBois affectionnaient tout particulièrement les gemmes blanches que les Nains d'Erebor extrayaient régulièrement de la Montagne. Leur commerce avait été le début d'une entente vacillante entre les deux peuples.
Fili s'était montré plus direct depuis le début de son règne. Né après le sac d'Erebor, il n'avait pas personnellement vécu la trahison du peuple de Thranduil et, de nature plus conciliante, était prêt à entreprendre un processus de paix avec les Elfes. Ce n'était pas une mince affaire, car de nombreux Nains avaient la rancune tenace et refusaient de faire des « Oreilles Pointues » leurs alliés. Fili n'était pas certain de voir une franche amitié se former entre son peuple et celui des Elfes de son vivant, mais il gardait espoir que tel évènement puisse se produire dans le futur. Il n'hésitait pas à se servir des liens plus étroits que Kili entretenait avec les Elfes, notamment le fils de Thranduil, et le Seigneur Elrond qui s'était toujours montré bon envers eux. Depuis une dizaine d'années, Kili partait régulièrement pour rendre visite aux royaumes des Elfes éparpillés en Terre du Milieu, ce qui permettait à Fili de garder un contact constant avec les principaux représentants de la race des Premiers-Nés.
Le jeune monarque ôta la dernière attache. L'étoffe tomba à ses pieds, révélant à la lumière des torches l'éclat blanc d'une tunique brodée d'or qui semblait être à la taille d'un Nain. Fili passa le doigt sur la surface douce du vêtement, avant d'écarquiller les yeux. Kili arbora un grand sourire.
– C'est… C'est le…, balbutia l'aîné.
– C'est ce que les Hommes et les Elfes nomment mithril, ou vrai-argent, confirma Kili. Le Prince Legolas a pensé, à juste titre selon moi, que ce cadeau te revenait de droit.
Le métal que rien ne pouvait transpercer, la richesse de la lignée de Durin, le trésor des mines de Khazad-Dûm. Depuis la ruine de la Moria, il y avait plus d'un millénaire, le mithril se raréfiait. Les Nains n'en faisaient que des épées, mais entre les mains habiles des Elfes, le métal pouvait prendre toutes les formes. Fili se remémora brièvement un vêtement semblable, porté par le petit Hobbit de leur Compagnie. Il serra la tunique dans ses poings et secoua doucement la tête pour contenir son émotion.
– Par Mahal…, souffla le roi. Je ne pensais pas pouvoir en tenir un jour dans mes mains…C'est un grand honneur que nous fait le Prince Legolas.
– Le temps a adouci la rancœur qu'il portait à l'égard de notre peuple, répondit Kili. Il m'en a fait également cadeau.
Il montra à son frère les reflets d'argent que miroitait la tunique qu'il portait sous sa veste, identique à celles de Fili à l'exception des broderies qui étaient d'argent et non d'or. Fili peinait à croire que le fils de Thranduil leur ait fait un si généreux cadeau. Fili était conscient que son frère conservait un lien ambigu avec le Prince elfique depuis la Bataille des Cinq Armées. Peut-être cette relation s'était-elle développée et était devenue une réelle amitié ?
– Si jamais il vient à Erebor, le Prince Legolas sera accueilli comme un frère, jura Fili.
– Par toi et moi, sans doute, mais je ne pense pas que tout le monde ici partage cette opinion, pointa Kili. Mais j'ai un autre présent pour toi, de la part du Seigneur Elrond cette fois.
Le Prince lança un regard indescriptible à son frère, une brève hésitation sur le visage avant qu'il ne prenne le bâton enveloppé dans la toile grise à deux mains. Fili se doutait déjà de ce qui se trouvait sous le tissu, mais il était intrigué par la provenance de l'objet. Pourquoi le Seigneur Elrond lui offrirait pareil cadeau, alors qu'Erebor en produisait à profusion ?
Les yeux du roi s'écarquillèrent quand Kili mit soudain un genou à terre devant lui. Le geste était spontané autant qu'il était cérémonial. Le Prince leva les yeux vers Fili, le regard franc mais emprunt de respect, le visage humble comme il était noble. D'un mouvement lent, gracile, Kili tira sur la toile qui glissa au sol, révélant une lame d'une étincelante blancheur sous les flammes des torches. La forme recourbée du tranchant, la garde incurvée, le pommeau d'argent ouvragé, Orcrist apparut entre les mains de Kili. Le Prince la déposa à plat sur ses deux paumes et la tendit à Fili.
