CHAPITRE 2

Candy restée seule dans la villa des Legan durant trois jours, s'occupa à chercher ses affaires sous l'œil suspicieux des domestiques qui la regardaient faire presque amusés. Il y en avait en tout cinq dont un homme. Trois avaient des origines africaines et deux du continent américain. Ils veillaient à ce qu'elle ne manque de rien mais être seule et tourner en rond dans cette grande maison entacha son moral. Ainsi elle tentât bien de se joindre aux taches des domestiques mais Betty la repoussa gentiment tout comme Rosa, fille de Betty. Rosa avait à peu près son âge, belle et sûre d'elle, vivant sa vie sans se poser de questions. Candy tenta de sympathiser avec elle mais Rosa se montra d'un tempérament sauvage et coupa court à toute forme d'amitié. Candy se demanda si Niel ne leur avait pas laissé de consignes à son sujet, ou s'il n'avait pas fait d'elle un portrait monstrueux. Le seul homme de la maison était Peter, Candy appris qu'il était le mari de Betty. Il était chargé de l'entretien du jardin conséquent et de tout ce qui exigeait des compétences mécaniques.

Elle erra donc dans la demeure et passa son temps à arpenter le parc, cherchant également un moyen de s'évader. Elle finit par en connaître tous les recoins. Les murs étaient élevés (sans doute pour éviter toute intrusion intempestive), gardés par deux Doberman au nom de Zeus et Apollon, nourrit par Peter et promenés par lui également au minimum quatre fois par jour. Elle soupira et dû se résigner à l'évidence, elle était bel et bien coincée dans cette demeure et sa patience devenait à présent sa meilleure alliée, attendre ... il ne lui restait plus que ça à faire, attendre une occasion de s'enfuir. Un petit pincement bizarre s'insinuait alors en elle. Niel et son air fier, sûr de lui, si ... elle se mordit la lèvre inférieure alors que des idées de mains qui se promenaient sur son corps, ses lèvres sur les siennes, s'insinuaient en elle lui provoquant de drôles d'émois.

Se fut le troisième jour que Candy dénicha une piscine intérieure. En fait elle était dissimulée par une porte qui passait inaperçue dans le décor. Elle ressemblait à une aigue-marine, un joyau apaisant dans un écrin de pierre taillée magnifique. Il y avait des couchettes, des serviettes aussi et l'eau était alléchante. Elle eut soudain envie de se rafraîchir et après avoir vérifié qu'aucun humanoïde était dans l'endroit, se déshabilla et entra dans l'eau. Froide au début la température devint graduellement acceptable pour son corps. Candy oublia alors sa condition de prisonnière et se mit à nager. Elle ne se lassait pas de regarder cette pièce immense aux allures de pièce monastique, aux pierres polies blanches et parfaites avec quelques décorations discrètes ça et là et un plafond très haut. Elle se dit qu'elle nageait dans une sorte de Cathédrale construite pour un Dieu antique. ... Si un drone muni d'une caméra avait existé alors, le téléspectateur aurait assisté à la naissance de la déesse Vénus.

Au Ranch il faisait une température conséquente. Le père de Niel ne s'était jamais autant investit auprès de son fils que ces derniers mois, la fatigue aidant il lui tardait à présent de se débarrasser de son activité. Ce dernier faisait des progrès conséquent dans la gestion des affaires et se dévoila même un instinct d'anticipation qui pourrait se révéler très utile. Il sentait néanmoins que quelque chose l'empêchait de se consacrer totalement à sa future fonction. Il devait en avoir le cœur net et se fit lors de l'après-midi de la deuxième journée alors que tous les deux faisaient une pause dans la maîtrise concernant la gestion du domaine et du droit aux affaires que monsieur Legan s'enquit de ce qui ou quoi tracassait son fils.

Un verre de Whisky pour monsieur Legan dans la main dans lequel surnageaient deux glaçons qui s'entrechoquaient assis bien confortablement au fond d'un fauteuil en cuir, tandis que face à lui, Niel calme regardait par la fenêtre le domaine sur lequel trônait le « Ranch ». Il attaqua.

- Je te sens lointain Niel ... tu n'es pas aussi concentré que les fois précédentes. Je me trompe ?

- Non Père, c'est vrai.

Silence. Seuls les glaçons du verre luttant sans doute pour leur survie faisaient du bruit, rythmant ainsi par inadvertance le rythme du vide sonore.

