- Vous m'écrirez, hein ?
- Mais oui Cassie, ne t'inquiète pas ! promit Aileen.
Sheyla, à côté d'elle, pleurait à chaudes larmes. Elle avait toujours été très émotive…
- Et puis c'est pas si loin, l'Angleterre ! s'exclama Mira.
- Il y a quand même un océan… soupira Cassandra.
- Dis-toi que c'est qu'une grosse flaque d'eau, sourit Ruby.
- Ce sera exactement comme pendant les vacances, assura Leslie.
- Et puis on t'invitera, et tu nous inviteras, renchérit Mira.
- Je veux pas que tu partes, Cassie… gémit Sheyla.
- Moi non plus, je veux pas m'en aller ma chérie…
- Et dans deux ans tu reviendras, hein Cassie ? demanda Raven.
- Bien sûr que oui, sourit Cassandra.
Elle regarda une dernière fois son école, avec ses multiples bâtiments de toutes les tailles, toutes les époques et tous les styles. Elle aimait cette école plus que tout au monde. Elle n'était pas belle, en tous cas elle devait l'être moins que le château de Poudlard, mais elle était accueillante. Tout le monde pouvait s'y sentir chez soi. Elle allait regretter Lyntail, elle le savait. Mais son père était muté en Angleterre, elle devait le suivre.
Cassandra serra une dernière fois ses amies dans ses bras, salua son directeur, puis entra dans l'âtre de la cheminée.
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Elle était arrivée en Angleterre depuis un mois. Et sa dernière lettre à ses amies datait de deux semaines. Elle leur en avait envoyées des dizaines, toutes étaient restées sans réponse. Elle savait qu'il ne fallait pas plus de trois jours à sa chouette si rapide pour traverser l'océan.
Elle avait fini par se rendre à l'évidence. Les filles l'avait oubliée, elles ne répondraient jamais. Elle avait perdu sa maison, son pays, son école et ses amies. Elle détestait son père, et son travail. Sans cette fichue mutation, rien ne serait jamais arrivée !
Elle détestait son père, et elle haïssait déjà Poudlard.
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Cassandra fut réveillée par le soleil qui lui brûlait la peau. Elle soupira. Elle savait quel jour on était. Le 29 août.
Plus que trois jours avant la rentrée, mais surtout son anniversaire. Aujourd'hui, elle avait quinze ans. Et toujours aucune réponse de ses amies, mais cela elle s'y attendait.
Quand elle arriva dans la cuisine elle vit un mot et une petite boîte en carton.
« Bon anniversaire »
L'écriture de son père. Logique, puisqu'ils étaient les deux seuls habitants de la maison, Athena, sa chouette, mise à part. Elle ouvrit le carton, apparemment réutilisé d'un ancien colis, et y découvrit un livre.
Elle l'avait déjà, mais l'intention était touchante, d'autant que son père qui ne connaissait rien de ses goûts avait quand même réussi à trouver un cadeau qui lui convenait. Et voir ce livre lui rappela qu'elle devait passer à la librairie, sinon elle manquerait de lecture à Poudlard. Elle n'avait déjà pas envie d'y aller, ce n'était pas la peine d'aggraver encore son séjour là-bas.
Elle était à la gare, mais elle ignorait comment rejoindre le quai 9 3/4. Elle aurait bien demandé à un employé mais ils devaient être moldus et l'auraient prises pour une folle.
Elle devait se débrouiller tout seule, et il lui restait encore une demi-heure. 9 3/4… entre neuf et dix, donc. Mais il n'y avait rien entre les voies neuf et dix. Elle chercha du regard la moindre chose anormale quand elle les vit.
Un homme et une femme, accompagnés d'une petite fille. Ils traversèrent la barrière, comme si elle n'avait pas existé, et disparurent.
Elle inspira profondément. Ce devait être ainsi qu'on accédait au quai 9 3/4. Elle se rapprocha donc de la barrière au travers de laquelle ils étaient passés et les imita, fermant les yeux, terrifiée.
Les rires et les paroles l'assaillirent. Elle rouvrit les yeux et regarda autour d'elle. Elle les entendait parler, avec leur accent si différent du sien. Elle voyait le Poudlard Express, vieux train à vapeur aussi brillant que s'il s'apprêtait à faire son premier voyage.
