Chapitre 2

Le temps du pardon

Saga, justement, ne complotait pas mais fut touché par le désarroi de son ami. Il portait dans son cœur une place spéciale pour le prince des glaces, il l'admirait en secret depuis toujours. Il l'adorait en tant qu'ami point. Puis il avait toujours été plus ou moins avec Milo, ça sautait aux yeux que ces deux là éprouvaient des sentiments communs… Saga ne se posait pas plus de questions, jusqu'à ce jour où il vit son ami prendre un nouveau visage. Où il vit toute sa peine, sa rage, sa haine, sa violence… Contre son propre jumeau ! Encore un coup fumant de Kanon. Décidément, il ne changera jamais, il s'attirera que des ennuis. Mais cette fois-ci il s'en était prit à un être pur, Camus. Et ça il ne pouvait le tolérer.

Alors toujours par amitié sincère, il n'avait pas voulu abandonner son compagnon. Le laisser seul, il voulait le réconforter, être présent pour lui, lui redonner le sourire. Non pas à cause de la culpabilité qu'il aurait pu éprouver à cause de son frère, non. Simplement parce qu'il appréciait réellement le onzième chevalier. Mais au fil des semaines, à être si proche l'un de l'autre, sa conviction vacilla… Il ne savait pas ce qui se tramait au fond de lui, mais cela ne ressemblait plus à de l'amitié simple, à de la franche camaraderie.

Quand il était à ses côté, entrain de faire la cuisine par exemple, quand sa peau frôlait la sienne, une chaleur toute nouvelle montait en lui, naissait en bas de ses reins… Sa tête tournait rien qu'en sentant son parfum si raffiné. Ses mains s'impatientaient de pouvoir toucher le corps de l'autre… Avait-il la peau douce ? Surement oui… Son souffle tiède, il désirait le sentir sur lui… Sa bouche si fine, il voulait la poser sur la sienne, attraper ses lèvres pour l'embrasser.

Puis, il désirait être présent dans son esprit aussi… Que Camus ne pense plus qu'à lui, qu'il lui fasse une belle déclaration, qu'il lui donne son corps, son âme et son cœur… Toutes ses pensées se bousculaient dans la tête de Saga déjà bien remplie. Il fallait se l'avouer, il désirait posséder ce bel adonis. Il voulait le voir rayonner et non plus se morfondre ou feindre une indifférence mal jouée. Milo ne le méritait pas ! Trop volage, trop gamin, trop immature, trop exubérant, trop bruyant.

Il lui fallait quelqu'un de réfléchit, de posé comme lui, de sérieux aussi… Voilà ! Il lui fallait lui-même bien entendu ! Il ne pouvait en être autrement que Camus s'en aperçoive à son tour, une fois qu'il aurait cicatrisé son chagrin.


Quelques jours plus tard, alors qu'il quittait l'arène où il c'était entrainé, Saga en remontant le chemin qui mène à la première maison, croisa Milo qui lui, descendait. Leurs regards s'accrochèrent, tous deux remplis de hargne. On aurait presque pu voir des éclairs jaillirent des quatre orbites. Les deux hommes postés l'un en face de l'autre se jaugeaient, tels deux lions s'apprêtant à se battre pour leurs territoires. Et en l'occurrence, là leurs territoires n'était autre que le beau Camus.

Saga prit la parole en premier, en jetant une phrase sèche à son interlocuteur :

-« Je te préviens d'avance… Camus est à moi maintenant… N'essaie pas de le reconquérir… Et t'avises encore moins de faire du mal à Kanon… »

Milo le fixa intensément, il prenait peine à garder son calme, l'autre l'agaçait au plus haut point. Il rétorqua du même ton :

-« Pourquoi tu me dis ça ? Tu espère me faire du mal ?... J'en ai rien à faire de Camus maintenant, gardes-le… Et puis d'abord (il émit un petit rire sarcastique), tu peux te lever de bonne heure pour conquérir Camus… Comme ça… Par enchantement… Et enfin, je terminerais, mon « cher » Saga, en te disant que SI j'ai envie de laisser tomber ton cher frère… C'est pas TOI qui m'en empêcheras… »

-« Voilà ! Voilà ton vrai visage Milo du scorpion ! Tu joues avec mon frère je le savais… Tu joues avec tout le monde… Heureusement que Camus s'en ait aperçu, il aurait perdu son temps avec toi ! »

Milo savait que Saga le provoquait, mais il ne parvenait plus à contenir sa rage, il se jeta au coup du gémeau, le serrant d'une main, et de l'autre la leva, s'apprêtant à le cogner de toutes ses forces. Il répliqua, fou de colère :

-« Et toi ! ! ! Saga des gémeaux ! Qui connait ton vrai visage ? Hein ?... Tu veux passer pour un homme bon, loyal, mais tu aime provoquer les autres ! Tu es le mal incarné ! Tu complotes toi, tu ne joues pas, tu détruis…. Tu détruis tout et tu détruiras aussi Camus ! »

Saga, pencha la tête, plissa les yeux, afficha un rictus ironique au coin des lèvres, enleva la main de Milo et le repoussa aussi sec.

