Chapitre 2 – Une séparation difficile
Pré-au-Lard avait quelque chose de différent en cette fin d'été. L'air y était plus frais qu'à Londres et l'ambiance champêtre régnait sur un petit monde, qui serait bientôt animé par une foule de sorciers et de sorcières de tous âges. Tonks avait accompagné Amalia dans cette expédition et elles s'étaient séparées au village pour que l'enseignante puisse rejoindre le château avant la nuit tombée. Sur le chemin pavé, les libellules gravitaient autour des fleurs des champs, les lapins laissaient apparaître leurs oreilles au-dessus des herbes hautes et le soleil caressait le dos de cette visiteuse. Arrivée au portail de l'enceinte, deux Aurors postés en faction l'arrêtèrent pour fouiller sa malle et la passer au Capteur de Dissimulation. Une fois cette vérification faite elle put enfin reprendre sa route. L'atmosphère à Poudlard était tout aussi étrange que celle de Pré-au-Lard car les couloirs trop calmes devenaient soudain bien lugubres en l'absence de vie, même les habitants des portraits n'étaient plus aussi animés qu'à l'accoutumée. Les escaliers d'habitude disciplinés au passage d'un professeur, ne daignèrent amener Amalia à son appartement qu'après moult détours et protestations à quoi s'ajouta les caquètements de Peeves l'esprit frappeur, bien trop heureux d'avoir une nouvelle cible mouvante pour s'entraîner aux tirs de sarbacane.
Son appartement était resté intact depuis son départ, seule la corbeille avait été vidée par les elfes de maison, la baignoire en émail reflétait la lumière du soleil couchant qui prenait une teinte rubis. Amalia se débarbouilla et changea de tenue avant de rejoindre le premier étage où se trouvait sa salle de classe. Cependant en arrivant dans le cloître, elle bifurqua vers la salle de Défense Contre les Forces du Mal. La pièce était vide, les volets ouverts et la porte du bureau de l'enseignant, situé en haut d'une volée de marches était entrouverte. Amalia s'y faufila et poussa le battant, tout était silencieux, les assiettes d'Ombrage contenant des chatons multicolores s'étaient tuent et n'avaient pas encore été remplacés par la patte de son remplaçant. On aurait dit que la pièce retenait son souffle dans son attente. Un bruit raisonna dans le couloir et Amalia sut que ce moment était arrivé.
Rogue marchait d'un pas décidé. Le mois dernier avait été mouvementé mais la proposition de poste qu'il avait reçu était la consécration pour laquelle il avait travaillé si dur. C'était donc avec une joie non contenue qu'il allait prendre possession de son nouveau domaine afin de libérer la place pour Slughorn dans les cachots. Il était tellement excité à l'idée de savourer son succès confortablement installé dans son nouvel appartement, qu'il ne remarqua la présence d'Amalia que lorsqu'il fut en bas des marches.
- Bonsoir mon Prince…
Lentement, Rogue leva les yeux vers la voix qu'il avait déjà reconnu. Intérieurement, il craignait d'avoir encore espéré en vain, d'être à nouveau déçu par les promesses de Dumbledore. Son expression était entre l'étonnement et la méfiance, la jeune femme resta perplexe face à sa réaction.
- Qu'est-ce qui ne va pas ?
- Il t'a confié le poste ? articula-t-il sur la défensive.
- De quoi est-ce que tu parles ?
- Le cours de Défense Contre les Forces du Mal… Dumbledore a changé d'avis et te l'a confié ?
Elle poussa un soupir et se mit à rire.
- Mais non, bien sûr que non ! Pourquoi est-ce que tu t'imagines que je l'aurais accepté après l'avoir refusé de la part même du Ministre ?
- Alors… qu'est-ce que tu fais là ? demanda-t-il, d'un ton inquiet tout en remontant les marches jusqu'à être sous celle où l'attendait Amalia.
- Je suis venue féliciter le nouveau professeur de Défense Contre les Forces du Mal.
Et à ces mots, elle passa les bras autour de son cou et l'embrassa tendrement. Ses lèvres lui avaient manqué, ce contact tiède contre lui, la douceur de ses gestes et la sensation de papillon dans le ventre. Severus posa ses mains sur ses hanches et l'attira contre lui, le moment semblait irréel : il était enfin à la place qu'il avait tant convoité et la femme qu'il désirait l'enlaçait. Brusquement, au fond de lui la raison rejaillit et il rompit leur baiser à regret.
- Quelque chose ne va pas ? s'étonna la jeune femme en faisant un pas en arrière.
- J'ai eu le temps de réfléchir cet été… Je pense que nous ne devrions plus nous voir… De cette manière.
Une impression féroce saisit Amalia à la gorge, comme si une main invisible l'enserrait. Elle avait peur de comprendre le chemin sur lequel il l'amenait. Rogue reprit, le regard baissé pour fuir ces yeux verts qui le torturaient tant.
- Il n'y a pas un moment où je n'ai cessé de penser à toi, plus je m'imaginais être à tes côtés et plus mes défenses mentales s'affaiblissaient. Un grand nombre de fois le Seigneur des Ténèbres a failli pénétrer mon esprit et comprendre… ce que je… Il hésita. Par chance, il a reporté toute sa colère sur Lucius et n'a pas eu l'occasion de me reparler de toi. Je ne peux pas trahir les secrets de l'Ordre et encore moins les miens. Donc, avant qu'il ne soit trop tard, je préfère…
Les mots avaient du mal à sortir, les prononcer rendait son choix définitif. Amalia comprit où il voulait en venir et ce que cela lui coûtait de l'admettre. Alors avec un courage qu'elle ne soupçonnait même pas et ce, malgré le fait que tout son corps semblait vide, elle se ressaisit.
