Chapitre II : Adieu Privet Drive

A des centaines de kilomètres de là, à Little Whinging, Harry Potter ne parvenait pas à trouver le sommeil. Depuis qu'il avait quitté Poudlard et était revenu chez les Dursley, Harry n'arrivait plus à dormir. Un millier d'images se bousculaient dans sa tête. Les tragiques événements survenus à la fin de sa sixième année à Poudlard l'obsédaient. Il revoyait sans cesse le corps inerte du Professeur Dumbledore, le visage mutilé de Bill Weasley, celui de Rogue lorsqu'il avait lancé l'Avada Kedavra contre Dumbledore, les combats des membres de l'Ordre et de l'A.D. contre les Mangemorts dans les couloirs de Poudlard.

Tous ces souvenirs en appelaient de plus anciens, tout aussi tragiques : la mort de son parrain Sirius et celles de ses parents. Tous ces morts, toutes ses victimes le rendaient fou. Un an avait passé depuis la mort de Sirius et il avait toujours autant de mal à l'accepter. Et aujourd'hui, il devait également faire le deuil de son protecteur, Albus Dumbledore, le plus grand sorcier qu'Harry ait jamais connu, l'homme qui l'avait toujours soutenu, qui avait toujours cru en lui. Désormais, c'était à lui-même de se prendre en charge, de croire en lui.

Il en avait pris conscience lors de l'enterrement du Professeur Dumbledore, et avait pris une terrible résolution : il ne reviendrait plus à Poudlard. Il devait y renoncer pour combattre Voldemort, et il le ferait seul. Il ne pouvait se permettre de laisser Ron et Hermione le suivre comme ils le lui avaient promis. Encore moins Ginny, la personne à laquelle il tenait plus que tout au monde. Il ne voulait pas les exposer au danger ; et encore moins montrer à Lord Voldemort ce qu'il considérait comme des faiblesses. Il savait ses amis forts, courageux et tenaces, mais la Prophétie l'avait désigné lui, et lui seul, pour affronter le terrible mage noir.

En fait non : c'était Voldemort lui-même qui l'avait désigné comme son ennemi le plus dangereux, en le marquant involontairement d'une cicatrice en forme d'éclair sur le front.

Son choix lui faisait mal. Ginny avait eu l'air de comprendre son désir de la tenir à l'écart, de la protéger. Mais sa remarque ironique sur sa propension à l'héroïsme et à la noblesse d'esprit lui avait laissé un drôle de sentiment. Comme si Ginny avait voulu lui donner le change. Il avait peur également que ses deux meilleurs amis ne comprennent pas sa décision, qu'ils la prennent contre eux, presque comme une insulte. Pourtant il devait accomplir son destin seul, peu importe le vainqueur de leur ultime combat.

Et seul il se sentait en cette nuit de juillet. Mais il ne fléchirait pas. Il ne pouvait combattre le plus terrible mage noir que la Terre ait porté en ayant constamment à l'esprit la sécurité de sa petite amie et de ses deux meilleurs amis. S'ils tombaient sous la baguette de Voldemort, il ne se le pardonnerait jamais.

Son regard tomba sur sa montre qui indiquait minuit moins le quart, lui rappelant que passées quinze minutes, il aurait dix-sept ans et serait majeur pour le monde des sorciers. Plus rien ne serait plus comme avant. Il était revenu au 4 Privet Drive pour la dernière fois, à minuit il pourrait quitter cette maison qu'il détestait tant, probablement au grand soulagement des Dursley qui n'aimaient guère leur sorcier de neveu. C'était bien le seul motif de joie pour lui avec le mariage prochain de Bill Weasley et de Fleur Delacour.

- L'amour peut donc encore exister, même si Voldemort pousse tout le monde à désespérer, sème la discorde et propage la haine, pensa-t-il.

Les yeux fixés sur sa montre, Harry attendait que minuit sonne, annonçant ainsi la fin de l'enchantement que lui avait prodigué sa mère en mourant pour lui. Cette ancienne magie l'avait préservé de l'Avada Kedavra de Voldemort et devait être renouvelée tous les ans jusqu'à sa majorité auprès d'une personne de son sang, en l'occurrence, sa tante Pétunia, la sœur de sa mère. Il eut un sourire amer : c'était par une personne qui le détestait que l'amour de sa mère avait pu encore le protéger jusqu'à maintenant.

