Après cette entrevue avec cet homme, qui s'est révélé plus psychopathe qu'elle ne le pensait, Raphaëlle parcourrait en rampant les conduits d'aération. Elle pouvait sentir mille odeurs, du sang, de l'urine, des excréments et même une odeur de cuisson. La jeune femme vit alors une grille et décida de la pousser pour ensuite se jeter à terre, atteignant le sol sans mal. Elle regarda autour d'elle. Des plaques de cuisson, des micro-ondes, des poêles accrochées, une casserole... cette dernière remplie de bras humain. C'était donc cette odeur de cuisson qu'elle sentait. Ce qui ne la rassurait pas du tout, car cela voulait dire qu'il y avait quelqu'un, certainement un homme, qui était en train de préparer cette horreur. Haletant et se retenant de vomir, Raphaëlle recula et sursauta quand elle toucha le mur derrière elle. Des traces de sang mélangées avec des excréments, il y avait vraiment une sale odeur dans cette cuisine. Elle entendit soudainement des bruits d'ustensiles. Sa respiration se faisait de plus en plus rapide à cause de la peur, et elle tenait une main sur sa bouche afin de ne pas vomir et de ne pas respirer toutes ces horreurs. N'ayant d'autres choix que d'avancer, elle marcha alors en direction des bruits qu'elle avait entendu. Plus elle avançait et plus elle était certaine, un homme était en train de faire quelque chose. Et c'est avec terreur qu'elle découvrit un homme tout nu en train de dévorer un autre homme, posé délicatement sur la table. L'homme criait, comme un hystérique. Elle était tombée sur un autre fou... pour l'instant, qui ne l'avait pas remarquée.

- VIANDE ! cria l'homme nu en retirant les tripes de sa victime.

Il mangeait la viande humaine sans dégoût, mais Raphaëlle avait une grosse envie de vomir. Elle devait absolument se retenir en tentant de penser à autre chose. Mais c'était difficile, cet endroit puait tellement. Mais son cœur s'arrêta quand l'homme nu reniflait, la tête en l'air, tel un chien de chasse.

- Je sens de la viande... fraîche... Je te sens... Tu n'es pas loin... Viande... fraîche...

Raphaëlle, prise de panique et sans aucun doute repérée, courra alors se réfugier sous un lit tandis que l'homme se retourna dans sa direction. Elle espérait qu'il ne l'avait pas vu se faufiler sous le lit. Mais doté d'un odorat incroyablement terrifiant, le cannibale passa sa main sous le lit, attrapant la main de Raphaëlle. Elle hurla tandis que l'homme criait en riant diaboliquement. Raphaëlle réussit à sortir tant bien que mal, fuyait alors en laissant tomber derrière elle des casseroles, des chaises, des poêles, tout pour qu'il ne puisse la suivre. Mais ce cannibale était forgé d'un caractère si hystérique et d'une force surhumaine de rapidité qu'elle perdit espoir en courant alors de toutes ses forces vers la sortie. Ces hommes n'étaient pas normaux, certes être fou restait dans l'idéologie de la race humaine mais le psychopathe en tenue de marié puis maintenant ce cannibale... Il se passait des choses dans cet asile, et Raphaëlle n'espérait maintenant qu'une chose, fuir cet endroit maudit.

Pourchassée par le cannibale, Raphaëlle trébucha alors et tomba à terre, se blessant le poignet. En se retournant, le cannibale la releva violemment puis la posa sur la table aisément, sans forcer. La jeune femme commença à verser des larmes de terreur, mais l'homme n'en avait que faire, seule sa viande l'intéressait. Elle hurla de peur, son cri résonnant dans cet endroit morbide tandis qu'il sortit de nulle part une scie, prêt à la trancher tel une vulgaire truie. Quand soudain, quelque chose d'incroyable arriva. Une porte s'ouvrit et laissa voir un homme, en tenue de prisonnier de l'asile, équipé d'une caméra. Raphaëlle le regarda avec des yeux écarquillés, tentant tant bien que mal de se défendre. Le cannibale arrêta soudainement sa scie pour lever la tête en l'air. Il reniflait encore et l'homme à quelques mètres derrière lui regardait la scène avec des yeux de terreur. Raphaëlle eut le temps de comprendre qu'il s'agissait d'un homme normal.

