Disclaimer : Les personnages et l'univers d'Harry Potter sont à J.K. Rowling. Même si je vous disais qu'ils sont à moi, vous me croiriez, vous ? La fic est à Hannah-1888.
2. Février.
Mercredi 1er Février
21:00 — A la Maison.
Ai reçu un message de la part de Minerva m'invitant à l'une de ses petites réunions à La Tête de Sanglier. Mais je n'ai plus besoin qu'elle me fasse la charité. Ces temps-ci, j'ai une vie sociale moi aussi.
Ha ha. Je ne peux qu'imaginer sa tête si elle entendait cela. Elle me lancerait probablement un Maléfice Cuisant à la figure.
Quoi qu'il en soit, j'irais probablement, puisque je n'ai rien d'autre de prévu ce soir-là. Je ne pense pas que je demanderais à Granger de m'accompagner. Je ne suis pas certain de pouvoir faire face aux balivernes inévitables de mes anciens collègues. Et ce n'est pas comme si elle s'attendait à ce que je l'invite, donc tout va bien.
Tout va bien, pas vrai ?
Elle ne se sentira pas offensée... tout de même ?
Non... Elle a une vie en dehors de moi alors... Tout va bien. Absolument.
Oh.
Qui peut-elle bien voir quand ce n'est pas moi ? Les Potter peut-être ?
Espérons.
21:25
Il vaudrait mieux pour elle qu'il ne s'agisse pas d'un autre homme.
21:30
Et elle a foutrement intérêt à ce que cet autre homme ne soit pas Weasley.
Humph.
Qui sont ses amis ? Je parie qu'elle en a des centaines.
Tandis que moi je n'ai qu'une bande de vieilles rombières qui ne me parlent, je le crains, que par habitude. Oh, et Minerva, qui me voit probablement comme un exutoire pour son instinct maternel sous-développé.
J'ai réussi à me déprimer moi-même.
Vendredi 3 Février
15:30 — Sombre lentement dans la folie.
Je m'ennuie tellement que je suis incapable d'aligner deux pensées cohérentes !
Ai envisagé de préparer une potion, mais je n'ai aucun ingrédient à y mettre.
Ai envisagé de lire, mais je n'ai pas de livres à lire.
Ai envisagé de sortir faire un tour, mais je n'ai nulle part où aller.
Au secours.
16:09
J'envisage même de commencer à écrire 'Les techniques de découpe des ingrédients au douzième siècle'...
Sauf que... je suis à peu près certain que les techniques de découpe des ingrédients du douzième siècle étaient plus ou moins les mêmes que celles du vingt-et-unième.
Il n'y a pas trente-six manières de tenir un couteau, si ?
Granger doit me prendre pour un idiot fini.
Dimanche 12 Février
16:00 — A la Maison.
Hmm... Il me paraît de plus en plus évident que l'un des jours les plus redoutés de l'année approche à toute vitesse - la Saint-Valentin. Je n'avais jamais eu à m'en inquiéter auparavant. Je n'avais même jamais eu à y réfléchir.
Sauf peut-être durant ma cinquième année lorsque j'ai... Non, il vaut mieux bannir cet incident de ma mémoire pour toujours.
Et maintenant... eh bien...
Heureusement, ou peut-être malheureusement (cela dépend de quel point de vue on se place), Granger est attendue très tôt au Magenmagot le matin du quinze et a décrété qu'elle serait certainement très occupée à relire ses notes et à se préparer les jours précédents.
Ce qui me convient parfaitement. Cela me paraît un peu tôt dans notre relation pour me retrouver mêlé à pareil événement commercial et sans intérêt. Néanmoins...
Suis-je supposé lui acheter une carte malgré tout ? Va-t-elle s'attendre à en recevoir une ? Et si elle ne m'en envoyait pas une en retour ? Suis-je censé en attendre une en retour ? Devrais-je me sentir offensé si elle n'en envoie pas ?
Aargh !
16:25
Une minute. Il lui est déjà arrivé de passer des soirées dehors juste avant une audience auparavant... Il y a eu cette fois où elle s'est soûlée dans le Yorkshire et a dû Transplaner en état d'ébriété avancé pour pouvoir arriver à l'heure.
M'aurait-elle baratiné ? Peut-être a-t-elle d'autres projets. Verrait-elle quelqu'un d'autre derrière mon dos ? Ou peut-être passer la journée seule lui est-il infiniment préférable que de la passer avec moi...
Merlin ; parfois j'aimerais être capable de me mettre en veille. Je suis en train de me monter la tête tout seul avec ma paranoïa pathétique.
16:55
Si je lui envoie une carte - cela sera-t-il suffisant ? Ou espérera-t-elle autre chose ? Des fleurs ? Des chocolats ? Un Cupidon chantant ?
