Et voilà la suite! ^^


Gilbert trouva la maisonnette d'Emma. Ce fut rapide car elle était en feu et Emma hurlait à l'intérieur alors que les chasseurs de sorcières étaient rassemblés autour du gigantesque bûcher. Si la magicienne ne s'était pas enfuie par un portail magique, c'était sûrement qu'ils l'avaient entravé par du démétrium. Il sauta agilement du dos de Gilbird, tranchant du même coup le bras d'un des chasseurs. Ce dernier hurla, alertant les cinq autres qui se jetèrent sur le sorceleur. Gilbert fit tournoyer son épée d'acier, la reprenant bien en main. Il fit un signe de Aard pour repousser deux de ses adversaires, s'occupant des trois autres en les blessant au flanc, à la cuisse ou mieux, à la tête. Les deux autres revinrent à la charge, Gilbert fut blessé au flanc droit mais ne s'arrêta pas, fendant le crâne de l'un de son épée et embrochant l'autre dans la suite, remontant sa lame de ses intestins à sa gorge, provoquant une fantastique gerbe de sang. Gilbert rengaina rapidement son épée puis se protégea grâce au signe de Quen avant d'entrer dans la maison en flammes. Les cris de la sorcière le guidèrent rapidement à elle et il la jeta sur son épaule, sortant en vitesse par une fenêtre, la porte ayant été bloquée par une poutre tombée. Ils s'éloignèrent aussi vite que possible et une fois assez loin, Gilbert siffla son cheval qui le rejoignit en trottinant. Le visage d'Emma était noirci de cendres et ses yeux vert pré étaient rougis de la fumée. Elle toussait beaucoup mais elle s'en sortirait. Plus tard, Gilbert s'assit sur un rocher, portant sa main à sa blessure. Le sang coula plus fort à ce geste, glissant sur le gant de cuir.

- Attends je peux t'aider.

- Il faut déjà que je t'enlève ces chaînes.

Il désentortilla la magicienne puis garda ses chaînes de coté, les fourrant dans l'une des sacoches de Gilbird. Il pourrait toujours les réduire en poudre pour récupérer le démétrium et vendre la poudre de fer à un forgeron. Emma ne le soigna pas instantanément mais pu arrêter l'hémorragie ce qui était en soit bien assez suffisant. Emma arrangea son apparence en deux temps trois mouvements, ses courts cheveux blonds reprenant une belle teinte dorée, sa peau sa blancheur de lait et sa robe sa qualité.

- Où vas-tu aller?

- Je me suis cachée à Velen, autant dire le trou du cul du monde et ils m'ont trouvé. Cintra, Verden, Brugge, Sodden, Lyrie, Aedirn... Tous sont tombés. Peut-être que j'aurais du m'enfuir vers le Nord mais la Rédanie me barrait la route.

- Il paraît qu'il fait bon vivre au Kovir en ce moment.

- Ne te moque pas Gilbert.

- Écoute, si tu es tant que ça aux abois je peux te donner un lieu de sûreté.

- Vraiment?

- Va à Kaer Morhen. Là haut dans les montagnes, au nord-est du royaume de Kaedwen.

- Kaedwen s'est fait trahir par la Rédanie mais tu as raison, personne ou presque ne sait où se trouve la demeure sacrée des sorceleurs. Pour ce qu'il en reste.

- Oui. Vas y, Maître Hendrich doit sûrement commencer à préparer l'hiver pour les quelques sorceleurs qui viendront hiberner. Dis lui que tu viens de ma part.

Emma lui sourit sincèrement et pour le remercier, elle l'enlaça étroitement avant de l'embrasser longuement. Elle s'éloigna de deux pas puis ouvrit un portail mais il la retint.

- Attends! Les Moires, que sais-tu d'elles?

- Qu'elles sont puissantes et mauvaises. Très, pour les deux. Ne t'approchent pas d'elles si ce n'est pas nécessaire.

- Je comprends. Va et fait bon voyage.

- Que la lumière éclaire ta Voie, sorceleur.

Gilbert n'avait, après tout, aucune raison valable de voir ces Moires. C'était une sorte de déformation professionnelle que de s'intéresser à ces créatures quasi divinisées. Il parti donc à Perchefreux pour passer la nuit, refaire son stock de victuailles et partir ensuite. Il passerait par les marais puis ensuite, direction Brokilone pour de bon en passant par la ville de Dorian.