-« Je ne veux pas perdre plus mon temps avec toi… Je voulais simplement te prévenir, c'est tout. Camus mérite quelqu'un de mieux, un homme qui sache veiller à son bonheur. Un homme qui ne le trahisse pas. Camus est à moi ! »

Alors qu'il s'en allait, Milo lui cria :

-« Me prévenir de quoi ?... Que tu es un fumier manipulateur ? Je le savais déjà merci ! »

Le chevalier au dard était fier de lui, fier de ne pas être tombé dans le panneau de l'ex Pope. En effet il s'était emporté, mais c'était normal vu son tempérament. Il réussit à ne pas avouer ses sentiments encore tenaces pour son ex amour… C'est ce que Saga voulait, le mettre à nu pour découvrir la faille et appuyer dessus, encore et encore. Et pour s'en servir contre lui, il le savait. Il connaissait son caractère. Il n'était pas tout blanc, mais ça le foutait en l'air que personne ne s'en aperçoive à part lui ! Après tout ce n'était pas le l'ange bénit des dieux pour venir sauver le monde !

Il était fixé des intentions de Saga. C'était clair. Il voulait Camus. Il allait l'avoir. Tout ce que Saga voulait, comme son frère, il l'obtenait. Il savait quoi faire, quoi dire pour amener les gens à aller dans son sens. Alors, évidement qu'il finirait par le convaincre que Milo était une erreur de parcours, et qu'il méritait mieux. Le mieux, c'était Saga…

« Pfff, si Saga est mieux que moi je veux aller me faire pendre ! »

En tous les cas, maintenant, ses peurs étaient confirmées. Son angoisse redoubla de plus belle, ses mains se mirent à trembler d'énervement, il voulait les abattre sur sa sale figure à l'autre là !

Son diaphragme se contracta, bloquant ainsi sa respiration, des sueurs froides perlèrent le long de son front, il avait chaud, froid, tout son corps tremblait. Il se sentait disparaître petit à petit, s'enfoncer dans le sol. Le regard perdu en haut de la falaise, il scrutait encore et toujours sa maison… Dans laquelle il n'entrait plus.

Mais c'est bien tout ce qu'il avait mérité ! A chercher à attiser le feu, on se brûle.


Pour note gémeau il était temps de passer à la vitesse supérieur, il était à point comme un steak qu'on laissait cuire sur le grill… Il méditait en regardant Camus s'activer à faire la vaisselle après qu'ils aient dîné.

« Encore un fabuleux repas dont j'ai bénéficié ce soir, grâce à mon petit Camus »

Saga interpella son hôte depuis le salon :

–« Viens t'assoir Camus, laisse, je t'aiderai après »

–« Après quoi ? »

–« Bah après qu'on se soit reposé un peu non ? »

–« Peut être tu as raison… »

Il se joignit à son ami sur le canapé, une bonne tasse de café à la main.

Saga complimenta son ami :

–« C'était délicieux ton repas… Tu me gâtes trop… Je ne vais plus vouloir repartir de chez toi si ça continu »

–« Merci… Mais en ce qui concerne de partir, tu es déjà à plein temps chez moi »

Le gémeau ne sut pas à cet instant si c'était un reproche ou non, le ton de l'autre ne permettait pas de le deviner.

–« Oh, excuses moi… Je ne pensais pas que ma présence te gênait… Je t'empêche d'être tranquille chez toi… Je vais m'en aller t'en fais pas ». Répondit dépité le grec.

Camus posa sa main sur son bras pour le retenir de se lever.

–« Mais non voyons ! Ne t'en vas pas ! Ce n'était pas un reproche »

–« J'ai cru que… »

Camus le coupa :

–« Non franchement ! Je te l'aurais dis depuis longtemps… Et puis… Ta présence me réconforte, je me sens moins seul… »

L'occasion était trop belle, sans réfléchir Saga rapprocha son visage de celui du verseau. Entrouvrit les lèvres avec demande, posa à son tour sa main sur le bras élancé, se pencha sur lui, les yeux troublés.