Il sillonna sa chambre à la recherche de quelque objet oublié, mais sa malle était déjà prête pour son départ chez les Weasley et Hedwige, sa belle chouette laponne, semblait, elle aussi, attendre avec impatience le moment du départ. Elle n'avait jamais aimé cette maison. Les Dursley obligeaient Harry à garder le pauvre oiseau enfermé dans sa cage et l'oncle Vernon menaçait de le transformer en plumeau à chaque hululement de sa part.

En attendant l'heure fatidique, tout en caressant sa chouette occupée à becqueter du Miam'Hibou, Harry relut la réponse de Ron à la lettre où il avait annoncé son arrivée tardive.

Ne t'en fais pas, nous t'attendons tous avec impatience. De toute façon personne n'arrive à dormir à la maison. Ici, c'est un peu la folie avec tous les préparatifs de mariage et les visites fréquentes des Médicomages à Bill. Hermione arrivera un peu plus tard dans la matinée. A demain soir.

Ron

En bas de la lettre figurait un post-scriptum à l'écriture féminine :

Je t'attendrai avec Ron. Je t'aime.

Ginny

En revoyant la petite écriture fine de Ginny, Harry se mit à trembler. Comment se passeraient leurs retrouvailles ? Depuis leur retour à Londres par le Poudlard Express, il ne lui avait pas écrit une seule fois, avec l'illusion qu'il parviendrait ainsi à l'oublier, à se défaire de son plus grand point faible face à Voldemort. Il ne comprenait toujours pas le point de vue de Dumbledore qui lui avait toujours répété que l'amour était sa plus grande force contre Voldemort.

C'était justement à cause de son amour pour Ginny qu'il se sentait vulnérable. Penser à elle lui était douloureux. Rien ne pouvait la lui faire oublier. Son parfum de fleurs fraîches, ses lèvres si tendres, le contact de son corps contre le sien, son sourire, même ses accès de colère la rendaient irrésistible aux yeux de Harry. Il brûlait et il craignait de la revoir. Il avait peur de ne pas pouvoir résister à la tentation de la serrer contre lui, de ne plus pouvoir la quitter. Déjà à l'enterrement de Dumbledore, il avait dû se faire violence pour lui annoncer sa décision.

Pourtant il devait se montrer fort. Il avait décidé de partir à Godric's Hollow sur la tombe de ses parents, dès la fin du mariage. Il sentait devoir y retourner, pour y puiser la force de continuer, rendre un hommage à James et Lily Potter qui avaient donné leurs vies pour lui. Peut-être y trouverait-il autre chose.

Après seulement il partirait à la recherche des Horcruxes de Voldemort, ces morceaux d'âme qu'il lui fallait détruire avant de pouvoir tuer le Seigneur des Ténèbres.

Malgré la disparition de Dumbledore, ni Voldemort ni ses Mangemorts ne s'étaient faits remarquer, comme s'ils préparaient quelque chose. La Gazette du Sorcier ne faisait mention que d'attaques sporadiques de Détraqueurs, ce qui était en soi bien assez inquiétant, et des mesures prises à ce sujet par Rufus Scrimgeour, le nouveau Ministre de la Magie depuis un an maintenant.

Mais Harry sentait que son ennemi tramait quelque chose de terrible et pas seulement pour en finir avec lui. Savait-il pour les Horcruxes ? Tout était possible. Dumbledore lui avait confié que le Seigneur des Ténèbres ne pouvait probablement plus sentir la destruction des Horcruxes : il n'était plus assez humain pour cela, après avoir tant de fois déchiré son âme. Mais Dumbledore avait exposé une croyance, pas une certitude. Lui-même admettait pouvoir se tromper : la trahison de Rogue en était une preuve flagrante. En termes de magie noire et avec Lord Voldemort, tout restait donc possible. D'autres questions le taraudaient : qui était R.A.B., ce mystérieux personnage qui les avait devancés, Dumbledore et lui-même, au lac noir ? Sa petite lettre laissait penser qu'il serait mort bien avant que Voldemort n'apprenne la destruction de cet Horcruxe.