Gilbird marchait au pas dans la forêt, son maître s'attendait à tout moment à ce que des flèches se fassent décocher pour les embrocher tel des poulets. Malgré ses sens aiguës de sorceleur, il devait se concentrer au maximum pour rester sur ses gardes. Il su qu'il eut raison en détectant un mouvement dans les fourrés. Pour sauver sa peau, il décida d'utiliser la langue ancienne, celle parlée par les elfes il y avait de cela des années et des années. Les dryades l'utilisaient encore.

- Je ne suis pas un intrus ni un humain. Je veux simplement voir la Reine, Britannia.

Une silhouette de femme émergea, il reconnu Mabel, la plus jeune des filles de la Reine. Ses cheveux roux clairs contrastaient avec le teint vert pâle de sa peau. Seins nus, le reste n'était couvert que d'écorces et de feuilles. Son arc était tendu mais après l'avoir observé un moment, elle hocha la tête.

- Je sais qui tu es. Nous allons t'emmener.

D'autres dryades se montrèrent, se déclinant toutes dans des teintes de verts, de blonds, roux et bruns, couvertes par les fleurs, feuilles et écorces environnantes. Elles encadrèrent le cavalier et sa monture, le menant à leur tanière. L'arbre millénaire de Brokilone était leur demeure. Il laissa Gilbird aux soins des dryades qui allaient probablement le dorloter, suivant Mabel à la trace. Il admira d'ailleurs ses hanches alors qu'elle marchait, très jolies courbes. En entrant dans la salle, il trouva sans surprise Britannia assise sur son «trône» ainsi entourée de ses trois autres filles par ordre d'aînesse: Aileen, Nessa et Alonna. La première avait une chevelure rousse ressemblant davantage à du rouge, la seconde était d'un blond doré comme leur mère et la troisième aussi rousse que Mabel. Toutes partageaient des yeux émeraudes, héritage de leur illustre maman.

- Britannia, Reine des dryades et Brokilone, je te salue.

- Je te salue également, fourrure blanche.

- Elizabeta, la sorcière, m'a envoyé pour récupérer une jeune fille.

- Oui. Elle va nous rejoindre sous peu mais dis moi, Gwynnbleid, n'as-tu rien à dire à ma fille Aileen?

La donzelle aux cheveux rouges fit un pas en avant, les sourcils froncés. Ils avaient couchés ensemble pour le plaisir et non la reproduction. Chose inhabituelle chez elles.

- Je suis heureux que tu ailles bien, héritière de Brokilone.

- Moi aussi, toison blanche. Mais mon ventre est resté vide après ton départ, comme tu l'avais dit.

- Il y a moult d'hommes forts, tu sauras en trouver un digne de te faire une fille.

- Je n'ai nulle envie de choisir un homme qui voudra m'allonger dessous lui et qui tue mes frères et sœurs de l'ancienne magie.

- Vous les tuez aussi.

- Ils entrent sur notre territoire mais nous n'entrons pas sur le leur!

Britannia leva la main pour calmer la conversation. Elle rappela que c'était elle qui avait décidé d'aider la Scoia'tel car les Elfes étaient leur plus proche «famille» mais qu'elle ne comptait pas s'aventurer davantage dans cette guerre. Elle soupira puis se leva, allant observer la beauté de Brokilone depuis son balcon, prenant la langue commune pour discuter.

- Gwynnbleid, tout change. Il y a de nouveau une reine des Elfes et ils souhaitent avoir un territoire. La vallée des fleurs. C'est ce que les Escadrons Noirs leur ont promis. Ils meurent de peur à l'idée de disparaître pour de bon, la crainte que la race Aén Seidhe ne soit plus que fumée.

- Oui, l'Empereur à donné Dol Blathanna à celle qu'il a désigné Reine. Mais même si les Aén Seidhe ne sont plus là, il existe encore les Aén Elle, les Elfes de l'autre monde.

- Peu leur importe ceux de l'autre monde.

- La Chasse Sauvage est pourtant terrifiante.