- Je comprends, ce n'est pas prudent de continuer à nous voir…
Son cœur se brisait à mesure qu'elle parlait alors elle se dépêcha d'achever ses pensées.
- Je te renouvelle mes félicitations et te dis à bientôt.
Cette dernière phrase sonnait comme un adieu, elle descendit les marches en gardant à l'esprit l'objectif qu'elle s'était fixée en arrivant à Poudlard : protéger tout ce que Voldemort tenterait de détruire. Derrière elle pourtant, une nouvelle victime venait de tomber.
oOo
Heureusement, en l'absence du personnel de Poudlard et des élèves, les rares personnes présentes purent profiter d'une prestation digne d'un grand hôtel puisque les repas étaient servis individuellement dans leurs chambres. Amalia évita ainsi des dîners en petit comité en présence de Rogue et les seules fois où ils s'étaient aperçus, chacun avait pris un chemin différent. Les étudiants ne tarderaient pas à arriver, le 1er septembre approchait à grands pas. Le professeur d'Histoire mit à profit le temps libre qui lui restait pour aérer sa salle de classe, dans le cloître Peeves faisait tourner en bourrique Rusard plus que de raison, surexcité par la rentrée imminente. Amalia était appuyée contre un bureau au milieu de la salle lorsque Hagrid fit son entrée. Il était joyeux et leurs relations se portaient au mieux depuis qu'il lui avait expliqué son étrange comportement sous la Grande Inquisition et présenté son demi-frère, Graup. Ce dernier faisait de net progrès pour communiquer avec les humains et pouvait presque terminer son repas sans éclabousser de nourriture les autres convives. Le beau temps les avait souvent conduits à déjeuner dans l'herbe au soleil et à profiter de l'air frais. A son grand étonnement, un hippogriffe ressemblant trait pour trait à Buck avait élu domicile dans son potager et le secret de son identité ne resta pas un grand mystère après deux seaux de Whisky Pur Feu. Harry avait hérité de l'animal au décès de Sirius et, conscient de son bien-être après l'incident avec Amalia, l'avait confié à Hagrid pour qu'il profite du domaine, sous le nom de Ventdebout.
- Bonjour Amalia, que fais-tu ?
- Ah ! Bonjour Hagrid. Je réfléchissais. Comment vas-tu ?
- Bien et toi ? Je n'ai pas vraiment eu l'occasion de te poser la question, il y avait toujours Graup.
- Je vais bien.
- A quoi méditais-tu ? s'intéressa le garde-chasse en scrutant les murs de la salle de cours à la recherche d'un indice.
- C'est le début de ma troisième année ici, il serait peut-être temps que je personnalise un peu, non ?
- Ah ah, je n'ai pas de genre de souci, ma salle de cours n'a pas de mur ! rit-il à gorge déployée.
- Comment se passent tes préparatifs de rentrée ?
- Oh, je n'ai pas grand-chose à faire, tu sais, juste les emplois du temps. Ça change d'Ombrage ! Par contre je m'inquiète de l'état de santé d'Aragog, tu te souviens de mon ami Acromentule ?
Amalia hocha la tête et tenta de cacher le frisson qui lui parcourut l'échine à l'évocation de ce monstre que Hagrid affectionnait tant.
- J'espère que mes derniers soins lui auront été profitables. Et sinon, pas trop triste de ne plus voir Harry et Ron en cours ?
- C'est la vie ! De nouveaux élèves vont remplacer ceux qui s'en vont et puis l'avantage des A.S.P.I.C., c'est de ne garder que ceux qui sont vraiment intéressés par la matière que j'enseigne et qui ont le niveau.
- J'ai hâte de montrer à Ron et Harry ce que j'ai prévu !
- Tu sais que certains élèves risquent de ne pas suivre ton cours également ? glissa Amalia avec un sourire espiègle
Elle doutait que les deux garçons privilégieraient Hagrid au détriment d'un cours essentiel à leur avenir. Sur ce point, ils partageaient une matière dont les participants diminuaient nettement au fur et à mesure des années contrairement à la métamorphose par exemple. Le garde-chasse continua son monologue sur l'importance des soins aux créatures magiques en dernière année, à grand renfort de gestes et quitta précipitamment la salle en se rappelant qu'il était déjà l'heure pour lui de nourrir ses protégés.
La jeune femme avait relevé ses manches pour s'atteler une bonne fois pour toute à la tâche de décoration quand de nouveaux pas dans son dos l'arrêtèrent.
- Que vas-tu faire ? lui demanda une voix douce.
- Embellir un peu cette salle de cours, si tu me le permets bien entendu, répondit-elle en se retournant vers Dumbledore.
- Je vois que tu as repris des couleurs et que tu daignes enfin porter des vêtements.
- Mon pyjama me manque Albus ! Mon oreiller aussi, si tu savais !
Elle leva les mains au ciel et soupira en les laissant retomber.
- Ah ah, j'ai bien fait de mettre fin à tes vacances prématurément il me semble !
- A ce sujet, j'apprécierais d'enfin en connaître toutes les raisons car si tu craignais que ma maison ne soit pas sûre, il y aurait eu un Auror devant ma porte, dit-elle avec un regard soutenu.
- Je me rends compte que j'ai été distant l'an dernier. Je n'ai pas pu passer autant de temps que je l'aurais souhaité à tes côtés et c'est un ennemi qui joue contre nous.
- Albus, tu m'inquiètes. Quelque chose ne va pas ? C'est au sujet de ta main ?