- Je pense à une fille. Il le regarda alors. Une fille que tu connais trèsbien Père.

- Allons bon soupira ce dernier, ça devait arriver. Tu dis que je la connais ... et il se mit à en énumérer un certain nombre, recueillant un « non » catégorique de son fils qui finit par lui avouer qu'il faisait fausse-route.

- C'est Candy lâcha t-il.

- Hum ...

- Ça te surprend ?

- Hum ... je pense que tu t'es mis pour le coup ta mère et ta sœur à dos ... elles semblaient particulièrement contrariées lors de leur dernier passage. Je me suis d'ailleurs bien demandé pourquoi tu n'étais pas avec elles. Il fixa son fils. Niel soupira bruyamment.

- Je ne peux plus les supporter. Elles ... elles m'énervent avoua t-il tout en rougissant légèrement. Tu sais ... Candy n'a jamais fait ce dont nous l'avons accusé.

- Je m'en doutais quelque peu je dois te dire ... Il soupira soudain las et fatigué. J'ai commis une grosse erreur Niel, j'aurais dû intervenir énormément plus souvent que ce que je l'ai fait, dans votre éducation. Ta mère est ... est une femme uniquement intéressée par l'argent et le pouvoir qu'il procure. Il posa son regard sur son fils qui avait changé et sur tous les plans. « C'est un homme maintenant ... il n'est plus ce garçon colérique et orgueilleux de jadis ... Candy ... cette fille est capable de tout à ce que je vois ».

« Oui ... tout comme ma sœur et encore moi-même il y a peu ... » pensa Niel.

- J'étais comme ça ... avant.

- Et ce « avant » ? Niel le fixait muet. Tu n'étais pas comme tu es à présent Niel, tu étais comme un gamin ... imbu de lui-même, j'avoue que j'avais du mal avec toi et Élisa. Vous êtes mes enfants mais il y avait quelque chose qui me dérangeait je crois, c'est pour cette raison que d'ailleurs je vous ai laissé dans les mains de votre mère, je me sentais étranger à vous, je n'avais pas ce goût du « paraître », tu comprends ce que j'essaie de te dire ?

- Oui. Il souffla en ricanant. Son père s'était toujours défilé à la moindre réception organisée ci et là. D'ailleurs il s'était demandé souvent pour quelle raison.

- Revenons à Candy. Raconte-moi ... enfin comment s'y est-elle prise ?

- Elle m'a sauvé la vie par deux fois.

- À oui ? tu es sûr que tu n'exagères pas ? Il lui lança un regard malicieux qui lui ôta une bonne dizaine d'années. Niel se dit que son père paraissait plus jeune qu'il n'était en réalité. Il avait d'ailleurs gardé cette marche souple et féline que lui-même avait hérité. Il y avait quelques cheveux blanc et des rides nouvelles qui avaient creusées son visage buriné par la surveillance de l'entretien du domaine et le soleil parfois impitoyable envers les hommes qui vivaient de sa chaleur et de sa lumière. Niel songea que son père était presque un inconnu jusqu'à ce qu'il soit investit de la mission de perdurer le domaine agricole et les biens des Legan. Son père reprit après quelques secondes. Je sais que Candy est une fille qui a du tempérament, qui ne s'est pas laissée humilier par ta mère et vous deux, mais je me demande bien comment elle a pu te sauver la vie, raconte. Il but son whisky dans lequel les deux mini icebergs avaient fini par rendre l'âme.

Niel libéra ses cordes vocales par un toussotement inutile.

- Je sortais d'un bar et il se faisait tard, et deux voyous étaient assis sur ma voiture alors je les ai prié de partir. Il se passa la main dans les cheveux, tandis qu'il replongeait à ce moment précis où sa vie avait basculé.

