Chapitre 1 : Connexion.

Tout concordait. Tout semblait si clair, si limpide. La pensée qu'il ne l'ait pas compris plus tôt était si risible, si ridicule. Mais les faits étaient là, et avec eux, la vérité, plus cruelle et impitoyable que jamais.

Il était revenu, il y a trois jours, là où tout avait commencé, là où il avait été pleinement heureux, là où il avait encore pu aspirer à l'insouciance. Lui et Hermione étaient retournés à Godric's Hollow. Quand il y repensait, tout était si flou et si rapide. Il se souvenait de la tombe de ses parents, de la tristesse qui l'avait parcourue quand il avait imaginé les visages inanimés, inertes, de sa mère et de son père, inconscients que leur enfant, le Survivant, se trouvait à leurs côtés en cet instant. Il se souvenait des larmes glacées qui avaient coulé le long de ses joues.

Il se souvenait de Bathelda, cette femme vieille et presque inanimée. Et puis, il se souvenait aussi du serpent.
Nagini.
Le serpent de Voldemort.

Et ce fut à ce moment précis que son monde avait volé en éclats, ébranlé jusqu'à ses fondations, que ses acquis avaient été durement chamboulés, plus fortement que jamais.
Plus que la fois où il avait appris qu'une prophétie le liait à Voldemort.
Plus que la fois où Dumbledore –lui qui paraissait si invincible, si puissant- était mort.

Il se souvenait des écailles du serpent qui s'enroulait d'une cruelle lenteur autour de son corps. Il se souvenait de la sensation du contact avec ses écailles. Il avait alors cru que c'était peut-être là la fin, que la mort était si proche de le ravir que c'était peut-être aujourd'hui que son existence allait s'arrêter.

Et puis, le serpent s'était raidi, l'étau enserrant son corps devenant plus lourd et rigide. Le reptile l'avait alors fixé, et c'était comme si le temps s'était figé. Les yeux d'Harry et de Nagini s'étaient fixés, et c'était comme si quelque chose d'important les avait lié.
Comme une connexion.

Plus aucune pensée, plus aucune peur, plus rien n'avait traversé son esprit, qui se trouvait encore agité une poignée de minutes plus tôt.

Ce fut seulement lorsque le serpent avait sorti sa langue, et qu'elle avait glissé le long de sa joue que la transe qui avait pris possession de son esprit avait disparu.
-Sssssi familier… ! avait susurré le serpent.
Harry se souvenait avoir ressenti la même sensation, la même proximité.
La pensée qu'ils étaient semblables l'avait traversé.
-Sssssi semblables ! Ssssi proches !
Oui, il s'était senti si proche du serpent et, également, si proche de Voldemort. Comme si lui, Nagini et Voldemort ne formaient plus qu'une seule et même personne, une seule et même entité, comme s'ils étaient unis, réunis, liés d'un lien profond et indestructible. Comme s'ils ne formaient qu'une seule et même…

Une seule et même âme.

Et alors Harry avait compris. La vérité s'était imposée à son esprit, comme si elle avait été marquée au fer rouge.

Il était un horcruxe.
Son esprit s'était alors évaporé à cette pensée, comme si son être s'était détaché de son corps. Il vécut alors ce qui s'était produit ensuite comme s'il n'avait été qu'un spectateur, de loin…

Hermione arrivant, l'éloignant du serpent et eux quittant Godric's Hollow, le cimetière, ses parents, de manière précipitée, avant que Voldemort n'arrive une poignée de secondes plus tard.

Et Harry avait alors tenté de se convaincre, au moment où son corps avait quitté le cocon créé par Nagini, que ce n'était pas du regret qu'il ressentait.

Blessé, et presque hypnotisé, il avait ensuite dormi plusieurs heures. Allongé sur un lit de fortune, soigné par Hermione qui avait monté ensuite la garde, Harry avait dormi, l'esprit apaisé. Aucun cauchemar, aucune image de Voldemort. Comme si Harry avait été, pour une fois, en paix avec lui-même, en paix avec Voldemort.
S'il avait été conscient, il savait qu'il aurait qualifié le flot de ses pensées comme incohérent.

Mais cela n'avait pas d'importance. Parce que son existence avait alors basculé, en seulement quelques secondes.
Et, tandis que ses yeux verts s'étaient ouverts après ce long sommeil, Harry l'avait sentie.
Elle était arrivée lentement, encore anesthésiée par son esprit embrumé, par la fatigue qui avait encore subsisté.
Mais elle avait été là, et plus les minutes avaient défilé, et plus elle avait pris de l'ampleur.

La colère.