- Pas uniquement, déclara-t-il paisiblement. En fait, nous n'avons toujours pas échangé sur ce que tu as trouvé dans le coffre de ta famille à Gringotts, ni sur tes nouveaux talents.
- Hum…
La jeune femme regarda par les fenêtres hautes, des oiseaux passaient au loin dans un grand ciel bleu. Le temps était si différent du jour où elle était arrivée à Poudlard pour enseigner, tellement de choses avaient changé. Elle prit une longue inspiration et débuta son récit.
- Papa a laissé une lettre et trois livres ainsi qu'un manuel sur ce que j'allais découvrir. La trilogie concerne les objets qu'il m'a légué, certains sont plus intéressants que d'autres et pourraient être des atouts dans notre combat. Le manuel explique mes nouveaux pouvoirs, Papa pensait que si je m'entraînais je deviendrais puissante et dépasserais même ses propres capacités. J'ai eu cette confirmation au fur et à mesure de nos recherches à Severus et moi… Elle se tut après avoir prononcé son nom, même cela était devenu douloureux. Je me suis entraînée pour les appréhender, ma baguette me sert de jauge. Si elle vibre trop, je sais que la puissance magique a besoin de sortir.
- Que t'avait dit Ollivander à ce sujet ?
- Qu'il fallait que je me maîtrise ou la baguette engrangerait l'énergie pour moi jusqu'à céder. C'est arrivé lors de mon agression, il y a eu une nouvelle fissure.
Amalia fixa les bouts de ses doigts d'un air détaché.
- J'aurais voulu être là pour toi… D
Dumbledore lui prit les deux mains en signe de soutien.
- Tu avais mieux à faire, je ne t'en veux pas, vraiment. Le manuel est le livre dont nous avions parlé, celui de la bibliothèque avec le verrou à la place de la mâchoire. C'est un animorphe, un métamorphe que mon père a transformé en livre afin d'avoir un gardien fiable de ses derniers écrits. Sa lettre expliquait tout, y compris la raison pour laquelle il s'était adressé à toi pour compléter ma formation magique avant mon entrée au collège.
Le vieux sorcier sourit en scrutant l'expression sur le visage d'Amalia. Il était empli d'une immense fierté car elle avait été une élève brillante, acharnée et attentive. Ce qu'il avait d'abord pris pour un service rendu à Livius, était devenu une joie de chaque jour, apaisant un peu le chagrin qu'il ressentait depuis la mort de sa sœur. Dans le courage d'Amalia, il voyait le fardeau que son propre sang avait dû porter. Livius n'avait pas compris quelle était la nature du pouvoir que développait sa fille et par chance, Dumbledore était intervenu à temps pour l'aider à brider cette chose en attendant d'en comprendre un peu plus. Il s'était chargé de l'enfante et de sa mère réfugiées en France le temps que son père trouva une issue. Petit à petit, le vieux sorcier voyait émerger une solution à ce mal.
- Très bien, tu as bien avancé de ton côté. Que penses-tu finalement de la punition que je t'avais infligée en première année ?
- Quelle est bien plus cruelle que tu ne l'imaginais…
Amalia était d'une tristesse brusquement. Elle regarda son mentor, les sentiments de peine et de chagrin amoureux lui parvenaient sans qu'il n'ait eu besoin d'utiliser la Legilimancie.
- Je suis désolé, je n'avais pas prévu que vous vous attacheriez l'un à l'autre. J'ai cru comprendre de la part de Severus que c'était pour une question de sécurité bien qu'il soit plongé dans le même désarroi que toi. Tu dois savoir que moins un Occlumen éprouve de sentiment, plus il est puissant.
- C'est vrai, pourtant il doit bien exister une solution pour nous permettre d'être ensemble sans que cela ne le mette en danger.
- Tout a un prix et il est souvent à la mesure de ce que l'on demande. Je vais te laisser, tu as quelque chose à entreprendre je crois.
Dumbledore était presque sortit quand elle l'interrompit.
- Albus, je suis contente qu'il trouve chez toi une oreille attentive…
Il n'ajouta rien, sourit et reprit sa route. Dans la salle, l'enseignante pointa sa baguette et se concentra sur les murs en pierres brutes pour y faire apparaître une carte ancienne du monde tapissant intégralement le pan derrière son bureau. Les hémisphères étaient tracés à l'encre sépia, les continents enfermés dans deux grands cercles touchaient à la fois le plafond et le sol. Dans l'angle en bas à droite de la carte, une boussole indiquait les points cardinaux. Avec un autre geste de la main, elle fit disparaître les meubles le long des autres murs pour les remplacer par des bibliothèques basses où s'entassaient toutes sortes de livres sur l'Histoire de la Magie. La pièce prit des teintes de brun clair, foncé et noir, de multiples détails dans la décoration étaient soutenus par des dorures discrètes. Le tableau mobile était resté à sa place juste à gauche de son bureau et les tentures aux fenêtres hautes n'étaient plus là. Les plafonniers agrémentés de bougies avaient laissé place à de grosses lanternes oblongues à seize facettes en verre teinté, disposées à des hauteurs différentes. Des répliques de Retourneurs de Temps étaient suspendues au-dessus de la salle. Amalia ajouta au sol un tapis pour former une allée centrale et rapprocha les pupitres de ses élèves deux à deux. Elle était enfin prête à recevoir sa première classe de l'année.