Pour être honnête, je ne suis pas sûr d'arriver à envoyer ne serait-ce que l'une de ces cartes écoeurantes, et donc encore moins à envoyer quoi que ce soit d'autre.
Humph.
Lundi 13 Février
9:00
Oh bon sang. Je n'ai toujours rien acheté. Je commence sérieusement à m'inquiéter.
10:30 — Chaudron baveur.
J'ai parcouru le Chemin de Traverse en long et en large durant plus d'une heure, le tout dans un état de panique avancé. Je suis allé voir les cartes que propose Fleury et Bott, mais j'ai été incapable d'en choisir une. Je n'ai pas pu. Je ne peux pas lui acheter une carte. Je ne peux pas lui écrire une carte. J'en suis physiquement incapable. Je suis incapable de choisir l'un de ces bouts de parchemin ridicules, sentimentaux et couverts de platitudes rebattues et de l'apporter à la caisse pour le payer. Et je ne vais certainement pas en voler un... (bien que je serai certain de m'en tirer sans dommages...).
Il va falloir que je pense à quelque chose d'autre.
15:30 — A la Maison.
Je crois que le vent a commencé à tourner. J'ai à nouveau passé quelques heures à explorer le Chemin de Traverse sans rien trouver jusqu'à ce que je m'aventure dans le magasin de chaudron, où je me suis surpris à admirer une très intéressante fiole en verre.
Cela m'a donné une idée. J'ai acheté la fiole, mélangé quelques ingrédients dans un chaudron et voilà, je me suis retrouvé avec un charmant parfum en mains. J'en ai rempli la fiole, et hop, terminé. C'est un cadeau attentionné, mais point excessivement extravagant. Tout comme moi. Hah.
Je l'ai échappé belle, ceci dit. J'ai failli me retrouver nez à nez avec Potter. Je l'ai aperçu le nez collé à la vitrine de Tissard et Brodette, aussi ai-je vivement rebroussé chemin et me suis éloigné de lui aussi vite que j'ai pu. Je le suspecte de s'être trouvé là pour la même raison que moi. Je ne retire aucun plaisir d'une telle supposition. A vrai dire, cela me déstabilise énormément. D'où ma fuite précipitée.
Bref... J'ai décidé que je n'enverrais pas de carte. Je me contenterais d'écrire un mot pour accompagner la fiole ; je suis à peu près certain que cela ne changera rien pour elle. Il va juste me falloir décider ce que je vais lui écrire. Hmm.
Chère Hermione,
Je te prie de bien vouloir accepter cette preuve de mon... affection... ?
Ou de mon estime, peut-être ?
Oh Seigneur. Ces mots sont loin d'être suffisants mais... eh bien, ils feront l'affaire...
Mardi 14 Février
13:00
Granger ne m'a rien envoyé. Pas de mot. Rien. Je sais qu'elle est très occupée, mais... je crains d'avoir mal interprété...
22:00
Tout va bien. Elle est apparue sur le pas de ma porte cette après-midi. Elle est venue directement depuis le Ministère, apparemment. Elle m'a tendu une bouteille de brandy en disant 'Pour toi.'
J'en ai été touché. Vraiment ; je ne plaisante qu'à moitié...
'J'ai décidé de faire une pause pendant une heure ou deux pour prendre un verre avec toi, si tu es d'accord ?'
Je fronçai les sourcils, mal à l'aise. 'Oh... Ah, je ne suis pas certain... j'ai du monde...'
Son expression se figea. 'Oh,' lâcha-t-elle tout bas. 'Désolée.'
Lorsqu'elle tourna les talons pour s'en aller, je laissai échapper une série de rires étouffés. La vérité lui apparut, elle leva les yeux au ciel et me bouscula pour rentrer, en marmonnant dans sa barbe qu'elle 'aurait dû s'en douter.'
Elle n'a pas tort ; elle aurait dû.
Samedi 18 Février
18:00
Je vais à la Tête de Sanglier ce soir. Ce devrait être une soirée (relativement) agréable.
23:50 — Maison. Ivre et en rage.
Quelle soirée catastrrrophique ! Minerva et moi nous sommes brouillés. Vieille pintade. Qu'elle aille au diable. Pour qui se prend-elle ? Pourquoi lui faut-il se mêler de tout ?
...
Je vais me coucher maintenant — j'ai beaucoup trop bu.
Dimanche 19 Février
15:00 — Au lit en plein milieu de l'après-midi !
Je viens seulement de me réveiller. J'ai la nausée. Je me sens également légèrement dégoûté par mon existence de plus en plus sédentaire.
