Bonjour à tous !
Voici le chapitre qui débute réellement cette première année, où vous allez pouvoir rencontrer plus en détail Harry et Lucifer !
Un grand merci à tous ceux qui m'ont laissé des reviews, c'est aussi grâce à vous que ce chapitre est là si tôt.
Près de dix ans s'étaient écoulés depuis que James Potter avait laissé son fils à la charge des Dursleys. Lucifer approchait maintenant de son onzième anniversaire et n'avait aucun souvenir de ce qu'avait été sa vie avant d'habiter chez son oncle et sa tante. Il lui arrivait parfois de rêver d'un éclat de lumière verte, de deux yeux vert émeraude ou d'un homme aux cheveux noirs et ébouriffés qui s'accroupissait devant lui dans le salon bien rangé des Dursleys. Ces rêves lui laissaient une impression amère étrange, un fourmillement dans le bout des doigts mais il avait appris à limiter ses questions. Ce matin là, il s'éveilla alors que les premières lueurs du jour filtraient par les rideaux de sa chambre et sentit une extrême lassitude l'envahir. Il était consigné dans la pièce jusqu'à Noël, et puisque les vacances d'été venaient de commencer, il allait longuement s'ennuyer.
.
Quelques semaines plus tôt, lors de l'anniversaire de son cousin, il avait eu le malheur d'entrer de se retrouver sans s'en apercevoir dans le bassin des otaries. Ce n'était pas à proprement parler une énorme faute, mais son oncle l'avait prévenu qu'il n'avait pas intérêt à déclencher de bizarreries et à gâcher la fête de Dudley, et le fait que les deux autres garçons qui riaient allègrement de lui se soient inexplicablement retrouvés trempés et sur le dos d'un animal n'avait pas dû aider. Lucifer soupira. Ce n'était pas la première fois que d'étranges évènements se déclenchaient en sa présence, loin de là, et chaque fois, son oncle et sa tante semblaient partagés entre l'envie de l'étrangler et la peur de ce que diraient les voisins. Des coups frappés à la porte le sortirent de ses mornes réflexions.
-Viens aider à préparer le petit-déjeuner ! lança sa tante Pétunia.
Lucifer sauta de son lit et ouvrit la porte –il l'aurait bien verrouillée, mais les coups d'oeils furieux qu'il recevait lorsqu'il osait formuler cette demande l'en dissuadaient, et la fois où elle avait refusé de s'ouvrir trois ans auparavant restait gravée dans sa mémoire.
-Ai-je le droit de sortir ? s'enquit-il.
Sa tante pinça les lèvres.
-Tu apprendras que « jusqu'à Noël » peut parfois n'être qu'une menace pour te raisonner, le tança-t-elle. Habille-toi ! Tu as cinq minutes si tu désires avaler quelque chose.
Sa tante faisait partie des gens qui estiment qu'une certaine heure ne peut être dépassée lorsqu'il s'agit du petit déjeuner… hormis lorsque l'on s'appelait Dudley Dursley. Dudley mangeait dès qu'il le souhaitait, et du bébé potelé qu'il avait été, il pouvait à présent être très justement qualifié d'obèse. Le ventre de Lucifer criait famine, et il jaugea prudent d'obéir. Il enfila les anciens vêtements de son cousin désormais trop étroits pour lui, et bien trop grands pour l'enfant que lui était. Sachant que sa tante haïssait lorsque ses cheveux étaient décoiffés, il passa à la salle de bain et les brossa rapidement avant de jeter un coup d'œil dans la glace. Roux, retombant sur sa nuque –au grand désespoir de ses tuteurs, qui décidaient régulièrement de les couper courts, plus digne d'un garçon, mais ses cheveux revenaient inextricablement à la même longueur-, les pointes blond pâles qu'il avait décolorées au henné « emprunté » à la tante Marge lorsqu'elle était venue la dernière fois se voyaient toujours. Lucifer fouilla dans sa poche et y trouva des lentilles rouges que Duldey lui avait obligeamment refilées en échange d'un week-end pluvieux passé à jouer correctement à la console en sa compagnie. Il les considéra un instant puis, jugeant qu'il valait mieux ne pas tenter le diable, ou pour l'occasion, Pétunia, les remit à leur place.
.
Lorsqu'il descendit, sa tante sortait les œufs du frigo, et du beurre fondait dans la poêle. L'enfant se saisit docilement d'une spatule en bois et commença à préparer des œufs brouillés. Sa tante lui jeta à peine un coup d'œil avant de commencer à essorer de la salade en vue du repas de midi, sans doute pour accompagner les frites. Vernon travaillait mais Duldey, qui jouait sans doute déjà dehors à martyriser les plus faibles, serait bientôt de retour, et engloutirait la plupart des œufs qu'il préparait. Lorsqu'ils furent prêts, il ouvrit silencieusement les placards à la recherche des assiettes. Au fil des années passées au 4, Privet Drive, Lucifer avait appris à rester dans l'ombre. Lorsqu'il posait d'incessantes questions, ses tuteurs finissaient par l'ignorer. A l'école, il avait dû se faire oublier pour éviter que Dudley ne le choisisse comme bouc émissaire, et les autres enfants ne prêtaient pas attention à lui. D'un naturel calme, il se contentait de travailler et lire, obtenant des notes dans la moyenne haute sans être excellentes. Passés ses six ans, il avait trouvé un moyen d'attirer l'attention : son apparence. Si ses cheveux roux et ses yeux bruns passaient partout, il pouvait toujours les changer. Trouver des lentilles, mettre des paillettes, teindre. Cela avait fonctionné. On le voyait lorsqu'il entrait dans une pièce son oncle et sa tante détestaient ces changements qui venaient troubler leur normalité. Puis il s'était lassé et avait éprouvé des remords à voler dans les magasins, même si pour une raison inconnue, il ne se faisait jamais prendre. Désormais, les rares produits qu'ils s'appliquaient étaient obtenus légalement, et il passait de nouveau presque inaperçu. Tout en commençant à manger, il se souvint de son rêve, de cet homme qui s'était penché vers lui avec un doux sourire malicieux.
-Tante Pétunia ? s'enquit-il.
La femme tressaillit, et il hésita un instant.
-Un homme est-il déjà venu me voir, ici ? Un homme avec des cheveux noirs en bataille ?
Les mouvements de Pétunia se stoppèrent. Elle s'immobilisa durant une bonne minute, et Lucifer comprit qu'il avait touché juste. Qu'elle réponde ou non, sa réaction était équivoque.
-Une seule fois, répondit-elle. Le jour de ton deuxième anniversaire.
Elle se retourna vers lui, et ses petits yeux perçants le mirent mal à l'aise.
-Ne l'évoque plus jamais.
L'enfant ouvrit de grands yeux et encaissa l'information.
-Qui était-ce ? insista-t-il, faisant fi malgré lui de l'instruction précédente.