–« Je t'aime Camus »

Son vis-à-vis resta cloué sur place. Saga en profita pour poser ses lèvres contre les siennes, et l'en couvrir d'un baiser délicat, léger comme une plume. Il avait des gestes tellement tendres qu'il ne pouvait résister, ne pouvait penser, ne pouvait le repousser. Il ne voulait pas cette étreinte nan. C'était trop tôt il était encore blessé. Et puis c'était de Saga dont il s'agissait, pas n'importe qui, un vrai ami.

Mais il ne pouvait pas y mettre un terme, son esprit était brouillé par ses caresses affectueuses, amoureuses. Sensuelles, tellement sensuelles… Pourquoi, comment, qu'adviendra-t-il après ? Après… Après cette nuit qu'ils allaient passer tous les deux…

–« Saga… ». Gémit Camus

–« Ne dis rien… Aime-moi… Aime-moi juste cette nuit… Ne me repousse pas »

Camus plongea sa main dans l'océan bleu gris des cheveux du gémeau. L'agrippa comme si sa vie en dépendait, comme s'il allait s'y noyer. Provoquant à l'autre un élan de désir, il approfondit son baiser le faisant plus passionnel. Sa véritable fougue avait été réveillée d'un long sommeil.

Saga doucement, fit basculer son nouvel amant sur le dos, le suivant dans sa chute. Parcourut sa taille fine de ses mains puissantes, se perdit dans les courbes de son ventre plat, de son nombril. Remontant sur les pectoraux saillants. Glissa cette fois sur la cuisse longiligne.

Happant sa chaire avec sa bouche si avide, avide de baisers, avide de chaleur humaine. Il intensifiait ses avances au fur et à mesure que l'excitation grandissait en lui, et sous les caresses de son partenaire, qui lui se délectait de passer ses mains fines dans son dos, ses fesses, ses hanches. Saga était magnifique,
presque divin. Son corps était l'objet de bon nombre de convoitises et ce soir il ne l'avait que pour lui, rien que pour lui… Il n'aurait jamais pensé en avoir envie… Mais maintenant qu'il l'avait entre les mains, il ne pouvait s'en défaire.

La tension monta d'un cran.

A présent les corps s'unissaient en une danse voluptueuse, ondulant comme les vagues sous la chaloupe d'un navire. Les attributs masculins se frôlaient, les mains se faisaient plus pressantes, les cris plus suaves et rauques.

Les corps en transe, tous deux dans un état second, Saga choisit ce moment pour s'insérer dans le corps de son adonis. Provoquant une onde de plaisir qui déferla tel un raz-de-marée dans toute la maison du verseau.

Aphrodite, un magasine people entre les mains, entendit de loin, provenant du temple d'en bas :

-« Oui… Oui… Ouui… Oh Camus ! Encore, encore, encore ! Tu m'affoles ! Avales tout ! »

Aussitôt le téléphone portable à la main, il pianota allègrement quelques messages à l'intention d'un certain Angelo, Shura et bien d'autres… Le sourire aux lèvres, il pensa qu'il se passait bien des choses, dans le onzième temple si chaste en tant normal…


Le lendemain matin pratiquement tout le Sanctuaire fut mis au courant de la nouvelle : Camus s'est envoyé en l'air avec le beau Saga ! Les cris de leurs ébats en fussent la preuve !

Tous, enfin… Sauf le principal intéressé, à savoir Milo. Il n'avait pas eu encore écho de cette histoire. Il rejoignit dans les thermes du palais du Grand Pope ses amis, Aphrodite, Angelo, Kanon qui le suivait comme son ombre, Aiolia et son frère, ainsi que Mû.

Le poisson tout enjoué de pouvoir provoquer un conflit, sauta sur Milo quand il fit son entrée avec son nouveau petit ami.

–« Oh ! Milo, Milo ! Tu ne sais pas la nouvelle ! ». S'esclaffa mesquinement le suédois.

–« Quoi Aphro ? T'as trouvé des bigoudis chauffants à moitié prix ? »

Ce qui provoqua l'hilarité du petit groupe. Un peu vexé Aphrodite attaqua :

–« Pfff t'es bête ! Non idiot ! Le dernier potin made-in Aphrodite en personne ! Qui vient tout droit de sortir du four ! »

–« Bon accouches alors parce que là, vu ta tête tu vas exploser ! ». S'agaça Milo.