Eh bien... Je n'ai pas l'énergie de me lever pour l'instant, et puisque je n'ai rien d'autre à faire de ma journée autant raconter par le menu ce qui s'est passé hier soir. Je suis arrivé au pub alors que tout le monde était déjà arrivé. Je n'ai pu profiter que de cinq minutes de paix, cependant, avant que Rolanda ouvre les festivités. Pourquoi est-ce toujours elle qui s'y met ?
'Comment ça va avec Mrs Weasley ?' roucoula-t-elle avant de glousser toute seule à sa petite blague. Bonne femme stupide. Granger n'est plus une Weasley, alors pourquoi perd-elle son temps à lancer des piques de ce genre ?
'A vrai dire, Severus,' intervint Pomona d'un ton condescendant. 'J'avais cru que vous alliez nous l'amener ce soir.'
Je la fixai. 'Pourquoi cela ?' demandai-je avec brusquerie.
Pourquoi aurait-elle dû m'accompagner ? Cela fait deux mois à peine que nous avons commencé à nous voir.
'Oh je ne sais pas...' marmonna-t-elle, le nez dans son verre, intimidée par mon regard fixé sur elle.
'Vous m'avez l'air un peu sur la défensive, Severus ; elle ne vous a pas déjà envoyé balader quand même ?' Rolanda, malheureusement, ne se laisse jamais intimider.
Parfois, j'ignore pourquoi je perds mon temps avec ces gens-là.
'Arrêtez de l'embêter,' les admonesta Minerva, procédant ce faisant à orienter la conversation sur d'autres sujets. Cela n'empêcha pas Hagrid de me jeter de drôles de regards par intermittence toute la soirée. Qu'espérait-il trouver ? Compte-t-il m'administrer une correction si je ne me comporte pas comme il faut ?
Eh bien, qu'il essaye, pour voir.
L'alcool a coulé à flots (bien sûr) et je crois que Minerva s'est laissée aller à boire un peu trop de whisky, car plus tard dans la soirée elle s'est tournée vers moi et m'a demandé, 'Comment cela se passe-t-il entre Hermione et vous ?' Je ne suis pas certain qu'elle se serait montrée aussi directe eût-elle été sobre. Il me faut également rapporter ici que cette question ne me fut pas posée avec désinvolture. J'ai trouvé le ton de sa voix plutôt rigide et son expression également pincée. Je n'ai pas répondu ; je me suis contenté de la regarder. Mon évaluation n'est pas passée inaperçue et lui fit lever un sourcil. 'Quoi ?' demanda-t-elle sur la défensive.
J'ai réprimé une grimace indignée lorsque j'ai compris ce qui la dérangeait tellement. 'Vous n'approuvez pas, n'est-ce pas ?'
Son expression vacilla. 'Je vous demande pardon ? Je ne crois pas —'
'N'est-ce pas ?'
Elle ouvrit et referma la bouche avant de serrer les mâchoires et de secouer la tête. 'J'y ai réfléchi et... je ne suis pas sûre que ce soit une très bonne idée.'
Ce n'est pas comme si je ne m'étais pas attendu à susciter cette réaction ; je n'avais tout simplement pas prévu qu'elle viendrait d'elle.
'Je me rends bien compte qu'elle peut trouver mieux que moi. Ce que j'ai à offrir —'
'Ce n'est pas ça,' marmonna-t-elle avec irritation, ses yeux se fermant tout seuls à cause de l'alcool.
'La différence d'âge, dans ce cas.'
'C'est juste... Elle vient juste de sortir d'un mariage, Severus. Un mariage. Je m'inquiéterais si qui que ce soit choisissait de s'engager à un tel moment, mais...'
'Mais le fait qu'il s'agisse de moi vous paraît dix fois pire... Merci.'
Visiblement, Minerva n'a aucune foi en moi. C'est pourtant elle qui, il n'y a pas si longtemps, me tapait sur les nerfs à vouloir me trouver une femme ! Elle ne l'a sans doute fait que parce qu'elle savait qu'elle ne me trouverait jamais personne. Mariage ou pas ; elle ne pense simplement pas que j'ai assez à offrir pour intéresser quelqu'un comme Granger sur le long terme.
'Que connaissez-vous des relations amoureuses ?' insista-t-elle d'une voix empâtée, et je me sentis rougir intérieurement en l'entendant souligner mon manque de succès dans ce domaine. 'Je m'inquiète à l'idée que les choses ne tourneront peut-être pas comme vous le voudriez.'
'Foutaises !' lâchai-je, nous surprenant tous les deux. 'Vous ne pouvez simplement pas supporter l'idée que votre ancienne élève préférée s'associe avec quelqu'un comme moi.'
'Ce n'est pas —'
'Et que pouvez-vous bien savoir des relations amoureuses quoi qu'il en soit ?'