Il obéirait, après cette conversation. Elle ne répondit pas et recommença à faire la sauce. Sachant qu'il n'obtiendrait rien de plus, il se remit à manger en silence.
.
L'oncle Vernon rentra ce soir là avec une canne flambant neuve pour son fils, et clama qu'ils profiteraient de son congé du lendemain pour aller chercher un uniforme de Smelting fait sur mesure. Les Dursley n'étaient pas excessivement riches, mais une bonne partie de leur argent était utilisée afin de satisfaire leur fils. Ce fut à ce moment là que Lucifer réalisa qu'il ignorait où il passerait ses années de collège. Ses tuteurs ne l'enverraient certainement pas à Smelting, le collège privé où l'oncle Vernon avait fait ses études, mais nul ne parlait de son collège. Il avait bien entendu son oncle marmonner « pensionnat de St Brutus », à plusieurs reprises, lorsque des choses un peu trop étranges s'étaient produites de par sa vraisemblable faute, mais l'enfant espérait sincèrement que ce n'était que des paroles en l'air. Il y serait massacré. Durant le morne repas où Vernon se plaignait de ses clients, Lucifer laissa dériver ses pensées vers l'homme ébouriffé. Pourquoi n'était-il pas revenu après ? Qu'avait-il bien pu faire pour lui déplaire ? Pourquoi était-il venu en premier lieu ? Qui était-il ? Un membre de sa famille ? Au long des années passées chez son oncle et sa tante, Lucifer avait appris qu'il avait été séparé de sa famille et que sa mère, la sœur de Pétunia, était décédée.
-Elle a été tuée dans un accident, et ton père t'a laissé ici, lui avait simplement dit sa tante alors qu'il avait quatre ans, pour couper court à toutes ses questions.
Peut-être était-ce ce souvenir, dont il rêvait. Son père le laissait aux Dursley, avec un doux sourire prometteur. Avait-il souhaité cette vie pour son fils ? Une vie plongé dans l'indifférence la plus totale, entouré de personnes qui ne prononçaient jamais son prénom ? N'avait-il pas été capable de s'occuper de lui ? Comment allait-il ? Tant de questions sans réponses, et aucune personne à qui se confier.
-Il vient avec nous demain ? demanda soudain Dudley en le désignant d'un doigt potelé.
Lucifer releva la tête de son assiette, suppliant mentalement sa tante d'accepter. II ne regarda pas son oncle, sachant que rester effacé et discret était la meilleure façon de plaider sa cause. Si Vernon avait l'impression qu'il n'existait pas, sa vie en était améliorée. La recherche d'un uniforme serait laborieuse, et Dudley ne manquerait pas de rire de lui s'il en trouvait l'occasion, mais si jamais ils passaient devant un magasin de jeux vidéo, ou d'une librairie, il pourrait essayer de demander un livre ou un magasine. Depuis l'anniversaire de Dudley, il avait épuisé ses réserves, et l'école étant terminée, il ne pouvait plus rien emprunter. Or la lecture était avec son imagination sa principale distraction.
-Sortir un peu lui évitera de faire exploser la maison, répondit Pétunia.
-Est-ce qu'on doit lui acheter un uniforme ? ajouta aussitôt Dudley en faisant trembler sa lèvre inférieure. Demain est ma journée…
-Où vais-je aller ?
Il se maudit de ne pas avoir réussi à contenir ses mots, mais ils le taraudaient depuis trop de temps. Son oncle et sa tante lui jetèrent un regard glaçant avant de s'entre-regarder. Aucun des deux ne répondit et une sourde angoisse se déclencha chez l'enfant.
.
La journée du lendemain s'écoula à peu près comme il l'avait imaginée. Ils sortirent ensemble, Vernon fit une remarque acerbe sur les pointes décolorées de ses cheveux, Dudley voulut le forcer à enfiler un uniforme ridicule, fit une crise pour aller dans le magasin de jeux vidéos avant de déjeuner et obtint deux nouvelles distractions. Lucifer, pendant que Vernon était occupé à discuter avec le vendeur, s'approcha de sa tante et planta ses yeux dans les siens.
-Pourrais-je avoir un livre ? S'il te plaît, je vais passer les soirées dans ma chambre, j'aimerais pouvoir me distraire.
Sa tante jeta un regard à son mari et lui tendit un billet de vingt livres.
-File, et dépêche toi. Si tu n'es pas là quand on part, tu risques de rentrer à pieds.
La librairie se trouvait dans l'établissement juxtaposé Lucifer n'eut qu'à entrer et chercher le rayon adéquat. Il se tenait au courant des nouveauté grâce aux magasinez de publicité que les Dursleys recevaient. Il paya les douze livre que coûtait l'article et mit la monnaie dans sa poche, dans le but de s'acheter une teinture proprement rouge lorsqu'il en aurait l'occasion. Il avait appris à économiser, au fil des années où sa tante, une fois tous les trois mois environ, lui permettait d'obtenir des choses qui soient réellement à lui. Lorsqu'il revint, son cousin était satisfait et ils s'apprêtaient à repartir. Pendant que les adultes discutaient à l'avant de la voiture, Dudley se pencha vers son cousin.
-C'est vrai, où est-ce que tu vas aller, toi ?
Il n'y avait aucune méchanceté dans ses paroles, plutôt une curiosité incrédule. L'angoisse reprit Lucifer qui se concentra sur le résumé de son livre, en sécurité dans un sac plastique.
-Tu vas rester chez nous ? ajouta Dudley.
-Je ne sais pas, répondit son cousin. Je vais être patient et je finirais bien par voir.
-Moi je pense qu'ils ne veulent pas de toi, comme ton père.
Le coup au cœur que ces paroles provoquèrent lui fit serrer les poings, et Dudley fut envoyé brutalement contre la vitre. Lucifer le regarda, affolé. Pourquoi tout était-il toujours si étrange avec lui ?
.
Lorsqu'il descendit pour déjeuner ce quatorze juillet, Lucifer vit que le courrier était arrivé et se pencha pour le ramasser et l'emmener à la cuisine, où la famille Dursley devait déjeuner. La dernière lettre attira son attention. « Lucifer Potter ». Inscrits à l'encre noire sur du papier jauni, d'une écriture penchée de pattes de mouches, les mots ne laissaient aucun doute sur le destinataire. L'angoisse des derniers jours le reprit et il se dirigea vers la cuisine où il posa les deux autres lettres et chercha à attirer le regard de sa tante, qui l'ignora. Il s'assit et ouvrit l'enveloppe sous la table.
-Qu'est-ce que tu fabriques ? grogna Vernon.
Pris en faute, Lucifer tressaillit.
-Il lit une lettre ! le dénonça Duldey, les yeux écarquillés.
-Elle m'est destinée, se défendit-il aussitôt.
Si sa tante ne l'avait pas ignoré… Il fit glisser l'enveloppe qui prouvait ses dires. Le visage de Pétunia se tordit.