- A-Aidez- moi ! Pitié ! hurla-t-elle.

Mais en agissant si naïvement de la sorte, le cannibale se retourna vers l'homme, qui recula d'un pas, sa caméra les filmant. Elle n'avait aucune idée d'où il s'était procuré ce matériel. Tout objet personnel était interdit pour les détenus de Mount Massive.

Le mystérieux homme ignora évidemment son appel à l'aide, car le cannibale préférait sans doute plus de viande qu'une femme aussi maigre qu'elle... et c'est alors qu'ils s'éloignèrent, le cannibale hurlant sa famine. Raphaëlle prit le chemin opposé en courant, elle avait si mal au cœur mais elle se retenait de vomir encore, détestant cette sensation. Et c'est dans un coin de couloir, qu'elle s'arrêta subitement, terrifiée par la peur. Elle faillit entrer en collision avec un homme immense qui ne lui était pas inconnu. Il l'avait vu et l'intercepta en l'arrêtant net dans sa course, tenant ses bras.

- Raphaëlle... dit le grand homme en la contemplant avec des yeux joyeux.

La jeune femme hurla mais il mit son doigt sur sa bouche. Raphaëlle écarquilla les yeux de peur. Encore cet homme... Cet Eddie, qui voulait la marier de force avec lui.

- Viens avec moi, tu seras en sécurité... Une jolie femme comme toi ne doit pas s'aventurer seule dans ces endroits... Viens...

Raphaëlle ne pouvait plus bouger, pétrifiée par la peur. Elle l'arrivait même pas à s'enfuir, se laissant traîner comme une poupée de chiffon par cette montagne de muscles. Qu'allait-il lui arriver encore, surtout avec lui ? Que lui réservait-il cette fois ? Eddie discuta avec elle, même si elle ne répondait pas, c'est comme s'il parlait aisément avec quelqu'un qu'il avait toujours connu.

- Tu sais, j'ai besoin que tu ne fuis pas comme ça. Ce n'est pas sage de ta part, il ne faut pas m'obliger à te pendre. Une femme comme toi devrait être heureuse de tomber sur un gentleman comme moi. Je suis désolé pour tout à l'heure, je ne voulais pas t'effrayer. Tu ne m'en veux pas ?

Raphaëlle avait les yeux embuée de larmes. Elle ne pouvait fuir, sa main étant trop compressée dans la sienne, se rendait-il compte qu'il la serrait bien trop fort ? Il était sans doute manipulateur et voulait jouer avec elle. Elle secoua la tête à sa question, et ce fut avec surprise qu'il embrassa sa joue.

- Tu es mignonne de me pardonner... La cérémonie est pour bientôt. Il faut que tu sois prête.

La jeune femme rougissait face à ce baiser sur sa joue. Elle ressentit soudainement comme une sorte de tendresse macabre. Eddie continua de parler, tenant sa main cette fois-ci, en serrant un peu moins sa poigne.

- Tu m'as sauvé la vie tout à l'heure, je fais donc de même... Tu seras beaucoup plus en sécurité avec moi... les autres sont indignes de confiance.

Il fronçait des sourcils, se voulant protecteur, mais Raphaëlle soupira tristement, se sachant parfaitement otage de cette situation. Cependant, le fait qu'il serre ainsi moins sa main la soulagea un peu. Elle avala sa salive quand il dit que les autres sont indignes de confiance. Pourtant, elle ne put ne pas songer à cet homme qu'elle avait vu tout à l'heure. Avec courage, tandis qu'il parlait et tentait de la mettre en confiance, elle décida de prendre la parole timidement.

- J'ai vu un homme... Il avait une caméra avec lui... S'il n'avait pas été là, s'il n'avait pas intrigué ce cannibale, je serai morte...

Eddie s'arrêta soudain, ce qui inquiéta la jeune femme. Il la regarda en fronçant des sourcils, tenant sa main un peu plus fermement.

- Comment ça ? C'est moi qui vient te sauver, chérie. Oublie-le, je déteste que tu penses à d'autres hommes que moi.