Son expression devint glaciale. J'avais parlé un peu trop fort et les conversations autour de nous s'étaient taries. Le problème est que, bien que Minerva et moi ayons déjà eu de profonds désaccords auparavant, cela avait toujours eu à voir avec le travail, et non avec nos vies personnelles. Depuis que j'ai quitté Poudlard, cependant, j'ai remarqué que nos échanges s'aventurent de plus en plus dans cette zone obscure, simplement parce que Poudlard ne constitue plus notre intérêt commun désormais.
Elle pinça les lèvres et détourna les yeux ; elle m'ignorait. Nous nous sommes ignorés tout le reste de la soirée, en fait. J'ai rejoint Horace et me suis forcé à l'écouter me raconter combien de cartes de bon rétablissement et de cadeaux il avait reçus de la part de certains de ses illustres ancien élèves durant sa récente maladie. Je me suis noyé dans mon verre dans un effort pour ignorer son babillage et pouvoir ruminer tranquille. Et, malheureusement, j'ai commencé à penser que c'était moi qui m'étais mal comporté envers Minerva. C'est probablement parce qu'une part de moi la respecte et s'en remet automatiquement à son opinion parce qu'elle est plus âgée et a été mon professeur pendant sept ans —
…
Oh Merlin.
Oh Merlin.
J'aimerais n'avoir jamais écrit ces mots ! Oh Seigneur ! Non ; ils sont faux. Je me trompe complètement.
Ce... ce n'est quand même pas pareil pour Granger et moi, si ? A-t-elle inconsciemment des idées préconçues à mon sujet — son comportement est-il involontairement affecté par le fait que j'ai été son professeur ?
Merlin. Cette semaine est une catastrophe. Minerva et moi ne nous parlons plus, et je fréquente quelqu'un qui sera incapable de me tenir tête parce que son subconscient craint que je ne retire des points à Gryffondor.
Parfait.
15:50 — Toujours au lit.
J'y ai repensé et je ne pense pas que ce soit la même chose. La différence d'âge n'est pas la même : Minerva pourrait être ma grand-mère... probablement. (Je ferais mieux de ne pas lui dire ça la prochaine fois que je la verrais.) Par ailleurs, je suis sûr qu'Hermione serait enchantée de me lancer des sorts à tout-va si elle pensait que je l'avais mérité.
Et peut-être mon inquiétude à l'idée d'avoir offensé Minerva n'a-t-elle rien à voir avec le 'respect dû aux aînés' finalement...
Peut-être que cela a à voir avec le fait que, au fond, j'ai bien peur qu'elle n'ait raison...
Mardi 21 Février
15:00 — A la Maison.
Une idée à la fois terrible et exaltante m'est venue quant à ma carrière actuellement au point mort.
Je suis allé chez Slug et Jiggers aujourd'hui et la boutique est à vendre. Jigger junior, apparemment, n'a pas l'intention de reprendre l'apothicairerie maintenant que son père est mort et a décidé de s'en séparer.
Et si... Serais-je capable de tenir une apothicairerie ? J'avais rejeté l'idée de créer une entreprise il y a quelques mois avec l'excuse que cela représenterait trop d'efforts à fournir... mais cette entreprise-là est déjà créée...
Il faut l'admettre, ce que j'ignore encore de l'art des potions ne vaut pas la peine d'être connu. Je sais exactement comment stocker les ingrédients ; où les trouver ; comment les utiliser...
Oh. Il y a un minuscule problème, bien sûr.
Je n'ai pas d'argent pour acheter une boutique.
17:00
Je suis encore en train de réfléchir à l'apothicairerie. J'aimerais n'y être jamais allé aujourd'hui. C'est une idée ridicule, vraiment...
Peut-être devrais-je aller faire un tour chez Gringotts et discuter avec les gobelins de l'hypothèse d'un prêt. Il me semble par ailleurs que Jigger junior me considérerait comme un acheteur potentiel sérieux. Je suis dangereusement prêt d'arriver à me convaincre moi-même.
Un autre problème insignifiant m'est venu à l'esprit, ceci dit : je ne sais absolument rien de la façon de tenir une boutique. Cependant, au vu de l'état de la plupart des boutiques du Chemin de Traverse, je crois pouvoir assumer que peu de sorciers le savent.
Il est cependant évident que j'ai toutes les caractéristiques d'un homme polyvalent et que je pourrais réussir à m'adapter à tout, y compris à la vente...
Je vais continuer à étudier la question...
Vendredi 24 Février
10:00 — A la Maison.
Je dois voir Hermione ce soir. J'ai toujours en tête cette brouille entre moi et Minerva et je suis donc assez hésitant à l'idée de cette soirée.