-Donne-moi cette lettre ! ordonna-t-elle.
-Je…
Il ne le pouvait pas. Pour une fois, peut-être obtiendrait-il des réponses. D'un autre côté, ils étaient ses tuteurs. Dudley la lui prit des mains, la déchirant presque.
-Lu…cif..er… déchiffra-t-il.
Avant, l'enfant aurait aimé que quelqu'un prononce son prénom. A présent, il regrettait que ce fut dans de telles circonstances.
-S'il vous plaît, elle m'est destinée, murmura-t-il, les mots s'étranglant dans sa gorge.
Dudley s'évertua à tenter de lire l'écriture puis abandonna et fila dehors où Piers Polkiss l'attendait.
-Vernon… commença Pétunia…
-Il nous a laissé son gamin, maintenant il assume, rugit son oncle.
Ces mots résonnèrent aux oreilles de l'enfant. La lettre provenait de son père. Il lui écrivait, pour la première fois de sa vie.
-Vernon, il pourrait venir ici.
-Après neuf ans ? marmonna l'homme avant d'ajouter dans sa barbe « monstrueux » « sans-gêne » « foutu ».
Lucifer se contenta d'attendre en silence. Ce devenait de plus en plus difficile au fil des secondes. Il devait comprendre, enfin.
-C'est le fils de ta dégénérée de sœur, Pétunia, tu en prends la responsabilité ! déclara enfin son oncle avant de quitter la table à son tour.
Lucifer leva les yeux sur elle et, voyant qu'elle ne bronchait pas, se leva pour se saisir de la lettre et la lut –enfin.
Lucifer,
Tu ne dois pas te souvenir de moi, et je ne comptes pas non plus sur les moldus pour t'avoir mis au courant, alors je vais être direct : je suis James Potter, ton père, et j'ai confié ta garde à la sœur de ta mère.
Je suis navré de ne pas avoir pu m'occuper de toi, mais ton frère
Son cœur manqua un battement et il s'arrêta un instant, interloqué. L'homme s'était-il trompé de destinataire ?
Ton frère a besoin d'attention et d'un entraînement spécial. Tu comprendras, j'en suis sûr. Il est le Survivant, destiné à vaincre Voldemort s'il revenait, et il doit gérer sa célébrité. Je ne pouvais pas faire autrement que de confier ton éducation à quelqu'un d'autre.
Néanmoins, celle-ci sera bientôt déléguée à Poudlard, puisque vous y entrerez en septembre, et j'aimerais te revoir avant que tu n'y partes. J'ignore si tu as déjà reçu ta lettre, je ne le pense pas, Harry n'a pas encore la sienne, mais peut-être que d'ici à ce qu'Audelune te la délivre, ce sera le cas. Enfin, je pensais venir le jour de votre anniversaire, afin que nous le passions ensemble, qu'en penses-tu ? Et le premier septembre également, je vous accompagnerai à King's Cross, trouver la voie 9 ¾ peut s'avérer compliqué.
J'ai dit à Audelune de rester en attendant ta réponse, tu devrais la trouver dehors, c'est une chouette tachetée. Ce mode de communication doit être nouveau pour toi mais c'est ainsi que les sorciers communiquent, tu t'y feras. C'est bien plus rapide que la poste moldue, ta mère en convenait aisément.
J'attends donc de tes nouvelles,
Ton père,
James Potter
P-S : Je ne fais pas confiance à tes moldus donc : Voldemort est un Mage Noir, qui a tué ta mère et t'aurai tué également si Harry n'avait pas été là. A un an seulement, il a vaincu le plus grande Mage Noir de tous les temps !
Ses jambes tremblaient, et il crut qu'il allait tomber au sol. Il posa une main sur la table pour se rattraper, froissant la lettre au passage. Ce n'était pas vraiment la lettre qu'il avait espéré recevoir toute son enfance. Il avait imaginé que son père ne pouvait pas s'occuper de lui, voyageait beaucoup, avait été irrémédiablement blessé dans l'accident, pas que… pas qu'il vivait bien, en compagnie de son frère. Un frère dont il ignorait l'existence jusqu'à présent. Et ces mots… Mage Noir, sorcier, moldu, destiné, Poudlard ?
-Est-ce que… Suis-je un sorcier ? demanda-il en levant les yeux sur sa tante, qui l'observait, pétrifiée depuis que son mari avait quitté la pièce.
-De toute évidence, rétorqua-t-elle avec amertume. Nous espérions que ce ne soit pas le cas, mais dès que tu as eu six ans, tu as commencé à avoir les mêmes… bizarreries comportementales de ma chère sœur !
Le mépris qui dégoulinait de sa voix le fit frissonner.
-Vous le saviez ? s'écria-t-il.
Les larmes vinrent troubler sa vision.
-Vous saviez que j'avais un frère, et que mon père m'avait abandonné, et… Mais… Pourquoi est-ce qu'il ne m'a pas gardé ? Quel âge à mon frère ? C'est « Harry » ? C'est quoi, cet accident dans lequel ma mère est morte ?
Son langage d'ordinaire si contrôlé se dégradait, il en était conscient, mais l'émotion lui faisait perdre le contrôle. Sur la table, les couverts se mirent à trembler. Pétunia ferma la porte de la cuisine.
-Assied-toi.
Il obéit, tremblant de tout son corps et n'y voyant pas grand-chose. Elle prit sa lettre et la parcourut, il ne protesta même pas, voulant simplement se réfugier dans sa chambre, se rouler en boule et pleurer.
-Vous êtes jumeaux, déclara-t-elle. Harry et… toi. Ton père te l'explique : ton frère a vaincu un danger magique dans lequel Lily a perdu la vie, pour vous protéger semblait-il.
-Poudlard ? Est-ce là où je vais me rendre ? De quel genre d'école s'agit-il ?
Un éclair de colère passa dans les yeux gris de Pétunia.
-De sorcellerie, quoi d'autre ? Quand elle rentrait aux vacances, Lily se vantait toujours de ce qu'elle parvenait à faire, des amies qu'elle avait, et de ce James Potter et de ses amis. Des monstres !
Lucifer recula instinctivement. Et pourtant, ses questions trouvaient enfin un créneau où on lui apportait des réponses.
-Est-ce lui l'homme qui est venu me voir ?
-La première année ? La dernière fois qu'il est venu, tu avais deux ans. Il nous a envoyé une lettre peu avant ton troisième anniversaire, et à présent, il redonne signe de vie.
-Je vais aller à Poudlard ?
-Rien ne pourra les stopper pour que tu y ailles, grinça-t-elle. C'est une inscription magique qui se fait à la naissance.
L'enfant était impressionné par les détails qu'elle connaissait. Les pièces se mettaient en place dans son esprit.
-Je vais devoir lui répondre, murmura-t-il.