Il faisait tard en ce jeudi du mois de Novembre 1917 et comme d'habitude il était allé « s'encanailler » dans un bar plutôt chic du centre ville de Chicago. Il avait garé sa nouvelle voiture dans une ruelle à proximité. Il prenait du bon temps en compagnie de la gent féminine engagée par l'établissement pour plaire aux clients en totalité de sexe masculin. Ce jour-là il en avait eu assez d'entendre Élisa et sa mère parler encore une fois de mode, de dépenses, il s'était ennuyé à mourir, ressentant le poids de son oisiveté. Bref, il avait fini par sortir et s'apprêtait à rentrer au « château » comme il aimait à se le dire lorsqu'il avait vu les deux énergumènes négligemment assis sur savoiture. Il s'était approché le cœur battant leur priant de partir. Niel ignorait que c'était un piège bien sûr, les deux hommes qui en réalité étaient trois, comptaient bien dépouiller le propriétaire de cet objet de luxe, denrée rare en ce début du vingtième siècle. Ils l'avaient entrainé dans une ruelle adjacente arguant qu'il les avait prit de haut et qu'il méritait une correction. Candy avait alors surgit et l'avait défendu. L'instant de surprise passé, il s'était fâché contre lui-même et avait longtemps lutté contre ce sentiment énervant de « lui devoir quelque chose », et l'idée encore plus énervante encore, était qu'il devait ce quelque chose à elle ! Candy, Candy et toujours Candy ! depuis lors, c'était devenue tout simplement une obsession. Elle avait eu l'audace de le tirer d'un mauvais pas, lui Niel ! celui qui l'avait accusé de vol, qui lui avait tant fait de misères au Collège Royal de Saint-Paul à Londres ! Lui qui avait été tout comme sa sœur son tourmenteur principal ... et elle l'avait défendu ! si ça avait été la situation inverse, Niel savait qu'il se serait réjoui du mal que ces trois hommes auraient pu lui faire ... alors pourquoi avait-elle réagit de cette façon ? pourquoi ? C'était illogique ! Elle était son ennemie et un ennemi n'aide pas son adversaire en lui sauvant la vie. Ces interrogations n'avaient cessé de le harceler. Il s'était dès son arrivée au Château muré dans un silence suspect qui avait fait dire à sa sœur qu'il avait sans doute rencontré une fille, idée qu'avait soutenu sa mère, et relations publiques et nom prestigieux obligent, elles avaient bien tentées d'en savoir plus. Niel n'avait rien dit du fond de ses pensées, les avait envoyées sur des fausses pistes, puis pour éviter toutes questions avait modifié son comportement en rejouant son rôle d'avant ce jour fatidique.

- Oui évidemment ... Candy a réagit pas du tout comme toi tu l'aurais fait dans cette situation ... il sourit, toujours une étincelle amusée bien nichée au fond de ses yeux ambre, lui aussi. Donc elle est devenue clairement ... une obsession. Il lui sourit tout en hochant la tête. Amusé il lâcha. Je te comprends très bien. Candy est très très jolie. Silence. J'avoue que si je l'avais de mon temps rencontré avant ta mère, elle ne m'aurait pas été indifférente.

- Oui c'est ça. Tu l'apprécies ?

- Pas au début je l'avoue. Elle était très spontanée à mon goût. Il rit. Je me suis dit qu'elle allait peut-être par son tempérament vous faire du bien. Ses yeux se voilèrent étrangement. Elle a lutté, plus que les autres et elle a gagné une certaine estime même si je savais que face aux pestes qui vivaient dans cette maison, il était hors de question qu'elle remporte la victoire. Il se tut. Niel repensait aussi à cette époque où il ne voyait qu'une fille sans éducation et sans filtres. Mais dis-moi ... il n'y a pas eu que ça non ? ta mère m'a parlé d'une voiture clairement démolie et surtout qu'elle aurait retrouvé ou une domestique peu importe ... un mouchoir brodé au nom de Candy. Tu aurais même cherché à le cacher.

- Oui ça aussi. Elle est la seule à avoir accouru lorsque j'ai perdu le contrôle de la voiture. C'est devenu clair pour moi, elle était amoureuse de moi ! Il détourna une nouvelle fois le regard, mâchoires serrées et une rougeur discrète investissait ses pommettes mates.

- Et c'est le cas ?

Niel se renfrogna et renfonça par la même occasion, dans le fauteuil en cuir.

- Non, enfin elle, elle me crie haut et fort qu'elle ne m'aime pas. Il ricana et fixa son père. Elle changera d'avis fit-il, sûr de lui et il garda pour lui le « Elle y sera bien obligée ».

- Donc ton problème actuel, est en gros « comment la rendre amoureuse de moi » ? c'est ça ?

- Elle m'aimera je te le promets et je me le jure à moi-même.

- Je reconnais bien là la détermination des Legan. Niel cependant je dois te donner un conseil ... Candy m'a l'air très différente des filles que tu as pu fréquenter.