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Déjà dans les couloirs, les étudiants arrivés par les calèches se bousculaient avec l'espoir d'être les mieux placés pour la Répartition. Amalia les salua et se faufila dans la foule pour rejoindre tous les professeurs présents à table, seuls manquaient les directeurs des maisons. Un homme à la moustache fournie et au ventre rebondi se tourna pour l'accueillir. Il était très loin du souvenir que son élève avait gardé. Ses cheveux épais et brillants couleur paille étaient maintenant dégarnis sur le dessus du crâne et argentés par endroit. Son embonpoint accentuait sa petite stature, faisant ressortir l'extraordinaire bedaine de son gilet bordeaux.
- Ah ! Amalia Richards, je savais que je vous retrouverais ici ! Dumbledore m'a si souvent parlé de vous ! Par contre, votre père n'a jamais été très loquace dans sa correspondance vous concernant !
- Professeur Slughorn, quel plaisir de vous revoir, répondit-elle d'une voix polie.
- Oh ! Nous sommes tous les deux enseignants ici, appelez-moi Horace !
Le nouveau maître de potions tenait dans ses mains une coupe de vin et faisait de grands mouvements de bras, renversant la moitié de son contenu sur la nappe blanche de la table. Après avoir esquissé un sourire forcé, l'attention d'Amalia fut reportée sur les sabliers de décompte des maisons.
- Hum Albus ? débuta la jeune femme. N'y aurait-il pas une erreur avec la clepsydre de Gryffondor ? Elle est vide.
Le directeur tourna la tête pour constater ce fait inédit.
- Je ne crois pas, j'ai veillé ce matin-même à remettre les compteurs sur 10 points pour que les sabliers soient visibles. Un élève a dû les faire perdre…
Au même moment, les professeurs Chourave, Flitwick et McGonagall entrèrent dans la Grande Salle suivis par leurs étudiants et des premières années pour débuter la cérémonie de Répartition. Lorsque McGonagall arriva devant la table des professeurs, Amalia lui demanda :
- Minerva, avez-vous été informée de la punition d'un Gryffondor ? Leur sablier est vide !
- Ah non, il n'est pas vide, il est en négatif ! ajouta Flitwick en se penchant sur le réservoir de rubis.
- C'est vraiment étonnant, jamais une maison n'avait été dans le négatif avant la Répartition ! compléta la directrice adjointe en vérifiant à son tour le niveau des rubis.
- Si ce n'est aucun d'entre nous qui a enlevé ses points, il ne reste qu'une solution… marmonna Amalia.
Ils durent attendre la fin de la cérémonie pour voir apparaître le dernier directeur accompagné de Harry Potter pendant que le professeur McGonagall rangeait le Choixpeau magique. Tous les regards se posèrent sur eux mais un seul était à la fois noir et glacial. Rogue remonta l'allée entre les tables et ne remarqua l'expression d'Amalia que lorsqu'il dut passer devant elle pour rejoindre sa place.
- Quoi ? lui lança-t-il d'un ton sec.
- Combien ?
- Combien quoi ?
- Combien as-tu enlevé de points à Gryffondor ? demanda-t-elle les dents serrées.
- Autant que je le souhaite. Laisse-moi passer !
- Severus…
L'homme s'agaçait et chercha un soutien auprès du directeur de Poudlard assit juste derrière. Dumbledore les observa avec un sourire radieux et haussa les épaules, bien content que quelqu'un se charge à sa place de réprimander l'excès de zèle de son enseignant. Ce dernier soupira avant de planter ses yeux dans ceux d'Amalia. Bien qu'elle affichait une sincère colère, ses iris verts lui rappelaient trop de souvenirs pour qu'il n'ait pas une envie soudaine de la faire taire en l'embrassant.
- Ah ! Vous voilà enfin ! J'avais tellement de choses à vous demander sur les matières premières de votre réserve personnelle que vous acceptez de me laisser ! s'exclama la voix de Slughorn qui coupa court à cet échange.
- 70 et avant que tu ne pestes, tu m'excuseras, on me demande, souffla-t-il à voix basse tout en s'installant à la droite de son remplaçant, laissant Amalia pouffer d'indignation.
Dans la Grande Salle, les éclats de rire annonçaient une nouvelle année pleine de surprises. Et la première fut l'annonce de changement du maître de potions et du nouveau professeur de Défense Contre les Forces du Mal, l'information accueillie avec entrain par la table des Serpentard eut cependant un écho plus timoré auprès des autres élèves et adultes. Dumbledore se racla la gorge pour reprendre la parole car le réfectoire bourdonnait de conversations à la nouvelle que Rogue avait finalement réalisé son dessein le plus cher. Apparemment inconscient de la nature sensationnelle des informations qu'il venait de donner, le directeur attendit quelques secondes pour s'assurer que le silence était absolu avant de continuer. La fin de son discours n'augurait rien de bon.
- Je vais maintenant réclamer toute votre attention. Pendant l'été, vous avez dû apprendre le retour de Lord Voldemort et de ses partisans...
Les derniers murmures se turent dans un silence de plomb.
- Je n'insisterai jamais assez sur le fait que la situation actuelle est dangereuse, instable et que nous mettons tout en œuvre à Poudlard pour assurer votre sécurité. Les fortifications magiques du château ont été renforcées, nous sommes protégés par des Aurors mais nous devons garder à l'esprit que la meilleure arme qui puisse servir aux Ténèbres, reste vous. Je vous implore donc, si vous remarquez quoique ce soit d'étrange, de le signaler immédiatement à un membre du corps enseignant. Je vous fais confiance pour vous conduire avec la plus grande prudence et de veillez à votre sécurité ainsi qu'à celles de tous vos camarades sans exception.