Voulait-il le rencontrer ? Bien sûr. Il s'agissait de son père, et de son frère jumeau. De sa famille. Il le devait. Enfin, il aurait plus de réponses.
-Puis-je accepter ?
Sa tante pinça miraculeusement encore plus ses lèvres fines. D'un hochement de tête, elle donna son accord, et Lucifer la remercia avant de monter chercher de quoi écrire. Que pourrait-il bien répondre ?
James et Harry,
Je suis heureux d'apprendre votre existence, ainsi que celle du monde auquel j'appartiens.
Je vous remercie pour les explications.
J'aimerais beaucoup vous rencontrer le 31 Juillet, et ma tante Pétunia est d'accord.
Cordialement,
Lucifer
Peut-être après pourrait-il l'appeler « Papa », comme Dudley faisait avec Vernon ? Comme Harry devait faire… Un soupçon de jalousie naquit en lui, qu'il s'efforça d'oublier. Il serait injuste de juger sans connaître les circonstances, et James semblait vouloir apprendre à le connaître. L'enfant descendit à la recherche de la chouette nommée Audelune.
.
Les deux semaines suivantes passèrent dans un étrange brouillard. L'oncle Vernon lui avait clairement signifié ce qu'il pensait des sorciers « des zigotos dégénérés », selon lui, et que si cela n'avait tenu qu'à sa propre personne, lui aurait été envoyé à Sainte Brutus pour corriger ses bizarreries. Dudley, en revanche, cessa de lui chercher des noises comme s'il craignait que d'autres incidents, à présents volontaires, se produisent. Pétunia demeura égale à elle-même, comme si la conversation n'avait jamais eu lieu. La solitude pesait à Lucifer. Il aurait aimé avoir quelque chose pour s'occuper l'esprit plutôt que de se torturer avec la pensée que son père avait élevé son jumeau mais pas lui. Pour finir, il sortit et marcha jusqu'au centre commercial où il passa une bonne partie de la journée à flâner avant d'enfin entrer dans un grand magasin où il chercha une teinture qui rentrerait dans son budget et lui conviendrait. Le vert le tentait assez, maintenant qu'il savait qu'il était un sorcier, mais il ne voulait vraiment pas provoquer la colère de son oncle et sa tante en ce moment. Il finit par opter par un rouge un peu plus marqué que sa couleur rousse naturelle et prit le chemin du retour, fermement décidé à attendre le lendemain. La lettre de Poudlard vint égayer son quotidien. Il resta un instant bouche bée devant le blason et l'adresse exacte de là où il logeait –y comprit la plus petite chambre du 4, Privet Drive-, écrite à l'encre verte avant de lire l'annonce de bienvenue et la liste de ses fournitures scolaires. La sensation d'irréel s'effaçait plus les preuves tangibles de ce qui arrivait se faisaient nombreuses. Il plut une bonne partie de la semaine, et une fois qu'il eut réussi à convaincre Dudley que ses cheveux étaient rouges parce qu'il les avait encore une fois teints et que ce n'était pas l'œuvre de la magie, il passa quelques instants à jouer avec lui à l'ordinateur, selon l'humeur et le degré de patience de son cousin.
.
Puis le trente et un juillet arriva. Lucifer regarda l'aiguille des secondes avancer sur l'horloge de la cuisine alors qu'il aidait sa tante, et se tourna et se retourna dans son lit sans parvenir à dormir correctement. Il fut debout aux aurores le jour de son anniversaire, réalisant à peine qu'il avait onze ans. Il fit un effort dans le choix de ses habits, prenant ceux de l'an passé qui, certes un peu vieux, seyaient mieux à sa petite taille et à sa corpulence. Puis il descendit dans le salon et attendit. Les Dursleys paraissaient aussi anxieux que lui. Peu avant dix heures, l'oncle Vernon grommela :
-Il ne va pas encore nous le laisser sur les bras, Pétunia ?
Son épouse ne répondit pas. Tout à coup, le carillon retentit. Lucifer se figea, puis, à pas de loup, se leva pour aller ouvrir, le cœur tambourinant à toute vitesse dans sa poitrine. Il laissa entrer les visiteurs avant de les détailler, tremblant. Le premier concordait à ses souvenirs : grand, de courts cheveux noirs et épais en bataille et des lunettes carrées, posées sur un visage indéniablement masculin, avec des pommettes hautes et des rides malicieuses. Le second fut un choc. Maigre, faisant à peu près sa taille, il avait un visage que les rondeurs de l'enfance n'avaient pas quittées, et malgré ses traits un peu moins doux, il ressemblait au sien. Si ses cheveux en bataille témoignaient d'une indéniable parenté avec James Potter, deux émeraudes le dévisageaient derrière ses lunettes rondes. Harry Potter, son jumeau, était son exact opposé. Lucifer se mordilla la lèvre puis, prit d'une inspiration subite, regarda son père dans les yeux. La forme et la couleur étaient la réplique de ses prunelles. Il sentit sa gorge se nouer. Derrière eux, sa tante vint voir ce qui se passait.
-Pétunia, la salua l'homme d'une voix grave et tout aussi malicieuse que son sourire.
-James. Venu récupérer ta progéniture après neuf ans de silence ? Tu as de la chance qu'il se souvienne encore de toi.
-Il fallait que j'éduque Harry, répliqua James.
Ainsi, c'étaient ses premiers mots ? Pourquoi ne le saluait-il pas ? N'était-il pas étonné que Lucifer ait des souvenirs que lui ?
-Alors tu es mon frère, dit Harry.
C'était une simple constatation tandis qu'il le détaillait.
-Je pensais que tes vêtements seraient plus… moldus…. Ou plus magiques.
-Ce ne sont pas les miens, murmura l'enfant, mortifié.
Est-ce que James allait le défendre ? Il n'avait pas été maltraité, loin de là, mais au vu de l'étincelle qui brillait dans les yeux de son jumeau, de son dos droit, de son sourire et de la proximité dont il jouissait avec leur père, son enfance avait dû être bien plus joyeuse.
-Alors Lucifer, on y va ? sourit James.
Il tressaillit. Depuis combien de temps quelqu'un avait-il prononcé son prénom, autre que son institutrice lorsqu'il s'agissait de l'interpeller ? Volontairement, et sans grimace ? Le nœud dans sa gorge se resserra et il ne put qu'hocher la tête.
-Excellent ! Prends mon bras, nous allons transplaner. Je le ramène tout à l'heure !
Au moment où Lucifer obtempéra, il fut pris dans un étau et paniqua. Il retomba sur le carrelage, hors d'haleine et en proie à la panique. James et Harry, toujours debout, le considérèrent avec perplexité.
-J'aurais peut-être dû te prévenir, constata l'homme. Bien. Tu veux boire quelque chose ?
-J-Je veux bien, merci.
Il avait appris qu'une action pouvait mettre les gens plus à l'aise. James disparut et Harry s'assit sur le canapé. Lucifer le regarda, hésitant à faire de même, puis choisit un fauteuil où il se tint droit.