–« Tu ne crois pas si bien dire… Hier soir j'étais tranquillement chez moi, entrain de bouquiner… »

Milo l'interrompit :

–« Quoi bouquiner ? Tu ferais mieux de dire, lire un magasine à scandale oui ! » (Rires)

Aiolia y mit son grain de sel également :

–« Seul chez toi ? C'est une première mondiale ! Il va pleuvoir des grenouilles ! »

–« Bon ça suffit là ! Où je vous raconte pas la suite !... Je reprends, hier soir, donc, j'étais tranquillement chez moi entrain de bouquiner, quand j'ai entendu des bruits plus qu'explicites provenant… Provenant… »

–« Bon aller, dépêches avec ton histoire à deux balles ! ». S'impatienta Milo.

–« Oh c'est pas une histoire à deux balles hein ! C'est un scoop ! Alors t'as pas une idée ? »

–« Pfff, nan dépêches j'ai pas que ça à faire de t'entendre babasser des sottises ! ». Cracha Milo.

–« Des bruits bizarres provenant… De la onzième maison euh ! »

–« Oui et alors ? »

–« Rhoo t'as pas compris ? Qui c'est qui habite dans la onzième maison hein ? Et qui c'est qui passe son temps là bas ? »

Avant même que le scorpion n'eut le temps de faire le rapprochement, Aphrodite s'empressa de glapir :

-« J'ai entendu Camus et Saga s'envoyer en l'air ! Ils criaient comme des chiennes en ruts ! Il avait l'air affamé le beau Saga, parce qu'il n'a pas arrêté de faire gémir le petit Camus ! »


Le temps s'arrêta, le visage de Milo se décomposa sur place, ses traits tombèrent sans qu'il sans aperçoive. Ses yeux s'écarquillèrent tellement, qu'on aurait cru qu'ils allaient tomber de leurs orbites. Sa bouche se mit à trembler. Ses oreilles bourdonnaient atrocement, son cœur il ne le sentait plus désormais. Il devint livide de seconde en seconde. Sa voix ne résonnait plus, plus un son ne parvenait à passer sa gorge. Sauf, une nausée grandissante, qui remontait de sa trachée. Ses jambes ne pouvaient plus le maintenir, elles vacillaient. Il restait là, planter comme une statue antique au beau milieu du bain de la salle d'eau. Les émotions qui l'animaient étaient contradictoires avec l'apparence qu'il donnait.

Milo au milieu du bain, stoïque, inerte, mais le corps en décomposition. L'intérieur de son être se déchirait en lambeaux. Des vagues de larmes le submergeait, son esprit semblait dissocié de son corps. Il n'entendait pas ses compagnons l'appeler. Il n'entendait plus aucun son d'ailleurs, rien. Seul le spectacle de Camus faisant l'amour avec Saga emplissait sa vision. D'un coup sa détresse s'extériorisa, il poussa un hurlement à en faire fendre la pierre, et se laissa tomber dans l'eau. Il n'était plus Milo, mais une bête féroce blessée… Aussi fragile qu'un enfant mais aussi dangereuse parce que mutilée.

Kanon essaya tant bien que mal à calmer son amour mais celui-ci le repoussa avec une telle violence qu'il vola à travers le bain pour aller se fracasser la tête contre le rebord en pierre. Il fit pareil avec Angelo qui tenta de l'attraper par les épaules. Et hurla avec un regard haineux en direction du dragon :

-« Tout ça c'est TA faute ! C'est TA faute si je l'ai perdu ! J'ai échangé mon beau Camus contre une putin comme toi ! T'es qu'une sale putin ! Je te déteste tu me dégoûte ! Tires-toi je veux plus te voir ! Je vais te fracasser ! »

Les mots du huitième chevalier anéantit évidement le deuxième jumeau. Il n'en revenait pas de toute la violence que son amour venait de faire preuve en son encontre. Finalement il ne l'aimait pas, il c'était leurré, et lui aussi éprouva les mêmes sentiments que celui d'avant venait d'avoir.

Il se prenait de plein fouet l'aversion de l'homme qu'il aimait plus que tout. Il voulait juste l'avoir pour lui tout seul, et que ce dernier s'aperçoive que Kanon était quelqu'un de bien qui voulait juste vivre heureux… Il se redressa dans sa dignité perdue, et s'enfuit en pleurant pour s'épancher vers la seule personne qui l'aimait finalement… Son frère…

Mû réprimanda :

–« T'y es allé un peu fort Aphro ! Regarde ce que tu as fait ! »

–« Moi ? Mais c'est un comble ce sont les autres qui batifolent et c'est moi qui prend !... Ca va Milo ? Milo ? »

Milo se dirigea vers la sortie en lançant à la commère de service une dernière phrase assassine :

-« J'espère que tu es content de toi Aphro… Le jour où ça t'arrivera, et où celui que tu aimes te quittera… Dis-toi bien, que moi je serai là pour contempler le spectacle… Et pour me réjouir de ton malheur… ». Sans plus, ni moins il partit.

