Bonsoir ! voilà la suite d'Où tout continue, avec un moment de l'enfance de Lily… Merci à MarlyMcKinnon pour sa review juste hyper motivante et encourageante, et merci à tous ceux qui ont pris le temps de lire le chapitre précédent jusqu'au bout et aussi aux trois personnes qui m'ont ajouté dans leurs favoris et leur follow ! Et si vous pensez à me laisser votre impression, sachez que ça fait ma journée x)

Bonne lecture !

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Chapitre 2 : Premier Noël dont elle se souvient (Lily)

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Noël 1967,

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Le premier Noël dont Lily Evans se souvient, date de 1967, elle avait presque huit ans, mais elle n'arrivait toujours pas à atteindre le placard du haut de la salle de bain sans monter sur une chaise. C'était par ailleurs fort gênant à l'heure actuelle, quelques minutes avant que sa mère, sa sœur, son père et elle ne se rendent chez le frère de son père, Oliver, pour fêter Noël, justement.

Elle était donc en équilibre sur la chaise de sa chambre, chambre qu'elle partageait avec sa sœur, Pétunia.

Elle tendit le bras au dessus du lavabo, atteignit presque le petit tiroir en plastique sous le miroir. Elle se pencha un petit peu plus et le bout de son majeur effleura la matière semi-transparente. Sans se rendre compte, Lily se mordit la lèvre, ce qu'elle faisait toujours lorsqu'elle se concentrait, et se pencha un tout petit peu plus. Son corps allait et venait avec une amplitude si faible qu'on ne voyait presque plus les vagues qu'il faisait.

« Lily ! retentit soudain la voix de sa mère. »

La petite fille rousse perdit l'équilibre. Elle se retint au lavabo in extremis mais ses pieds ne suivirent pas et la chaise, très bancale, tomba en arrière. Ses dents butèrent sur le bord du lavabo.

« Lily ! répéta sa mère en arrivant trop tard pour la rattraper. »

Lily avait tellement mal qu'elle oublia de pleurer. Elle se retourna vers sa mère, ouvrit la bouche en tremblant et quelque chose tomba dedans. Sa mère le prit du bout des doigts. C'était un petit carré blanc. C'était la moitié de sa dent.

Lily se retourna immédiatement vers le miroir qu'elle venait de quitter pour découvrir son nouveau sourire, privé d'une demi-dent.

Là, l'horreur s'ajoutant à la douleur, elle se mit à pleurer.

Les bras de Daisy Evans, sa mère, se refermèrent autour d'elle.

« Chut… chut… c'est pas grave, Lily, souffla-t-elle sans vraiment savoir ce qu'elle disait.

-J'ai mal… hoqueta Lily en portant ses doigts à sa bouche. »

Ça brûlait et ça piquait à la fois. C'était froid aussi. Lily passa sa langue sur ses dents et rencontra un trou. Elle appuya avec sa langue vers le haut, là où la cassure avait eu lieu, et ça la soulagea quelques secondes. Bon Dieu, mais pourquoi avait-elle essayé d'attraper le rouge à lèvres de sa mère ?

Elle sentit d'autres bras l'enlacer et la soulever de terre. Elle reconnut l'odeur de tabac froid de son père et s'y laissa aller. Elle descendit l'escalier dans ses bras, et il les assit sur le canapé du salon. Elle n'avait pas si mal physiquement c'était son sourire qui souffrait. Mais c'était pareil.

« Lily, demanda la voix grave de son père. »

Lily essaya de calmer ses sanglots. Elle avait eut peur, mais la douleur n'était plus si grande. Elle avait eu mal sur le coup, puis c'était passé. Son père attendit.

« Regarde, moi, insista-t-il et sa fille releva la tête.

-C'est moche, hein ? chuchota-t-elle en montrant les dents.

-Tu ressembles un peu moins à Brigitte Bardot, avoua son père avec un sourire. Mais regarde, j'ai la même, là, indiqua-t-il à sa fille en lui désignant son incisive droite. Bon, il en reste encore moins de la tienne, mais t'es encore plus ma fille, comme ça. »

Lily ne savait plus pourquoi elle pleurait, si c'était de rire ou de tristesse. Son père ne savait décidément pas réconforter les gens, mais ça avait amusé Lily, et c'était sans doute l'objectif de Jack Evans.