Sa valise et la cage d'Athena à la main, elle monta dans le train puis suivit les autres jusqu'au compartiment où s'entassait bagages et cages d'animaux. Elle se souvenait avoir lu qu'avant, les valises étaient dans les compartiments, mais que le wagon à bagages avait été créé un siècle plus tôt. Tout au fond, elle vit une porte, qui semblait ouvrir sur l'extérieur.
Elle attrapa son sac – dans lequel elle avait rangé son déjeuner et un livre – et avança, avant d'ouvrir la porte vitrée. Elle donnait sur une sorte de balcon, à l'arrière du train. Cassandra s'y assit, passant les jambes entre les barreaux de la rambarde. Elle qui se demandait où passer le voyage dans ce train où il était impossible de s'asseoir seul mais où elle ne connaissait personne, elle avait trouvé !
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- Vous êtes miss Cassandra Swan ? demanda une vieille femme à la voix sèche.
La jeune fille acquiesça silencieusement.
- Suivez-moi s'il vous plaît.
Elles marchèrent un certain temps, avant d'arriver dans une petite pièce éclairée par un feu de cheminée devant laquelle se trouvaient quelques fauteuils. Le femme s'assit dans l'un d'eux et fit signe à Cassandre de faire de même.
- Je suis le Professeur Jane Moore, directrice de Poudlard, se présenta-t-elle. Peut-être le savez-vous, mais ici les élèves sont divisés en quatre maisons, selon leurs caractères. Ces maisons sont Serdaigle, Serpentard, Poufsouffle et Gryffondor. Elle porte chacune le nom de leur fondateur, qui sont également les quatre créateurs de cette école.
Elle marqua une pause, comme pour s'assurer que Cassandra l'écoutait.
- La première, Serdaigle, accueille les élèves curieux, sages, réfléchis, créatifs. Serpentard est pour les ambitieux, les rusés, les fiers, les meneurs. Poufsouffle est la maison de ceux qui comptent la patience, la loyauté…
La nouvelle élève ne l'écoutait déjà plus. Elle savait déjà tout cela, elle s'était énormément renseignée sur cette école avant de la rejoindre. Le monologue dura une dizaine de minutes, puis la directrice se leva.
- Venez, miss Swan, lui intima-t-elle.
Elles quittèrent la petite salle, et empruntèrent un long et compliqué chemin – des escaliers, des couloirs, des pièces vides – jusqu'à arriver devant deux immenses portes que fixaient des enfants, qui devaient être les première année attendant d'être répartis dans leur maison.
- Miss Swan, veuillez me suivre. Les autres, attendez ici que le Professeur Blunt vous fasse entrer.
D'un coup de baguette, la vieille femme fit s'ouvrir les portes, qui grincèrent. Il n'y avait pas un bruit dans la Grande Salle tandis que Cassandre et le Professeur Moore la traversaient. La jeune fille se sentait trembler de la tête aux pieds, et ramena plusieurs fois ses longs cheveux devant son visage.
- Attendez ici, miss Swan, ordonna le Professeur Moore dans le silence qui avait suivi son arrivée.
Elle monta sur l'estrade et se retourna pour faire face à l'assemblée d'élèves.
- Bien, vous avez dû remarquer que je ne suis pas seule, déclara-t-elle d'un voix forte. Voici miss Cassandra Swan. Elle vient de l'école Lyntail, aux États-Unis. Elle entre en cinquième année. Miss Swan, veuillez vous asseoir et mettre le Choixpeau sur votre tête, que nous sachions à quelle maison vous appartenez.
Tremblant toujours, Cassandra obéit.
- Hum… entendit-elle, se retenant de sursauter à ce qu'elle savait être la voix du Choixpeau magique. Je vois… oui, je vois… une grande soif de savoir, un certain acharnement au travail, aucune impulsivité… mais une grande curiosité… C'est simple, tu as ta place à SERDAIGLE ! finit-il en hurlant.