Aphrodite sentit un frisson de peur l'envahir tout à coup, il ne connaissait pas son ami de toujours aussi véhément et revanchard. Probablement qu'il venait de se faire un ennemi ?


Les heures qui suivirent furent pénibles pour tout le monde, surtout pour Milo. Il c'était reclus dans son temple. Il avait tout perdu. Maintenant s'en était fini, il ne récupérerait plus jamais son beau prince des glaces… Parce que lui, quand il aime quelqu'un, c'est pour de bon, c'est du solide, c'est noble. Lui, quand il quitte c'est définitif. Et puisque que Saga a réussi à mettre le grappin dessus, Camus lui sera fidèle jusqu'à la mort ! Parce que, il ne faut pas se leurrer, le gémeau ne fera rien lui qui puisse détruire sa relation avec le verseau.

Camus se laissait aller à cette nouvelle histoire qui était entrain de naître avec Saga. Il l'avait toujours connu, mais ne l'avait jamais regardé sous cet angle. Pour lui il représentait un ami fiable sur qui il pouvait compter. Toujours droit, perturbé aussi, mais avec tant de repentir en lui. Il souffrait tous les jours de son passé, mais malgré tout, il apportait la sérénité à tous. On pouvait faire confiance à Saga pour arranger chaque problème, chaque souci, chaque peine. Il écoutait ses amis, les réconfortait, leurs apportait son aide. C'était quelqu'un de bien tout simplement.

Pas de débordements inutiles avec lui. Pas de crise d'hystérie pour un rien, pour un bonjour échangé avec un ami, pour une accolade avec son disciple, pour une araignée tapis dans la salle de bain, pour un repas surprise sur la plage… Pas de piaillements intempestifs quand il voulait être tranquille pour lire, écrire, jouer de la musique. Pas de commérages sur ses camarades, pas de farces enfantines. Pas de surprise non plus, comme quand Milo organisa un repas d'anniversaire surprise pour lui. Ce fut un dîner des plus romantiques, le scorpion c'était appliqué à tout organiser, et en grand ! Il avait lui-même cuisiner des plats typiquement français, avait fait venir un violoniste pour accompagner la soirée, il avait sorti le grand jeu. Et il lui avait même écrit un poème. Milo qui écrit un poème ! C'était à se tordre de rire, mais il avait mis toute sa passion dedans, quelle belle preuve d'amour… Il portait même un costume… On voyait bien qu'il était mal à l'aise dedans, mais il se forçait juste pour lui, pour son Camus…

Et le jour aussi, ou par surprise là encore, il lui avait fait ses valises et l'avait emmené comme ça, du jour au lendemain rendre visite à Hyõga parce qu'il lui manquait, ainsi que sa chère Sibérie. Lui qui déteste le froid, il se sacrifia pendant dix jours pour supporter les températures aussi basses. Il mit sa jalousie de côté, pour offrir à Camus du temps avec son élève. Il c'était vraiment intéressé à ce pays, n'hésitant pas à donner de sa personne… Quel idiot !

En ce remémorant tous ces souvenirs, le verseau machinalement eut un sourire nostalgique. C'est un enfant, mais il peut faire preuve de grande maturité, et d'une grande abnégation. S'oubliant lui-même pour gâter les gens qu'il aime.

« Mais il faut oublier à présent, je suis avec Saga, et c'est un homme bien, plus que bien. Je n'ai pas le droit de jouer avec lui. Il faut que je me concentre sur notre histoire, sur nous, sur lui. Il mérite un grand amour, je vais le lui offrir. Mais pourtant… »


Les souvenirs appartiennent au passé, et le présent offre une porte sur l'avenir. Saga c'était installé dans le temple du verseau, pour ne plus avoir à faire aux histoires vaseuses de son frère. Il en avait trop fait, et même s'il était en pleine dépression, il ne pouvait rien pour lui.

Saga-Camus. Camus-Saga. Quel couple étrange, ça sonne comme faux… Pourtant ils étaient belle et bien ensemble, le gémeau tout comblé de sa nouvelle relation. En plus il vivait avec son compagnon, quoi de plus sérieux ? Si ce n'était pas une preuve ça ? Pourtant… Pourtant quelque chose clochait, mais quoi ?