Amalia eut le sentiment que ces paroles lui étaient aussi adressées. Tout être magique représentait une cible ou un atout potentiel pour Voldemort dont il se saisirait dès que l'occasion se présenterait. La jeune femme en particulier n'échappait pas à cette règle et débuta son repas d'un air morose. Ni les grimaces de Dumbledore, ni les histoires de Hagrid ne parvinrent à la sortir de son état.
- Au fait, comment va Aragog ? coupa-t-elle pour que le garde-chasse arrête de lui parler des variétés de choux de l'école.
Mais elle regretta très vite sa phrase lorsque son ami sombra dans une profonde mélancolie.
- Oh, ça ne va pas mieux… Je crois qu'il ne terminera pas l'année !
- Je suis désolée Hagrid, je ne voulais pas te faire de la peine. Son état a empiré ? Comment est-ce possible ?
- La vieillesse ! Les araignées aussi meurent un jour !
L'enseignante songea à la dernière qu'elle avait écrasé ce matin et elle espérait secrètement qu'il s'agisse d'un bébé Acromentule. Ne sachant pas quoi ajouter, elle lui tendit un coin de la nappe pour que le demi-géant puisse essuyer les grosses larmes sur ses joues sans envisager qu'il s'y moucherait également.
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A la fin du dîner, elle aurait aimé passer un peu de temps dans la salle de musique et avec de la chance, Harry serait venu la rejoindre. Malheureusement se fut Slughorn qui l'intercepta.
- Amalia très chère, dites-moi…
- Oui Horace ?
- Comme vous devez déjà vous en douter, je suis un grand admirateur du travail de votre père. Qu'il repose en paix !
- Bien, c'est gentil à vous de me le faire savoir.
- Est-ce que, par le plus grands des hasards, il vous aurait laissé un manuscrit inachevé ? Je serai très friand de la suite de ses recherches sur certains sujets…
Il y avait bien entendu, le manuel qui lui avait légué pourtant il n'était pas à destination du grand public et elle espérait déjà reprendre son entraînement. Sans ce livre elle serait perdue. Une idée lui vint alors.
- Mon père n'avait aucun travail d'édition en cours cependant, vous serez peut-être intéressé par un autre ouvrage. Le Professeur Rogue et moi-même avons révisé le manuel de potions des premières années et le travail a été présenté au Ministère. Malheureusement, il n'a pas reçu l'accueil escompté. Votre œil avisé et votre cercle d'amis pourraient peut-être y remédier si le Professeur Rogue accepte que je vous présente le prototype ?
- Nous allons immédiatement lui demander ! Severus ?
L'ancien maître de potions était sur le point de sortir de la Grande Salle quand il entendit les appels de Slughorn, il se figea et avant de se retourner nonchalamment.
- Oui ?
- Amalia vient de me parler de votre travail en commun. Quand vous aurez l'un ou l'autre quelques instants à m'accorder, serait-il possible que je me penche dessus ? J'avoue que Dumbledore m'en avait touché deux mots !
Le sorcier le regarda avec avidité, ne tenant plus en place dans l'attente d'une réponse. Rogue acquiesça avec agacement et reprit sa route.
- Dans ce cas, ce sera avec plaisir Horace ! Je vous apporterai ce livre dans la semaine.
- Oh quelle joie ! Merci beaucoup ! glapit l'enseignant avec fougue.
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- Albus, pourquoi m'as-tu donné rendez-vous ici ? débuta Amalia en détaillant la pièce un peu spéciale dans laquelle ils se trouvaient.
La tour d'Astronomie était dans l'une des flèches les plus hautes du château, depuis la rambarde donnant sur un balcon d'où l'on pouvait aisément apercevoir la salle de musique. Au centre de la pièce, les astrolabes et autres instruments de mesure attendaient d'être utilisés. La voûte en bois était décorée d'inscriptions laissées par les élèves année après année, on pouvait y lire des J + L = ou encore des insultes sur certains professeurs. Du coin de l'œil, l'enseignante d'Histoire vérifia qu'elle n'en était pas le sujet sur les plus récentes et découvrit que l'affront qu'elle avait infligé à Ombrage en fin d'année dans la Grande Salle en embrassant un de ses collèges, était très largement commenté. D'un coup de baguette, elle effaça les graffitis et reporta son attention sur Dumbledore.
- Le ciel est clair, bien dégagé, c'est agréable de venir prendre l'air ici ! répondit sobrement le directeur en se tournant vers sa pupille.
- Je dirais qu'il fait horriblement froid, humide mais j'admets que le ciel est idéal pour une observation des étoiles. Aurais-tu peur que nous soyons entendus dans ton bureau ?
- Certes, il y a un peu de cela. Phineas est gentil sauf qu'il écoute les conversations en ce moment…
- Tu veux dire depuis la mort de Sirius ?
- Tu as tout compris. A ce propos, comment te portes-tu ?
- Bien mieux Albus, ne t'en fais pas.
Elle accompagna sa réponse d'un geste de la main.
- As-tu repris la pratique de la magie ? s'inquiéta le vieux sorcier.
- Peu à peu… Je trouve tout cela frustrant. Nous avons des pouvoirs extraordinaires qui dépassent le commun des mortels et pourtant, il ne nous est pas possible de faire revivre nos morts. Il y a là quelque chose d'illogique, tu ne crois pas ?
- J'y ai souvent réfléchi au cours de ma longue vie et j'en suis venu à la conclusion que c'est pour nous distinguer des Dieux que cette limite existe…
Dumbledore regardait l'horizon avec tristesse, il pensait à toutes ces vies subitement arrêtées dans leur élan par la Mort.
- Et comment va Harry ? osa Amalia en se rapprochant de la rambarde pour observer le Lac Noir.
Des formes ondulaient à la surface sans sortir de l'eau.