Britannia se tourna vers lui et il lu la vieillesse sur ce visage éternellement juvénile. Il comprit alors que la souveraine de Brokilone avait plus d'une raison pour avoir accueillie la Scoia'tel. Hormis ses filles, peu des dryades présentes étaient de sang. C'étaient des filles autrefois humaines, abandonnées là au milieu des arbres, à qui on avait fait boire l'eau de Brokilone. L'eau leur faisait oublier leur vie humaine et elles devenaient dryades. La peur des humains faisaient qu'elles ne se reproduisaient plus beaucoup de manière naturelle, parfois l'une d'elles couchaient avec un elfe mais ça s'arrêtait là. Gilbert ne dit rien par respect pour Britannia.

- Ah, voilà celui qui est censé me ramener à Skellige? Il semble freluquet.

Il se tourna vers la voix féminine et découvrit une jeune fille. Petite, un mètre soixante peut-être, une cinquantaine de kilos au maximum. Ses yeux était d'un vert qui n'avait rien à envier à ceux de ses hôtes et elle avait de longs cheveux, répartis en deux couettes basses, retombant en de douces ondulations d'or jusqu'à ses hanches. Gilbert soupira, les magiciennes ne pouvaient-elles pas être simplement reconnaissantes une fois dans leurs vies?

- Aurhardd, celui là s'appelle Gwynnbleid. Il te conduira là où tu dois aller.

Elle haussa les sourcils et s'approcha de lui à grands pas, faisant claquer les talons de ses bottes sur le plancher de bois. Gilbert laissa ses yeux errer sur la poitrine maintenue dans un corset bleu, moulant également sa taille. Elle portait une longue jupe bleu foncé aux broderies dorées, fendue jusqu'à l'hérésie. Elle portait une ceinture et une sacoche de cuir autour des hanches. De longues chaussettes noires couvraient ses jambes jusqu'en haut des cuisses et des bottes marron clair jusqu'aux genoux. Ses fines épaules dissimulées par des manches de chemise bouffantes et ses avant-bras par des mitaines de velours d'un bleu assorti à la jupe. Les sorcières et leur vanité à être belles!

- Très bien Loup Blanc. Si la Reine des dryades et Elizabeta te recommandent à moi, conduis-moi jusqu'à Skellige.

- Où exactement?

- Kaer Trolde, fief du Jarl Matthias Køhler.

- Je le connais.

- Fort bien, hâtons-nous dans ce cas. Je suis pressée.

Alice salua les dryades puis partie de la salle, sûrement pour aller récupérer un cheval. Gilbert soupira et s'apprêta à partir mais il sentit une main sur son poignet. Il se retourna pour voir de près le visage de Aileen.

- Ton ami au cheveux de soleil et aux yeux d'azur. J'aimerais le revoir.

- Tu en pinces pour Francis, défenseur de la Temeria?

Elle rougit, un effet intéressant sur sa peau verte. Il sourit et lui promit de lui parler d'elle si il le trouvait sur la Voie.

Il chevauchait côte à côte avec la sorcière blonde, dans le silence relatif de la campagne et du bruit des sabots des chevaux. Ils avaient enfin quitté le bois de Brokilone et ils faisaient route à présent jusqu'à la plage afin d'y trouver un bateau ou mieux un port pour trouver un navire, afin de voguer jusqu'à Skellige. Plus précisément jusqu'à l'île principale, Ard Skellig. Malgré sa jupe extrêmement fendue, elle montait comme un homme et non en amazone sur son cheval. Il préférait ne pas trop lorgner sur cette cuisse blanche tout à fait appétissante. Baiser avec une sorcière n'apportait que des emmerdes. En fait, fréquenter une magicienne quel que soit le degré n'était qu'une source d'emmerdes. Point barre. La journée passa et quand la nuit tomba, ils s'arrêtèrent dans un endroit discret pour bivouaquer, Gilbert enflammant du bois d'un simple signe d'Igni. La magicienne était assise sur une pierre relativement plate, l'observant curieusement. Il soupira puis la regarda dans les yeux.

- Au lieu de me fixer avec intensité, pourquoi ne pas me dire ce que vous pensez?

- Les signes que vous utilisez, vous les sorceleurs, sont des arcanes magiques bien faiblardes.

Il haussa un sourcil aussi blanc que ses cheveux.

- Si c'est pour me dénigrer si ouvertement, peut-être qu'il valait mieux ne rien dire.

- Ce n'est pas ça. Vous faites un métier très dangereux et vous arrivez à vous défendre avec si peu. C'est assez fantastique en soit.

- Je vous en remercie alors.

- N'avez-vous jamais pensé à étudier davantage la magie?