« Papy Charlie disait que ça servait à rien quand je me la suis cassée, cette dent, mais moi j'étais sûr du contraire. Bois un peu de lait, lui conseilla-t-il avec un clin d'œil. Et puis des dents, il t'en restera toujours assez pour manger ce que t'auras dans l'assiette. »

Lily entendit sa mère laisser un rire crispé s'échapper de ses lèvres. Elle fit ce que son père lui conseillait, et se servit le reste du lait du réfrigérateur. Effectivement, elle sentit que son reste de dent aimait bien. Elle monta une dernière fois jeter un coup d'œil au miroir avant de partir chez son oncle Oliver. Le reste de sa dent ne la faisait plus souffrir, mais c'était vraiment hideux selon elle. Peut-être que si elle arrachait ce qu'il restait, une autre dent viendrait la remplacer ? Avant d'essayer, elle se souvint que les dents ne repoussaient qu'une fois et soupira à en pleurer. Mais ses parents lui demandèrent de descendre, et elle sécha ses larmes en quelques secondes.

Ils traversèrent la rue pour arriver sur le perron de la maison d'en face. Et Lily se décida à garder la bouche résolument close, ou du moins à cacher ses dents.

« Pourquoi on va pas chez Tatie Lindsay cette année ? demanda Lily.

-Nous y avons été l'année dernière, lui expliqua une n-ième fois son père. On fait une année sur deux, tu sais bien Lily.

-C'est pas un bout de dent mais un bout de cervelle qu'elle a perdu, plaisanta sa sœur.

-Pétunia ! s'outra sa mère. »

Mais Jack Evans rit avec Pétunia, alors Lily se joignit à eux. La porte s'ouvrit sur Hannah, ce qui coupa court à la discussion.

« Il n'manquait plus que vous ! s'exclama-t-elle en leur laissant la place de passer. »

Ils lui firent tous un grand sourire et se mirent à lui demander ce qu'on mangeait ce soir, sauf Lily, ce qui était là une chose inhabituel. Lily n'avait pas la langue dans sa poche, ni pour parler, ni pour manger. C'était toujours elle qui s'arrangeait pour parler plus fort que les autres quand il était question de nourriture et des fêtes de famille, comme Noël justement. Ceci intrigua suffisamment sa marraine pour qu'elle la retienne après que ses parents et sa sœur furent entrés.

« Dis voir Lily, s'inquiéta-t-elle. »

Elle s'accroupit à son niveau, et Lily se força à bien garder la bouche fermée. Elle remarqua les petites rides aux coins de ses yeux noirs et se demanda quel âge Hannah avait. Sa marraine avait une petite cicatrice juste sous l'œil, comme si on avait essayé de le lui crever. Lily n'avait jamais demandé à Hannah où elle se l'était faite, mais elle se doutait que c'était lors d'une des manifestations que sa marraine menait.

« Il y a un problème, Lily ? continua-t-elle.

-… Lily secoua négativement la tête.

-Tu fais une drôle de tête depuis que t'es rentrée, enchaîna Hannah en fronçant un peu plus les sourcils.

-… Lily répéta le même mouvement.

-Lily, est-ce que…

-Lily, viens voir ! coupa la voix de James, son cousin. »

La petite fille en profita pour s'échapper des yeux avertis de Hannah Evans et se faufila jusqu'au coin de la pièce dans lequel son cousin, de dix ans son aîné, s'était réfugié. Elle faillit sourire de façon habituelle, mais se reprit au dernier moment. Puis elle se dit que c'était James, et que jamais James ne se moquerait d'elle, ce n'était pas son genre. Puis le souvenir de son sourire hideusement transfiguré revint derrière ses yeux, et elle cacha la grimace que cela lui inspirait.

« Regarde, lui proposa-t-il après avoir vérifié que personne ne venait dans leur direction. »

Il lui montra la page qu'il venait de couvrir de traits au crayon de papier. Une belle femme en pied, de profil, emplissait la majeure partie de la page à carreaux. Elle avait une robe de twist qui lui arrivait aux genoux, des cheveux coupés à la garçonne, à la mode des années 20. Lily fronça les sourcils et regarda juste au dessus du dessin. Le fond du portrait en pied, c'était la cuisine d'Hannah et Oliver. Mais qui était la jeune fille alors ? Cheryl, la fille aînée de Ralph et Martha, la sœur de son père, passa à ce moment-là, et Lily put donner un nom au model de James.

