Cette fois-ci, on se tourne vers les pirates. Un peu de angst, je préfère prévenir.
2 – Premier pas vers l'âge adulte
La ruelle est sombre mais pas assez pour qu'il ne voit pas le sang qui coule sur le béton, rouge et poisseux d'avoir été mélangé à la poussière. Il appuie de toutes ses forces sur la blessure mais ces bras n'ont pas assez de force. Ses petits bras de petite crevette de treize ans à peine. Le soldat de la Technoïde se tient devant lui, ses bottes cirées impeccablement reflétant la lumière jaunâtre du vieux lampadaire qui clignote au dessus d'eux. Il n'y en a plus beaucoup comme lui, ils sont presque tous remplacés par des robots maintenant. Pourtant, il se tient devant lui, sa visière bien rabattue sur les yeux, il est presque un robot.
Plus de sang, toujours plus, dangereusement plus. Arty n'a pas vu de soldats tirer à balles réelles depuis avant la Grande Guerre. Il baisse les yeux, presque involontairement, il ne veut pas regarder son ami dans les yeux. Les lunettes de soleil de Bennett sont tombées quand la balle lui a transpercé l'épaule et qu'il s'est écroulé. Il baisse les yeux, se détourne de l'immonde vision de la blessure béante. A la ceinture de Bennett, un pistolet à plasma, dernier cri, fraîchement dérobé à leur ennemi. Non, il ne s'en servira pas, il n'a pas rejoint les Pirates pour ça. Démolir un robot est une chose, tirer sur une personne en chair et en os en est tout a fait une autre. Il essuie les larmes qui coulent sur ses joues sales. A t-il vraiment le choix ? S'il ne fait rien, Bennett...
La porte coulissante s'ouvre, sans se bloquer, pour une fois. Bennett, une serviette de bain crasseuse enroulée autour de ses cheveux blonds traverse la pièce et s'affale dans son hamac. Sur son épaule nue, une cicatrice rouge et profonde empêche le passé de s'effacer. Arty, dans le hamac d'en dessous, contemple la paume de sa main. C'est vrai, se dit Bennett, il s'est blessé aussi, ce jour-là... Il se souvient du regard de l'enfant qui n'est pas tout à fait mort, cette nuit-là. Comment Arty a-t-il pu rester un tel gamin après ça ? Mystère, mystère, soupire-t-il pour lui-même alors qu'Arty remarque enfin sa présence.
« Ça va toi ? fait-il à l'adresse de son ami
-Hmm, je repensais juste à... enfin, tu sais...
-J'ai remarqué. Je préfères quand tu es d'humeur plus blagueuse, tu sais
-C'est bon, Bennett, j'ai le droit d'être sérieux, je suis plus un gamin.
-C'est bien ça le problème. »