- J'y ai pensé mais il s'est avéré que lorsque la voie du sorceleur vous choisit, vous ne pouvez pas en dévier. Et je suis largement plus à l'aise avec une épée.

Sur ce, il sortit des vivres et à boire. Il fit griller la viande, l'air s'emplissant d'une bonne odeur et il n'entendait plus que les bruits de la nature et des craquements du bois. Alice grignota sa brochette silencieusement, admirant les flammes danser dans ces yeux particuliers. Des yeux de chat, des yeux de démon. De monstre. Les sorceleurs n'étaient que des humains améliorés, ils n'en restaient pas moins fait de chair et de sang mais tout le monde disait que leurs émotions étaient éradiquées par leur entraînement et les expériences faites sur eux quand ils étaient enfants. De façon surprenante, il n'avait pas de cicatrice sur le visage mais il en avait sans doute beaucoup d'autres ailleurs. Le métabolisme d'un sorceleur lui permettait de guérir beaucoup plus vite et il pouvait boire ses élixirs pour se soigner ou booster son corps déjà bien supérieur à la norme humaine. Des yeux d'or avec une pupille en losange... Mais une fois la lumière du feu éteinte, deviendrait-elle ronde comme celle d'un véritable chat? Gilbert se savait observé mais ne dit rien, la laissant faire. Elle était jeune, une sorcière née avec de la magie dans les veines contrairement à beaucoup de mages obligés d'étudier pour parvenir à quoique ce soit.

- Pourquoi Nilfgaard vous recherche?

Elle sursauta comme si une guêpe lui avait piqué le cul. Qu'elle avait fort joli en passant. Repoussant une mèche dorée de ses yeux, elle fixa le feu de camp.

- Si je vous dis mon secret, me direz-vous l'un des vôtres?

- Quel secret vous intéresse à propos de moi?

- Comment êtes-vous devenu sorceleur?

Gilbert esquissa un sourire. Effectivement, la guilde des sorceleurs était très secrète, ne disant rien sur le recrutement des enfants et encore moins leur entraînement. Bien sûr il y avait les racontars et légendes de grand-mères les concernant. Comme le fait qu'ils volaient des enfants des bras de leurs parents. Eh bien, pour cet aspect en particulier...

- Si je vous raconte mon histoire, aurais-je la vôtre pour sûr?

- Je le jure sur les Dieux.

- Je ne crois pas aux Dieux.

- Je doute que vous croyez plus au Feu Éternel alors vous devrez faire avec.

Il roula des yeux, qu'elle était... arrogante! Une vraie sorcière!

Gilbert raconta alors qu'il était un enfant-surprise. C'est à dire que son père avait eut besoin de l'aide d'un sorceleur, que celui-ci l'avait effectivement aidé mais que son paternel n'ayant pas les moyens de le payer pour sa mission, le sorceleur lui demanda ceci: Je prendrais la surprise qui t'attendra chez toi, une chose que tu n'avais pas quand tu es parti mais que tu auras quand tu rentreras. Une fois traduit, il réclamait le fils qui venait de naître. Gilbert était donc cet enfant inattendu. Il ignorait si son père avait ressenti de la joie, de la douleur ou les deux quand il fut rentré chez lui.

- Maître Hendrich est venu me chercher quand j'eus six ans. J'ignore quel a été la réaction de mes parents à ce moment là.

- Vous ne vous souvenez vraiment de rien?

Gilbert ferma les yeux. Sa mère... Quel avait été son visage, la sensation de ses mains, l'odeur de son parfum? Il l'ignorait en revanche, il se souvenait d'une chose. Il se souvenait des larmes sur ses joues. Cependant...

- Non, rien.

Alice ne dit rien et il préféra ne pas s'étendre sur le sujet. Il poursuivit en disant que Maître Hendrich l'avait ramené jusqu'à Kaer Morhen, une forteresse extrêmement lointaine de là où il vécu autrefois, à Tigg dans l'ancienne Cintra. Du moins, de ce qu'il pensait être sa patrie. Hendrich lui avait accordé ce nom, Gilbert de Tigg mais pour ce qu'il en savait il pouvait bien venir de n'importe quel foutu patelin de ces royaumes. Alice sembla de nouveau piquée au vif.

- Vous venez de Cintra?

- Oui. Du moins, peut-être.

- La princesse... Vous savez ce qu'il est advenu d'elle?