Et c'est avec un regard noir qu'il insista sur ses mots, Raphaëlle se tut alors en devenant un peu plus pâle. Elle l'avait contrarié et ce n'était pas du tout son attention. Peut-être qu'il l'avait déjà vu et qu'il en savait plus sur cet homme mystérieux. Mais vraisemblablement, Eddie se voulait être le seul homme, son unique sauveur pour elle. Il n'éprouvait pour l'instant aucun signe de violence ou de bizarrerie morbide, mais c'est en entrant de nouveau dans son sanctuaire que sa respiration se fit de plus en plus forte. Il lâcha donc sa main, puis la regarda avec des yeux soudainement tristes.

- Je ne peux te laisser partir... J'attends ce moment depuis si longtemps... Nous devons absolument nous marier... Fonder une famille... Je te promets qu'après la cérémonie, je serai un plus honnête homme...

Raphaëlle recula jusqu'au même casier. Il était différent. Il montrait un air triste, peut-être était-il manipulateur mais la jeune femme ne put se retenir de verser des larmes, à la fois de peur mais aussi de tristesse. Ses yeux bleus étaient remplis d'histoire, et au vu de ses cicatrices, il a du avoir un passé horrible. Essuyant ses larmes, Raphaëlle soupira tristement. De toute façon, il était clair qu'elle ne pourrait de nouveau s'échapper au risque qu'il la tue. Elle se livra alors à son jeu, perdant soudainement le contrôle de ses paroles, comme si sa folie avait été accentuée en quelques secondes.

- D'accord... dit-elle en le regardant dans les yeux. Promets-moi de me protéger... Et je serai tienne...

Eddie la regarda avec surprise et émotion, comme si elle était la première femme à lui avoir dit cela de toute sa vie. Il était ému et il s'approcha alors, touchant le visage de Raphaëlle de ses grands doigts salement amochés. La jeune femme ne ressentait plus de dégoût, acceptant son sort. C'est alors que le grand homme approcha son visage du sien pour lui donner son premier baiser. Raphaëlle ne ferma pas les yeux de suite. Son cœur était éteint et pourtant, dans ce baiser, il y avait beaucoup d'émotions, comme si Eddie croyait réellement à ses sentiments pour lui. Mais prise dans sa folie et son désespoir, elle ressentait soudain du plaisir dans ce baiser, ses lèvres touchant les siennes comme une lueur d'espoir, de réconfort. Elle prit alors ses bras et enlaça son malfaiteur. Eddie n'en était que plus ému, jamais une femme ne l'avait enlacé ainsi à part sa propre mère et sa petite sœur. De nombreux souvenirs lui revinrent, comme du temps où il était heureux. Cette femme était son espoir à lui d'enfin fonder une famille, d'enfin vivre pleinement son rôle de marié et de père. Le cœur battant, il l'enlaça à son tour, l'embrassant de tout son amour naissant. Quelque chose naissait entre eux, et Raphaëlle, dans son inconscience et depuis si longtemps enfin, se sentait finalement bien dans ses bras. Il était si grand comme une montagne, elle se sentait en sécurité. Quand leur baiser prit fin, Raphaëlle ne put s'empêcher de verser des larmes et de coller sa tête contre le torse d'Eddie. Il caressa alors sa tête, la collant contre lui, il se sentait si bien enfin depuis de longues années qu'il ne voulait en aucun cas que ce moment soit gâché.

Après de longues minutes enlacés l'un et l'autre, Eddie en profita pour conduire Raphaëlle vers la salle de cérémonie. Il lui montra différentes robes qu'il avait confectionné, il semblait si heureux qu'elle le laissa faire, se sentant rassurée de le savoir calme après ces moments d'affection.

- Tu sais coudre ? Demanda-t-il avec sérieux.

- Euh, non... répondit timidement Raphaëlle en jouant avec ses cheveux. Je n'ai jamais appris...

- C'est amusant de coudre, il faudra que je te montre... Nous avons tellement de choses à faire, mais avant de passer aux choses sérieuses, j'ai envie de te connaître un peu plus... Pourquoi es-tu arrivée ici... ?

Raphaëlle fut surprise de cette question. Elle ne s'attendait pas à ce qu'il s'intéresse à lui ainsi. Elle haussa les épaules, puis répondit en baissant les yeux.

- J'ai tué quelqu'un... et je suis arrivée ici... e-et toi... ?

