HARRY, JAMES ET LILY (sans oublier les Horcruxes)


Préambule : Les Harry, leur famille, leurs connaissances et leurs mondes appartiennent à madame J.K. Rowling. Le principe des mondes parallèles m'a été inspiré par Shakes Kinder Pinguy et Shinia Marina et leur saga Les neuf mondes (lien sur mon profil).

Cette histoire ne serait pas ce qu'elle sans l'aide de Fenice et Metos. Au delà des corrections habituelles, ils ont porté un regard critique sur mes écrits, signalé ce qui n'allait pas, m'ont donné matière à réflexion sur certains points et m'ont obligé à creuser certaines pistes. Merci également à Monsieur Alixe pour sa relecture grammaticale !


Chapitre II : Leçon de jardinage

Le temps que Harry se remette de sa surprise, un chien jaillit de la maison en frétillant. Dans un premier temps, l'animal sembla heureux de le voir. Puis il le renifla avec surprise et adopta une posture défensive. Il finit par aboyer agressivement contre le jeune homme qui recula précipitamment en sortant sa baguette, ce qui parut tenir le chien en respect.

Ce n'est pas drôle, eut-il envie de hurler au responsable de tout cela.

- HARRY ! cria une voix aiguë. Qu'est-ce que tu lui as encore fait ?

Une adolescente d'une quinzaine d'années arrivait en trombe de l'arrière de la maison. Elle était très brune, les cheveux indisciplinés malgré ses barrettes, et ses yeux marrons brillaient de colère.

- Rien du tout ! se défendit-il, pensant que, décidément, c'était toujours sa faute, où qu'il fut.

- C'est exact, Rose, intervint Lily. Récupère Titus avant que ton frère ne soit obligé de lui envoyer un Aguamenti.

Séduit par l'idée, Harry dut se retenir d'asperger le chien sans attendre. La jeune fille foudroya de nouveau Harry du regard, avant d'attraper le chien, qui n'en continuait pas moins à grogner contre lui, et de repartir en minaudant :

- Pauvre Titus, il a encore été méchant avec toi ? Raconte à maman ce qu'il a fait le vilain garçon.

Une version jeune de Mrs Figg ! se dit Harry. C'est pas drôle ! hurla-t-il derechef dans sa tête.

Une fois la fille disparue, Lily se tourna vers lui.

- Tu es certain de n'avoir rien fait à cette pauvre bête avant de partir ce matin ?

- Mais oui ! s'exclama Harry outré.

Pour une fois qu'il était sûr que ce n'était pas lui !

- Bon, d'accord. Je vais étudier mes notes dans mon bureau. Essaie de ne pas trop faire tourner ta sœur en bourrique d'ici l'heure du dîner.

Et elle entra dans la maison. Il hésita sur la conduite à tenir. Elle ne l'avait pas invité à le suivre, cependant rester dans le jardin où rodaient la furie et son molosse ne lui disait pas plus que ça. Il se demanda la signification de cette... sœur. Certes, si ses parents avaient vécu il aurait pu en avoir une. Pourquoi le lui montrer ? Qu'est-ce qu'une sœur hypothétique pouvait lui apprendre ?

Il monta les marches du perron et pénétra dans le vestibule. C'était grand. On sentait une certaine richesse dans cette maison. Sans prétention néanmoins, genre gentleman-farmer. Timidement il avança.

- Harry ! fit la voix de Lily le faisant sursauter. Tes affaires doivent être dans la cheminée du salon. Si elles y sont encore quand ton père arrive, je t'assure que je brûle tout.

- D'accord ! cria-t-il en retour, se demandant si l'inventeur de ce rêve de fou essayait de le mettre en garde contre l'idéalisation d'une vraie vie de famille.

Il poussa une porte au hasard. C'était une salle à manger. Un elfe de maison, à l'élégant torchon brodé, était en train de terminer de dresser le couvert.

- Pardon, dit Harry pris de court.

- C'est bientôt prêt, jeune maître, fit la créature en le saluant bien bas.

- Ah, euh, très bien, bafouilla Harry en ressortant précipitamment.