Et pourtant, cela fait environ deux mois que nous avons réussi à nous entendre. Deux mois ! Cela peut paraître une broutille pour les autres, mais c'est un véritable triomphe pour moi. Je ne devrais pas laisser des broutilles m'atteindre. J'ai bien peur cependant qu'il faudra attendre deux décennies avant de me sentir détendu et sûr de moi. Typique.
Je dois dire, sortir dîner avec elle est très différent de cette (unique) fois où je suis sorti avec Lucinda. Il y a certains aspects de ma personne que j'ai naturellement envie de camoufler à ce stade, mais je n'ai pas l'impression de devoir me cacher derrière un masque. 'Faux' serait une bonne définition de ce que j'ai ressenti lors de ce dîner avec Lucinda... Granger aurait su, elle, que je faisais semblant parce qu'elle me connaît depuis longtemps... si l'on veut. Cela dépend si l'on compte les années où elle a été mon élève ou pas... Je ne suis pas certain de vouloir les compter, à vrai dire...
Ce n'en est pas moins difficile. Prenons, par exemple, les salutations.
Comment suis-je censé la saluer lorsque je la vois ?
Devrais-je la prendre dans mes bras ? Mille excuses ; je suis incapable de prendre spontanément qui que ce soit dans mes bras. Comment diable voulez-vous que je réussisse à la prendre dans mes bras de mon propre chef ?
Un baiser ? Mais où ? Sur la joue ? Sur les lèvres ? Ou est-il trop tôt pour cela ?
Je ne sais vraiment pas. Et d'ailleurs, comment suis-je censé savoir ? Mon salut habituel consiste neuf fois sur dix en une grimace, et la dixième fois j'ignore purement et simplement la personne.
Et elle ne m'est d'aucune aide, vraiment.
L'autre jour, lorsque nous nous sommes retrouvés devant le Chaudron baveur, après nous être dit 'Bonjour' nous nous sommes contentés de rester plantés là. Lorsque son visage prit une expression empruntée, je me suis contenté d'ouvrir la porte et de lui faire signe de passer devant moi.
Suis-je censé déterminer quelle est l'étiquette appropriée à ce genre de situation ? Est-ce ma responsabilité en temps qu'homme ? Ou me suis-je montré impardonnablement chauvin rien qu'en l'envisageant ?
J'espère bien que ce genre de choses n'est pas de ma responsabilité parce qu'elle risque d'attendre très longtemps — et moi avec.
18:45
Nous y voilà. Trois gorgées de whisky et je serais prêt à partir. Minerva peut aller en enfer.
Samedi 25 Février
11:00 — A la Maison.
Je viens seulement de rentrer de notre soirée.
! ! !
Je suis incapable d'aligner suffisamment de pensées cohérentes pour en écrire plus.
Midi.
La journée d'hier a été bonne. Il me semble que je devrais être frappé par la foudre pour avoir osé écrire un tel blasphème, mais je ne peux pas m'en empêcher ; c'est la vérité. Les choses me semblaient devoir aller de mal en pis au début de la soirée, mais elles se sont arrangées d'elles-mêmes suffisamment tôt. Oh Merlin.
Je me sentais parfaitement normal (appréhensif) en la voyant, et lorsque j'ai réalisé à quel point elle était en beauté, mon cerveau s'est mis à tourner à plein régime. J'aurai sans doute dû lui adresser un compliment et la divertir tandis que nous attendions que nos plats arrivent, mais à la place, tout ce à quoi je pouvais penser était à quel point je n'étais pas à la hauteur et je ne cessais de me demander pourquoi elle s'était seulement donné la peine de venir me rejoindre.
Prendre un (plusieurs) apéritif(s) avant de partir n'étaient peut-être pas une si bonne idée. Je ne sais pas pourquoi je me tourne toujours vers l'alcool car cela ne booste pas vraiment ma confiance en moi. La plupart du temps, cela ne fait qu'ajouter une certaine mélancolie à mes réflexions. Et dans le cas d'hier soir, ces réflexions m'ont rendu peu charitable à son endroit et, admettons-le, égocentrique. Surprise, surprise ; afin de supporter cet état de fait, il m'a fallu boire (c'est un cercle vicieux).
Je m'empresserais d'ajouter que cela s'est fait discrètement. Elle n'en a pas fait mention, aussi je ne pense pas qu'elle l'ait remarqué... Mais je ne serais pas surpris si elle me suspectait d'avoir un problème d'alcool... (parfois il m'arrive aussi de penser que c'est le cas...).
Et ainsi, plongé que j'étais dans une obscure et méprisable mélancolie, il est aisé d'imaginer que je fus pris par surprise lorsque la porte du pub s'ouvrit et que je levai les yeux pour voir entrer une horde de ses anciens camarades de classe ! Je regardai Londubat, Thomas et Finnigan se diriger vers le bar. Granger s'y trouvait déjà, étant allée nous chercher d'autres verres, et ses anciens camarades l'entourèrent bientôt en chahutant.