« C'est Cheryl, dit enfin Lily en approchant ses yeux du dessin. »

Elle se recula, contempla sa cousine qui avait quinze ans depuis quelques jours, puis revint au dessin.

« Elle est vraiment belle, hein ? demanda-t-elle en se mordant la lèvre inférieure. »

Sa dent cassée raccrocha à sa lèvre et elle s'empressa de cacher le désastre derrière ses lèvres roses. Mais James avait l'œil, en dessin comme en ce qui concernait les relations humaines, et il tendit la main vers la bouche de sa cousine.

« Ta dent, souffla-t-il en fronçant les sourcils, qu'est-ce que… »

Il se tut en voyant les yeux de sa cousine se remplirent de larmes. Il s'arrangea pour que les autres ne puissent pas voir qu'elle pleurait en la plaçant de façon à ce qu'elle tourne le dos à tous les membres de leur famille.

« Quand est-ce que tu l'as cassée ? souffla-t-il, mais sa voix était couverte par le brouhaha des conversations.

-Tout à l'heure. J'ai voulu prendre le rouge à lèvres de maman, mais le tiroir au dessus du lavabo était un peu haut, avoua-t-elle car elle ne supporterait pas qu'il la regarde avec pitié.

-Maman a giflée Cheryl lorsqu'elle l'a vu faire la même chose tout à l'heure, lui apprit-il avec un sourire en coin. Martha n'en a pas chez elle, alors Cheryl a voulu le lui emprunter. Elle avait juste oublié de lui demander avant. Et tu connais ma mère, elle a la main facile quand tout ne file pas comme elle l'aimerait. »

Lily plaqua sa main sur sa bouche et jeta un coup d'œil à sa cousine qui riait à une blague de leur cousine Bonnie, la fille d'Albert et Mary, l'autre sœur Evans. Pourquoi Cheryl voulait-elle mettre du rouge à lèvres ? Elle était déjà si belle !

« Parle pas de ma dent aux autres, demanda-t-elle en chuchotant. Tatie Hannah va en faire tout un tas après.

-Croix d'bois, croix d'fer, si j'mens, j'vais en enfer, lui répliqua son cousin avec un clin d'œil. »

Soulagée, Lily sentit la petite boule qui s'était formée dans sa gorge s'effilocher un peu.

« Sinon Durham, c'est bien ? demanda-t-elle en le voyant fermer son carnet. »

Elle s'assit sur ses genoux et il la fit un peu sauter, histoire de la faire rire.

« C'est bien oui, répondit-il finalement. Les autres sont vraiment intéressés, c'est mieux que le collège de Carbone-les-Mines. Mais tu verras, avec les notes que tu as déjà cette année, je suis certain que toi aussi tu iras au lycée, lui apprit-il en souriant chaleureusement.

-Et tu fais quoi là-bas ? demanda-t-elle naïvement.

-J'apprends à bien écrire, j'apprends le français et le gaélique irlandais, j'apprends l'histoire de l'Angleterre et du Royaume-Uni. Le dernier cours que j'ai eu, par exemple, traitait de l'histoire de l'Irlande, qui ne s'est réellement déclarée comme République d'Irlande que depuis 1949, il n'y a pas vingt ans, par exemple, lui expliqua-t-il brièvement. Et le dernier livre que j'ai lu, c'est Animal Farm, de George Orwell, je te l'offrirai plus tard, ça te plaira, j'en suis sûr.

-J'aime bien parler avec toi, lui apprit Lily après l'avoir écouté attentivement. Tu me parles comme si j'étais suffisamment grande pour tout comprendre, même si c'est pas vrai. »

James n'eut pas le temps de répondre quoi que ce soit, d'ailleurs il n'aurait pas trouvé grand chose à dire si ce n'est rougir d'embarras. Sa mère arriva sur Lily et la prit dans ses bras. Elle s'assit sur le canapé avec sa filleule et regarda son sourire.