Il essaya, avec plus de circonspection, la porte d'en face. Il glissa un regard par le pan entrouvert : il découvrit un canapé, une table basse et le coin d'une cheminée. Il entra et repéra sans peine un gros ballot plein de suie dans l'âtre. Il le tira à lui, se demandant ce qu'il était supposé en faire. Et si l'indice qu'il cherchait désespérément se cachait là dedans ?

Il s'agenouilla et écarta les pans en tissus, sans se préoccuper de la poussière verte qui le fit tousser. Il cligna les yeux devant la diversité d'objets qui se déversèrent sur ses genoux. Des robes de sorcier plus ou moins pliées, des sous-vêtements, des cartes de chocogrenouille, des paquets de lettres, un encrier (qui avait un peu fui), un magazine froissé avec une sorcière au sourire coquin en couverture, des gants en peau de dragon, un euh... truc très sale, des livres de classe cornés, quelques cartes de St-Valentin qui lui étaient adressées...

Pris de curiosité, il les parcourut : "A mon roudoudou" (Hannah); "Au plus beau" (Parvati); "Juste pour te dire d'arrêter de sourire d'un air suffisant" (Ginny)

Il éclata de rire.

- Voilà une chose que j'aime entendre quand je rentre le soir ! s'exclama une voix joviale.

Il se retourna. James se tenait sur le seuil lui souriant chaleureusement. Harry ne put prononcer un mot, se contentant de le dévisager. Son père... Lui aussi a pris quelques années, nota Harry.

- Tu sais où est ta mère ? demanda l'homme.

- Euh... Ah oui, elle m'a dit qu'elle allait dans son bureau, répondit précipitamment Harry se rappelant qu'il lui fallait jouer le jeu.

- Merci. Si j'étais toi, ajouta-il sur un ton de conspirateur, je mettrais tout cela dans ma chambre au plus vite. Je suppose que ce sont les fameuses affaires oubliées.

Harry hocha la tête, toujours incapable de parler.

- Hé, tu dors ? s'étonna l'homme

D'un geste preste, il réunit d'un coup de baguette toutes les affaires éparpillées à terre.

- Allez, monte ça vite, pendant que je dis bonjour à ta mère.

Harry récupéra son ballot et suivit James dans les escaliers. Une fois parvenu au premier étage, ce dernier lui donna une bourrade amicale le propulsant, Harry l'espérait, dans la direction de sa chambre. Puis l'homme prit l'escalier plus étroit qui montait à l'étage supérieur. Sans doute était-ce là haut que se trouvait le fameux bureau.

- Et change-toi avant le dîner, lui conseilla James avant de disparaître de sa vue. Cela me déprime de te voir en robe d'uniforme.

- C'était la seule à sa taille, précisa sa mère au-dessus d'eux à travers le plancher. Toutes les autres étaient restées à Poudlard !

- On le saura, soupira son mari, avant de faire un clin d'œil au jeune homme et de monter la rejoindre.

Harry poussa une porte au hasard. C'était la salle de bain. Derrière la porte suivante, il découvrit une pièce aux murs couverts de poster animés, représentant des joueurs de Quidditch. L'avantage d'être supporter du Club de Flaquemare plutôt que des Canons de Chudley, se réjouit-il, c'est qu'on n'a pas l'impression d'être noyé dans un coucher de soleil permanent.

Il posa son sac et se dépêcha d'obéir à l'injonction qui lui avait été faite. Il prit une robe au hasard. Il changea également de chaussettes et de chaussures, car la poudre du cimetière les avait maculées, et il était probable que Lily remarque ce détail. Quand il s'examina dans le miroir du placard, il se trouva un peu mieux que d'habitude. Cela le changeait d'être habillé d'une robe de sorcier bien coupée, et un peu plus gaie que celle qu'il lui fallait enfiler pour aller en cours.

Il entendit ceux qui lui tenaient lieu de parents descendre et supposa qu'il devait en faire autant.

- Merci d'avoir fait un peu de toilette pour nous, lui sourit la femme, quand il arriva dans le vestibule.