La jeune fille se leva rapidement et se dirigea vers la table qui applaudissait. Elle s'assit à la première place vide qu'elle aperçut, à côté d'une élève aux cheveux presque aussi blancs que sa peau, et qui semblait ailleurs. Une autre fille, aux cheveux châtain miellé et aux yeux noisettes, lui adressa un petit sourire, avant de retourner à son dessin.
Les première année entrèrent alors à leur tour. Avant que leur répartition ne commence, le Choixpeau chanta, pour leur présenter aussi bien l'histoire de l'école que les différentes maisons. Aussi longtemps que dura la Répartition, Cassandra écouta les conversations et observa les gens autour d'elle.
De ce qu'elle comprit, elle était assise à côté d'une certaine Eden, et la jeune fille qui lui avait sourit s'appelait Clémence. En face de celle-ci, il y avait Violet, aux cheveux bruns et aux yeux verts, qui discutait avec Victoria, une jolie blonde vénitienne aux yeux noirs. Le garçon en face d'elle, Lowell, discutait avec Flora, sa petite-amie, qu'il embrassa plusieurs fois pendant le repas. Ce furent les seuls noms que Cassandra entendit, et elle fit de son mieux pour les retenir, eux et les visages auxquels ils se rapportaient.
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Une partie des élèves, dont les première année et les préfets, étaient déjà partis quand elle sentit quelqu'un lui toucher l'épaule. Elle se retourna et reconnut Clémence.
- Salut ! Cassandra, c'est bien ça ? Moi, c'est Clem, enchantée, sourit-elle.
Elle avait l'air gentille, alors que pourtant elle avait parlé assez méchamment à Violet quelques minutes plus tôt.
- Enchantée aussi, murmura Cassandra.
- Tu aurais dû partir avec les plus jeunes, ça t'aurait indiqué la salle commune.
Le nouvelle élève se mordit les lèvres. Pourquoi n'y avait-elle pas songé ?
- Tant pis, je vais te montrer ! décida Clémence.
Elle lui attrapa le bras et la força à se lever, avant de la tirer vers la sortie. Dans le grand Hall, elle passèrent à côté de Victoria qui frappait un garçon que Cassandra ne connaissait pas, sous le regard désapprobateur de Violet et les rires de deux autres personnes.
- Laisse-le donc tranquille, Vic', s'écria Clémence en passant. Vous êtes vraiment ridicules, tous les deux !
Et elle repartit aussitôt. Elles montèrent plusieurs escaliers, traversèrent des couloirs dans une suite de virages qui firent perdre tout repère à Cassandra. Plusieurs personnes saluèrent Clémence durant le trajet, certains s'écartèrent de son chemin sous ses remarques loin d'être gentilles, tous dévisagèrent étrangement la nouvelle élève, qui se sentait assez mal à l'aise.
Elles arrivèrent finalement devant une porte, dont le heurtoir en forme d'aigle parla :
- Toujours le premier, jamais le dernier, rien sans lui n'est jamais fini, car rien ne peut commencer sans lui, énonça-t-il de sa voix mélodieuse.
- Le début, répondit Clémence après moins d'une seconde de réflexion.
- Bravo.
La porte s'ouvrit, et les deux jeunes filles pénétrèrent dans leur salle commune. Cassandra en resta ébahie. C'était une grande pièce circulaire. D'élégantes fenêtres en arcade agrémentaient les murs sur lesquels étaient tendues de sublimes étoffes de soie couleur bleu et bronze. C'est fenêtres donnaient sur les montagnes environnantes. Le plafond en forme de dôme était parsemé d'étoiles peintes qui se reflétaient sur la moquette bleu nuit. La pièce comportait des fauteuils confortables, des tables et une bibliothèque. Dans une alcôve face à la porte se dressait une haute statue de marbre blanc, représentant une femme.
- Rowena Serdaigle, notre fondatrice, lui glissa Clémence à l'oreille. Et on a la plus belle vue de tout Poudlard, c'est pas génial, ça ?
Elle amena Cassandra derrière un canapé, où était assis un garçon absorbé par sa lecture, et qui ne semblait pas avoir remarqué leur arrivée. Clémence se pencha et lui claqua une bise sur la joue, avant de l'encercler de ses bras.