-Est-ce là que vous habitez ? s'enquit-il, prenant le premier sujet qui lui passait par la tête.
Harry haussa un sourcil.
-Tu y habitais aussi avant. L'endroit est protégé par un sortilège, pas un Fidelitas, au vu de ce qui s'est passé la dernière fois. Mon père a tout reconstruit, après que Voldemort ait détruit notre demeure.
Une sensation de froid se dispersa dans l'enfant roux qui chercha intérieurement une nouvelle question. La seule qui lui vint à l'esprit concernait leur passé.
-Tu es le Survivant…
-En effet, répondit son frère en se redressant. Je suis le Sauveur du monde sorcier, et si Voldemort revient, je le vaincrais de nouveau…
-Revient… ?
-… Je suis unique, et sûrement l'un des meilleurs sorciers qui puisse exister, continua-t-il sans prêter attention aux inquiétudes de son jumeau.
-Je suppose, admit Lucifer en baissant les yeux sur le tapis pourpre.
Il s'efforçait de ne pas le juger, mais éprouvait une impression désagréable. Etait-ce un trait de tous les fils uniques ? James revint avec deux verres remplis d'un épais liquide orangé et ébouriffa tendrement et inutilement les cheveux d'Harry.
-Tu peux être fier de tes capacités, approuva-t-il. Autant face aux Mages Noirs que sur un balai.
Il s'assit à ses côtés. Lucifer prit une gorgée de l'étrange liquide et retint une grimace. Le goût lui était inconnu mais lui déplaisait.
-Tu aimes ? C'est la boisson préférée d'Harry, sourit James. Du jus de citrouille, quelque chose de typique chez les sorciers.
Peut-être s'y habituerait-il après un moment. Etait-il vraiment un sorcier ? A quoi ressemblait Lily ? Lui et Harry avaient-ils beaucoup en commun ? Quel était le meilleur souvenir de James de leur famille de quatre ? Lui avait-il manqué ? Que voulait dire James quand il parlait de célébrité ? Pouvait-il quitter les Dursleys ? A quoi ressemblait Poudlard ? Pouvait-il monter sur un balai ? Etait-ils heureux de le revoir ? Harry savait-il qu'il avait un frère, avant que James ne lui dise qu'ils allaient venir le chercher ? Les questions se bousculaient à ses lèvres. Il choisit la plus simple.
-Peux-tu me parler de Maman ?
James se tendit. Harry lui jeta un regard de reproches, mais très vite, l'homme se reprit.
-C'était la plus belle et la plus merveilleuse femme qui puisse exister. Elle avait de longs cheveux flamboyants, roux et non pas rouges comme les tiens, des tâches de rousseurs, un parfum exceptionnel…
-J'ai ses yeux, l'interrompit Harry. Je ressemble parfaitement à mon père, sauf les yeux, j'ai ceux de ma mère.
Il en paraissait fier. Lucifer se mordit la lèvre.
-Mes cheveux sont teints, expliqua-t-il. Normalement ils sont roux. Flamboyants peut-être, je ne sais pas…
Sa voix s'étrangla dans sa gorge. Il essaya d'imaginer sa mère. Harry se tourna vers son père :
-Papa, pourrais-je avoir un balai lorsque nous irons sur le chemin de Traverse ?
-Nous verrons ça, soupira James.
-Je serais poursuiveur, ou peut-être attrapeur. Mais je ferais gagner Gryffondor.
-Je n'en ai aucun doute, mais fait quand même attention à tes études, Harry.
-J'ai déjà de l'avance, pas vrai ?
La conversation était si naturelle, si aisée… Comme si Lucifer n'était pas là. Les mots lui brûlaient la gorge, le cœur, l'estomac. Il essaya de capter le regard de son père.
-James, est-ce que…
-Ne t'inquiètes pas, tu viens avec nous sur le Chemin de Traverse, lui répondit aussitôt l'homme.
-Je… d'accord, mais… Poudlard ?
-C'est notre école, répliqua Harry. Je t'expliquerais ça quand on sera en route, si tu veux. Je connais déjà la plupart de ce qu'il faut savoir, sans compter que j'aurais une cape d'invisibilité avec moi et que je pourrais aller à la recherche des passages secrets.
Lucifer regarda James, mais celui-ci semblait plus ravi que catastrophé.
-Une cape d'invisibilité ? répéta-t-il.
-Papa a promis de me la léguer la veille de la rentrée ! s'exclama son jumeau, les yeux brillants.
-Mon père avait fait de même avec moi, répondit James en touchant de nouveau les cheveux de son fils.
Le second tenta d'ignorer la douleur qu'occasionnaient ces mots. Le lien entre Harry et James était si fort… Il voulait savoir. Il avait besoin de savoir.
-James est-ce que tu as regretté de me laisser ?
Ce n'était pas exactement ce qu'il voulait dire, mais les mots étaient sortis ainsi. L'homme eut le mérite de paraître embarrassé.
-Eh bien… se séparer d'un enfant est toujours difficile mais…
-Mais il fallait qu'il s'occupe de moi, répondit Harry. Nous devons gérer ma célébrité, tu verras cela sur le Chemin de Traverse, et il devait me protéger.
Il regretta qu'Harry fut là. Il aurait aimé avoir une discussion sincère avec son père, mais son frère intervenait, parlait, prenait de l'attention.
.
Ils se rendirent sur le Chemin de Traverse par le réseau de cheminées, une énième notion que Lucifer ignorait. Le pub miteux dans lequel ils arrivèrent était appelé « Le Chaudron Baveur », et rempli de sorciers, de toutes évidence. Ils buvaient ou fumaient, assis à des tables. L'un d'entre eux discutait avec un barman chauve. Lorsque Harry et James apparurent, toutes les conversations s'arrêtèrent et les regards se tournèrent sans exception vers le jeune sorcier aux yeux émeraude, qui leur sourit, restant près de son père et levant le menton pour les regarder. Harry et James, comme tous ceux présents, portaient des robes, et Lucifer fut reconnaissant à son jumeau de lui en avoir sorti une de sa longue penderie. Les vêtements avaient beau être taillés pour Harry et donc légèrement serrés pour son gabarit, et le rouge être une couleur qui jurait avec ses cheveux, il n'avait plus l'air aussi misérable que dans les vêtements de Dudley.
-Harry, l'un de tes professeurs de Poudlard est ici ! s'exclama James. Viens le rencontrer.
Dès qu'ils avaient vus leur Sauveur, les sorciers s'étaient levés et l'avaient entouré, voulant à tout prix lui serrer la main. Harry rayonnait de fierté, comme si tout cela était parfaitement naturel. Lorsqu'il entendit son père, il se redressa un peu plus et le rejoignit, et Lucifer se fraya un chemin, curieux. L'homme portait une robe violette, avait le teint pâle et s'agitait nerveusement.