- Et je vois que tu as mis les chaussettes que t'a offertes Sirius hier, remarqua l'homme d'un ton amusé.

Sirius ? Combien de morts suis-je supposé rencontrer ou avoir rencontré ? se demanda Harry avant de soulever le bas de sa robe de sorcier pour examiner ses chaussettes. Quand il les avait enfilées, chacune d'elles représentait un chien noir en train de dormir. En les mettant, il s'était fait la réflexion qu'elles étaient un peu tartes, mais il avait eu la flemme de se relever du lit où il s'était assis pour en changer. Les deux chiens s'étaient à présent réveillés. Celui qui ornait son tibia gauche fit le beau en lui faisant de l'œil, la queue battant avec tellement d'enthousiasme qu'il en oscillait. Celui de droite ne fit pas attention à lui, trop occupé à faire sa toilette intime.

- Oh ! souffla Harry, qui sentit monter en lui les prémisses d'un fou rire nerveux. Ça c'est drôle, reconnu-t-il.

Une chose était sûre. Voldemort n'avait rien à voir avec ce qui lui arrivait.

Harry jeta un nouveau regard vers ses jambes. Chien de gauche s'était roulé en boule et chien de droite se grattait l'oreille avec application. "Sirius" avait dit James. Oui, cela lui ressemblait bien ! Harry lâcha le tissu de sa robe, jetant un voile pudique sur son chenil ambulant. Il regarda son père rire de bon cœur et sa mère qui souriait avec indulgence.

- Vous faisiez une fameuse paire, hier soir ! s'exclama James décoiffant affectueusement la tête du jeune homme.

- Oh, mon chéri, qu'as-tu sur le front ? demanda Lily, en fixant l'endroit dénudé par la main de James.

Harry se demanda ce qu'il devait répondre à cette question, tout en raplatissant instinctivement sa frange sur sa cicatrice.

- Tu te donnes bien du mal pour la cacher, s'agaça Lily. Quelle bêtise as-tu encore faite ? Ne me regarde pas avec ses yeux là. Tu ne croyais tout de même pas réussir à la dissimuler jusqu'à la fin des vacances !

- Ce sont les vacances, justement ! intervint James. Laisse-le un peu souffler. Et laissons Minerva régler les problèmes de discipline à Poudlard. Si on n'a pas reçu de chouette, c'est que cela ne devait pas être si grave !

L'arrivée de Rose, qui revenait du jardin avec son chien, détourna l'attention de Lily :

- Non, chérie, pas question qu'il aille dans la salle à manger. Totsy va lui donner sa gamelle dans la cuisine, indiqua-t-elle fermement.

James se dirigea vers la salle à manger et Harry le suivit précipitamment, espérant ainsi échapper l'inspection inquisitrice de cette "mère" qui lui tombait d'un rêve.

L'elfe de maison, déjà aperçu par Harry, commença le service. James parla d'un artiste qui enchantait les toiles de façon prometteuse. Aux réponses de Lily, Harry crut comprendre que l'homme finançait de jeunes entrepreneurs ou des artistes. Elle-même affirma que ses recherches avaient bien avancé et qu'elle avait trouvé des pistes intéressantes dans les ouvrages consultés à Poudlard. Quant à Rose, elle semblait être en fin de troisième année à Poudlard. Elle insista beaucoup pour qu'on lui achète une batte pour intégrer l'équipe de Quidditch l'année suivante.

Le jeune homme ne prononça pas un mot, écoutant la conversation, toujours dans l'espoir de comprendre ce qu'il faisait là. Découragé par le manque d'intérêt de tout ce qu'il avait entendu, il déclina la proposition d'aller au salon avec ses parents et sa sœur après le dîner. Vu le niveau des échanges durant le repas, il estima plus intéressant d'aller regarder de près ce qu'il avait ramené de Poudlard. Alors qu'il montait l'escalier, il entendit Lily s'exclamer :

- Qu'est-ce qu'il a ce soir ? Il n'a pas dit un mot !