Elle avait grossi peu à peu dans son corps alors que la vérité se répétait dans son esprit.
« Horcruxe… »
La colère s'était faite plus forte au fur et à mesure qu'elle parcourait son corps. Ses ongles s'étaient enfoncés dans ses paumes alors que ses poings s'étaient serrés par à-coup.
« Horcruxe… »
Son corps s'était mis à trembler alors qu'elle grondait, cherchant à se libérer, à sortir.
« Je suis son horcruxe. ».
Et puis, il avait crié. C'était un cri de rage, de pure rage, un cri qui était venu du plus profond de son cœur ravagé. Les yeux brillants de colère, alors que son cri avait résonné tout autour de lui, tout avait explosé. Les tasses, les couverts, les assiettes les couvertures s'étaient mises à brûler, la tente à trembler.
-Harry !
L'appel d'Hermione, qui était rentrée dans la tente, alertée, ne l'avait pas atteint.
-Harry !
Et cette fois-ci, la jeune fille s'était mise à le secouer.

Pour le faire revenir.

Et tout s'était alors arrêté, tout s'était figé. La colère d'Harry avait arrêté de gronder, elle était retournée se loger dans son cœur.
-Harry, qu'est-ce qu'il se passe ?
La voix d'Hermione avait été remplie de stress, elle était anxieuse, paniquée. Elle avait alors utilisé sa baguette pour éteindre le feu –le feu d'Harry- puis pour réparer les objets cassés –Harry cassé ?- et puis elle avait reporté son regard sur son ami.
-Je sors, avait-il dit, sur un ton implacable.

Il était passé à côté d'Hermione, puis sortit avant qu'elle n'ait pu prononcer un mot. Il ne s'était pas non plus arrêté devant les arbres fendus –fendus par sa magie- et il avait marché, marché, marché…

Il avait ressenti le besoin de marcher, de s'éloigner, de poursuivre sa route. Il n'avait ressenti ni fatigue –la colère l'avait remplacée- ni douleur. Peut-être aurait-il dû ? Mais son esprit semblait avoir été anesthésié. Il avait alors profité de cet instant fugace où le vide avait pris place dans son âme.

Mais cela n'avait bien sûr pas duré. Et, alors qu'il s'était arrêté, soudain incapable de marcher davantage, il s'était allongé sur le sol froid et enneigé, sentant la fraîcheur bienvenue dans son dos.

« Je suis son horcruxe. »
Il était un horcruxe de Voldemort. Et puis, après plusieurs heures où il s'était laissé transporter par son esprit perdu, il était retourné dans la tente, n'adressant pas un mot à Hermione.

Et aujourd'hui, trois jours après ce moment où il avait appris cette terrible vérité, trois jours après avoir été en contact avec Nagini, Harry, allongé sur son lit, les yeux vides, comprit.
Il savait.

Il savait maintenant pourquoi il était fourchelangue.
Il savait maintenant pourquoi il voyait parfois à travers les yeux de Nagini.
Il savait maintenant que Dumbledore l'avait toujours vu comme un pantin.
Parce qu'à ses yeux, tout était clair.
Dumbledore avait toujours su. Il avait toujours su, il l'avait toujours caché.

« Comme d'habitude. »

Bats-toi Harry. Je ne t'expliquerai jamais rien, tu dois tout comprendre par toi-même. Quitte à en souffrir seul dans ton coin, voilà ce que lui avait demandé Dumbledore.

« Il m'a élevé comme un porc à l'abattoir. Il m'a demandé de survivre pour mourir au bon moment. »

La colère grogna. Il posa alors la main sur son cœur, comme pour la calmer.

Le respect et l'admiration qu'il avait toujours ressentis pour Dumbledore s'envolèrent, rejoignant son innocence, son enfance, ses parents, Sirius, Cédric… La liste était si longue.

Dumbledore avait tout prévu. Comme d'habitude. Mais il n'avait pas prévu le défaut du plan. Et Harry en tira une certaine satisfaction. Parce que Dumbledore n'avait pas prévu qu'il le découvre aussi tôt, bien plus tôt que prévu. Il n'avait pas prévu que Harry voulait vivre. Ce n'était pas juste.

« Pas juste. »
Il avait le droit de vivre, d'être heureux. Il le méritait, il le voulait.
« Je veux être libre. Je veux ma liberté. »

Mais il ne savait plus ce qu'il devait faire. Son visage fut marqué par la souffrance à cette pensée. Depuis trois jours, il ne savait pas ce qu'il voulait faire. Il était perdu, hésitant.

Mais une pensée était plus forte que les autres.
Il voulait être libre, heureux.

Et il y arriverait.


Et voilà pour le chapitre 1. Les chapitres 2 et 3 ont déjà écrits, et le chapitre 4 a été écrit à 70% à peu près. J'espère que ça vous a plu.