Elle prit un bain et s'habilla d'une toilette bleu roi afin d'aller faire un tour en ville. Nonchalamment, elle regarda les gens vivrent et gribouilla deux ou trois notes dans un cahier recouvert d'un cuir rustique et fermé d'un long lacet de cuir. Elle entra dans la boutique de Loren Bray, fit un tour et acheta 2 crayons ainsi que des bonbons pour Katie. Loren lui posa tout un tas de questions sur Sully, la France et les pays qu'elle avait visité, Dorothy, qui les avait rejoints, dit : "Accepteriez-vous que j'écrive un article sur vous ? Votre vie est passionnante ! Mais dîtes-moi qu'écrivez-vous sur votre carnet ?

- Que de questions ! Vous êtes bien une journaliste ! Ce carnet me sert à noter les comportements des populations indigènes ! Je suis anthropologue-ethnologue, je suis aussi archéo-ethnologue !

- Méfiez-vous ! Il y a quelques années, j'ai écrit un livre sur les habitants de Colorado Springs, et cela a déplu à beaucoup de monde !

- Vous les nommiez ou les décriviez de façon à ce qu'ils se reconnaissent ?

- Oui, et ils m'en ont tous voulu !

- Ne vous inquiétez pas, moi, je ne ferais que décrire un comportement ethnique ! Vous savez… c'est une science ! De nombreuses peuplades d'Asie et d'Afrique ont déjà vu leur mode de vie décortiquée par les anthropologues et les ethnologues ! Après l'étude de la ville, je compte aller voir ce que vous appelez des réserves et je poursuivrais les recherches de l'anthropologue Adolf Bandelier qui a beaucoup fait sur les indiens. De même, Mister Edward S. Curtis fait des photos d'indiens en costumes traditionnels afin de conserver des traces de leur culture.

- C'est passionnant, si vous voulez allons chez Grâce devant un café et nous discuterons ?

- Je suis d'accord, au revoir M. Bray…

- Au revoir, Loren…

- A bientôt, Mesdames….."

Les deux femmes s'installèrent à une petite table du restaurant de Grâce. Celui avait beaucoup changé ces derniers temps. En effet, afin de se faciliter la vie depuis la naissance de son petit garçon Nathan, Grâce avait demandé l'autorisation de transformer son hôtel de plein air en véritable restaurant couvert. Elle avait néanmoins conservé une terrasse afin que les personnes qui le désirent puissent manger à l'extérieur. Ainsi, elle avait pu laisser dormir son fils en arrière-cuisine pendant qu'elle servait les clients. Nathan avait maintenant 3 ans et galopait à droite et à gauche mais la terrasse était enclose par une belle petite clôture blanche et fleurie de chèvrefeuille et par une barrière à ressort ainsi l'enfant ne pouvait s'échapper ! Elle tenait énormément à cet enfant qui n'avait failli jamais voir le jour. La grossesse avait été très risquée et la naissance avait duré 48 heures ! C'était un enfant-roi qui miraculeusement était doté d'un heureux caractère et n'était pas devenu un petit capricieux. La journaliste et l'anthropologue passèrent tout leur après-midi à discuter en s'enfilant café sur café ! Il arriva bientôt l'heure où Michaëla et sa famille arrivent pour manger ! Grâce les installa à l'intérieur à la plus grande table car Daniel et Loren les rejoignirent ! Pauline se retrouva assise entre Daniel et Matthew. Dorothy toujours aussi prolixe s'écria : "Dîtes-moi, saviez-vous que votre sœur était anthropologue ?

- c'est vrai ? non, je l'ignorais, Dorothy, la dernière fois que j'avais vue ma sœur, elle n'avait que 8 ans !

- et vous ne vous écriviez pas ?

- ce n'était pas nécessaire !

- allons Byron, je savais déjà lire depuis 4 ans quand tu es parti, gronda Pauline

- de savoir que tu as vécu dans un milieu social élevé, je me demande pourquoi tu as laissé croire aux enfants, lors de ta première visite à Boston, que tu ne savais pas évoluer dans mon monde, intervint Michaëla,

- je pensais avoir tout oublié à force de vivre dans la nature, et les enfants m'ont remis tout le savoir-vivre en tête lorsqu'ils m'ont "éduqué".