- Il est bien occupé à ce que l'on m'a dit ! pouffa le directeur.
- Déjà collé ?
- A trier les Veracrasses de la réserve du château ! Et je te laisse deviner par qui !
Elle souffla d'exaspération en pensant que jamais Rogue et lui ne pourraient cohabiter dans la même pièce sans qu'un accident éclate.
- Cependant, il a fait une forte impression à Horace ! reprit Dumbledore.
- Ah ? Tu es étonné ? Slughorn aime collectionner les élèves prestigieux.
- Il aurait dit que Harry avait le même talent que sa mère !
- D'accord, j'admets qu'il va loin car pour l'avoir eu en cours de potions l'an dernier, je peux t'assurer que lorsqu'il est détendu, Harry sait lire des instructions mais Lily avait l'intelligence peu commune qui permet de les modifier avec astuce. Si Horace l'apprécie… C'est l'essentiel, non ?
Le vieux sorcier la regarda et sourit.
- Tu as raison, je vais bientôt expliquer à ce garçon ce que j'attends de lui.
- Je me disais bien que tu ne l'avais pas fait revenir pour libérer Severus de ses obligations et lui offrir le cours qu'il convoitait tant… Qu'est-ce que notre nouveau professeur a de si important pour que tu lances Harry comme appât ?
- De la mémoire ! s'exclama Dumbledore. De la mémoire !
- Puis-je faire quelque chose pour t'y aider ?
- Pas pour cela, j'ai autre chose te concernant.
- C'est pour qu'on ne m'entende pas crier que tu m'as fait venir dans la tour d'Astronomie ? ironisa-t-elle en lui adressant un regard suspicieux alors que Dumbledore se mit à rire et reprit un peu de son sérieux pour annoncer une nouvelle importante.
- Horace est revenu à Poudlard car je souhaite qu'il nous livre les secrets qu'il partage avec un de ses anciens élèves, un certain Tom Jedusor.
Il releva les yeux par-dessus ses lunettes pour observer la réaction d'étonnement d'Amalia et continua.
- Il entretient également d'excellentes relations avec les vampires de l'Est et nous avons besoin de savoir s'ils prennent part ou non de la guerre contre Lord Voldemort.
- D'accord, je vais te laisser finir avant de me mettre à hurler… articula la jeune femme en serrant le bord de la rambarde de toutes ses forces.
- Alexander a refusé de me recevoir lors de ma visite de courtoisie, après mon départ précipité de Poudlard en avril. J'ai vu énormément d'espèces et de créatures, seuls les vampires ont un grand pouvoir et ne se sont pas encore prononcés. J'ai besoin que tu m'aides à les convaincre.
- C'est Alexander que tu as invité ? Pas Adrian ?
- Oui.
- Qu'attends-tu de moi ?
- C'est toi qui les connais le mieux et tu arriveras certainement à trouver les bons arguments. Je préférerai entendre qu'ils s'allient à nous…
- Bien, je t'y aiderai, tant qu'Adrian n'est pas présent, soupira Amalia.
En prononçant ces mots, la jeune femme n'avait pas encore idée de la complexité que présenterait sa tâche.
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Les élèves parcouraient le château à toute allure, le cours des premières années allait débuter et beaucoup étaient déjà en retard. Cette insouciance collective faisait presque oublier qu'une guerre avait débuté quelques mois plus tôt. Dans le cloître, l'une des enseignantes l'avait à l'esprit mais s'efforça d'accueillir les derniers étudiants avec bienveillance.
- Bonjour à tous, bienvenue au cours d'Histoire de la Magie des premières années, je dis ça pour les trois têtes en l'air du fond qui se sont trompés de tranche horaire ! prononça à voix haute Amalia tout en distribuant des supports chronologiques à compléter.
Un garçon au blason vert et argent leva le doigt pour lui poser une question.
- Oui, Mr. ?
- Biggs, Professeur !
- Je vous écoute.
- On m'a dit que vous enleviez des points aux Serpentard pour compenser ce que perd Gryffondor. Est-ce que c'est vrai ?
Des rires étouffés accompagnèrent cette déclaration. L'enseignante d'Histoire le dévisagea avant de réaliser qu'elle faisait enfin partie de la légende du collège et que les rumeurs à son sujet étaient un signe d'intégration.
- Non Mr. Biggs. Si vous faites perdre des points dans mon cours à votre maison, il ne faudra vous en prendre qu'à vous-même, tout comme les Gryffondor lorsqu'ils en perdent pendant les autres heures. De plus, j'enseigne l'Histoire, pas les contes et légendes. Donc si vous avez encore besoin d'avoir une confirmation sur une rumeur, adressez-vous à vos préfets ou éventuellement lisez l'Histoire de Poudlard, cela ne vous fera pas de mal. Bon ! Aujourd'hui nous allons étudier le Code International du Secret Magique. Pour ceux d'entre vous qui ont été élevés dans cet univers, il s'agira d'une révision et pour les autres d'une découverte. Au fond de la salle des soupirs s'élevèrent. Ravie de savoir que ce sujet remporte un franc succès ! Regardez le parchemin posé devant vous !
Le vélin était animé par des dessins humoristiques et des bulles vides. Au fur et à mesure de l'heure, Amalia leur glissait des anecdotes amusantes et les espaces vides se complétaient.
- Norbert Dragonneau dans son ouvrage Vie et habitat des animaux fantastiques – que vous devez absolument lire si ce n'est pas déjà fait – explique que le Code International du Secret Magique a été créé suite aux persécutions dont étaient victimes les sorciers par les Moldus. Avez-vous une idée de la raison de celles-ci ?