- Merci Père, mais ça aussi c'est évident. J'ai tenté de la rendre jalouse mais ça n'a pas fonctionné non plus. « Non seulement ça n'a pas fonctionné mais ma voiture porte encore la marque de sa colère. Je ne peux lui en vouloir d'ailleurs ... ma mère lui a ôté son gagne-pain sans raison ! j'aurais été furieux si j'avais été à sa place ». C'était nouveau cette empathie.

- Bien sûr que ça n'a pas fonctionné ! Il rit soudain à gorges déployées. Candy est aux antipodes de ta mère et de ta sœur. « Merci Père, je le sais depuis longtemps ! ».

- Alors j'ai dû employer les grands moyens.

- Hum ... lesquels ?

- Eh bien j'ai vu l'Oncle William ... et j'ai convenu d'un stratagème.

- Lequel ? son père parut encore plus intéressé. L'Oncle William ? fichtre tu as du bien le persuader, je sais que Candy est sous sa protection !

- Je l'ai fait enlever. Il fixa son père, guettant sa réaction, inévitable. Qui ne tarda pas.

- QUOI ?

Il se leva et de sa marche souple pour ses soixante-dix ans bien tassés, se plaça derrière son fauteuil. Il était à présent visiblement furieux et tout aussi inquiet. Dans quels sales draps s'était mit son fils ?

- Niel ... il expira profondément, enchaîna avec une inspire qui l'était tout autant, Niel tu cherches à acquérir le domaine plus tôt que prévu en cherchant à me faire mourir, c'est ça ?

- Non ! du tout ! l'Oncle William m'a donné son accord, il sourit satisfait tout en pensant bien à ce qu'elle pouvait faire en ce moment, sans doute entrain de retourner la villa pour retrouver son sac, mais bien au chaud au fond d'un coffre-fort il ne risquait pas d'être déniché. J'y retourne demain.

- Niel je pense que ce n'est pas la bonne « méthode » pour qu'elle devienne amoureuse de toi.

- J'ai tout essayé, la manière douce avec des fleurs ... bon elle s'en moque royalement ! la manière plus ferme mais là j'ai joué de malchance et surtout je n'avais pas réfléchi ! Devant l'air inquisiteur de son père il poursuivit. Oui je lui ai fait croire que Terry (il cracha presque ce prénom), tu vois qui c'est ? Son père hocha la tête affirmatif. Bon je lui ai dis que Terry voulait une entrevue donc – il sourit – bien évidemment elle est tombée dans mon piège mais ... elle a réussi à s'évader en escaladant le perron et s'est retrouvée dans le lac. J'ai ensuite tenté de la contraindre à m'épouser avec l'aval de Mère et d'Élisa ... mais là encore elle s'est sauvée ... alors j'ai décidé cette fois de ne pas me tromper. Il serra ses poings. Elle ne pouvait pas lui échapper. Il avait tout prévu pour ça : rehausser les murs, acquis deux Doberman, des domestiques prévenus qu'ils l'avaient sous leur garde.

- Et l'Oncle William ? Qu'a t-il dit ? Il a toujours défendu Candy, il l'a même adoptée, ce en quoi il a très bien fait d'ailleurs, cette petite méritait une bonne famille.

- Tu savais ... tu savais que Candy n'était pour rien dans tout ce dont on l'a accusée ? Si j'avais su ... Il repensa à ce moment où il l'avait accueillie par un seau d'eau glacée et sa réplique immédiate en enserrant son bras d'un lasso. Ça l'avait énervé aussitôt ! aucun orphelin n'avait eu l'outrecuidance d'agir ainsi envers lui dès son arrivée.

- Je m'en doutais très fortement mais j'ai commis une erreur. J'aurais du prendre sa défense et sermonner très sévèrement ta mère. Je ne l'ai pas fait parce que de ces problèmes là j'ai horreur. Donne-moi un domaine à administrer, prendre soin des employés des domestiques, bref gérer de loin ou de près un bien ou un Ranch, ça me va mais m'investir dans l'éducation ça c'est autre chose, je laisse ça aux femmes. D'ailleurs si j'ai un unique conseil à te donner, ne fais pas comme moi.

- Et tu t'en es douté comment ?

- Les autres ont fui le Ranch dès leur premier ou deuxième jour ... seule Candy vous a tenu tête, ça ne pouvait que pas bien se finir pour cette petite.