« Camus, est-ce que tu es vraiment heureux avec moi ?

Camus qui prépare le petit déjeuné, Camus qui sourit. Camus qui m'enlace, ses bras qui me serrent. Ses mains qui me touchent. Camus qui entrouvre ses lèvres pour me demander un baiser. Camus allongé à côté de moi. Camus qui me regarde tendrement… Où est l'étincelle de la passion ? Dis ! Est-ce que tu le regardais comme ça, « lui » ? Est-ce que tu étais si contenu ?

Ou alors étais-tu fiévreux de désir sous ses caresses ? Est-ce que tu étais débordant d'élan ou retenu comme avec moi ? Tu le touchais comment « lui » ? Vous faisiez-quoi ensemble ? Tant de questions, je ne sais pas si je te connais en faite… »

Camus aurait dû se sentir heureux, comblé mais en vérité quelque chose lui manquait. Bien sûr que Saga pouvait être passionné, quand il l'amenait à lui dans ses grands bras musclés, qu'il le plaquait contre son torse. Quand il le renversait. Il était fougueux aussi en privé. Et en publique tellement discret, un homme comme ils les aiment. Mais alors ? Alors pourquoi il le compare sans-cesse à… Pourquoi parfois, il n'en peu plus de toute cette « perfection » !? Pourquoi il a envie de retrouver « ses » défauts ?

Pourquoi il a envie de « le » retrouver ?

Sous son éternelle apparence inébranlable, la vie intérieure du chevalier des glaces ressemblait à un vrai champ de bataille. Une ruine après la tempête nommée… Milo….


L'insecte piquant ne voulait plus faire parti de cette mascarade qu'est la vie au Sanctuaire. Devoir faire semblant que tout va bien. Devoir rire et faire rire ses compagnons d'armes ! Devoir faire le clown comme toujours.

« Oh Milo fais nous rire ! Tu parles ! Ma vie n'est pas une comédie dont on se rit… »

Et puis il en avait marre de devoir se forcer à parler à tout le monde, et de se forcer à rester avec un homme qu'il ne voulait pas. Mais au moins ça c'était régler ! Il avait dit ses quatre vérités à Kanon, il ne l'encombrerait plus. Et puis il n'aurait plus de remords à faire du mal au dragon, parce que son sale hypocrite de frère se tapait l'homme qu'il chérissait plus que tout !

Seul un regret subsistait… Camus. Ce prénom il ne pouvait pas se le sortir de la tête, il persistait, gravé en lui en lettre de feu. Il avait tout gâché, c'était le seul fautif, alors il ne fallait pas se lamenter.

Il se rappela le jour où il fit la rencontre de ce gamin farouche. Il ne se laissait approcher de personne, il était arrivé depuis plusieurs semaines au Sanctuaire, et les autres apprentis parlaient de lui. « Il est fier, il est froid, il a un regard qui nous glace. Il se croit supérieur à nous ! Et puis il est français, les français sont égoïstes et ils se prennent pour les meilleurs ! ».

Mais le petit Milo, tout insouciant qu'il était, la mine réjouie voulu connaître ce nouvel apprenti, tout comme lui. Il visait aussi une armure d'or, et pour cette raison ils partageaient déjà une chose que les autres enfants ne pouvaient pas comprendre… Et ce fut avec les yeux tous brillants de curiosité qu'il entra dans le temple du verseau. En demandant la permission du maître de ces lieux. Il lui indiqua que le petit Camus se trouvait dans la bibliothèque.

« Tiens, quel passe temps bizarre pour un enfant de mon âge ? »

Il poussa la porte de cette pièce et tomba nez à nez avec un garçon d'à peu près huit ou neuf ans, tout comme lui. Lui il avait la peau blanche, tellement blanche… Et des cheveux fins, d'un beau vert-d'eau. Et des yeux bleus glaciers, perçants, frigorifiants. Oui c'est vrai qu'il fait peur comme ça ! Le petit nouveau dévisageait le grec comme si ce fut le diable réincarné. Alors le petit Milo prit la parole, toujours de son air si franc :

-« Salut ! T'es le nouvel apprenti du chevalier du verseau ? Moi je m'appel Milo ! Je serai le prochain scorpion ! »

-« Sa… Salut »

-« Pourquoi tu es si blanc ? T'es malade ? Et pourquoi tu ne viens pas avec nous les autres apprentis ? C'est vrai que t'es français ? Et c'est vrai que les français se croient supérieurs à tout le monde ? Et t'as appris quoi déjà comme technique ? »