Les élèves échangèrent un regard interrogateur, ils n'avaient pas l'habitude qu'on leur demande ce qu'ils pensaient d'une situation. Pourtant, un doigt se détacha du lot.
- Allez-y, Miss Lloyd c'est ça ?
- Oui Professeur. Les Moldus persécutaient les sorciers parce qu'ils sont bêtes ?
A nouveau, des ricanements idiots rompirent le silence monacal de la salle.
- Non Miss Lloyd, il n'y a pas plus d'imbéciles chez les Moldus que chez les sorciers, rit Amalia attendrie par cette approche naïve. C'est la peur et l'incompréhension qui ont mené à une éradication des sorciers. Il est dans la nature humaine de se méfier de ce que l'on ne connaît pas et les Moldus n'ont pas cherché à comprendre ce qu'ils voyaient, pour eux l'apparition d'un phénomène qui ne soit pas naturel est le fait d'un dieu ou d'une entité mystique. Donc, le Code International du Secret Magique a été créé pour protéger à la fois les sorciers et les créatures magiques des Moldus.
- Mais Professeur, si on est plus forts qu'eux pourquoi est-ce qu'on ne se sert pas de la magie pour les soumettre au lieu de nous cacher ?
- Excellente question ! Pourquoi ferions-nous aux Moldus ce qu'on leur a reproché de nous faire ? De plus, les sorciers ont effectivement un plus grand pouvoir que les Moldus, c'est donc plus facile pour nous de nous rendre invisibles à leurs yeux que l'inverse. Bathilda Tourdesac - une grande historienne de la Magie dont nous parlerons souvent - relate tous ces événements. Après la signature du Code International du Secret Magique en 1689, les sorciers se cachèrent définitivement et pour passer inaperçus tout en continuant à pratiquer la magie sans se faire remarquer, ils formèrent des communautés.
Le support pédagogique réagit en faisant apparaître la date dans l'une des bulles.
- De nombreux villages et hameaux attirèrent des familles qui s'associèrent pour assurer leur protection et s'apporter une aide mutuelle. Les villages de Tinworth en Cornouailles, Flagley-le-Haut dans le Yorkshire et Loutry Ste Chaspoule au sud de l'Angleterre sont les plus connus, il y a parfois des Moldus vivant parmi les sorciers sans le savoir grâce au sortilège de Confusion.
Sur leurs parchemins, les élèves virent qu'un dessin représentant un sorcier avec un chapeau pointu se donnait un coup de baguette pour apparaître et disparaître.
- L'article 73 contraint toutes les administrations magiques dans le monde à s'assurer que le secret soit respecté dans le cas où une créature ou un sorcier attire l'attention d'un Moldu. Ici il s'agit du Ministère de la Magie, certains d'entre vous doivent avoir des parents qui y travaillent, non ?
Dans la salle, des têtes acquiescèrent.
- En ce qui concerne les animaux magiques, il fallut attendre la Confédération internationale des sorciers en 1692 pour qu'un accord soit trouvé sur les espèces à cacher et complètement effacer de tous les livres Moldus leur existence. Vingt-sept espèces ont été désignées et ce nombre a été augmenté au fur et à mesure lorsque de nouvelles méthodes magiques permirent la dissimulation d'autres espèces. Aux yeux des Moldus, elles se sont simplement éteintes.
La cloche sonna pour annoncer la récréation.
- Déjà ? s'exclama une fille au premier rang.
Son professeur se mit à sourire et les laissa partir pour profiter des derniers rayons de soleil avant que le vent glacial n'apporte la neige.
Amalia sortit également pour s'asseoir dans le cloître, les rayons doux de lumière lui balayèrent le visage, elle savoura l'instant quand son attention fut reportée à sa droite. La porte de la salle de classe de Défense Contre les Forces du Mal venait de s'ouvrir à la volée et les élèves s'en échappaient comme une nuée de mouches, au milieu elle aperçut les têtes d'Hermione, Ron et Harry. Ils s'en allèrent d'un pas rapide comme pour fuir le cours qu'il venait d'avoir. Dans l'encadrement de la porte une silhouette noire et familière se dessina, Rogue fixa Amalia sans pour autant s'en approcher. L'air de rien, elle regarda les étudiants rire aux éclats, courir et flirter avec insouciance. Lorsqu'elle se retourna à nouveau vers son collègue il continuait à l'observer les bras croisés, ce fut alors qu'une envie de le taquiner lui prit.
- Tu peux venir, je ne mords pas tu sais… déclara-t-elle d'une voix forte pour qu'il puisse l'entendre de sa place.
- Ce n'est pas l'impression que tu m'as donné au repas hier soir.
Amalia leva les yeux au ciel et murmura pour elle-même :
- Crétin…
- Je t'ai entendu.
La jeune femme n'eut pas l'opportunité de répliquer, un hibou se posa sur son épaule et lui délivra enfin une bonne nouvelle.
« Am',
Viens me voir à Pré-au-Lard samedi si tu le peux, je te ferai visiter ma chambre au Trois Balais !
Tonks »
L'oiseau trépignait sur l'épaule de son hôte et lui donna un coup de bec dans les cheveux. L'enseignante le conduisit dans sa salle de classe pour griffonner une réponse rapide et le lâcha au grand air avant la reprise des cours.
oOo
La fin de semaine approcha vite et Amalia s'emmitoufla dans sa cape, ses gants et son écharpe pour prendre le chemin de Pré-au-Lard d'un pas enthousiaste. L'idée de pouvoir à nouveau discuter autour d'un thé-Brandy avec Tonks la mit en joie. Pourtant, son élan fut coupé par l'ambiance étrange qui planait sur le petit village magique. Des patrouilles d'Aurors déambulaient dans les rues, fouillant au hasard les sacs et adressant des mises en garde aux passants. Amalia s'engouffra dans la taverne de Madame Rosmerta qui l'accueillit à bras ouverts, les signes de fatigue sur son visage trahissaient son manque de sommeil. En haut de la mezzanine donnant sur la salle, Tonks se pencha pour héler son amie.