- Pour ce que j'en sais elle est soit morte soit la fiancée de l'empereur du Nilfgaard.

La blonde baissa les yeux quelques instants puis enchaîna sur un autre sujet. En tant que magicienne, elle était très intriguée par le processus permettant la mutation. Gilbert remua, quelque peu mal à l'aise. L'épreuve des Herbes était extrêmement douloureuse et à peine quatre enfants sur dix ne mourraient pas pendant ce test. Cela consistait à ligoter l'enfant sur une table de bois et on lui injectait des élixirs de sorceleurs, forçant ses cellules à muter pour ne pas mourir. Bien sûr, on les préparait pendant plusieurs mois en leur faisant boire des potions plus inoffensives, leur permettant de renforcer leurs corps et à se préparer pour cette fameuse épreuve.

- Vous avez survécu. Vos camarades, que sont-ils devenus?

- Nous étions effectivement quatre mais à la fin de l'épreuve et de l'entraînement, nous n'étions plus que deux.

- ... Je suis désolée...

-Vous sentiriez-vous désolée si je vous disais que sur la portée d'une goule, seuls deux petits avaient survécu?

- Bien sûr que non mais vous n'êtes pas un monstre, vous êtes...

- Humain? Je n'y crois plus, sorcière. Vous l'êtes encore mais moi, je ne le suis plus depuis mes douze ans.

- Et quel âge avez-vous?

- J'approche de mes cent ans.

Elle ne dit rien à nouveau, comme si voir un homme d'apparence à peine trentenaire pouvait naturellement être âgé d'un siècle. Enfin, parmi les mages c'était monnaie courante.

- Mes cheveux sont devenus blancs sous l'effet des mutations, ce n'est pas arrivé à Vlad. Il est resté blond, tout comme notre Maître.

- En avez-vous subit davantage?

- Oui car j'avais visiblement une plus haute tolérance.

Alice imagina un enfant d'une douzaine d'année, attaché à une table de torture, hurlant à s'en arracher les poumons et le revivre encore et encore. Simplement parce qu'il était plus fort. Sans le savoir, une larme glissa sur sa joue. Gilbert la regarda couler puis fixa ses yeux si étranges dans ceux si verts de la jeune fille.

- J'ignorais qu'une femme aurait la bonté de pleurer pour moi.

Elle essuya prestement sa joue puis se rapprocha de lui, s'asseyant à ses cotés.

- Savez-vous ce qu'est le Sang Ancien?

Gilbert prit une grande inspiration. Le Sang Ancien venait des Elfes et les humains ayant hérité de ces gènes avaient de grands pouvoirs dont celui de voyager à travers le temps et l'espace. Une magie surpuissante et incontrôlable. Les femmes de la lignée de Cintra en étaient pourvues.

- Êtes-vous la princesse disparue?

- Grands Dieux non mais j'essaie de la retrouver. Elle est mon amie et j'apprenais la magie à ses cotés. Skellige est très lié à Cintra comme vous le savez. J'espère trouver de l'aide là bas.

- Nilfgaard vous recherche car si ils vous mettent la main dessus, ils espèrent trouver la princesse.

Elle hocha la tête. L'empire Noir avait prit Cintra par la force, tuant toute la famille royale mais pas la princesse, la jeune fille s'était échappée. Comment une gamine d'une dizaine d'années avait-elle pu passer entre les griffes de ceux portant la bannière du Soleil Noir?

- Vous êtes dans de sacrés draps, Mademoiselle.

- Je sais.

- Je peux vous aider.

- Oui parce que Elizabeta vous a payé pour me charger tel un colis jusqu'à Kaer Trolde.

- Je voulais dire, après ça. Pour retrouver votre amie.

- Pourquoi le feriez-vous?

Il ne répondit pas, le nez levé vers les étoiles. Comprenant qu'ils ne discuteraient pas plus ce soir, elle s'enroula dans une couverture puis alla dormir de l'autre coté du feu, près de son cheval. Gilbert s'appuya contre la vieille souche, admirant le ciel nocturne jusqu'à l'épuisement.

Trouver un navire du continent pour faire route jusqu'à Skellige n'était pas facile puisque les rustres des îles effrayaient bon nombre de gens. Il faut dire que les raids sur les villages côtiers n'aidaient pas à la bonne réputation. Il faut savoir reconnaître les torts de part et d'autre. Cependant à force de persuasion à coup d'argent bien placé, ils trouvèrent enfin un moyen de traverser la mer.

