De l'excitation, de la fierté, voilà ce que ressentait le jeune Steve Rogers. Enfin il allait pouvoir servir son pays, enfin quelqu'un avait décelé son envie d'aider les gens, de bien faire, de tout faire pour être quelqu'un de bien. Cette personne, le Dr Erskine, allait changer sa vie, Steve en était persuadé.
Un autre sentiment percé au fond de lui. La peur, bien sûr. Le jeune Rogers n'avait pas un tempérament de tête brûlée, n'avait pas l'envie de tuer des gens pour le plaisir. Non, la guerre n'était pas une envie plaisante, mais une nécessité. Il ne voulait pas se sentir si impuissant, si spectateur de cette guerre absurde et cruelle. Personne ne le comprenait sur ce point, pas même son meilleur ami Bucky qui tentait par tous les moyens de l'empêcher de participer à ce combat, ou du moins en voulant lui éviter le front.
Assis seul dans son appartement, Steve regardait la photo de ses parents malheureusement décédés. C'était depuis cette perte que l'envie de se sentir utile avait surgit au fond des tripes du jeune garçon, lui qui avait était si impuissant face à la mort des êtres qui lui étaient les plus chers au monde. Heureusement, Bucky était là. Il avait été l'épaule sur laquelle s'appuyer au cimetière, la personne sur qui compter au retour, l'ami proposant son aide infaillible au quotidien.
« Je serais toujours là pour toi. »
Steve avait failli s'effondrer dans ses bras ce jour-là, mais il ne l'avait pas fait. Il se sentait assez complexé par son physique, il ne voulait pas se montrer encore plus faible qu'il ne l'était. Il n'avait pas dormi, tenant une photo de lui et de son ami d'enfance au creux des bras. Le sourire de Bucky était éblouissant. Son air canaille avec ses cheveux en pagaille le rendait très séduisant.
Steve sortit de ses pensées. Il tenait ce même cadre dans ses bras. Lorsqu'il avait quitté Bucky plus tôt dans la soirée, son cœur s'était serré. Le sergent James Buchanan Barnes était enrôlé dans la 107ème unité. Steve s'en doutait. Son ami était grand et fort, destiné à la guerre. Mais même si le voir dans ce costume militaire n'était pas une surprise, le sentiment d'abandon et de solitude qui avait assailli Steve en était une. Depuis quand était-il devenu si dépendant de Bucky ?
Cette soirée était surement leur dernière et Steve n'avait pas su en profiter. Il avait laissé son ami partir avec ces deux jeunes femmes. Il aurait tellement voulu passer la soirée seul avec lui mais sa timidité l'avait empêché de formuler son souhait. Et maintenant, il se retrouvait dans son appartement, seul, la peur au ventre, les remords l'envahissant.
De son pouce, il caressa les contours du visage de son ami sur le papier. Secrètement, il espérait pouvoir le croiser durant ses classes ou même au front. Le perdre était inconcevable… Les sentiments qu'il sentait dans son ventre le déstabilisaient. Il n'avait jamais connu l'amour, ni même une quelconque attirance pour quelqu'un. Pourtant, Bucky remuait quelque chose au fond de lui. Quelque chose de plaisant mais aussi dérangeant. Aimer un homme n'était pas correct et pour un jeune homme comme Steve, sortir des clous était prohibé.
Steve soupira et fini par reposer le cadre. D'un pas lent, il traversa son petit salon pour s'installer devant la fenêtre, son regard sondant la nuit. C'était sa dernière nuit ici, dans ce quartier modeste de Boston qui l'avait accueilli depuis sa naissance. Il allait enfin sortir de chez lui, des sentiers battus et bien connus. L'inconnu était grisant. Il l'aurait été d'autant plus avec Bucky à ses côtés.