- Tu lui as fait passer sa première journée de vacances à travailler, lui fit remarquer James. On peut comprendre qu'il fasse un peu la tête.

- Il faut bien que nous l'obligions à grandir un peu ! se défendit Lily.

- Il a bien le temps, répondit James.

Un drôle de sentiment monta à la gorge de Harry : une envie de rire et de pleurer à la fois. Il se trouva surpris par cette forme de maternité. Entre l'indifférence de la tante Petunia et la surprotection de Mrs Weasley, il n'avait jamais connu de présence maternelle tout à la fois impliquée dans son éducation et soucieuse de ne pas le maintenir en enfance. Et quelle différence entre Dumbledore, qui attendait tellement de lui, et l'indulgence affectueuse qu'il avait sentie dans la voix de James. C'est ça les parents que j'aurais dû avoir, réalisa-t-il. Mais qui les connaissait assez pour me montrer ça ?

oo§O§oo

Dans sa chambre, Harry étudia de près les affaires qu'il y trouva. Très vite, il écarta les vêtements, qu'il jugea sans intérêt. Il les entassa dans l'armoire et étudia les lettres. Il y en avait toute une série signée 'Maman' qui narrait des anecdotes s'étant déroulées durant l'année scolaire. Il comprit ainsi que, dans cet étrange endroit, Sirius était marié et père d'une fille, et que Remus travaillait au Ministère et Peter dans une animalerie du Chemin de Traverse.

Outre les fameuses cartes de St Valentin, il y avait également des lettres d'amour qui lui était adressées de la part de plusieurs filles de l'école. Il les parcourut rapidement, ayant l'impression de violer l'intimité d'un autre. Il découvrit également ce qu'il identifia comme des produits des jumeaux Weasley et qu'il manipula avec soin.

Vers quatre heures du matin, il avait lu tous les documents qui lui étaient tombés sous la main, examiné tous les placards, exhumé des affaires défraîchies du fond des tiroirs et il n'avait toujours pas l'impression d'avoir récupéré d'information essentielle. Il n'avait sous les yeux que les traces de la vie d'un jeune homme comblé : adultes attentifs et aimants dans son entourage, une vie sociale et sentimentale beaucoup plus réussie que la sienne, une grande amitié avec Neville Londubat, dont il avait retrouvé maintes annotations drôles et ironiques sur ses livres et devoirs.

Si c'est pour me prouver que l'Amour est formidable, c'est bon, j'ai compris, indiqua-t-il à celui qu'il imaginait avoir mené tout ceci. A ce moment précis, il suspectait plus particulièrement Dumbledore. Bon, et maintenant ? Comment je rentre, moi ? Vous me connaissez, Professeur, sans Hermione, je suis incapable de comprendre ce que vous voulez m'expliquer...

Pas de réponse.

Fantastique, je suis en train de parler tout seul. Je vais vraiment finir à Ste Mangouste !

Il s'assit sur le lit avec lassitude et bailla. Il eut soudain l'illumination.

Mais bien sûr ! Je vais m'endormir et me réveiller à Poudlard !

Pressé de sortir de cette illusion qui n'en finissait pas, il s'allongea, sans se donner la peine de retirer sa robe et se laissa emporter par Morphée.

oo§O§oo

Un poids sur son estomac et une voix féminine, clamant son nom le réveilla brusquement. Il ouvrit les yeux et se retrouva nez à nez avec une frimousse espiègle. Après quelques secondes d'égarement, la mémoire lui revint et il comprit :

- Merde, je suis toujours là !

- Tu voulais te lever plus tôt ? demanda Rose. C'est raté. Il est dix heures et c'est Maman qui m'a demandé de te réveiller

Il se redressa péniblement, tâchant de comprendre ce que la poursuite de cette hallucination impliquait. Il eut du mal à se concentrer, alors que la jeune fille continuait à babiller :

- T'as dormi tout habillé ? Maman va pas être contente si elle l'apprend. Dépêche-toi de faire ta toilette, car Totsy va desservir le petit-déjeuner.