Niel se mordit la lèvre inférieure. Oui Candy avait été la dernière orpheline a supporter les Legan et leur progéniture. Il se souvenait vaguement des autres, il y avait eu une June qui n'avait survécu que deux heures avant de partir en pleurant et suppliant sa mère de la ramener à l'Orphelinat d'où elle venait. Un ou deux garçons, et une autre fille mais tous n'avaient pas laissé de souvenirs impérissables. Alors qu'a dit l'Oncle William ?

- Il n'a pas paru surpris que je lui avoue que Candy occupait toutes mes pensées.

« Je pense surtout que l'Oncle William est rassuré de voir que Candy va trouver une autre bonne famille ... enfin bonne ... aura une vie stable tout en restant libre de faire ce qu'elle veut et qu'elle ne manquera de rien ! »

- Hum ...

- Je lui ai dit ce que je pensais faire ... il m'a donné son accord mais m'a fait promettre de ne pas lui faire de mal, il sourit et pensa pour lui-même « comment le pourrais-je d'ailleurs ? Je ne lui ferais pas de mal mais je la contraindrais à ce qu'elle ne puisse plus se passer de moi ! ».

- Pour combien de temps ?

- Euh ... j'avoue que ça n'a pas été abordé ... elle m'aimera Père ...

- Je ne suis pas certain que de « gré ou de force » soit une bonne méthode soupira son Père.

Niel se contenta de sourire.

- Elle m'aimera je m'en suis fait la promesse. Même si en ce moment elle est furieuse contre moi, je vais faire en sorte qu'elle ne puisse plus se passer de moi. Je serais comme ces produits qui sont infectes quand on les prend mais dont on ne peut plus se passer ... un peu comme ... le café !

- Le café ? « Que vient faire le café ici ? »

- C'est pas sucré, c'est amer, son goût est indéfinissable la première fois qu'on en boit, mais ... par je ne sais quel miracle ... on ne peut plus s'en passer ! Je vais lui faire ce même effet. L'important ... c'est le résultat et peut importe les moyens que j'y mettrais.

Le lendemain après le repas de midi, Niel reprit la voiture pour repartir en direction de la Villa au nom très Leganesque « The life is Money». Tout en roulant il se demandait bien ce que Candy avait pu faire durant son absence. Il songea à la piscine et se dit que peut-être elle en avait prit connaissance.

C'était devenu son endroit préféré. Elle mangeait en solo, lisait un peu (la bibliothèque était son deuxième repère), et passa ce moment de répit, (sans guetter un Niel arrogant et sûr de lui) à se promener dans le jardin qui comportait aussi une serre conséquente. Le soleil dispendieux hâla sa peau en y mettant une légère couche rosée malgré les précautions ou plutôt les injonctions de Betty, qui lui avait ordonné de porter un chapeau à bord large provenant certainement du Mexique. Elle était le centre des petites attentions de Rosa (qui même si elle avait rejeté toute tentative de camaraderie), semblait la plus proche d'elle. Betty agissait envers elle comme une mère qui s'occupe d'une enfant. Elle fit le compte et se rendit compte que Margareth et Sally, domestiques d'origine Américaine agissaient comme si elle était invisible. Surtout pour Margareth qui était d'une discrétion incroyable. Candy se demanda même si elle n'était pas atteinte d'une affection comme le mutisme. Peter le mari de Betty paraissait le plus abordable, s'enquérant à chaque fois qu'il la voyait de comment elle se portait.

Le temps lui parut pourtant immensément long. Tout était parfait, tout mais la solitude et l'inaction fit qu'au troisième jour elle se sentait mélancolique. La lecture et la natation ainsi que les promenades devenaient ennuyeuses sans quelqu'un à qui parler ... il lui tarda alors que Niel revienne. Enfin Niel ... ou quelqu'un d'autre mais quelqu'un avec qui partager son temps.

Le voyage avait été fatiguant surtout que Niel avait décidé de le faire sans pause. « Money is life » apparu enfin au bout de sa route vers cinq heures du matin.

La nuit avait été étouffante et Candy avait eu des difficultés à s'endormir. Elle y était parvenu vers minuit et encore la nuit avait été agitée. Une domestique l'avait sortie de son cauchemar vers deux heures du matin. C'était Sally une boisson au parfum qui lui était inconnue sur un plateau.

- Mademoiselle est très agitée, il faut que vous buviez ça.