- Clem ! s'exclama-t-il, surpris. Tu m'as fait peur !
- Oh, ça va, grommela-t-elle. Tu devrais t'en remettre, Dan !
Celui-ci ferma son livre après avoir corné la page, se dégagea de l'étreinte pour se lever et contourna le canapé.
- T'as passé de bonnes vacances ? s'enquit-il.
- Ouais ! Et toi ?
- Géniales.
Pendant qu'ils discutaient, Cassandra étudia le garçon. Il était assez grand – beaucoup plus qu'elle, en tous cas –, musclé, et avait les cheveux bruns et les yeux verts.
- Oh, mais tu ne connais pas Cassandra ! s'exclama Clémence. La nouvelle ! Au fait, Cassandra, comment elles t'appellent, tes amies ?
La jeune fille fut assez surprise de la question, et murmura, se retenant d'ajouter que ça faisait deux mois qu'elle n'avait pas eu le moindre contact avec lesdites amies :
- Cassie.
- Super ! Alors, Cassie, je te présente Jordan, ou Dan, ou Jordie. Il est dans la même année que nous !
Celui-ci se contenta d'un sec mouvement de tête envers la jeune fille.
- Viens, je vais te montrer le dortoir ! annonça Clémence en reprenant le bras de Cassie.
Elle l'amena près de la statue et ouvrit une porte, avant de monter l'un des deux escaliers, celui de droite.
- L'autre mène aux dortoirs des garçons, et s'ils asseyent d'aller dans les nôtres, l'escalier se change en toboggan.
- Je sais, sourit Cassandra.
- Ah oui ? Comment ?
- Je… je l'ai lu…
- C'est logique, ça doit être écrit dans plein de livres ! Ah, on y est.
Clémence ouvrit une porte sur laquelle était écrit « Cinquième année ».
- On partage notre dortoir avec les autres Serdaigles de notre année, enfin juste les filles bien sûr, c'est-à-dire Victoria, Violet et Eden. Tu verras, elles sont cools. Enfin, moi, j'ai un peu de mal avec Violet, mais Vicky et elle s'entendent bien, et Vicky sait choisir ses amis, alors Violet doit être quelqu'un de bien. Et puis Eden parle très peu, elle a toujours l'air dans son monde, et puis elle est solitaire, mais elle est pas méchante, t'as pas à t'inquiéter…
Cassandra ne l'écoutait plus, perdue dans la contemplation de la pièce. Il y avait cinq lits, aux baldaquins et aux draps bleu nuit brodés d'étoiles de bronze. On retrouvait le même bleu et les même étoiles au plafond, se reflétant également sur le sol. Le vent sifflait aux grandes fenêtres en une agréable musique. Chaque lit avait une armoire, avec un miroir sur la porte, et une table de nuit. Et sur chacun était posés une valise.
- Où est Athena ? murmura Cassandra à elle-même.
- Qui ça ? interrogea Clémence en caressant son chat, une petite boule de poils grise.
- Ma chouette…
- Elle a dû être amenée à la volière, je te montrerais où c'est demain, d'accord ?
- D'accord, merci, Clémence.
- Juste Clem, je préfère. Tu veux de l'aide pour ranger tes affaires ?
Sans attendre de réponse, elle se leva de son lit pour aller vers celui de Cassandra, à l'autre bout de la pièce. A deux, la valise fut vite vidée et l'armoire remplie. L'Américaine alla prendre une douche pendant que Clémence s'occupait de ses propres vêtements – elle lui avait assuré qu'elle pouvait le faire seule – et que les autres filles regagnaient le dortoir, d'abord Violet, puis Eden et enfin Victoria, échevelée mais souriante.
Dans son lit, avant de s'endormir, Cassandra repensa à la façon dont tout le monde l'avait dévisagée durant la soirée. Il n'y avait aucune gentillesse dans ces regards, loin de là. Plutôt du dégoût et de la haine. Il n'y avait que Clémence qui s'était montrée gentille envers elle, alors qu'elle était pourtant assez froide avec les autres gens à qui Cassandra l'avait entendue parler.
Elle soupira. Il n'y avait pas de doute, elle n'aimait pas Poudlard.
