Chapitre II

L'annonce

On vient tout juste de rentrer à la maison. Je profite du fait que j'ai assez de force pour marcher pour laisser mon fauteuil roulant et me promener dans la maison. Ma mère me suit, craignant que je m'évanouisse. Je la comprends un peu, on dirait qu'une menace pèse sur moi à chaque instant, c'est vraiment trop effrayant. J'ai l'impression que ma vie vient de s'écrouler, que je ne serai plus jamais la même.

Maman parle au téléphone… Elle est… oh mon dieu… elle est en train d'annuler mon inscription à mon camp de danse… Tout le monde y participe… C'est injuste. Maman raccroche et roule vers moi. Je n'ai pas envi de lui parler… elle annule la meilleure partie de mon été. Je sais que je n'aurais pas pu danser, mais au moins… j'aurais pu regarder. La vie est tellement injuste !

-Angélie… ma puce… tu ne peux pas y aller de toute manière… ton premier traitement est durant ton camp…

-Tu n'aurais pas pu choisir une autre date ?

-Ma chouette, le médecin et moi avons décidé de traiter ton… ta maladie le plus vite possible… Tout va bien aller, je vais rester avec toi…

-Mes amies vont se demander pourquoi je ne serai pas là… qu'est-ce que je vais leur dire ?

-Tu dois leur dire la vérité. C'est important qu'elles le sachent. Je crois qu'elles voudraient le savoir, tu es leur meilleure amie.

-Maman… j'ai peur de la chimio… pourquoi tu ne veux pas que je prenne un traitement sorcier ?

-Il n'y en a pas en Angleterre… Mais puisque tu vas aller à Poudlard l'an prochain, des médicomages du Canada vont envoyer le traitement à Mme. Pomfresh, qui va retourner travailler à Poudlard pendant toute la durée de ton traitement. Je n'aurais pas la force de t'administrer ces médicaments moi-même.

-Quoi ? Tu vas travailler à Poudlard ?

-Je ne peux pas te laisser seule pendant ces temps terribles pour toi. Et de toute façon, j'ai eu une très bonne formation de médicomage avant que tu naisses… avant que ton… que Ronald ne meurt…

Je serre maman dans mes bras, ça a toujours été difficile pour elle de parler de papa. J'ai terrible mal aux jambes, mais je ne veux que ça paraisse. Je mets un peu plus de poids sur son fauteuil roulant pour en avoir moins sur mes jambes.

-Angélie, ma chérie… je sais que tu as mal… Viens t'assoir sur moi, je vais te ramener au salon.

-Ça va aller, maman, je vais me rendre moi-même. J'en suis encore capable.

Je me relève et m'agrippe à sa chaise pour avancer plus facilement. Elle fait tourner ses roues pour m'aider à me déplacer. Après une dure traversée de la maison, on arrive enfin à mon fauteuil, et je m'assoie finalement dedans.

-Je vais aller chez tata Ginny, il faut que je parle aux jumelles. Tu as raison, maman, je leur dois la vérité.

-Attends-moi, je t'accompagne, je veux parler à Harry et elle.

-D'accord, mais laisse moi leur parler seule…

Je me mets une petite veste et j'essaie d'ouvrir la porte comme je le faisais avant. Pas capable… Maman sort sa baguette et la porte s'ouvre… Ah la magie ! On roule côte à côte jusque chez Tonton Harry, qui habite de l'autre côté de la rue. Ginny nous voit arriver et ouvre la porte, l'air de se demander se que je fais dans un fauteuil. Dès qu'on est entrée, mes cousines accourent et s'arrêtent brusquement. Je les regarde et leur fais un sourire un peu forcé. On se rend en silence dans leur chambre, qui est heureusement au rez-de-chaussée. Elles s'asseyent chacune dans leur hamac.

-Qu'est-ce qu'il se passe ? me demande Maryka.

-Vous… vous savez… j'éclate en sanglot. Les larmes roulent sur mes joues et je ne suis plus capable de m'arrêter.

-Angélie… qu'est-ce que tu as ? Est-ce que tout va bien ? me demande Malyka.

-J'ai… j'ai une… une … leu… leucémie…

-Oh… Angélie… ce n'est… c'est pas vrai… tout ça… hein… tu nous fais une blague ? demandent d'un ton suppliant les jumelles.

Je pleure de plus belle, plus rien ne peux m'arrêter. Je pensais que ce serait plus facile de leur dire. C'est comme si le sort qui s'abat sur ma famille continuait encore et encore. Je réalise que je vais peut-être mourir bientôt, sans leur avoir dit… Adieu… C'est un sentiment horrible à vivre… Malyka s'approche de moi et me serre dans ses bras.

J'observe les jumelles, car c'est peut-être la dernière fois que je les vois. Je ne sais pas quand je vais partir… de… de ce monde. Malyka a les cheveux noirs et les yeux verts. Elle est grande et très mince, comme Ginny à son âge. Maryka, qui est sa jumelle identique, est presque pareil à sa sœur, mais elles ont une seule différence : Malyka est plus féminine, elle porte des jupes et fait du ballet, joue du violon, du piano, de la flûte et chante merveilleusement bien, tandis que Maryka est plus sportive… en plus de faire de la danse, elle fait du foot, de la gymnastique et de l'athlétisme.

J'ai peur de ne plus jamais les revoir, de m'endormir un soir et de ne plus jamais me réveiller, j'ai peur de ne jamais voir Poudlard. J'ai peur de ne pas laisser ma trace sur la terre. Qu'on ne se souvienne pas de moi… Peur de la lumière au bout du tunnel… J'ai peur de ne pas avoir assez vu de choses, de ne pas avoir assez appris… J'ai peur de ne pas avoir vécu ma vie… Peur que ma mort n'ait pas eue de sens dans la vie des autres. J'ai peur de n'avoir jamais embrassé un garçon lorsque je vais mourir… J'ai peur de la mort…

Mes amies n'ont pas de raison d'avoir peur… la mort ne les suit pas. Elle me suit partout, elle tente de m'amener dans son pays, de me faire disparaitre de la Terre…

Je regarde mes amies et je les serre toutes deux dans mes bras. Notre relation est la chose qui me fait le plus peur… J'ai peur de leur faire du mal.

-Je vous aime, les filles…

-Oh… Angélie… on va être là, tout le temps, à chaque instant, on ne te laissera jamais tomber, n'est-ce pas, Maryka ?

-On te le promet ! Je t'aime fort, appelle nous en cas de problème… on va arriver le plus vite possible…

Je les quitte. En sortant, je vois ma mère qui pleure dans les bras d'Harry. Ginny vient me voir…

-Angélie, je vais venir habiter avec toi pendant quelques temps… ta maman doit se reposer, elle va rester ici cette nuit… Attends moi un instant, je vais me faire un sac et j'arrive.

Je suis contente que maman se repose, c'est très important qu'elle soit en forme pour que la maladie ne revienne pas chez elle…

Tata Ginny arrive, me donne un sac, ouvre la porte, et nous saluons la famille une dernière fois. Ma mère ne relève même pas la tête… Ginny me pousse et on arrive enfin à la maison…