- Euh ... Candy frissonna légèrement tout en fixant cette jeune femme qui avait en tout et pour tout daigné dire deux mots depuis son arrivée. En gros jamais elle ne lui avait jamais autant parlé ... tout comme Margareth.

Sally lui sourit.

- Il faut que tu boives ça, c'est une tisane pour dormir, enfin ... pour faire fuir les mauvais rêves que tu as.

Candy se passa la main dans les cheveux.

- Et ... euh ... tu connais cette tisane comment ? Je ... excuse-moi mais depuis quelques jours j'ai tendance à devenir paranoïaque et en plus vous ne semblez pas m'apprécier, enfin c'est juste un sentiment que j'ai. Je suppose que le propriétaire du lieu vous a dit du mal de moi.

Sally éclata de rire, enfin tout est relatif.

- Pas du tout Mademoiselle.

Candy prit se silence pour un engagement à poursuivre.

- Bien ... euh ... et donc ce n'est pas dangereux ?

- Du tout, les esprits des mauvais rêves vont s'en aller de ta tête si tu bois ça. Elle lui tendit la tasse fumante.

- Hem ... les esprits de mes rêves ... on dirait que tu parles comme les « indiens » je t'en prie ne te vexe pas ... c'est un peu comme ça que je connais, comme des guérisseurs, une gène légère s'immisça sur ses joues.

- Je viens d'une tribu indienne marmonna Sally. Sans crier gare elle s'assit à côté d'elle, comme si elles étaient amies de longue date. Sally la regarda de ses yeux noirs, de son grain de peau bronzé, elle avait sans nul doute les traits des premiers occupants de la Terre sur laquelle elle vivait. Mon nom à moi le vrai c'est Coahoma mais je ne connais pas ma tribu.

- Et Coahoma ça a une signification ?

- Oui il paraît que ça veut dire « panthère rouge ».

- Original, dit Candy sur un ton ironique.

- Buvez, ça va vous faire du bien.

Candy prit la tasse et bu d'un trait le liquide désormais tiède. Elle remercia Sally/Coahoma et se recoucha.

Elle ne fit plus de cauchemar, Sally n'avait pas menti. Rêva t-elle ? ou confondit-elle la réalité avec le rêve ? Elle se leva (ou s'imagina le faire) vers cinq heures du matin et décida qu'elle avait suffisamment dormi. Elle prit une serviette et enfila le maillot de bain parfaitement ajusté à sa silhouette svelte puis prit la direction de la piscine alors que la villa était un peu comme le Palais d'Aurore, la Belle aux bois dormants. La piscine l'attendait tel un joyau dans son sanctuaire.

La pièce était étrangement éclairée (alors qu'il n'y avait aucune bougie ni autre luminaires) et qu'il faisait nuit mais elle n'y prêta pas attention. Cette sensation d'être comme dans un rêve l'enveloppait dans un bien-être quasi surnaturel. C'était un rêve ? Rêve ou réalité ? mais cette pensée ne s'incrusta pas, se diluant au fur et à mesure qu'elle s'immergeait dans une eau ni trop froide ni trop chaude. L'eau et elle ne faisait plus qu'une, c'était très étrange comme perception sensorielle. Combien de temps resta t-elle dans cette sorte de liquide amniotique ? Elle n'en eut aucune idée à vrai dire, la pièce et elle était comme unis dans un lien d'impermanence, Candy était suspendue comme au-delà du temps.. Lorsqu'elle sortit enfin de cette volupté, elle s'endormit enfin. Quelle ne fut sa surprise en se réveillant en pyjama dans son lit ! Elle se passa la main dans ses boucles, songeuse ... l'eau, le bien-être et se retrouver dans son lit, comme ça ... ne se rappelant pas comment ... elle fronça les sourcils, et si c'était cette tisane ? et surtout QUI si elle avait été nagé l'avait remise dans sa chambre, déshabillée ... « Niel ? Non ... il ne doit pas être revenu ? et si ? ... ? » ses boucles étaient mouillées, son oreiller aussi ...