-« Tu parles toujours autant ? »

-« Oui pourquoi ? »

-« Ca me fais mal à la tête ! Tu peux pas poser une question à la fois ? Et qu'est-ce que tu me veux ? »

-« Bah je voulais te rencontrer, puisqu'on va être chevaliers d'ors ! On sera des amis ! »

-« Je n'ai pas besoin d'amis, et je n'en veux pas ! »

-« Tu ne veux pas être mon ami !? Mais pourquoi ? Je t'ai rien fait ! C'est méchant ! ». Milo les yeux luisants, commençait à sangloter d'être ainsi rejeté sans raison. Lui qui d'habitude se faisait des tas d'amis, il ne comprenait pas pourquoi ce garçon lui parlait si durement. L'autre lui répondit avec un ton moins sec.

-« Allez, ne pleure pas ! Un chevalier d'or ne doit pas montrer ses émotions, et encore moins ses faiblesses. Tu n'as pas le droit de pleurer. »

-« Mais… Mais… Tu as dit… Tu as dit que… T'as été méchant… Et… je… »

-« Arrêtes-toi de pleurer ! Si je deviens ton ami, tu arrêteras de pleurer ? »

Le visage de Milo se radoucit aussitôt, et son si beau sourire charmeur réapparut. Ses yeux luisaient à nouveau de malice :

-« Oui ! C'est vrai Camus ? Tu veux bien être mon ami ? Mon ami pour toujours ? »

Il ne sut jamais pourquoi cette amitié fut si importante à ses yeux, alors qu'il ne le connaissait pas. Mais il l'avait eu la certitude en découvrant cet enfant, qu'il ne pourrait jamais plus se défaire de son emprise. Ils avaient besoin l'un de l'autre, c'était tout. Comme pour combler un vide, pour se rassurer de n'être plus seul. Il aurait quelqu'un à protéger, petit flocon fragile. Et aussi il aurait quelqu'un qui le protégerait lui, iceberg incassable. Voilà ce qu'était ce garçon, cet homme pour lui…


Il se perdait dans ses songes pendant des jours, des semaines encore. Le temps passait sur son chagrin mais rien ne s'améliorait. La blessure était encore si profonde, les paroles de Camus, de Saga, tout tournait dans sa tête… Kanon, tout, sa perdition, sa méchanceté face à lui. Qu'était-il devenu ? Un homme détestable. Il avait fait du mal à plein de monde. Il vivait désormais en exilé, ne désirant plus croiser personne. Et vivre dans le même lieu que « lui » devenait insoutenable. Un mort en sursis voilà tout ce qu'il était. Alors sans avoir rien prémédité, comme si son corps s'animait d'une volonté propre et que son cerveau se mettait en veille, il se dirigea dans sa cuisine. Il prit une bouteille de bourbon que «lui », lui avait offert. Ouvrit un tiroir, et en sortit un couteau à viande, tranchant. Il ne savait pas pourquoi, mais ces deux objets allaient bien ensemble. Comme un robot il regagna son salon. Il s'assit sur son canapé trop grand pour lui à présent. Il but. Il but à en perdre la tête. Elle tournait, elle lui faisait mal c'était bon. La douleur était meilleure que la peine.

La bouteille était aux trois quarts vides, avant de sombrer dans un coma éthylique Milo regarda le couteau longuement. Puis, d'une main ferme il le prit. Comme un robot il porta le coup à son poignet, fort, profond, encore plus profond. Il se trancha les veines du premier. Puis le deuxième. Cela faisait atrocement mal, une brûlure vive. Puis il regarda son sang couler, inonder le tapis. Du rouge. Du rouge pour camoufler le noir de son cœur.

Il se sentit partir lentement, il se sentit glisser dans les abîmes. Perdre connaissance petit à petit, se laisser transporter par cette mordante torpeur. Perdre connaissance pour ne plus reprendre conscience… « Je ne laisse rien derrière moi, et je pars avec tous mes regrets ».

Au même moment dans toutes les maisons confondues, tous perçurent le cosmos éteint, las de Milo. Ils le sentirent sombrer. Qu'a-t-il fait ? Pas lui ? Ce n'est pas possible ! Stupéfaction ! Ils accoururent tous ! Devant le spectacle effroyable, gisait un scorpion défait.

