ARC I – sauver l'hiver

Chapitre 1 : la traque

Ses pieds nus frappaient frénétiquement le sol. La neige renvoyait le peu de lumière du croissant de lune pour guider ses pas. Franchement, le temps était idéal pour une balade nocturne. Mais pas dans ces conditions là.

Haletant, les arbres défilaient devant ses yeux bleus glacé d'effroi. Quatre années de joie s'étaient écoulé, loin des problèmes et proche d'une « famille », comme il aimait le penser, peu conventionnelle. Et il espérait bien que cela dure bien plus longtemps que ses années de solitude.

Un grognement lointain attira l'attention du coureur. Au loin il aperçut des ombres se faufiler entre les arbres menaçant de se rapprocher un peu plus à chaque seconde s'il ne forçait pas son allure. Distrait par ses poursuivants, son pied se prit dans une racine et il tomba maladroitement sur le sol rocheux. Ce n'était pas bon. Pas bon du tout !

L'adolescent ne perdit pas de temps pour se remettre debout et reprendre sa course. Tel un mantra, la même phrase tournait dans ses pensées, l'encourageant à ignorer la fatigue. Ne t'arrête pas ! Ne t'arrête pas! Ne t'arrête pas !

Cette traque avait durée trop longtemps. Ses jambes minces n'étaient pas habituées à faire autant d'effort, et son souffle manquait. Mais il ne fallait pas s'arrêter ! Habituellement il aurait pris la voie des airs, libre de toute angoisse, porté par le vent. Sauf qu'un corbeau-cigogne bizarre aux yeux rouges l'avait percuté de plein fouet et prit son précieux bâton. Depuis, cela faisait maintenant plus de deux heures qu'il courait à travers la forêt et ses bêtes le suivaient à la trace inlassablement. Et vue leur comportement, ce n'était pas pour avoir des caresses.

Au loin, il vit enfin les bois s'éclaircir. Il débarqua rapidement à la lisière donnant sur un large fleuve gelé. Sentant la glace lisse sous ses pieds, il espéra pourvoir distancer ses poursuivants sur le terrain glissant, au moins pour eux, espérait il. Ses pensés ne purent aller plus loin lorsqu'une masse sombre sortit à son tour de la lisière de la forêt et s'engagea sur la glace avec aisance pour bondir aussitôt sur sa cible. L'impact avec le sol dur et froid se répercuta dans tout le corps du garçon étourdit sur le coup. Mais ce sentiment ne dura qu'un instant lorsqu'une forte douleur à son avant bras lui fit reprendre ses esprits.

Un énorme chien sombre au regard noir tenait fermement dans sa mâchoire son avant-bras, les crocs traversant le tissu bleu et ancré dans sa chair. Par réflexe, le jeune homme donna des coups de pied au molosse pour le faire lâcher prise. Ce dernier ne fit que resserrer son emprise en réponse, obtenant un gémissement de sa proie.

Les dents serrées, résistant à l'envie de crier, le garçon tenta de répandre le froid dans son bras pour faire lâcher prise l'animal. Répondant à ses pensées confuses, le gel glissa le long du tissu jusqu'à la gueule du molosse. La mâchoire saisit par le froid, le chien le lâcha enfin dans un couinement, laissant le temps à l'adolescent de repartir. Mais là encore, sa route fut barré par deux autres chiens identiques au premier, grognant et prêt à attaquer.

Il fallait faire vite, car les molosses étaient une chose, mais leur maître risquait d'apparaître à à son tour, diminuant ses chances de fuite. Le garçon préféra donc de continuer vers les deux bêtes noires. En espérant que son agilité ne lui fasse pas défaut, il accéléra autant qu'il pouvait. Dans son élan, juste avant que les gueules puissent l'atteindre, il prit appui avec sa main intacte sur la tête de l'un d'eux et passa habilement par dessus, échappant de justesse à la gueule du second.

L'autre rive se tenait à quelques mètres face à lui. La forêt y était plus dense et sauvage, avec d'innombrable cachette, et peut être un moyen de sortir de cette situation, bien que jusque là ce fut un échec. Mais ce petit espoir s'évanouit lorsqu'une lanière de cuir entoura sa poitrine avec ses bras. Il n'eut pas le temps de réagir qu'il fut tirer brusquement en arrière, sa tête frappant durement la glace.

Complètement sonné, ses oreilles sifflaient, des images floues dansaient devant ses yeux apportant une nausée en plus d'un mal de tête atroce. Comment tout cela avait il commencé ?

C'était pourtant une journée ordinaire, apportant la neige et jouant avec les enfants jusqu'à la tombé de la nuit. Et sans rien dire, l'espèce de corbeau, les chiens et un homme massif se mirent à le traquer.

Essayant de reprendre ses esprits, il secoua la tête pour remettre ses idées en place et se redressa sur ses genoux en gémissant, toujours ligoté. Dans sa vue vacillante, il aperçut les trois molosses qui l'entouraient, babines retroussées, prêts à bondir sur leur proie. Puis il vit en arrière plan une masse plus haute se rapprocher. Reprenant son souffle malgré la corde serré autour de sa poitrine, sa vision se stabilisa peu à peu pour lui permettre de reconnaître l'homme qu'il fuyait s'avancer tranquillement vers lui.

On aurait dit un géant trapu, vêtu d'un long manteau brun de cuirs et de fourrures. Des yeux brillant noirs perçaient entre une épaisse barbe brune et un bonnet de fourrure. Au fur et à mesure de son avancer, l'homme enroulait le fouet autour de son bras, gardant le fouet tendu entre le chasseur et la proie.

En silence, le géant vint s'accroupir face à sa capture. Comparé à lui, le garçon semblait ridiculement petit et frêle.

- Qu'est ce que vous voulez ? Demanda l'adolescent entre deux souffles pour réprimer la douleur lancinante dans son crâne.

L'homme, sans lâcher du regard sa capture, glissa sous son manteau sa main libre à sa hanche. La panique apparut sur le garçon lorsqu'il vit un poignard sortir de son étui. L'arme à l'allure simple et parfaitement aiguis paraissait petite dans la grande main de l'homme, mais pourrait facilement traverser le mince corps de l'adolescent.

- Jack Frost, intervint l'homme d'un ton plat d'une voix grave et caverneuse. Il est temps de payer pour tes erreurs.

Sans attendre plus, il retourna habilement le poignard dans sa main et frappa violemment d'un geste vif la tête du garçon avec le manche. Déjà étourdit, il n'en fallut pas autant pour envoyer ce dernier s'effondrer sur la glace, inerte.