Dumbledore lui-même était peut-être devenu une cible prioritaire, plus importante même qu'Harry : était-ce justement pour avoir découvert l'anneau de Gaunt et neutralisé l'Horcruxe qu'il contenait ? Par ailleurs, Voldemort savait déjà qu'Harry avait détruit le journal de Jedusor lors de sa deuxième année à Poudlard.

Soudain, sa montre se mit à sonner. Il était minuit :

- Joyeux anniversaire Harry, murmura-t-il tristement.

Le regard volontaire, il prit alors ses affaires ainsi que la cage d'Hedwige et sortit de sa chambre, laissant un mot d'adieu aux Dursley, leur expliquant qu'ils ne le verraient plus jamais. Harry imaginait déjà leur réaction : pour effacer toute trace des quinze ans que leur neveu avait vécu dans leur maison, la tante Pétunia désinfecterait la chambre et l'oncle Vernon irait brûler les meubles de Harry.

Arrivé devant la porte d'entrée, il ouvrit doucement la porte. Une fois sorti, il contempla la maison des Dursley avec soulagement : il n'aurait plus à y retourner.

- Adieu, murmura-t-il.

Il se mit alors en route dans Privet Drive, cherchant un endroit propice à l'appel du Magicobus. Arrivé au bout de la rue, il prit sa baguette et la leva. Presque aussitôt, l'immense bus à impériale violet apparut et s'arrêta devant lui. A sa grande surprise ce fut le visage constellé de tâches de rousseur de Stan Rocade qui l'accueillit à bord du Magicobus.

- Salut Harry ! T'as l'air surpris de me voir ? dit le jeune contrôleur du Magicobus.

- Un peu oui, je te croyais à Azkaban après avoir été arrêté par le Ministère, répondit Harry.

- Ils m'ont relâché il y a deux semaines. Et d'après ce que j'ai entendu dire, c'est grâce à Dumbledore et à toi. J'ai eu droit aux excuses personnelles du Ministre, Rufus Scrimgeour. Donc je crois que des remerciements sont de rigueur : merci Harry. Allez monte, je m'occupe des bagages.

Harry paya à Stan le prix de son billet annonça sa destination et monta s'installer. Au moment où le Magicobus démarrait, quelqu'un interpella Stan :

- Tu devrais aussi lui promettre de ne plus jamais te vanter de n'importe quoi je pense, Rocade !

Harry connaissait cette voix rocailleuse et le bruit de pas si particulier qui l'accompagnait :

- Professeur Maugrey ?! Que faites vous ici ?

- Je t'attendais Potter, et pas tout seul. On se doutait bien que tu quitterais tes Moldus dès que tu aurais la majorité, alors avec Tonks, Lupin et Shacklebot, on s'est dit qu'il valait mieux couvrir tes arrières jusque chez les Weasley puisque c'est chez eux que tu vas, n'est-ce pas ? Molly nous l'a dit hier.

- Je suis invité au mariage, je n'allais pas manquer ça…

Tous le saluèrent chacun leur tour avec de grands sourires, sauf Maugrey Fol Œil, qui le poussait sans ménagement vers une place à l'écart des quelques passagers du bus. Harry se sentait gêné de faire l'objet d'une telle surveillance. Il ne savait s'il devait les remercier ou leur en vouloir de le prendre encore pour un gamin.

Mais après tout il était l'Elu ; leur réaction se comprenait. Ils ne voulaient probablement pas laisser à Voldemort une occasion aussi tentante de l'éliminer. Ils n'étaient pas au courant de la teneur de la Prophétie, mais devaient avoir quelques soupçons. Comme s'il avait lu dans ses pensées, Lupin lui glissa :

- Harry, tu es notre seule chance contre Voldemort. Tu dois l'abattre, mais pour ça tu dois être prêt. Tu es un grand sorcier Harry, mais il te reste des choses à apprendre avant de te mesurer à lui. Et pour ça, il faut qu'on te mette à l'abri le temps nécessaire.

- Je ne retournerai pas à Poudlard cette année, répondit Harry sur un ton exprimant autant le défi que la tristesse.

- Personne n'y retournera Harry, dit Lupin, pas avant longtemps… Poudlard a fermé.