- Tu as tué une personne... ? Toi ? Tu caches bien ton jeu avec ton joli minois répondit Eddie en la scrutant avec des yeux doux. Je me souviens être arrivé ici, j'ai tué des dizaines de personnes... Je n'ai pas compté, j'en pouvais plus de ma vie... Je suis arrivé là en début d'année et je savais qu'ils faisaient des expériences sur nous ici... Après, il y a eu un trou noir et je me suis réveillé... Je ne me sens plus comme avant... Mais je suis heureux de t'avoir rencontré. Tu restes avec moi, n'est-ce pas ?

Raphaëlle ne s'attendait pas à cette dernière question. C'est comme s'il voulait être rassuré. Elle savait sans doute que pour arriver à ce stade de folie, il avait du faire des choses affreuses dans sa vie. C'est donc avec un petit sourire qu'elle hocha la tête.

- Oui... Tant que tu me promets de ne pas être méchant avec moi...

- Je te le promets, chérie... répondit Eddie en caressant son visage. Il regarda ailleurs et Raphaëlle remarqua son regard vague. Comme s'il était soudain perdu dans ses pensées. Elle était d'ailleurs choquée d'apprendre qu'ils faisaient des expériences sur eux ici. Elle pensa alors qu'il avait dû être une des victimes pour revenir avec un côté du visage présentant des éruptions cutanées sévères.

Eddie lui prit la main et l'emmena alors vers une autre salle. Raphaëlle eut un mauvais pré-sentiment, car ça sentait très mauvais. Comme une odeur de sang... Et quand ils arrivèrent dans la pièce, Raphaëlle eut le souffle coupé et porta ses mains à sa bouche pour ne pas vomir. Il y avait un homme décapité, confortablement installé sur une longue chaise, avec sa tête à la place de son endroit intime ! C'était une scène d'horreur. Un massacre. Et elle regarda Eddie, qui souriait tristement à cette scène. La jeune femme n'eut aucun doute qu'il était responsable de ce massacre. Cette position imitait la naissance, et il avait réussi par elle ne savait quel moyen à coudre la tête presque à l'intérieur du bas ventre. C'était une scène horrible à voir, tellement morbide, qu'elle ferma les yeux, ne se sentant soudainement pas bien et elle s'évanouit alors aux pieds d'Eddie. L'homme s'abaissa rapidement pour la relever mais Raphaëlle ne tenait plus debout, elle était tombée dans les pommes. Inquiet, Eddie l'emmena loin de cette pièce, puis alla l'installer dans une autre pièce remplie de machines à laver et de vestiaires. Il l'installa sur un banc, puis alla chercher de quoi la réconforter, une couverture, un chiffon imbibé d'eau qu'il posa délicatement sur son front. Il s'agenouilla près d'elle, caressant son épaule. Il essayait de la réveiller mais en vain.

2H PLUS TARD.

Raphaëlle se réveilla, tremblante de sueur, le chiffon toujours posé sur son front. Elle écarquilla doucement les yeux, espérant que tout cela n'était qu'un cauchemar. Mais elle sentit quelque chose posé sur son ventre, et son souffle se coupa quand elle vit Eddie, la tête posé sur son ventre, qui semblait dormir. Elle cligna des yeux, puis soupira de soulagement. Il avait pris soin d'elle ainsi... elle se sentait mieux... et rassurée. Il ne lui avait fait aucun mal, au contraire, il s'était occupé d'elle et elle se sentit alors privilégiée. Elle se permit alors de poser sa main dans les cheveux d'Eddie, le caressant doucement dans son sommeil. C'est avec des yeux doux qu'elle le contempla. Ce n'était certes plus le même homme qu'il y a quelques heures. Mais la vision de la naissance macabre lui revient alors à l'esprit. Elle pensa alors qu'il devait être sacrément dérangé, malheureux et triste pour faire de tels actes. Si bien qu'elle commença à avoir un pincement au cœur. Il montrait des signes d'affection à son égard, et elle commençait soudain à ressentir quelque chose pour lui. C'était évidemment insensé, elle le savait, mais il y avait quelque chose en lui qui l'intriguait de plus en plus, elle qui avait si peur des hommes, elle se sentait dès alors mieux à ses côtés qu'avec n'importe quel autre.