Le cerveau encore embrumé, Harry prit des vêtements propres et se dirigea vers la salle-de-bains. Sous la douche, il se demanda quelle attitude adopter. Devait-il essayer de retourner à Poudlard pour retrouver la salle qui l'avait fait perdre conscience ? Non, c'était idiot. S'il rêvait, peu importait l'endroit où il croyait être dans son rêve, puisque son corps n'avait pas quitté Poudlard. Et s'il ne rêvait pas ? Cette vision donnait une impression de réalité qu'il n'avait jamais approchée en rêve... sauf quand il était dans l'esprit de Voldemort.

Pourquoi Voldemort lui donnerait la vision de la vie de famille qu'il aurait dû avoir. Il était vrai que, contrairement à Dumbledore, il était persuadé que l'amour était une faiblesse. Croyait-il affaiblir Harry en lui montrant ce que la vie lui avait refusé ? C'était à n'y rien comprendre. Et puis d'ailleurs, cette histoire de chaussettes canines le convainquait que Voldemort ne pouvait être mêlé à ceci.

Des chaussettes. Cela ramenait plutôt à Dumbledore. J'en ai marre, pensa très fort Harry. Arrêtez cette mascarade, je n'y comprends rien, je vous dis !

Une fois habillé, il descendit et se rendit dans la salle à manger, espérant trouver de quoi remplir son estomac qui criait famine. Il ne fut pas déçu. Il y avait des pots contenant des boissons chaudes et des plats sous cloche qui devaient abriter œufs et saucisses, à en juger par l'odeur qui flottait. Rose était là, sirotant un bol de chocolat. Il souleva quelques couvercles et se servit copieusement. En attaquant son thé, il fit une petite grimace, constatant que le breuvage était à peine tiède.

- Tu le bois froid ? s'étonna la jeune fille.

Après quelques secondes d'indécision, il sortit sa baguette de sa poche et jeta un léger sort de réchauffement. C'était bien meilleur ainsi. Il achevait ses toasts, quand Lily passa la tête par l'embrasure de la porte.

- Je vais réorganiser le jardin, cela intéresse quelqu'un ?

- On pourra t'aider ? demanda Rose.

- Oui, mais pas de débordements ! Je ne veux pas que le Ministère nous tombe dessus.

La jeune fille ne se le fit pas dire deux fois et sauta de sa chaise.

- Tu viens Harry ? demanda la femme.

Assez curieux, Harry les suivit dehors. Le chien Titus les y accueillit, avec frénésie pour Rose et Lily, avec plus de circonspection pour Harry. Une fois rassuré sur les intentions de l'animal, qui semblait avoir renoncé à son attitude belliqueuse, le jeune homme prit le temps d'observer le jardin attenant à la maison. Il était assez grand, et aménagé comme un jardin anglais typique, c'est à dire foisonnant et sans ordre apparent.

- Je suppose que vous voulez un espace dégagé pour le Quidditch, commença Lily. Par là, comme l'année dernière ? demanda-t-elle en désignant un coin.

- J'aimerais bien un petit potager, indiqua Rose.

- Si tu veux, accepta sa mère. Et toi mon chéri ? se tourna-t-elle vers Harry.

- Comme d'habitude, répondit ce dernier pris de court.

- Le Quidditch te suffit, traduisit Lily. Bon, on y va. Je vais pousser un peu l'étang et les roses trémières. Rose, je te laisse persuader les tulipes d'aller contre la maison. Harry, tu veux bien faire reculer l'abri de jardin pour qu'il reste auprès de la mare ? Et fais attention à ne pas écraser les grenouilles, cette fois !

Harry se demanda comment il allait s'y prendre. Heureusement, Rose se planta devant les tulipes et énonça clairement la formule adéquate, tout en faisant un large mouvement de baguette. Obligeantes, les fleurs extirpèrent leurs racines de la terre et se dandinèrent vers la maison. Elles se secouèrent avant de se replanter en rang d'oignon le long du mur.

Harry repéra une cabane et reproduisit le sortilège qu'il venait de voir exécuter. La cahute se déplaça dans un petit saut et Titus le chien se mit à courir autour en aboyant.