Fraîchement débarqués sur le port de Kaer Trolde, ils se mirent au galop jusqu'à la forteresse, là bas, les gardes du clan Køhler les accompagnèrent jusqu'au Jarl. Matthias d'abord ombrageux, s'illumina en reconnaissant ses invités.

- Gilbert! Tu es venu boire avec moi?

- Peut-être plus tard. Je t'amène cette fille, Alice. Elle dit te connaître et venir de Cintra.

L'homme blond, très grand et aux yeux bleus saisissant hocha la tête. Il la connaissait en effet.

- Lovise, ma femme, sera heureuse de te revoir.

- Tu as réussis à l'épouser?

- Ne sois pas si surprit, évidemment que oui!

Lovise était la seule femme druide de toutes les îles de Skellige. C'était une société particulièrement patriarcale, même comparée au continent mais contrairement à celui-ci, ils reconnaissaient la valeur des femmes si elles le prouvaient. Et Lovise avait largement prouvé qu'elle pouvait être druide.

- Je suppose que même en étant femme de Jarl, elle n'a pas renoncé à son métier, déclara Alice.

- Non, en effet. On n'interdit pas aux druides de se marier ou d'exercer si ils le sont. Elle a vu dans l'une de ses visions que vous alliez bientôt arriver.

Le sourire qui ornait son visage s'était fait de plus en plus sombre. Visiblement, quelque chose à propos de cette vision dérangeait le Jarl de Kaer Trolde.

Ils quittèrent la grande salle pour une pièce plus intime. Lovise se joignit à eux, ses longs cheveux d'un blond pâle ondulant légèrement dans son dos. L'une de ses mèches était tressée d'un ruban violet assorti à sa robe brodée. Elle portait également un foulard rappelant le clan de son époux. Ce que Gilbert remarqua surtout était la couronne de bois ornant sa tête. Une véritable femme druide. Impressionnant. Quelques babioles autour de son cou rappelaient également cette fonction. Elle se dirigea directement vers Alice, bien qu'elle adressa un signe de tête poli à Gilbert en passant.

- Alice, tu es sauve.

- Oui, les Dryades m'ont beaucoup aidé. Gilbert m'a amené ici et désormais, je compte sur vous pour m'aider.

- Matthias est à ta disposition, affirma-t-elle.

Le dénommé se contenta de hausser les épaules sous le regard interrogateur du sorceleur. Les femmes, que voulez-vous.

Ils avaient bien descendus un fût de bière à eux deux quand bêtement, Gilbert se posa une question. Si Matthias s'était marié, est-ce que son grand rival, l'autre Jarl de cette île, avait aussi trouvé chaussure à son pied?

- Eh Matt...

- Quoi?

- Ce type là... Berwald Oxenstierna, il s'est trouvé une gonzesse?

- Ah ça ouais... Une petite avec des formes... Par Freya! C'est une guerrière, une vraie de vraie. Ils se sont battus en combat singulier dans une arène et sont tombés amoureux.

- C'est... très à la mode de Skellige. Et elle s'appelle comment?

Matthias bu une nouvelle choppe de bière puis rota, cherchant quel nom portait cette fameuse épouse. Il ne l'avait vu qu'aux noces et il avait sacrément picolé avant de se battre avec Berwald. C'était leur façon de communiquer, plus personne ne s'en sentait offensé.

- Ta... Taina! Elle s'appelle Taina. Et elle peut te coller une flèche entre les deux yeux plus vite que tu dégaines ton épée!

- Impressionnant.

Les femmes de Skellige avaient tendance à être assez coriaces, mais était-ce étonnant quand on voyait leurs hommes? Par ailleurs, Matthias se battait avec une longue et lourde double hache qu'il avait amoureusement surnommée Hannah. Seuls les Dieux savaient pourquoi mais personne n'alla s'en plaindre ou s'interroger plus abord. Son rival, Berwald, se battait également avec une longue hache mais elle n'était pas double. Il était également extrêmement doué avec une épée. Deux clans sur une île, ça créait forcément des rivalités. Surtout avec un peuple aussi combatif, vigoureux et belliqueux que les insulaires de Skellige. Ils pouvaient pourtant s'allier si la situation l'ordonnait. Comme pour attaquer les navires des Escadrons Noirs. Gilbert hésitait encore entre admiration et circonspection totales devant ces raids quasi suicidaires.