-Harry, voici le professeur Quirell, qui t'enseignera la Défense Contre les Forces du Mal.
Tous deux se serrèrent la main.
-C-C'est u-un hon-nneur d-de v-vous r-rencont-trer, m-monsieur P-Potter, déclara le professeur.
-Vous verrez que mon fils a déjà de solides connaissances, déclara James, impitoyable, que je lui aies enseignées, ayant une formation d'Auror et un O aux ASPICS dans cette matière. Néanmoins, je compte sur vous pour lui être d'une aide et d'un soutient fort.
Quirell sembla un peu plus nerveux et terrifié.
-J-Je s-suis s-sûr que m-monsieur P-Potter n'a pas b-besoin de moi p-pour lui en-enseigner cette m-matière, bégaya-t-il.
-Tu es tout seul mon petit ? s'enquit le barman.
Lucifer mit un instant avant de réaliser qu'on lui parlait. Il se sentait aussi invisible qu'à l'accoutumée.
-N-Non, bredouilla-t-il, puis se maudit, espérant que Quirell ne l'avait pas entendu et ne croirait pas qu'il le raillait. Je suis avec James et… et Harry Potter.
Plusieurs personnes se tournèrent vers lui.
-James, lança l'homme, tu emmènes l'un des jeunes Weasley faire ses courses de Poudlard avec Harry ?
Son père sembla un instant déconcerté.
-Oh… Non, il s'agit de Lucifer, mon autre fils.
Les murmures incrédules emplirent la salle, et si la revendication avait réchauffé le jeune sorcier, il se figea en se rendant compte que le Monde Magique entier connaissait son frère mais que tous ignoraient qu'il avait un jumeau. James les tira vers la sortie à l'arrière et tapota trois fois sur une brique à l'aide de sa baguette.
.
Le Chemin de Traverse dans lequel ils déambulèrent époustoufla Lucifer à tel point qu'il en oublia un moment avec qui il se trouvait. Certaines boutiques étaient plus petites et immobiles, d'autres avaient des vitrines animées, mais tout était si coloré et si… magique, si beau ! Des hiboux clignaient des yeux dans un magasin nommé « Au Royaume du Hiboux », des sorciers mangeaient d'énormes coupes de glaces chez « Fortârome », et un agglutinement de jeunes s'était formé devant une vitrine qui exposait un balai. Harry profita de la distraction que causait sa célébrité pour s'avancer devant. Il y resta collé une dizaine de minutes avant que James ne l'appelle en riant, et lui ébouriffa les cheveux lorsqu'il revint, à regret.
-Ce balai est magnifique, Papa ! Avec lui, je pourrais certainement être pris dans l'équipe !
-Harry, les premières années ne peuvent pas avoir de balai, lui répondit James à regret. Je crains que le professeur McGonagall ne te l'autorise pas. Je te conseille d'attendre ce soir.
Il lui adressa un sourire de connivence et Harry poussa une exclamation de joie pure.
-Tu n'as pas fait ça ? Pour mon anniversaire ? Papa, tu es le plus génial !
Lucifer revint à la réalité et se souvint qu'il s'agissait également de son anniversaire. Est-ce que James avait prévu quelque chose ? Sans doute pas, dû-t-il admettre avec un pincement au cœur. Il ne l'avait jamais fait, et… il le raccompagnait chez les Dursleys le soir. Harry et lui fêteraient leur anniversaire seuls. La boule dans sa gorge fut empêchée par la vue d'une vitrine de la plus grande librairie qu'il ait jamais vue.
-James… appela-t-il.
Son père se retourna.
-Puis-je regarder ?
-Des livres ? l'interrogea l'homme, assez surpris.
Lucifer rougit. Il jeta un œil à quelques titres puis, devant l'air impatient de son jumeau, les rejoignit.
-Nous allons passer à Gringotts, annonça James.
-La banque des sorciers, soupira Harry en levant les yeux au ciel devant l'air perplexe de son jumeau.
Le malaise qu'il commençait à ressentir revint à la charge.
.
Il resta bouche bée devant l'immense fortune que comprenait le coffre. Durant son enfance, il avait eu à peine assez d'argent pour ne pas être obligé de voler des teintures et des livres, tandis que son frère vivait, pas dans l'opulence, mais confortablement. Une certaine amertume lui brûla la gorge. Harry remplit une bourse à l'aide de Gallions, et James fit de même. Lucifer hésita un instant et James se retourna. En voyant son autre fils debout et tendu, il pâlit et l'expression de son visage se modifia étrangement.
-Cela t'appartient aussi, Lucifer. Prends-en, je t'achèterai une bourse tout à l'heure.
L'enfant considéra la fortune, et l'idée de pouvoir dépenser sans trop compter ni économiser pour une fois le grisa. Il prit trois pleines poignées de Gallions et les glissa dans ses poches. En ressortant des wagons, qui n'avaient rien à envier aux parcs d'attractions que son cousin affectionnait tant, ils croisèrent un véritable géant.
-Bonjour Hagrid, le salua James. Que fais-tu là ?
-'Suis en mission pour Poudlard, répondit le géant.
Il se tourna vers le gobelin qui s'impatientait.
-Dumbelodre m'a donné ceci. A propos de vous-savez-quoi, dans le coffre N°713.
-De quoi s'agit-il ? s'enquit Harry.
Hagrid se retourna et le considéra un instant.
-Tu es bien le fils de ton père.
-Sauf pour les yeux, répondit joyeusement le petit garçon.
-C'est vrai. Mais pour le caractère, tu es pareil : trop curieux !
Harry ne s'en formalisa pas, et sitôt qu'ils furent sortis, demanda à leur père s'il savait de quoi voulait parler Hagrid. James répondit par la négative.
-Je ne savais pas que les géants existaient, souffla Lucifer, encore sous le choc.
-Ce n'est pas un géant, rétorqua Harry avec mépris. Il est le garde-chasse de Poudlard.
Il y avait tant que chose qu'il ignorait… Comment ferait-il pour ne pas paraître stupide lorsqu'il serait à l'école.
-James ? demanda-t-il alors qu'ils marchaient vers la librairie, où ils devaient acheter leurs livres. Je ne connais pas du tout ce monde. J'ignore presque tout sur Poudlard, et sur la Magie.
-Oh, tu n'es pas le seul, répondit l'homme, tous les sorciers ne sont pas nés dans une famille de sorcier. Lily ne l'était pas.
Lucifer hocha la tête, rasséréné, et entra chez Fleury et Bott. Il avait des gallions en poche et allait pouvoir acheter des livres incroyables !
.