Niel lui était parfaitement reposé, il était même aux anges. Il était arrivé dans la villa à l'heure prévue et avait garé sa voiture dans le garage qui contenait d'autres petites merveilles motorisées puis il était entré en veillant à ne pas réveiller les domestiques ni son invitée forcée. Il eut envie alors de se délasser dans la piscine, (caprice de sa mère) après tout ce trajet sur la route son corps le valait bien et il entra dans la pièce majestueuse. La lumière était un petit joyau avant-gardiste pour l'époque puisque des petites ampoules avaient spécialement étaient « inventées » pour diffuser une lumière douce mais qui restaient parfaitement invisible à ceux qui ne cherchaient pas à les voir. Il eut alors une bonne surprise lorsqu'il vit une Candy nageant dans l'insouciance totale d'être observée. Il se déshabilla et enfila une sorte de short de bain qui faisait de lui le sosie d'Apollon rejoignant Daphné. Étrangement Candy sembla le regarder mais ne chercha pas à le fuir. Bien au contraire. Elle le vit et sourit. Cette attitude le surprit. Elle l'avait toujours fui et là bizarrement ... pourquoi ne pas en profiter ? Il s'approche d'elle s'attendant d'un instant à l'autre à ce qu'elle recule mais non ... elle le laissa faire. Il ne pût contrôler son regard et celui-ci descendit. Le maillot dissimulait sa poitrine ni trop petite ni trop généreuse, une taille marquée, des jambes parfaites. Une pointe de désir naquit en lui et il la plia difficilement à sa volonté tellement il avait envie de la serrer contre lui. Candy elle n'était pas dans ce même état d'esprit, il fronça les sourcils car il y avait quelque chose qui ne collait pas. Elle était trop séductrice soudain or c'était tellement étranger à son attitude habituelle qu'il prit soudain peur.

- Candy ... tu vas bien ?

- Hum ... Niel ... je ne te connaissais pas si ... (elle se passa la langue sur la lèvre supérieure), si ... séduisant !

Bizarrement ce compliment enterra sa conviction que ce n'était définitivement pas son état normal.

- Euh ... merci ... Candy tu es sûre que tu vas bien ?

- Oui très ! allez viens ... elle posa alors ses mains sur ses épaules et se lova contre lui. Son désir fut le plus fort, il l'enlaça et elle lâcha un soupir de bien-être.

- Candy je crois qu'il faut que tu ailles dormir non ?

- Toute seule ?

- Ce n'est pas que ça me déplairait grogna t-il tout en restant hypnotisé par sa splendide chute de reins.

- Embrasse-moi supplia t-elle alors. En entendant cette phrase il se demanda si lui aussi ne rêvait pas, il l'avait tellement entendu lui dans sa tête ! « Qu'est-ce qui se passe ici ? Elle me demande de l'embrasser ... ? elle a du avaler quelque chose de bizarre pour qu'elle soit dans cet état là ... mais je pourrais en profiter ... » il ravala sa salive tout en la plaquant contre lui. « Et bien sûr si je lui cède et qu'elle parvient à se souvenir, elle m'en voudra ... croira que c'est moi qui suis à l'origine de son état ... que sais-je ... je ne dois pas lui céder même si Dieu m'est témoin que j'en ai une incroyable envie ... je dois la ramener se coucher ! » Il soupira car quelque part il savait que cette situation n'allait pas se reproduire de si tôt.

Ils restèrent là quelques minutes jusqu'à ce que Niel sente le poids sur son épaule de sa nymphe. Il recula prudemment et constata non sans soulagement qu'elle s'était assoupie. Il la fit lentement basculer et la souleva. C'est en soufflant et grelottant à la fois qu'il la déposa sur son lit. Elle était adorable et désirable au maximum, il eut encore l'envie d'en profiter à son insu mais maîtrisa à nouveau son désir en serrant les poings. Il trouva le cordon qui actionnait la sonnette pour appeler une domestique, il eut une petite réticence de la réveiller en cette heure matinale mais il ne pouvait pas la laisser comme ça. Margareth apparu au bout de quelques minutes. Niel lui laissa les consignes et parti se coucher à son tour, un drôle de sourire plaqué sur son visage fatigué.