Trois jours après, Gilbert était en train de seller son étalon, prêt pour partir pour une autre île des environs, Hindarsfjal. Il y avait un ordre de quête pour un sorceleur, afin qu'il tue un troll de pierre devenant dangereux pour les habitants. Ils voulaient exploiter une mine d'argent mais le troll y habitait et ne semblait pas décidé à en partir. Alice le rejoignit dans la cour.

- Gilbert, vous partez déjà?

- Je reviendrais, ne vous en faites pas.

- Qui dis que je m'en fais?

L'homme aux cheveux blancs esquissa un sourire, sa main caressant le pelage doré de sa monture.

- Le fait que vous soyez descendue pour me parler.

La magicienne se dandina légèrement sur place mais elle se ressaisit rapidement. Elle se rapprocha de lui puis sortit quelque chose de sa sacoche. Elle lui tendit une corne qu'il saisit et l'examina un instant. Ancienne mais bien conservée.

- Le bruit de ce cor fera tomber les sirènes et les échidnas. Il sera plus facile pour vous de vous en protéger et de les éliminer. Ces créatures sont légions ici.

- C'est gentil de vous en préoccuper.

- Vous m'avez aidé, il est normal que je le fasse en retour. J'ai appelé Elizabeta par le biais de mon mégascope.

- Elle va bien?

La blonde roula des yeux puis croisa les bras, rehaussant sa poitrine moyenne mais joliment ronde. Elle avait légèrement bougé ses jambes également, donnant à ses hanches une courbure appréciable.

- Oui elle va bien, dit-elle un peu trop sèchement.

- Bon, puisqu'elle sait que vous êtes ici, je vais pouvoir retourner clamer ma prime.

- Elle est en nature votre prime? Balança la jeune femme.

Gilbert eut un sourire en coin et se rapprocha d'elle, l'obligeant à lever les yeux si elle ne voulait pas fixer bêtement son médaillon de sorceleur au lieu de le regarder en face. Ils étaient suffisamment proches pour que de loin on puisse penser qu'ils étaient occupés par une étreinte. Ou du moins un baiser. Pas que Gilbert serait contre mais taquiner la demoiselle l'amusait bien. A part jouer aux cartes de Gwynt, il n'y avait pas grand chose à faire pour s'amuser dans les terres désolées des royaumes du Nord.

- Et même si elle l'était, ça vous poserait un problème, petite sorcière?

Elle se redressa de toute sa hauteur, qui semblait moindre bien que Gilbert ne soit pas si grand que ça, pour le fusiller du regard.

- Non! A part peut-être pour avoir pitié d'elle.

- Eli ne s'est jamais plainte pendant nos quinze ans de relations. Et les catins du Passiflore de Novigrad non plus.

La donzelle recula d'un pas, rouge comme une tomate. Gilbert ne pu s'empêcher de rire, augmentant encore plus son rougissement. Peut-être était-il passé de la honte à la colère mais le sorceleur trouvait néanmoins cela charmant.

- Ne me tentez pas d'ouvrir un portail pour vous balancer au dessus de la mer froide de Skellige! Ou même dans les écueils!

- Ahhh, du calme Mam'zelle. Eli va me payer en espèces sonnantes et trébuchantes. Pour le moment, je me dois d'aller à Hindarsfjal. Des gens attendent mon aide.

- Avant que vous ne partiez, une question me taraude depuis un moment.

Gilbert était cependant déjà monter à cheval et c'est du haut de Gilbird qu'il l'a regarda.

- Quoi donc, oh grande dame Alice?

Les sourcils froncés et les mains sur les hanches, elle tentait de le toiser d'en bas.

- De quelle école de sorceleurs êtes-vous?

- La meilleure. L'école du Loup.

Sur ce, il donna un coup de bride à Gilbird et celui-ci partit au trot, s'éloignant assez rapidement de la jeune femme. Le vent souffla dans sa chevelure dorée, la faisant flotter. Elle la repoussa d'une main, murmurant dans ce vent.

- Gwynnbleid, Loup Blanc...


Aurhardd: Cheveux d'or

Aileen: Fem!Scotland
Nessa: Fem!Wales
Alonna: Fem!Ireland
Mabel: Northern Ireland
Lovise: Fem!Norway
Taina: Fem!Finland