Je les ai regardés parler et rire durant un moment, essayant d'imaginer ce qu'ils pouvaient être en train de se raconter. Je n'y suis pas vraiment parvenu, mais j'étais certain qu'ils lui suggéreraient de se joindre à eux à un moment ou à un autre de la conversation.
Et là...
Il se passa précisément ce que j'avais anticipé. Leurs trois visages s'assombrirent simultanément. Leurs expressions se firent de pierre. C'est comme ça que j'ai su qu'elle leur avait dit. Elle les avait informé qu'elle était avec moi.
Un autre jour, j'aurais peut-être pris plaisir à observer leur air choqué, mais pas ce soir-là. Même le feu ardent du meilleur Odgen's ne put réussir à atténuer la piqûre de l'aiguille qui me transperça.
Elle parut s'excuser et revint vers notre table, tandis que je contemplais lâchement l'idée de prétendre une maladie quelconque. Ça n'aurait pas été si éloigné de la vérité. Je me sentais un peu nauséeux à l'idée de devoir rester assis là pendant que ces trois crétins lançaient tour à tour des coups d'oeil stupéfaits et pas très subtils dans notre direction.
Je ne réussis manifestement pas à donner l'impression que tout allait bien. Ou peut-être le silence qui s'était installé entre nous dura-t-il trop longtemps pour être acceptable. Quoi qu'il en soit, elle demanda soudain, 'Qu'est-ce qui ne va pas, Severus ? Tu n'as pas l'air d'être toi-même ce soir.'
Moi-même ? me demandai-je, fasciné par le fait qu'elle pensait me connaître ne serait-ce qu'un peu.
'Rien.'
Elle ne parut pas convaincue et ne dit plus rien pendant un moment, durant lequel la tension qui régnait fondit sur nous comme une fumée épaisse.
Ce fut au moment où je commençais à me dire que je ne serais pas capable de supporter cette ambiance plus longtemps qu'elle dit, 'Tu sais quoi ; partons.'
Mon estomac se noua, alarmé à l'idée qu'elle en avait assez et préférait en rester là pour ce soir.
'Allons ailleurs,' clarifia-t-elle avec un sourire encourageant. 'C'est un peu bruyant ici ce soir, pas vrai ?'
Ce n'était pas si bruyant que cela, mais elle se leva, ne me laissant pas l'opportunité de protester et je me levai bêtement à mon tour. L'on nous suivit du regard tandis que nous sortions et je serrai les dents pour résister à l'envie de lancer quelques sorts en chemin.
'Allons nous promener,' suggéra-t-elle lorsque nous fûmes dehors. 'Je vais nous Transplaner.'
Je n'eus que quelque secondes pour me demander, sachant à quel point elle aimait aller marcher, où diable elle allait nous emmener, mais lorsque le monde reprit son cours normal, nous nous trouvions toujours à Londres, mais au bord de la rivière. Et bon Dieu qu'il faisait froid !
Elle prit une grande inspiration, tout en fouillant les poches de son manteau. 'Typique ; j'ai oublié mes fichus gants...'
Je pouvais sentir les miens, en laine, dans ma poche et les sortis à contrecoeur. 'Tiens,' dis-je, espérant paraître plus chevaleresque que ronchonneur.
'Merci !' Elle les enfila, se dirigea vers la rivière, et s'appuya contre le mur, les bras croisés. J'enfonçai les mains dans mes poches, qui étaient loin d'être aussi chaudes, et la suivis. Je marchais un peu plus lentement. Je n'ai généralement pas la tête qui tourne après avoir Transplané, alors je suppose que cela devait être dû à, eh bien, à l'alcool. (Un de ces jours, je passerais toute une soirée avec elle complètement sobre).
Le froid me rafraîchit bien vite les idées, et je promenai un regard dénué d'intérêt sur les lumières qui scintillaient sur la surface de l'eau, une vision qui semblait visiblement l'enchanter, avant de tourner le dos à la rivière et de regarder les Moldus monter et descendre les marches du métro à la place.
Et c'est alors que je me tenais là que je me sentis moins à ma place que n'importe quand dans ma vie. De tels moments, en sa compagnie, me sont, évidemment, familiers. Cependant, il ne s'agissait pas d'une vague impression que je pouvais choisir d'écarter en un instant. C'était un moment de doute presque invalidant et de méfiance envers elle et les raisons qui la poussaient à se trouver là.
Avec les doutes, vint le mélodrame et la pensée très réelle que ce qu'il y avait entre nous n'était qu'une terrible erreur de jugement. De ma part, certainement.