Leurs livres de classes et quatre autres nouveaux livres pour Lucifer achetés, ils continuèrent leurs courses de rentrées, achetant balances, chaudrons et télescopes et passant chez Mme Guipure afin d'avoir des robes scolaires. Alors que la femme prenait les mesures de son jumeau, Lucifer erra dans les rayons et observa les robes avec envie. Il n'avait jamais eu de vêtements neufs, et une tenue de sorcier en velours vert clair le séduisit entièrement. Il approcha sa main du tissu, et constata qu'elle était à seize gallions. Il en avait comptés trente lorsqu'il avait mis son argent dans sa bourse.
-Elle doit être à ta taille, mon garçon, dit Mme Guipure en surgissant derrière lui.
Il sursauta, et hésita. Après tout… Il l'essaya et elle fit quelques retouches avant qu'il ne lui tende la somme désirée. Son premier vêtement. Harry le considéra avec une moue.
-Elle est aux couleurs de Serpentard, lui indiqua-t-il.
Son jumeau haussa les épaules, déconcerté mais résolu à ne pas poser de questions. Il finirait bien par comprendre. Lorsqu'ils sortirent, Harry exprima le désir d'obtenir sa baguette, mais James lui signala qu'ils passaient près de la ménagerie magique et qu'il valait mieux ne pas faire de détour. Le Chemin de Traverse commençait à se remplir de monde.
.
Des hiboux et chouettes observaient les sorciers depuis leurs perchoirs. Quelques rats noirs faisaient des acrobaties dans des cages où sautaient à la corde. De gros crapauds de toutes les couleurs coassaient dans des aquariums, et certains portaient la mention « venimeux ». Lucifer avait l'impression que ses yeux étaient comme des soucoupes depuis le début de la visite, mais il ne pouvait s'empêcher de regarder autour de lui avec curiosité. James était auprès d'Harry, examinant une chouette hulotte blanche qui clignait ses yeux ambrés en direction du Survivant. Lucifer les observa un instant, pris de mélancolie, puis se dirigea vers une effraie aux yeux noirs profonds. Il avait appris à reconnaître les espèces dans un livre, à l'école primaire, durant une brève période d'intérêt envers les animaux nocturnes. Elle était magnifique, avec ses disques faciaux blancs comme neige… mais à qui pourrait-il envoyer du courrier ? La pointe aigue dans sa gorge refusait de disparaître, et il savait qu'il n'écrirait pas à James. Il se tourna vers les rats, puis les chats. Il y en avait quelques uns, dans des paniers, qui dormaient en boule ou observaient le remue-ménage. Les chats étaient affectueux, indépendants mais assez loyaux à leurs maîtres, et l'un d'entre eux serait probablement de bonne compagnie. Le rouquin s'accroupit et tendit la main vers un énorme matou, qui cracha, avant de reculer, blessé. N'y aurait-il donc jamais rien qui ferait attention à lui ? Il tenta sa chance avec une petite femelle écaille qui miaula en frottant sa tête contre sa main, puis avec un chaton roux et blanc qui ronronna. Lucifer le souleva délicatement, et l'animal gigota vaguement, se renversa et posa une patte sur son visage. L'enfant rit, et la pointe dans sa gorge se fit plus forte. Il riait si rarement… Il posa le chat à terre et celui-ci se frotta à ses jambes. Dans le cœur du jeune sorcier, il était déjà adopté. Il le reprit doucement et se rapprocha de son père et de son frère. Harry avait la cage de la hulotte blanche dans sa main. James paya, et Lucifer sentit son cœur se gonfler tandis que la boule de poils dans ses bras ronronnait.
.
Dans la rue, de nombreuses personnes dévisageaient Harry, chuchotaient, lui souriaient…
-C'est toujours ainsi ? s'enquit son jumeau, déstabilisé.
-Je suis célèbre, je te l'ai dit. Voldemort répandait la terreur avant que je ne les en sauve. Ils sont reconnaissants.
Il semblait s'y complaire, trouver cela normal. Il ne faisait même pas attention à sa démarche droite et à son menton levé, souriant de temps en temps. Ses yeux verts brillaient d'excitation depuis qu'ils étaient sortis du Royaume du Hibou, et Lucifer le comprenait. Ils allaient avoir une baguette magique ! Ils pourraient ensuite lancer des sorts, les contrôler… Lorsqu'ils entrèrent dans la minuscule boutique d'Ollivanders, Harry ne tenait plus en place. James l'observait avec fierté, tenant leurs affaires de classe. Le petit chat s'agitait dans les bras de son nouveau maître, et la poussière fit éternuer Lucifer. Il hésita, puis le posa à terre. L'animal fila se réfugier sous la chaise sur l'unique chaise de la boutique, où James était assis.
-Bonjour, fit une voix douce.
Ollivanders était un vieil homme aux cheveux blancs.
-Ah, messieurs Potter. Je pensais vous voir bientôt. Je me souviens du jour où votre mère est venue m'acheter sa baguette… 25,6 centimètres, souple et rapide, bois de saule. Excellente baguette pour les enchantements.
James s'étrangla et Harry éclata de rire, partageant sans doute un souvenir, une anecdote.
-Vous en revanche, aviez préféré une baguette d'acajou, 27,5 centimètres. Flexible. Un peu plus puissante et remarquable pour les métamorphose. Enfin, elle vous avait choisi… Bien, messieurs, par lequel de vous commençons nous ?
James dévorait son fils des yeux et Harry s'avança tout naturellement. Ollivanders prit toute une série de mesures étranges, avant de lui tendre une baguette, puis de la lui arracher des mains. Lucifer le regarda, fasciné.
-Etrange, marmonna le vieil homme alors qu'un tas de baguettes commençait à se former sur le bureau. Peut-être que…
Harry s'était tendu, et il prit la nouvelle baguette qu'il lui tendit avec méfiance. Aussitôt qu'il la remua, une gerbe d'étincelles dorées en sortit.
-Excellent ! s'exclama James.
-Très étrange, marmonna l'homme.
-Pourquoi ? rétorqua Harry.
Ollivanders se retourna pour lui faire face, ses yeux pâles luisant comme deux pleines lunes.
-Il s'agit d'une baguette de Houx, facile à manier et très souple. Mais son cœur est une plume de phénix, un phénix qui m'a laissé lui prendre une seule autre plume, provoquant des baguettes soeurs. Et cette plume se trouve actuellement dans une baguette en If, qui vous a fait cette cicatrice.
Il effleura la forme d'éclair sur le front de Harry, qui recula aussitôt.
-Vous êtes destinées à faire de grandes choses, monsieur Potter.
-Je suis destiné à vaincre Voldemort, répliqua Harry en se tenant encore plus droit.
La fierté qui émanait de lui était stupéfiante. Ollivanders se tourna vers son frère, et répéta les mêmes manœuvres de mesure que précédemment. Puis il sortit une baguette d'un boîtier, argentée, magnifique. Lucifer la prit en tremblant, mais ne ressentit rien de spécial et le vieil homme l'avait déjà récupérée.
-Non, définitivement pas du crin de licorne, marmonna-t-il. Essayez celle-ci : 26,8 centimètres, en bois de Cerisier, ventricule de dragon, puissante.
