2.
Alérian ramena vivement la paume qu'il avait posée sur la paroi la plus proche de lui.
« Parfois, je préfèrerais que la nouvelle main de Machinar soit dépourvue de sensibilité… Ce mur est humide, dur et mou à la fois, vivant et non de métal je dirais… Et je me demande bien d'où peut sortir cette lueur ambiante alors qu'il n'y a aucune source d'éclairage… Enfin, il ne semble ne pas y avoir de capteurs de chaleur ou de mouvement… ».
Le jeune homme regarda à nouveau autour de lui.
« Je crains de ne guère avoir le choix, hormis demeurer tapi ici jusqu'à ce que mes cheveux blanchissent… Il faut impérativement que je me déplace ! Déjà, j'ai eu une chance inouïe de me rematérialiser ici et non au milieu de la salle du conseil, ou autre, des Erguls ! En revanche, sur la longueur de temps, je doute avoir gagné au change… ».
Alérian s'accroupit, les bras passés autour de ses genoux.
« Ce parasitage ambiant a sérieusement affecté ma téléportation. Manquerait plus que je vomisse tout partout pour laisser la trace de mon passage ! ».
Il se força à respirer posément et profondément, tentant de refouler le malaise au plus profond de lui.
« J'ai beau être aux premières loges pour voir à nouveau ces Erguls de près, il faudrait être en mesure de ramener les éventuelles infos glanées ! ? ».
Le jeune homme frissonna.
« J'étais beaucoup au plus loin d'eux… Je ne veux plus revoir ces êtres cauchemardesques ! ».
Alérian se redressa.
« Quels que soient mes sentiments, je n'ai pas le choix. Et il est de toute façon hors de question de rester ici ! ».
Il sortit le cosmogun de son étui, trouvant le contact du bois entre ses doigts rassurant au possible.
« Ce capitaine de l'Arcadia n'était qu'une machine… On dirait bien que durant l'année écoulée les Erguls ont créé des répliques de chacun des membres de l'équipage… Je comprends maintenant la folie sanglante de celui que je prenais pour mon papa ! Néanmoins, tout semble indiquer que ces copies Mécanoïdes disposent de la mémoire du modèle d'origine. Tes griefs sont légitimes, papa, je suis bien responsable de tout ! Aussi, qu'il s'agisse d'un double ou non tes reproches demeurent dans cette mémoire dupliquée… ».
Progressant à pas lents, tous les sens aux aguets, le jeune homme tentait de réfléchir du plus vite qu'il le pouvait.
« Nous avons donc eu affaire à des copies de mon père voire de son Arcadia car Toshiro non plus n'aurait pas laissé se commettre de tels massacres. Et je continue à redouter le pire concernant Clio… Mais cela peut également signifier que mon véritable papa est toujours ici ! Si seulement je pouvais le localiser, en avoir la certitude ! ? ».
Alérian retint un sanglot.
« Papa, ici depuis un an ? Il y a de quoi devenir complètement cinglé ! Et si Clio n'a rien pu faire pour te protéger, comme elle s'y était toujours engagée, je n'ose imaginer la puissance de nos ennemis, même si j'en ai déjà eu un petit aperçu… ».
Le jeune homme s'appuya au mur froid et humide, le souffle court, pris de vertiges.
« Murhie ? Elle aurait pu reprendre du poil de la bête ? Non, pas mon pire cauchemar, je n'aurai jamais la force d'y faire face ! ».
Tremblant, il se laissa tomber à genoux, avant de se recroqueviller sur lui-même, terrorisé.
Lyop Jung ne put s'empêcher de sourire à l'entrée de l'amirale des Illumidas dans son laboratoire.
- Il est fichu ? jeta-t-elle en désignant du menton le corps Mécanoïde d'Albator, ses tripes électroniques à l'air et reliées à plusieurs ordinateurs.
- Un tir de cosmogun ne pardonne pas. S'il ne s'agissait pas d'un Mécanoïde, le gosse se serait bien vengé ! Je peux le remettre en état mais il ne sera plus au summum de ses capacités. Heureusement, j'ai un autre exemplaire prêt à rentrer en action !
Gamalthine afficha une mine resplendissante.
- Je peux avoir ce vieux modèle alors ? !
- Vous et vos idées lubriques, vous ne lâchez jamais le morceau ! se récria l'ingénieur. C'est une machine, bien qu'une fois activé l'épiderme soit chaud, souple, et toutes les fonctionnalités parfaitement humaines !
- Vous m'avez déjà dit qu'il pouvait assurer jusque dans les phases les plus intimes ! insista l'Illumidas. Et le véritable Pirate ne m'accorderait pas un regard dans une confrontation normale. Si ce modèle est pour le rebut, je le récupère !
- Ce n'est pas à moi de décider. Vous et moi avons des comptes à rendre.
Gamalthine soupira.
- J'ai à voir Murhie. Le fils du Pirate est tout près, je dois finir le travail avant de m'amuser ! gronda-t-elle en quittant les lieux.