Il dormit longtemps et c'est proche de midi qu'il se décida à se lever. Il touillait son thé tout en repensant à l'apparition de Candy nageant dans la piscine, et surtout à son contact sur sa peau. Il avait eu du mal pour le coup à trouver le sommeil. Il en était là de ses réflexions lorsque Candy arriva aussi pour partager le petit-déjeuner. Elle paraissait fatiguée et une ombre inquiète passait sur son visage parsemé ci et là d'adorables tâches de rousseur. Encore une fois Niel eut envie de l'attirer à lui, de respirer l'odeur de ses boucles « Tiens elle n'a pas fait ses couettes habituelles ? Hum elle a les traits tirés aussi même si elle est toujours aussi jolie ... ! même plus avec cette nouvelle coiffure. »

Devant son miroir Candy s'était longtemps regardée. Après un certain temps s'était rafraîchi le visage à l'eau froide, histoire de replacer des idées plutôt confuses. Elle s'était passée un coup de brosse sur ses cheveux, avait regardé ses deux rubans et pour la première fois de sa vie décida de laisser ses cheveux libres. Elle enfila le peignoir qui était mit à sa disposition et se dirigea vers la salle à manger. Elle frissonna en voyant qu'elle allait devoir partager sa table avec son ravisseur. Était-ce vraiment du déplaisir ? ou quelque chose d'autre ?

- Bonjour Niel dit-elle doucement tout en s'asseyant en vis à vis.

Sourire carnassier et lueur malicieuse joints, s'imprimèrent sur le visage de Niel.

- Bonjour Candy. Il prit sa tasse de thé tout en la regardant par dessus le bord. Bien dormi ? il ne put s'empêcher à nouveau de sourire derrière la porcelaine.

- Heu ... on peut dire ça ... « Pourquoi il a cet air là ? »

- J'avoue que j'en doute un peu ... lui murmura t-il, exhibant encore cet air malicieux et cachottier qui du coup l'agaça. Candy faillit fuir alors en courant, une onde d'agacement la parcourant de la tête aux pieds. Excuse-moi, ajouta Niel alors conscient qu'il la malmenait déjà de si bon matin. Je suis entré tard et ... je t'ai trouvé plutôt étrange.

Candy suspendu son couteau qui tartinait, une drôle d'appréhension s'insinuait en elle. Qu'avait-elle bien pu faire ? Elle fouilla encore dans sa mémoire mais celle-ci refusait de lui dévoiler une partie du temps qui lui manquait.

Elle toussotât.

- Étrange comment ?

Niel ne répondit pas tout de suite, posant son menton sur ses deux mains comme support.

- Tu étais très ... câline, voilà le mot ... ce qui ne fut pas du tout pour me déplaire vois-tu ... il la fixa, une chaleur intense dans les yeux eut pour effet d'irradier Candy et de la faire rougir. En fait j'avoue que j'aimerais bien que tu sois dans cet état en permanence envers moi ! c'était très agréable. Son regard descendit à la naissance de sa gorge.

- Tu plaisantes, enfin tu mens comme d'habitude ... je ne te crois pas une seconde, tu dis ça pour ... pour ... en fait je ne sais pas pourquoi ... mais une bonne fois pour toutes Niel, je ne t'aime pas et ça sera toujours comme ça jusqu'à ma mort. Elle prit une tartine de pain qu'elle comprima sans s'en rendre compte.

- Les gens changent ma petite Candy. Regarde ! moi-même je te haïssais et puis ... à présent je ne peux plus me passer de toi, de ton caractère têtu mais que j'adore. Je pense que c'est un trait de mon caractère d'ailleurs parce que je gagne toujours, j'adore quand quelque chose me résiste. Tu es mon défi. Exit la chaleur dans ses yeux, remplacée par une froide détermination.

- Tu échoueras, je te promets que tu échoueras gronda Candy à présent totalement énervée et qui passait ses nerfs sur sa deuxième tartine. Je dirais à l'Oncle William que ... Niel leva la main pour l'interrompre.

- Tu pourras le dire à l'Oncle William si tu veux. Il se renfonça sur son siège amusé. Je vais t'apprendre quelque chose qui va te montrer que tu n'as d'autre choix que de m'aimer. Elle le fixait, tartine en l'air, pâlissant à vue d'œil. Il ménageait le suspens à présent mais il mit fin à son tourment en lâchant goguenard : il le sait ! je l'ai mis au courant de mon projet. Il sait que tu es ici. Il partit dans un petit ricanement suffisant tout en ne la quittant pas des yeux. « Ferrée ma petite Candy, tu es comme un papillon prit dans ma toile, tu n'as qu'une solution pour te libérer, c'est de m'aimer et tu m'aimeras ».

Candy regardait son tourmenteur, atterrée. Non, ce n'était pas possible ! l'Oncle William savait ! que lui avait donc dit Niel ? Comment allait-elle pouvoir se sortir de cet ultime piège ?