« Tu t'es pas loupée, ma pauvre p'tite Lily, s'exclama-t-elle alors que Lily essayait de se dégager de sa prise. »

Lily crut qu'elle n'arriverait pas à retenir ses larmes. Tout le monde allait savoir qu'elle était défigurée pour toujours maintenant, avec la discrétion légendaire d'Hannah Evans. Quand enfin sa tante l'eut lâchée, elle serra fort les dents qu'il lui restait pour ne pas se mettre à pleurer et se retint de s'enfuir en courant.

« Ta première blessure de guerre, petite lionne, continua Hannah en la prenant sur ses genoux. Mais t'es comme moi, toi. T'en auras bien d'autres des comme ça. »

Lily cligna des yeux, non pour refouler des larmes de honte, mais parce qu'elle ne comprenait pas ce que lui disait sa tante.

« Eh me regarde pas comme ça, t'es une lionne pas un poisson hors de l'eau, plaisanta Hannah en lui ébouriffant les cheveux doucement. Tu supportes pas l'injustice, tu mènes tes batailles contre cette vermine de Shartown, je t'ai vu remballer Samy l'autre jour, t'es une guerrière, ma Lily. »

Lily ne dit rien, mais elle était un peu moins contrariée contre Hannah. Elle était même satisfaite que quelqu'un voie enfin son action contre les Shartown comme une bonne action et non une prise de risque ou une perte de temps inutile.

« Il voulait me voler mon bonnet l'autre jour, expliqua Lily, enflammée. Je n'allais pas le lui tendre non plus. Alors je lui ai dit qu'il n'avait qu'à essayer de me le prendre. Il a essayé, il a tâté de mon poing, en plein dans son nez, comme tu me l'as appris Tatie, précisa-t-elle fièrement.

-Tu aurais fait une magnifique suffragette, ma Lily, la félicita-t-elle. Comme ma mère et ma grand-mère.

-Laisse la p'tite en dehors de tes histoires, Hannah, marmonna son frère, Dirk Wilkinson, qui avait entendu les derniers mots de sa sœur. L'est trop p'tite pour…

-Si on s'était pas battu, Dirk, à son âge, Lily serait encore au fond d'une mine ou dans une blanchisserie à faire la salle besogne, hein ! lui répliqua vertement sa sœur. Alors au contraire, il faut lui en parler. »

Son frère ne fit que soupirer, habitué au caractère enflammé des femmes de sa famille et retourna à sa conversation avec Jack Evans. Le père de Lily, habitué aux combats sans fin, ici ceux d'Hannah, leva le verre de bière qu'Oliver lui avait donné en direction d'Hannah et celle-ci en fit de même.

« Qu'est-ce que c'est une suffragette, Tatie ? osa demander Lily. »

Dans son coin, Dirk soupira, sachant d'avance que le repas serait retardé si Lily continuait ses questions. D'ordinaire, Lily aurait peut-être eu la même réaction, mais l'aventure de sa dent lui avait coupé l'appétit, et malgré les félicitations de sa marraine, elle se trouvait toujours hideuse avec ce sourire ébréché.

« Quand ton Papy Charlie était petit, les femmes n'avaient ni le droit de voter, ni le droit de faire de la politique, raconta Hannah, et même James tendit l'oreille. Il y avait énormément de lois injustes pour nous, les femmes. Par exemple, si un couple se séparait, les enfants restaient quasiment toujours avec leur père, qui pouvait refuser que leur mère les voie. Et puis, généralement, les filles n'allaient plus à l'école dès qu'elles avaient quatorze voire douze ans et commençaient à travailler. Et donc, pour changer nos droits, il y a des femmes, comme ma mère et ma grand-mère Susan qui manifestaient pour obtenir le droit de vote, qui était la base à avoir si l'on voulait changer les lois du pays. Mais les hommes ne les écoutaient pas. Parfois parce qu'ils ne comprenaient pas que c'était si important, parfois parce que cela les arrangeaient que les femmes ne puissent rien faire, soient leurs pantins. Comme nous n'étions pas écoutées, certaines se sont mises à casser des vitrines, juste pour qu'on les écoute, et souvent, elles finissaient par aller en prison et c'était un combat très difficile, insista Hannah avec un visage sérieux. Et finalement, elles ont fini par être écoutées. Après la Grande Guerre qui a ravagé l'Europe, nous avons obtenu le droit de vote. J'avais deux ans, mais je me rappelle de la joie de ma mère et ma grand-mère qui pleuraient, qui dansaient à n'en plus finir. Des cortèges de femmes qui défilaient dans les rues. Je crois que c'est même le plus vieux de tous mes souvenirs. »

Le regard d'Hannah se fit lointain, comme si elle revivait l'instant qu'elle racontait.