Etait-ce vraiment plausible qu'un homme tel que moi, avec le passé qui est le mien, et après des années d'une existence solitaire rythmée par une douloureuse obsession, puisse soudain se retrouver impliqué dans une relation avec une femme de la moitié de son âge, et une ancienne élève par-dessus le marché ?
Je me suis bien sûr déjà émerveillé de cet état de faits auparavant, mais à ce moment-là cela me semblait profondément grotesque. Douloureusement grotesque, même.
Et je ne savais pas quoi dire pour briser le silence assourdissant. Je ne savais pas si je devais lui parler de ces choses, et encore moins comment les lui dire. Je ne savais pas si je devais les considérer comme les manifestations d'une anxiété ridicule. Je ne savais pas si je devais les voir comme un avertissement.
Il me fallait faire quelque chose, cependant. Je ne pouvais pas me tenir là sans rien dire toute la nuit. Je ne pouvais pas me vautrer dans mes pensées embrouillées pour toujours. Et malgré le fait que j'aurais préféré oublier ces pensées, je réussis à trahir ma nature et à révéler une partie de mon tourment.
'Es-tu en contact avec Minerva ?' m'entendis-je lui demander, débattant intérieurement de si je devrais me mordre la langue d'avoir parlé ou non.
Je sentis qu'elle se tournait vers moi, confuse, mais je gardai les yeux droit devant, ne sachant pas jusqu'où j'étais prêt à aller dans cette conversation.
'Nous nous voyons parfois, oui,' confirma-t-elle. 'Mais pas régulièrement. En fait, je ne l'ai pas vue depuis le nouvel an. Pourquoi ?'
Je suppose que je m'étais demandé si Minerva aurait eu l'audace de parler directement à Hermione de notre relation. J'étais soulagé d'entendre que ce n'était pas le cas.
Malgré le sentiment grandissant que je trahissais légèrement Minerva, je continuai. 'Elle n'approuve pas... ceci.'
Il y eut un silence, et je me sentis soudain sur la défensive. 'Je réalise que cela ne la regarde en rien —'
'Mais son opinion est importante à tes yeux. C'est bon ; je comprends.'
J'hésitai, n'y ayant pas vraiment réfléchi en ces termes. L'opinion de Minerva était-elle importante pour moi ? L'était-elle ? Peut-être, oui... Il y a peu de gens qui se sont donnés la peine de s'intéresser à ma vie, après tout.
Je me tournai finalement vers elle. Elle regardait ses mains d'un air pensif. Tandis que je la regardais, je sentis une partie de mon malaise... se dissiper. Minerva pourrait bien avoir raison — je pourrais certainement ne pas être assez bien pour Hermione Granger, qu'elle vienne de divorcer ou non. Je suis peut-être incapable de gérer une relation amoureuse, mais... je n'en serais jamais certain si je n'essaye pas, n'est-ce pas ?
'Ecoute ; elle va bien finir par s'y habituer,' m'entendis-je dire d'une voix optimiste. 'C'est une traditionaliste, c'est tout.'
'Oui... Tu n'as qu'à lui dire qu'il existe des différences d'âge bien plus importantes.'
Je hochai la tête, ne souhaitant pas l'informer de la réelle pomme de discorde de Minerva. Ni de ma pomme de discorde. J'ai perdu le compte du nombre de pommes, pour être franc.
'Alors... il y a autre chose qui te gêne ?' demanda-t-elle après un moment, me regardant intensément.
Je lui ai répondu que non, mais bien sûr c'était un mensonge. Il y a toujours quelque chose qui me gêne d'une manière ou d'une autre. Et ce qui me gênait à ce moment-là, c'était que je ferais bien de remercier ma bonne étoile. Néanmoins, en y repensant, ma bonne étoile doit bien se faire pardonner pour son absence totale durant ma jeunesse n'est-ce pas ? Je me dis que je devrais en profiter tant que ça dure parce que, aussi sûrement que la terre est ronde, quelque chose ou quelqu'un trouvera le moyen de me mettre un bâton dans les roues.
Elle parut soudain gênée par le fait que je la dévisageais et détourna les yeux la première. Ou peut-être, avec le recul, s'est-elle montrée délibérément timorée... Peu importe ; l'effet en fut que le sentiment qui monta en moi me fit prendre conscience que j'étais peut-être capable de faire le premier pas après tout. Je sortis une main glacée de ma poche et...
Et la remit immédiatement dans ma poche. Je n'en suis vraiment pas capable. Je suis condamné au doute éternel jusqu'à ma mort, on dirait. Pathétique. L'envie me prit de me jeter par-dessus le mur et de me précipiter dans les eaux glacées de la rivière. Au moins là je n'aurais pas à me supporter.
Cela étant dit... Je ne me suis visiblement pas jeté dans l'eau. Elle n'avait pas remarqué mon indécision, aussi étais-je libre de rassembler mon courage et de faire une tentative un peu moins désespérée. Je croisai les bras et les posai sur le mur, dans une parfaite imitation de sa posture, décidant que j'étais au moins capable de discuter.