- Très bien mon chéri, approuva Lily. Tu sembles avoir acquis un peu de doigté cette année. Encore un peu à droite s'il te plait.

Harry prit rapidement le coup de main et s'amusa à assister Lily dans son travail de jardinage. Une fois la cabane en place, il déplaça un chêne, puis toute une rangée de troènes. Bientôt, un terrain dégagé et bordé d'arbres fut à leur disposition au fond du jardin. Quant aux habitantes de la mare, excitées par leur transhumance imposée, elles coassaient avec indignation.

Pendant que Rose jouait avec Titus, Lily entreprit ensuite de faire un peu de désherbage et Harry l'aida volontiers, s'attirant un sourire qui lui fit chaud au cœur. Ils travaillèrent dans un silence agréable, uniquement troublé par les sorts qu'ils jetaient. Harry apprécia grandement cette activité qu'il trouva délassante. Quand Lily les laissa pour retourner à son travail, Harry se retourna vers Rose, qui tapait maintenant avec enthousiasme dans un Cognard à l'aide d'un bâton.

- Pourquoi tu ne le transformes pas en batte ? lui demanda Harry.

- Tu le sais parfaitement. Maman n'a aucune idée de ce que doit être une batte correcte, et que moi je n'ai pas le droit de faire de métamorphose pendant les vacances, bougonna-t-elle.

Harry se demanda si l'interdiction s'appliquait aussi à lui. Après tout, il avait eu dix-sept ans deux jours auparavant.

- Tu veux que je le fasse pour toi ? proposa-t-il.

- Pour avoir une batte farceuse, merci beaucoup.

- Promis, je ne te fais par d'entourloupe, sourit Harry qui sourit en se remémorant les baguettes inventées par les jumeaux Weasley.

- Si tu me fais un sale coup, je saurai te le faire regretter, le prévint Rose, visiblement très méfiante.

- D'accord, d'accord.

Après avoir ensorcelé le Cognard pour qu'il se tienne à l'écart, il prit le morceau de bois, se concentra et rendit l'objet amélioré à la jeune fille. Cette dernière le soupesa et l'essaya dans le vide :

- Ça n'a pas l'air pas mal, admit-elle avant de reprendre son entraînement.

Harry se demandait d'où elle avait sorti le Cognard quand il vit une boite de balles de Quidditch entrouverte, près de l'abri de jardin, dont la porte était entrebâillée. Il s'en approcha et jeta un œil à l'intérieur. On y avait rangé quatre balais, en plus de tout un bric-à-brac. Il se dit que le Harry qu'il personnifiait en prendrait sans doute un pour s'entraîner à attraper le Vif. Il se figea. Tout ce début de matinée, il avait été trop occupé pour se poser des questions, mais il comprit qu'il ne croyait plus à cette histoire de vision.

Les choses étaient trop réalistes. Il se remémora l'odeur de terre qui planait quand les plantes avaient été déplacées, le bruit de succion de la mare alors qu'elle se dirigeait vers son nouvel emplacement, le vent frais qui s'était levé pendant qu'ils travaillaient, rafraîchissant leurs corps chauffés par le soleil. Il revit la multitude d'espèces de plantes se trouvant dans le jardin des Potter, la centaine de courriers qu'il avait déchiffrés pendant la nuit. Il repassa dans sa tête l'attitude de ceux qui l'entouraient : Lily à la fois exigeante et affectueuse, James léger et prompt à rire, puis parlant très sérieusement d'investissement financier durant le dîner de la veille, et la jeune Rose, qui s'efforçait de s'imposer face à un frère manifestement très taquin à son égard. Et le chien qui ne le reconnaissait pas comme un membre de la famille.

Et lui ? Il se rendit compte que depuis son arrivée, il essayait de se couler dans le rôle d'un autre, tentant poliment de ne pas choquer son entourage par une attitude inappropriée. Avait-il effectivement fait irruption dans la vie de personnes existant pour de vrai ? Avait-il pris la place de leur fils ? Existait-il un autre Harry Potter ayant eu une vie différente de lui ? Ses parents étaient-ils donc en vie dans une autre réalité ?