– Le Seigneur Elrond fait cadeau de cette lame, forgée par ses ancêtres, à Fili fils de Dis fille de Thraïn, Roi sous la Montagne.
La voix de Kili portait en elle une résonnance particulière, comme ancienne mais vibrante d'énergie. Il n'y avait dans son timbre nulle trace du Nain espiègle, du frère moqueur. Kili avait cédé la place au Prince.
Fili regarda longtemps l'épée qui lui était offerte la même qu'Elrond avait donné à leur oncle. Thorin avait jugé juste de la restituer au Semi-Elfe après avoir repris Erebor. « Cette lame est celle des Elfes, et je suis maintenant un Roi Nain, » avait-il déclaré. « Cette épée restera dans mon cœur et dans nos mémoires comme celle ayant mis fin au fléau de la Lignée de Durin, mais sa place est auprès de ceux qui l'ont forgée. » Nul n'avait revu l'épée depuis, jusqu'à aujourd'hui.
Le roi tendit la main. Ses doigts effleurèrent le pommeau de l'arme sans qu'ils ne saisissent la poignée.
– Pourquoi… Pourquoi ce cadeau ?
Sa voix n'était qu'un souffle infime, son timbre était rauque. Il revoyait Orcrist brandie par Thorin, sur les plaines menant à la demeure d'Elrond, dans les sombres caves du royaume des Gobelins, contre l'Orc Pâle devant la Montagne. Il revoyait la lame, nimbée de bleue, tournoyant dans les airs au-dessus de la tête de Thorin.
– Le Seigneur Elrond juge qu'elle sera plus utile entre les mains du Roi sous la Montagne qu'au sein de sa maison. Cette lame est scellée par le sang à la lignée de Durin.
Fili resta silencieux. Sa main était retombée le long de son corps. L'épée demeurait entre celles de Kili. Lentement, les yeux bleus de l'aîné rencontrèrent les iris sombres de son frère.
– Pourquoi ? demanda-t-il encore.
Le Prince le regarda, un sourire bref mais sincère étira ses lèvres, illumina son visage tout entier.
– Parce que ce n'est pas qu'à mon frère que je m'adresse, c'est aussi à mon Roi. Cette épée est tienne, Fili Roi sous la Montagne. Brandis-la face à tes ennemis, fais-les fuir par sa lumière, protège Erebor. Nous te suivrons.
Le Prince n'avait ni la tenue ni les ornements royaux, mais toute sa valeur et toute la noblesse de son âme résidait dans son regard clair, ses traits honnêtes, son profil noble. Le geste qu'il avait fait n'était pas que symbolique, il était purement et simplement honnête en son essence. Le Prince s'était incliné devant le Roi non par soumission, mais par respect. C'était… C'était… C'était Kili. Purement et simplement Kili, dans son essence, dans toute son âme.
Le regard du Roi remonta sur l'épée présentée devant lui la Pourfendeuse de Gobelins avait été la lame de Thorin. Lentement, le Roi tendit la main, enroula ses doigts autour du pommeau, les fit glisser sur la poignée autour duquel ils se resserrèrent. Fili inspira, et brandit la lame devant lui.
– Ainsi renaît Orcrist, épée-sœur de Glamdring, murmura-t-il en sentant le poids léger et équilibré de la lame dans sa main.
Il tendit le bras, regarda la lame elfique, l'inscription gravée sur son tranchant. Son bras semblait épris d'une vigueur nouvelle alors qu'il tenait l'épée, son corps tout entier semblait complété par la lame. Les yeux de Fili retombèrent sur le visage de son frère. Le sourire de Kili faisait miroir au sien.
Ainsi régna Fili, fils de Dis fille de Thraïn, nouveau Roi sous la Montagne.
OOO
Fili, prince royal sans héritage, ne pensa ni à Erebor ni à la couronne quand la lame lui transperça la poitrine. Il pensa à son oncle qu'il avait vu rongé par la folie de l'or, à son frère qui avait manqué de sombrer dans les ténèbres, à cette quête qu'il avait partagé avec les siens et un cambrioleur pour qui il portait tant d'affection.
Fili, fils de Durin, mourut les yeux grands ouverts. Mais il ne vit pas le ciel blanc de l'aube, il ne vit pas le visage horrifié de son oncle ou celui baigné de larmes de Bilbo. Il accueillit la mort à bras ouverts, sans aucun autre regret de n'avoir pu dire adieu aux siens avant de rejoindre ses ancêtres dans les Havres Gris.
Merci d'avoir lu cette fic. Je publierai le dernier chapitre demain.