La conversation dévia sur les enfants et le sujet occupa pleinement la conversation, Pauline expliquant comment on élevait les enfants à travers le monde entier. Ses deux compagnons de table buvaient les moindres de ses paroles. Plus d'une fois, au cours du repas, la jeune femme mettait ses mains sur le bras de Daniel ou celui de Matthew. Daniel la regardait alors un sourire lui mangeant le visage. Quant à Matthew, sa respiration se coupait et il rougissait fortement ! Nathan tira sur sa robe en réclamant de monter sur ses genoux, elle le prit dans ses bras et l'enlaça en lui faisant de gros bisous bruyants. L'enfant eut un gloussement suivi d'un grand éclat de rire, auquel la jeune femme répondit de bon cœur. Son rire partait de si loin et du si profond de son cœur que tous les hommes du restaurant se retournèrent sur elle. Sully pencha la tête, la contempla et se rappela que petite, déjà, elle accrochait les regards ! Etrangement… les femmes, complices… sourirent, elles ne la voyaient pas comme une rivale car Pauline faisait preuve d'une telle fraîcheur et était si attentive à Nathan qu'elles devinèrent toutes qu'elle se fichait de l'attention des hommes ! Michaëla se dit qu'il était facile de l'aimer et que c'était déjà son cas. Elle adorait sa belle-sœur et quelques heures avaient suffit ! Le petit garçon descendit des genoux de Pauline et repartit en trottinant. La jeune femme le regarda avec attendrissement et regret. Daniel lui dit : "Vous avez l'air d'adorer les enfants !

- Il est facile de les aimer, non ?

- Vous n'avez jamais voulu devenir mère à votre tour ?

- Bien sûr, comme la majorité des femmes mais je n'ai pas encore trouvé l'homme avec qui les faire, lui dit-elle en lui décrochant un sourire ravageur.

Sully et Michaëla ne furent pas sans remarquer l'effet qu'eurent son sourire et ses paroles sur Daniel. Ils remarquèrent ainsi que Dorothy, Grâce et Loren que les autres célibataires faisaient grise mine. Il était vrai aussi que le charme de Daniel avait tendance à faire des ravages parmi la gent féminine. Néanmoins, l'instinct de Pauline la fit se retourner vers Matthew afin de le réconforter : "On m'a dit qu'avant de faire des études d'avocat, vous étiez shérif, mineur et éleveur ! Racontez-moi cela !

- Oh, c'est sûrement moins intéressant que l'anthropologie !

- Vous savez à force de ne fréquenter que ce milieu, cela devient vite rabat-joie ! Et les métiers moins scientifiques sont alors plus intéressants. Avez-vous tué des hommes ?

- Je l'ai évité autant que j'ai pu !

- Je me rends compte que vous n'êtes guère loquace !

- Je parle peu, en effet, j'ai souvent constaté que les gens parlent pour ne rien dire ou pour se disputer !

- Que de sagesse ! Las, je n'ai point cette sagesse mais cela vient de mes racines, nous autres français aimons à parler et à nous exprimer dans le beau langage.

- Ne vous inquiétez pas, j'aime à vous écouter, votre voix chante et vos paroles sont sensées et passionnées !"

Sous ce compliment sincère et chaleureux que l'on devinait rare chez ce jeune homme réservé, la jeune femme ne put s'empêcher de rougir. Et Matthew s'en enorgueillit ! Là encore, personne dans la salle ne manqua le spectacle ! Tout d'un coup, Loren lança, hilare : "bien, bien, bien, je dirais que le printemps est bien présent cette année, non ?". Tout le monde éclata de rire. Grâce demanda alors à ses clients de bien vouloir l'excuser car elle devait fermer son restaurant. Chacun rentra chez lui. Daniel et Matthew se proposèrent de raccompagner Pauline, elle accepta les deux offres et prit leurs deux bras pour reprendre le chemin de l'hôtel. Arrivés là, ils la quittèrent, se regardèrent et se firent un sourire puis s'éloignèrent !