- Viens, c'est par ici !
Amalia monta l'escalier, le pallier abritait trois alcôves en bois séparées par des panneaux et meublées d'une table et de bancs pour permettre des rendez-vous à l'écart de la salle principale. Le couloir continuait vers les chambres de l'auberge, Tonks ouvrit un battant et s'assit en tailleur sur le lit.
- Tadam ! Voici ma nouvelle demeure ! C'est spartiate mais c'est le Ministère qui paie donc je n'ai pas à me plaindre ! Mes collègues masculins se partagent une chambre pour deux.
- Je les ai vu dans la rue principale, les habitants ne sont pas contents… répondit la jeune femme en prenant place sur la chaise devant un bureau miteux où il manquait un tiroir.
- Madame Rosmerta ne les porte pas non plus dans son cœur. Ils partent souvent sans payer ou rallongent leurs ardoises. Sans compter que toutes les chambres sont prises pour l'année, elle refuse beaucoup de monde à cause de nous.
- Vous êtes aussi là pour assurer la sécurité de Poudlard, c'est important. Bon, et toi dis-moi, comment te sens-tu ?
- Ça peut aller. J'ai parfois des nouvelles de Remus qui consent enfin à me répondre, ses courriers sont assez courts pour tout te dire. Et toi ?
Amalia replia ses jambes sur sa chaise et posa son menton sur ses genoux, l'air vague.
- La routine…
- Ah non, il y a autre chose !
- Hum, je n'ai pas trop envie d'en parler.
Sa voix était faible.
- Pardon, je n'aurais pas dû insister… Je pensais que tu remontais la pente après le décès de Sirius.
- Oh non, je vais mieux. J'ai encore des coups durs, mais quand je croise Harry et le vois sourire, je me dis que je dois être aussi forte que lui. Ce n'est pas cela.
- Qu'est-ce qu'il y a alors ?
L'Auror fit apparaître deux Bièraubeurres sur le bureau et lui en tendit une.
- T'as rien de plus fort ?
- Pas pendant le service ! répliqua-t-elle en haussant les épaules.
- Il y a un homme dans ma vie, il y avait plutôt.
- Ah ? Je le connais ?
Tonks était surprise et curieuse.
- Je ne t'en dirais pas plus !
- Aller, tu sais tout de mes aventures avec Remus !
- Tonks... En plus, avec le retour de Voldemort, il préfère que l'on ne se voit plus.
- Alors c'est un couard et il ne te mérite pas !
Avec une délicatesse qui ne lui était pas familière, Tonks serra Amalia contre elle sans poser plus de question.
- En parlant d'idiot, j'ai fait une mauvaise rencontre à la rentrée ! reprit-elle.
- Ah ?
- Il y avait quelque chose de bizarre quand les enfants sont descendus du Poudlard Express, je n'ai pas aperçu Harry et j'ai vu Ron et Hermione partir dans une carriole sans lui. J'ai donc passé en revue tous les wagons au cas où... Et j'ai bien fait !
- J'avais la nette impression qu'il se passerait encore quelque chose si je n'accompagnais pas les élèves cette année...
- Tu as eu de l'intuition ! J'ai heurté quelque chose au sol...
- Comme c'est inhabituel pour toi ! ironisa Amalia.
- Ah ah, rit-elle d'un ton laconique. Il n'empêche, c'était Harry !
- Comment ? Tu lui es tombée dessus sans t'en rendre compte ?
- Pas du tout ! En fait il était stupéfixié et caché sous sa cape d'invisibilité ! Il a eu quelques problèmes avec le fils Malefoy... C'est arrivé au moment où le train repartait. Nous sommes descendus juste à temps et je l'ai ramené à la limite du domaine. Hagrid était prévu par Dumbledore à la réception des élèves au château donc je lui envoyé un signal pour qu'il sache que Harry était avec moi et en sécurité mais c'est ce crétin de Rogue qui l'a intercepté ! Il s'est moqué de mon Patronus et m'a refermé le portail au nez !
- Je comprends mieux comment Gryffondor a perdu des points avant même le début du banquet !
- Je suis certaine qu'il en a profité pour se venger alors que c'est un élève de sa propre maison qui aurait dû être puni pour s'être battu avec un camarade !
Tonks était indignée et faisait de grand gestes des mains pour marquer sa colère. Elles continuèrent d'échanger sur la vie à Pré-au-Lard et à Poudlard, les différents événements survenus à cause de la présence des Aurors dans le village, les lettres de Mrs. Weasley ou de Maugrey. Peu à peu, Amalia retrouva le sourire. Les derniers mois avaient été chargés et le manège émotionnel dans lequel elle avait embarqué lui faisait penser aux wagons de Gringotts.
Prochain chapitre : L'enquête du Lion et du Serpent
Notes : Hé ! J'espère que vous avez passé un excellent Nowel en famille ! Je tenais à remercier tous ceux et celles qui suivent déjà cette nouvelle histoire ainsi que pour les reviews sur les anciens chapitres, un très très grand merci ! Ce chapitre annonce l'arrivée à la fois de Slughorn et d'un nouvel OC qui se présentera dans le chapitre 5. A mardi prochain !