Ou bien était-ce sa réalité qui avait changé ? Sa vie avait-elle pris une autre voie, subitement, et une vie nouvelle s'offrait-elle à lui ?

Non, il n'était pas le fils de ces gens. Il avait toujours sa cicatrice, contrairement à cet autre dont il avait pris la place. Il était celui qu'il avait toujours été, mais à un autre endroit. A un endroit où l'événement qui lui avait laissé cette marque n'était pas arrivé.

Alors, où est le Harry sans cicatrice ? se demanda-t-il. A-t-il pris ma place ? Il se sentit glacé à cette pensée. Ce qu'il savait de lui ne le rassurait pas sur son sort. Ce jeune homme à la vie facile n'avait aucune chance dans son monde. Pas avec Voldemort qui cherchait à le tuer par tous les moyens.

Que devait-il faire ? Prévenir Lily et James que leur fils était en danger ? Aller avec eux à Poudlard pour tenter de refaire l'échange ? Il jeta un œil à la jeune fille qui tapait avec application dans son Cognard. Il s'imagina en train de lui révéler qu'il était d'une autre réalité et que son frère était on ne savait où. Elle lui rirait au nez. Elle croirait à une blague, c'était couru. Et James et Lily réagiraient de la même façon, il en était sûr. Comment le leur expliquer ? Sa cicatrice suffirait-elle à les convaincre ?

- Tu en fais une tête ! fit la voix de Rose qui l'observait à son tour.

Il la regarda sans répondre, toujours hésitant sur la conduite à tenir.

- T'es bizarre ce matin, explicita-t-elle.

A ce moment, le Cognard revint vers eux, et elle le renvoya vers la maison d'une volée puissante.

- Tu te débrouilles bien, fit remarquer Harry.

- Je veux être tellement bonne que tu ne pourras plus me refuser dans l'équipe l'année prochaine. Peakes manque totalement de précision dans ses tirs.

- Ça c'est vrai, admit Harry. Pourquoi ne t'entraînes-tu pas sur balai ? Ce serait plus efficace, non ? demanda-t-il.

- Je m'échauffe avant, répondit-elle, abruptement, sur la défensive.

Harry n'osa plus rien dire, de peur de la fâcher pour de bon. Les relations entre l'adolescente et son frère semblaient assez conflictuelles, un peu comme celles de Ron avec Ginny. Penser à eux lui donna un coup au cœur. Ses amis avaient-ils remarqué qu'il avait disparu ? S'inquiétaient-ils de son sort ? Il espéra qu'ils ne pensaient pas qu'il les avait abandonnés. Comment allait-il rentrer chez lui ? Il fallait absolument qu'il trouve un moyen pour convaincre les adultes d'ici qu'il était sérieux, quand il dévoilerait sa véritable identité.

Rose passa devant lui et entra dans la cabane. Elle en ressortit avec un Nimbus 2001, l'enfourcha et se remit à taper de bon cœur dans la balle déchaînée. Machinalement, Harry l'observa et sans y penser lui cria :

- Il faut que tu cherches à anticiper la trajectoire du Cognard ! Là t'es mal placée pour le récupérer.

- Montres-moi, si tu es si doué, lui rétorqua Rose.

Pourquoi pas, pensa Harry. Voler m'a toujours aidé à m'éclaircir les idées.

Il n'hésita qu'un instant quand il dut choisir son balai dans la remise. Il restait deux Comètes, contre le mur, et un Nimbus 2000 qui avait manifestement beaucoup servi mais qui, lui au moins, n'avait pas terminé dans le Saule cogneur. Il poussa un soupir de bonheur, quand répondant à l'impulsion de ses jambes, le balai s'élança vers le ciel.

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Suite de cette scène dans le chapitre suivant. Par contre, je pars en vacances et je ne suis pas certaine d'avoir accès à Internet. Il vous faudra donc attendre deux semaines pour la prochaine publication, sauf si je trouve une bonne âme pour poster pour moi (et le temps de relire le chapitre prochain avant mon départ).

Bonne semaine

Alixe