2.

Puissante mais prudente, Anaëlle avait dépêché un clone fantôme sur la passerelle du Sanguinaire.

Invisible de tous, Spectrale ne lâchait pas Alérian, flottant toujours comme une seconde ombre, maintenant le lien de contrôle, influant également sur lui au gré des circonstances.

- Croiseur du royaume Odache droit devant ! avertit Mykèle la second du Sanquinaire. Nous frôlons leur frontière. On le dégomme sans sommation avec toute son escorte, commandant ?

Perdu dans ses pensées, ou plus simplement encore totalement absent, Alérian tressaillit.

- Ils ne font qu'acte de présence, murmura-t-il distraitement.

- Et il n'est pas dans nos habitudes d'attendre le premier tir ! rappela la Mécanoïde blonde aux yeux vert pâle. Ils sont à portée de nos canons !

- Je ne sais pas…

- Ah non, pas de sursaut de rébellion, gronda Spectrale en utilisant son propre pouvoir psychique pour meurtrir l'esprit du jeune homme, lui remémorant qui était la véritable maîtresse du bord.

Alérian gémit sous la soudaine montée de migraine, la tête prêt à exploser lui semblait-il.

- Feu ! intima-t-il alors, sachant par expérience que c'était le seul moyen de se délivrer de la douleur.

Les tourelles de canons sortirent des flancs du Sanguinaire, les tirs perforants les boucliers extérieurs du Croiseur et de son escorte, transformant les vaisseaux blancs en épaves.

- Comme si on allait laisser des insignifiants pareils seulement nous retarder ! rugit Mykèle.

Alérian eut un regard pour les écrans latéraux lui renvoyant les images des dizaines de cuirassés qui eux constituaient l'avant-garde de la flottille de Gamalthine l'amirale Illumidas. Ses prunelles se firent plus noires que jamais alors qu'un sourire étirait ses lèvres. De l'index, il caressa doucement sa courte barbe.

- Ça va péter du feu des Dieux une fois que nous aurons atteint la République Indépendante !


Son Dolgar devançant de quelques galactoencablures le Sanguinaire, Gamalthine avait pris sa navette pour rejoindre Alérian.

Elle rit tout en se régalant de la bouteille de vin blanc qu'elle avait apportée.

- La seule fois précédente où je t'avais vu de si près, tu sortais tout juste de l'adolescence. Je n'avais pas réalisé que tu étais un si remarquable spécimen d'Humain ! Je comprends que la belle Synovale ait tant bavé devant toi tous ces mois.

- Comment le sais-tu ?

- C'est Synovale qui nous a appelées, Anaëlle et moi, plus pour lui soutenir le moral qu'autre chose. Nous avons aussi un peu fouillé ta mémoire quand mes commandos t'ont amené à moi il y a quelques semaines. Nous te laissons accès à certains de tes souvenirs, mais les décisions, c'est Anaëlle qui les prend !

- Si l'histoire de cul entre Synovale et moi t'était indifférente, pourquoi tu me reluques depuis ton arrivée ?

L'amirale Illumidas repartit dans l'hilarité.

- Je suis une femelle ! Ensuite, tu es libre, non ?

- Je ne veux et je n'ai besoin de rien. Traîner comme je l'ai fait dans ma région natale n'était pas une bonne idée. Mais là-bas comme ici, je ne cherche toujours que l'autodestruction qui me délivrera. J'ai gâché toutes les chances qui m'avaient été offertes, je ne sais pas comment c'est arrivé, mais je le sens au fond de moi. Libérés de mon souvenir, mes fils pourront peut-être enfin s'épanouir…

- Tu as un étrangement raisonnement. Il m'échappe même complètement, reconnut Gamalthine. Moi, je te veux bien en vie pour mener mes cuirassés au combat !

- Je ferai comme tu voudras, récita le jeune homme alors qu'un trait de douleur lui avait traversé le crâne l'espace d'un instant.

- Merci, de me le recadrer, Spectrale, poursuivit Gamalthine, toujours d'excellente humeur. Je te sers un verre, Alérian ?

- Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai l'impression que ce ne serait pas une bonne idée d'accepter…

- Je ne t'offre pas toute la bouteille, pouffa toujours l'Illumidas. C'était juste histoire de trinquer.

- Sans façons…

- Oh, je suis patiente, je reviendrai à la charge autant de fois que de nécessaire ! Je ne suis pas loin non plus ! Mais à présent le vol est sans souci pour un bon moment. Vu que nous ne sommes pas sous bouclier occulteur, il n'y a que des nigauds pour vouloir faire barrage. A présent, repose-toi, Alérian. Les grandes manœuvres approchent à grands pas !

- Je n'ai pas sommeil…

Alérian eut la fugitive sensation d'entendre un rire, qui n'était celui de Gamalthine, avant que ses paupières ne se ferment malgré lui et qu'il ne s'endorme profondément.