« Et à partir de là, les choses injustes pour les femmes ont pu commencer à changer, poursuivit James. Mais c'est loin d'être fini, précisa-t-il. Pour le même travail aujourd'hui, une femme ne gagne parfois que la moitié de ce que gagne un homme.

-Comment ça ? demanda Lily en fronçant les sourcils.

-Par exemple, si chaque jour un homme gagnait un gâteau, une femme n'en gagnerait que la moitié, alors qu'ils font le même travail, explicita James avec une grimace.

-Mais c'est pas juste, répliqua Lily en ouvrant de grands yeux.

-Non, mais c'est comme ça, ne trouva qu'à répondre Hannah. C'est pour ça qu'il faut changer les lois.

-Mais ça prend du temps, reconnut James. Déjà, parce que beaucoup d'hommes sont contre cette modification, ensuite parce que pour modifier une loi, il faut discuter longtemps. Et parmi ces gens qui doivent discuter longtemps, il y a encore peu de femmes, donc peu de personnes qui sont concernées par ces lois injustes. Donc peu de personnes qui les subissent. Tu comprends Lily ?

-Mais tu es sûr…

-C'est très compliqué, Lily, avoua Hannah en soupirant. Mais on y arrivera un jour, tu verras. »

Lily choisit de faire confiances aux yeux sombres mais déterminés de Hannah et James. Elle hocha la tête.

« En attendant, ma Lily, reprit Hannah avec un regard entendu, ne laisse jamais quelqu'un et surtout pas un homme décider pour toi. Même s'il en va de ta vie.

-Maman, marmonna James en riant doucement. Lily n'a même pas encore huit ans, laisse lui le temps de grandir encore un peu.

-Le travail commence maintenant, James, répliqua aussitôt sa mère. Depuis des siècles voire des millénaires les femmes sont soumises aux hommes, il en faudra autant pour que ce ne soit plus du tout le cas, alors ça commence dès que nous, les femmes, nous sommes enfants. »

C'était celui-là le premier Noël dont Lily Evans se souvenait. Elle ne s'en souvenait pas parce qu'elle avait cassé sa dent, qui avait repoussé comme par magie dans la nuit sans que personne ne sache comment, ce qui avait rendu Pétunia jalouse à un point que Lily ne pouvait comprendre. Ce n'était pas non plus parce que James l'avait dessinée en trois coups de crayon de papier et qu'elle s'était tout de suite reconnue dans ce dessin. Ce n'était pas non plus parce qu'elle avait reçu un immense paquet de berlingots ce soir-là, ses bonbons préférés de l'heure. Non, ce n'était pour aucun de ces cadeaux que ce Noël-là l'avait tant marquée, qu'elle s'en souvenait encore en janvier 1978, dix ans plus tard, alors qu'elle soufflait les bougies de son dix-huitième anniversaires avec ses amis, le dernier qu'elle soufflerait à Poudlard.

Ce Noël avait à ce point marqué Lily parce que Hannah lui avait dit qu'elle était digne des suffragettes, ces femmes qui lui permettraient un jour de voter, digne du combat qu'on avait mené pour elle. Mais surtout, parce qu'elle avait compris que si le monde pouvait être injuste, il ne tenait qu'à elle de le changer, de se battre pour ce qu'elle pensait juste, et que ça, en revanche, ça payait toujours. Et ce qui était juste c'était le bonheur et l'égalité pour ses yeux d'enfant d'à peine huit ans.

Et tout ce qu'elle voulait, elle pouvait l'obtenir en ne laissant personne lui marcher sur les pieds.

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A la semaine prochaine pour la suite ! bisous les amis !