'Qu'ont dit tes amis du pub lorsque tu leur as dit avec qui tu étais ?'
Ses yeux quittèrent aussitôt la rivière pour se poser sur ma personne. Je levai les sourcils pour lui montrer que j'étais prêt à l'entendre.
'Eh bien, commença-t-elle, ses lèvres formant un léger sourire d'excuse, 'ils se sont plus ou moins contentés de quelques morceaux de phrases incohérentes, mais il me semble que Neville a vérifié mes pupilles pour être certain que je n'étais pas sous Imperium.'
Hah. Hilarant, Londubat.
'Es-tu sous Imperium ?'
Elle haussa les épaules. 'A toi de me le dire,' répondit-elle avec impertinence, en riant.
Je laissai échapper un son amusé ; pas tout à fait un rire, mais presque. Evidemment que ses amis s'attendraient à voir sur elle des signes de magie noire.
'Peut-être devrions-nous t'emmener à Ste Mangouste et leur demander d'établir avec certitude que tu es en bonne santé, qu'on ne t'a jeté aucun sort et que tu es saine d'esprit ?' suggérai-je aussi légèrement que je le pus.
'Oh, je ne pense pas que ce soit nécessaire.'
Soudain, elle se rapprocha et se retrouva tout près de moi. Je sentis la plupart de mes préoccupations précédentes s'envoler. Comment aurais-je pu m'y attarder quand elle se pressait ainsi contre moi et que je pouvais sentir sur elle le parfum que j'avais créé d'une main experte ? Contrairement à la croyance populaire, je ne suis pas complètement mort à l'intérieur.
Je réalisai bien vite que personne ne viendrait me lancer généreusement un Imperium pour me faire réagir, aussi ai-je décroisé les bras et en ai-je passé un autour de ses épaules. Avant que je n'aie eu le temps de disserter sur cette action et le sentiment qu'elle m'inspirait, elle laissa échapper un petit soupir de contentement et je décidai de dire à mon critique intérieur de la fermer.
Cela a bien aidé.
Et ensuite...
'J'ai froid,' annonça-t-elle après un moment de silence.
Froid. Oui. Je pouvais à peine sentir mes mains, mais m'entendait-on me plaindre ? Avant qu'un inexplicable sentiment de déception n'ait le temps de s'installer entièrement, elle leva les yeux et dit, 'Allons dans un endroit plus chaud.' Elle se mordit la lèvre, visiblement indécise à propos d'une chose ou d'une autre, et je... j'ignore ce qui m'a pris, mais mes doigts se sont placés sous son menton et mon pouce libéra sa lèvre inférieure de ses dents.
'Chez toi... ou chez moi ?' demanda-t-elle doucement.
Comme il me semblait que je n'étais pas très loin de la crise cardiaque, j'ai bien failli suggérer Ste Mangouste. Je réussis néanmoins à maintenir un certain sang-froid extérieur, et je vis en esprit ma demeure avec la bouteille d'Odgen's à moitié vide que j'avais laissée ouverte sur la table, les chaudrons qui traînaient dans tous les coins, et le fait que je n'aurais rien à lui offrir à part de l'alcool. Aussi, je répondis : 'Chez toi.'
Et, eh bien... Je ne crois pas qu'il serait correct de continuer à écrire sur ce qui s'est passé après. Ce n'est pas comme si je risquais d'oublier, pas vrai ? Je suis incapable d'arrêter d'y penser. Quoiqu'il en soit, je me ferais l'effet d'un vieux pervers si je racontais par le menu ce que —
Bref.
En tout cas, les choses ont progressé au point où il m'a semblé... pratique de rester là-bas. Et croyez-moi, personne n'en a été plus surpris que moi. Je me suis surpris moi-même, vraiment. Il est toujours plus facile pour moi d'être en sa compagnie quand il n'y a personne autour.
Je me demande si elle consentirait à ce que nous ne nous voyions qu'en privé ?
Evidemment, ce récent développement menace d'ajouter une dimension nouvelle à mes infatigables doutes, mais je refuse d'y penser pour l'instant ! Non. Cela ne sert à rien. Je n'y penserais pas.
Oublions tout le reste. Je vais simplement me concentrer sur le fait que j'attends avec impatience de la revoir.
Ma définition de l'impatience bien sûr — pleine de sang-froid.
Pardon d'avoir encore mis un temps fou pour traduire ce chapitre ! Ma seule défense, je le crains, est que l'été augmente grandement ma paresse naturelle !
J'espère que ce chapitre vous a plu ! Les commentaires ne sont pas obligatoires, mais toujours appréciés :)