Il n'avait pas lutté, il n'avait pas éprouvé de la rage, sa caractéristique la plus forte. Ils s'attroupaient tous autour de lui. Mû et Shion essayaient de le ranimer en combinant leurs cosmos. Kanon s'agitait. Puis des pas. Des pas qui n'avaient plus résonnés dans la maison du scorpion depuis des mois… Camus, grandiose se postait derrière eux. D'une voix grave il dicta sa volonté :

-« Poussez-vous, laissez-nous… Kanon, va-t-en cela ne te concerne plus. Tu n'as plus rien à voir avec Milo. Partez tous, je vais m'occuper de lui. Saga… Rentres chez toi s'il te plait… ». Et dans un chuchotement, se parlant à lui-même il rajouta « Je vais m'occuper de mon Milo… ».

Il s'agenouilla vers le corps inerte, enflamma son cosmos à son paroxysme. Une vague de froid inonda l'atmosphère. Il prit les poignets entaillés et insuffla du froid pour stopper l'hémorragie. Il apposa ses deux mains sur le cœur et fit pareil. Il diminua le rythme cardiaque. Il finit par le couvrir de tout son corps pour retenir le souffle de vie qui lui restait. Une fois cette étape passée, il contrebalança l'effet pour le réchauffer, le faire revenir parmi le monde des vivants. Camus resta prostré sur ce corps autrefois choyé, toute la nuit. Epuisé, à bout de force.

Quand enfin au petit matin, Milo ouvrit les yeux il crut qu'il rêvait, qu'il était aux portes d'Elision dans un rêve fabuleux. Au dessus de lui, le visage paisible de Camus. Ses yeux saphir le fixant, mais comme avant, de la même expression… Pleine de compassion, de tendresse… Il sut qu'il ne rêvait pas quand il entendit ces mots avec sa voix, sa voix mélodieuse : « Réveilles-toi Milo… Milo… ».

-« Pourquoi as-tu fais ça ? Tu croyais que j'allais te laisser faire ? ». Il n'y avait pas de reproche, pas de colère dans sa voix.

Puis sa main d'ivoire vint se poser comme un papillon sur la joue hâlée. L'effleurant précautionneusement. Il se pencha sur lui, et posa ses lèvres fraiches sur celles ardentes. Un baiser comme jamais il ne lui avait donné. Un baiser flamboyant où se cachent ses sentiments. Un baiser enflammé, avide, pour ne plus le quitter, pour que personne ne viennent le voler à lui. Un baiser torride, qui faisait suffoquer le grec. Les mains pâles agrippèrent la chevelure ondulée, le corps lacté se pressa sur le corps bronzé. Camus clama, clama à s'en rompre les poumons :

-« Tu n'es qu'à moi ! A moi seul ! Ne pars plus ! Ne me laisse plus ! »

Milo, les yeux écarquillés n'en revenait pas. C'était bien lui !? Son beau français qui lui criait son amour là ici !? Son beau français qui perdait son calme légendaire ? Son sang froid ! Il était bouillonnant à cet instant, il pouvait le sentir. Il était plus chaud que lui.

Le grec, afficha son plus beau sourire, ses pupilles se dilatèrent sous cette vue incroyable, il répondit :

-« Je ne suis qu'à toi, à toi seul mon amour… Je l'ai toujours été ».

Il ne rêvait pas. Tout ce qu'il avait toujours voulu entendre de la part de son bel éphèbe, il le lui criait là.

Le français bascula la tête de son amant, et tout doucement s'approcha de ses lèvres, il n'en avait pas assez. Il voulait à cet instant s'abreuver de ses lèvres si tentantes. Qu'elles l'embrassent, qu'elles lui murmurent des promesses éternelles.

-« Dis-moi que tu m'aimes ». Souffla Camus.

-« Je t'aime… Je t'aime depuis toujours… Je t'aime depuis la première seconde où je t'ai vu dans ta bibliothèque. Même si tu me regardais de haut. Je t'aime à en crever ! Camus ! »

-« Je t'aime Milo… Tu n'as pas le droit de partir ailleurs que dans mes bras ! Je t'aime tellement ! Mon Milo ! »

L'un comme l'autre furent heureux de se retrouver comme si toute cette histoire n'avait pas existée. Comme si tout ceci n'avait été qu'un mirage. Peut importe, maintenant ils s'étaient retrouvés, les amants éternelles. Et plus rien ni personne ne pourrait les séparer dorénavant. L'un appartenait à l'autre, et l'un veillait sur l'autre.

Dans une ambiance lavée de toute haine, toute tristesse, les deux soupirants s'étreignirent chastement jusqu'au petit matin…

FIN