L'enfant s'en saisit, mais de nouveau, aucune étincelle ne s'en échappa.
-Tenez. 27,4 centimètres, fabriquée avec du bois d'un vieux Cèdre, comprenant une plume de phénix. Souple, et apprenant relativement vite.
A peine la main du rouquin eut-elle touché la baguette qu'il sentit une étrange chaleur se répandre dans son corps par le biais de son bras, et quelques étincelles dorées se dispersèrent dans l'air. Il leva deux yeux fiévreux sur le vieil homme, qui hocha la tête.
-Une bonne baguette, monsieur Potter. J'ai pris sa plume à un tout jeune phénix, déjà survolté.
Il esquissa un sourire. La main de James vint se poser sur son épaule et il sursauta comme s'il s'était brûlé.
.
Ils étaient retournés à Godric's Hollow pour la fin de la journée. Harry lui avait vaguement fait visiter leur maison, et son jumeau avait constaté avec tristesse mais sans surprise qu'elle comprenait une chambre d'amis.
-Tu devrais laisser tes affaires ici jusqu'à la rentrée, lui lança James lorsqu'il redescendit seul, son frère s'étant enfermé pour écrire une lettre et donner sa première mission à sa chouette.
Le cœur de l'enfant fit un bond dans sa poitrine, puis il secoua la tête.
-Il me reste un mois, et je désire commencer à lire mes livres. Mais… les autres fournitures ne me seront d'aucune utilité.
Il ne se séparerait pas de sa baguette. Depuis qu'il la possédait, il ressentait une étrange sensation de sécurité. Il s'approcha de James, réalisant qu'il s'agissait de leur premier moment de solitude depuis neuf ans. Son cœur commença à battre la chamade alors qu'il s'installa sur le canapé, aux côtés de l'homme. Il devait lui poser les questions. Maintenant. Sans quoi elles le tenailleraient tous l'été et il serait incapable de se focaliser sur quoi que ce soit d'autre.
-T'ai-je manqué ?
James, qui lisait un magasine portant le nom étrange de « Quidditch », releva la tête, quelque peu surpris.
-Les premiers temps furent durs, mais Harry m'a tenu bien occupé. Il est agité, tête brûlée et avide de voler sur un balai, un véritable Gryffondor !
Les yeux de son père brillaient. Lucifer décoda aisément la phrase : bientôt, son père l'avait oublié pour se consacrer à son frère.
-Pourquoi es-tu venu me chercher à ce moment là ?
James fronça les sourcils et enleva ses lunettes, comme pour mieux le voir.
-Il fallait qu'Harry et toi fassiez connaissance, et tu es mon fils. Nous allons avoir pas mal de chose à faire au mois d'Août, mais l'année prochaine, tu pourras passer les deux dernières semaines avec nous.
La gorge et les yeux de l'enfant l'irritaient étrangement, mais il ne pouvait pas s'arrêter.
-Suis-je à la hauteur de tes attentes ?
James haussa les épaules.
-Tu n'as pas encore pu t'illustrer dans le monde magique, je ne peux pas te répondre Lucifer. Mais ne t'inquiètes pas, tu ne pourras pas me décevoir. Je ne suis pas sûr d'avoir des attentes particulières en ce qui te concerne –à part que tu sois à Gryffondor peut-être, comme toute ma famille, et bon joueur de balai, mais le reste…
Harry… Harry devait être le fils parfait aux yeux de James. Leur père ne l'avait même pas touché lui, ni ébouriffé les cheveux, et lorsqu'il lui souriait, il n'y avait pas cette étincelle fière et tendre. Lucifer peinait de plus en plus à faire rentrer assez d'air dans ses poumons. Il était blessé, et alors qu'à son plus grand agacement, les larmes perlaient à ses yeux, il perdit son sang-froid :
-Tu aurais pu me garder ! Pourquoi Harry et pas moi ? Pourquoi reçoit-il ton attention et moi non ?
James se raidit, puis l'attrapa par les deux épaules.
-Tu ne peux pas être jaloux de ton frère ! Harry est le Survivant, il avait plus besoin de moi que toi. Il a besoin d'attention, et il la mérite : il a sauvé le Monde Magique.
Si son père l'avait giflé, la douleur en aurait été moins grande. Lucifer ravala ses larmes et se composa un visage impénétrable et distant.
-Je comprends, déclara-t-il d'une voix neutre.
Et c'était la réalité : il venait de recevoir en pleine figure ce qu'il avait espéré ne pas voir : James n'aurait jamais pour réel fils qu'Harry. Il était le fils prodige à ses yeux, l'enfant parfait, Sauveur, célèbre, doué. Il l'avait choisi, à son détriment, et avait fini par oublier son jumeau.
.
James le déposa au 4, Privet Drive vers 18 heures, un peu avant le dîner. Harry l'avait accompagné. Lorsqu'il était descendu, il lui avait parlé de ce qui s'était passé, cette fameuse nuit d'Halloween 1981. Au moins Lucifer en savait-il à présent un peu plus. James le salua, toujours sans le toucher, et le rouquin rentra chez lui. Ses sacs tombèrent avec fracas sur le sol et son chaton poussa un miaulement de protestation avant d'aller se réfugier dans la cuisine.
-Au nom du ciel, qu'est-ce que tu fabriques ? tempêta l'oncle Vernon en déboulant dans le hall.
-J'ai perdu l'équilibre, avoua-t-il. Je suis désolé.
-Qu'est-ce que c'est que tout ça ?
-Mes fournitures d'école.
Le visage de son oncle commençait à rougir fortement.
-Des objets magiques ? Chez moi ?
Son animal, effaré de se retrouver encore dans un nouvel espace, se réfugia près de la seule paire de jambes qu'il connaisse : la sienne. Une veine palpita dangereusement sur la tempe de l'adulte. Alors qu'il semblait sur le point d'exploser, Pétunia surgit du living-room. Elle roula des yeux devant le fatras répandu sur le sol propre et Vernon quitta la pièce.
-Remonte ça dans ta chambre, ordonna-t-elle.
Lucifer hocha la tête. Encore quelques instants, et il pourrait se laisser aller. Sa tante dut néanmoins percevoir sa peine car au moment où elle allait partir, elle se retourna en fronçant les sourcils.
-La magie répond à tes illusions ? lâcha-t-elle amèrement.
Les mots surgirent sans que l'enfant puisse les contrôler.
-La magie, oui.
-Oh, et donc pas ta merveilleuse famille ? persifla la femme ironiquement.
-James et Harry sont une famille à eux seuls. La mienne est ici, murmura-t-il avant de monter, sans même être sûr qu'elle l'ait entendue.
.
Mais elle l'avait. Et alors qu'il disparaissait dans sa chambre, Pétunia resta débout, le regard rivé dans le vide, en proie à des souvenirs.
