Disclaimer : Je ne tire aucun profit de cette histoire. Les personnages de « Call of Duty - Infinite Warfare » appartiennent à leurs propriétaires et tous les droits de création leur appartiennent.
Rating : T
Genre : angst ; drama
Personnages : Nora SALTER
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Date : samedi 7 avril 2018
Thème 2 (22h00) : câlin
Durée d'écriture : 1h20
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CARAPACE
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Nora avait toujours été tactile. Toujours.
Elle avait quatre doudous, qu'elle emmenait à l'école. Ses camarades se moquaient d'elle, et ça lui faisait mal, mais elle n'arrivait pas à s'en passer.
Elle passait au moins une bonne heure chaque jour dans les bras de ses parents. Ils avaient essayé de lui faire prendre un peu de distance, mais c'était une douleur inimaginable pour la petite fille.
Elle avait fait ses devoirs sur les genoux de son père ou de sa mère jusqu'à sept ans. Après, ils avaient divorcés, puis étaient morts quelques mois plus tard. Elle ne pouvait plus prendre ses doudous à l'école. Elle en aurait tellement eu besoin, pourtant. Elle avait essayé de faire des câlins à ses copines, mais elles s'en fichaient. Elle se faisait appeler Glue par ses camarades. Ça faisait mal, ça aussi.
Au collège, elle avait dû rentrer en pension. Et l'enfer avait commencé. Elle se faisait moquer par les autres parce qu'elle paraissait tout le temps triste. On la rejetait parce qu'elle n'arrivait pas à parler à quelqu'un sans essayer de le toucher, d'avoir un contact. Elle s'était encore retrouvée seule.
A ce moment-là, elle avait eu un choix à faire. Soit se laisser sombrer, soit se battre. Et elle était beaucoup de chose, mais elle ne baissait pas les bras. Alors elle comprit qu'elle devait se forger une carapace, et ne jamais la laisser tomber.
Et elle y arriva. Elle se jeta à corps perdu dans son travail, devint première de la classe, et s'isola. A partir de ce moment-là, tout le monde plia devant elle. Elle était devenue la reine des glaces et on la moquait toujours, même si différemment. Mais elle ne se laissait plus toucher. Ce n'est pas qu'elle faisait semblant. En réalité, elle s'était tellement coupé de toute source d'émotion qu'elle ne ressentait plus vraiment les choses.
Et puis il fut temps de choisir son métier. On la dirigea vers l'armée, sans vraiment lui demander son avis. Elle était pupille de la nation après tout, alors elle fit ce qu'on lui avait proposé parce ça ou un autre métier, c'était pareil pour elle.
Elle n'avait plus peur pour les autres, ni pour elle, même quand elle manqua de se couper un bras dans l'atelier de soudure. Elle ne se sentit pas triste lorsqu'un de ses camarades se fit virer parce qu'il n'était pas assez bon. Elle ne compatit pas lorsqu'elle apprit que son directeur de thèse, avec qui elle passait tous ses samedis matin et qui l'avait invité à dîner assez de fois pour qu'elle sache reconnaître ses avances, avait une maladie incurable et qu'il ne lui restait que quelques mois à vivre. Elle ne savait plus ressentir. Elle ne chercha pas à comprendre, ceci dit, parce qu'elle se rappelait de la douleur, et ne voulait plus la ressentir.
Elle obtint son diplôme et se retrouva comme pilote S.C.A.R. sur le Retribution. Elle rencontra Nick Reyes. Il essaya de percer sa carapace le premier jour, comme tous les autres avant lui et il se cassa les dents dessus, comme les autres. Mais là où les autres avaient laissé tomber, lui continua, inlassablement. Les jours, semaines, mois passèrent, et il revenait toujours. Il ne cherchait pas à la draguer. Il voulait juste qu'elle soit son amie. Mais elle restait loin, sans réellement y faire attention.
Et toujours sans y faire attention, elle changea. Elle rigolait volontiers à ses blagues merdiques. Elle acceptait la main du Lieutenant sur son épaule. Elle le laissait se vautrer contre elle dans le canapé lorsqu'ils regardaient la télé.
Et puis elle se rendit compte qu'elle était contente de le voir. Ça faisait si longtemps qu'elle se demanda ce qui lui arrivait, et ça l'inquiéta assez pour qu'elle en parle avec le psy du vaisseau, qui dut lui expliquer que c'était là le début d'un attachement amical. Elle prit peur et tous les petits pas qu'elle avait fait en direction de Reyes ne furent plus qu'un souvenir.
Il donna l'impression de se décourager, quelques semaines, mais finalement, il reprit du poil de la bête et recommença son avancée lente et frustrante. Une fois encore, elle le laissa approcher. Une fois encore, elle ne s'en rendit pas compte.
Cette fois, elle accepta de manger avec lui de temps à autre. Et surtout, elle accepta d'être sa coéquipière. Ça voulait dire passer trois heures chaque jour à s'entraîner, rien que tous les deux. Ça voulait dire discuter beaucoup, être honnête avec l'autre, qu'il sache, au moins dans les grandes lignes, les étapes importante de sa vie.
Mais elle joua le jeu aussi loin qu'elle le put, et il ne réagit pas. Il écouta et ne jugea pas. Il fut attentif et elle voyait qu'il voulait poser des questions, mais il ne le fit pas. Et, au milieu de toutes les autres choses qui auraient pu faire des raisons valables, c'est ça qui la décida à ne pas se refermer sur elle-même avec lui.
Elle se dit qu'elle avait eu raison quand il se rendit compte qu'elle le laissait approcher et qu'il n'en profita pas pour s'engouffrer dans la brèche mais continua de se rapprocher au même rythme tranquille. En réalité, elle avait été prête à jurer qu'il ne cherchait rien, qu'il n'attendait rien, mais qu'il laissait les choses suivre leur cours. Et ça marcha.
Elle finit par éclater de rire à ses imitations de leurs supérieurs. Elle lui tapait dans le dos ou sur l'épaule quand ils réussissaient à se synchroniser pour une manœuvre difficile. Elle ne fuyait pas dans ses quartiers lorsqu'ils avaient fini une réunion mais acceptait de l'aider un peu avec la paperasse, quand il était trop en retard pour les rendre à temps au Commandant.
Et puis, une fin d'après-midi, après une journée de permission particulièrement difficile, où Nick fut témoin de la mort de deux de ses amis dans un stupide accident de voiture, elle lui proposa de manger avec lui. Ils allèrent chez elle, sur Terre, à Genève. Ils mangèrent, et elle essaya de lui changer les idées, mais elle n'y arriva pas, et lorsqu'il craqua, elle eut mal pour lui. Elle ne se rendit pas compte de ça, elle se leva juste et s'assit à califourchon sur lui pour le prendre dans ses bras. Il y resta de longues minutes, et elle se sentit tellement impuissante.
Elle resta avec lui toute la nuit, assise dans le canapé, le Lieutenant allongé, la tête sur ses cuisses. Ils ne dormirent pas, mais parlèrent. Et elle se confia plus qu'elle ne l'avait jamais fait. Le lendemain, il avait reprit du poil de la bête et il ne laissait plus rien paraître lorsqu'ils arrivèrent sur le Retribution. Mais la vérité c'est qu'il y avait un lient entre eux, désormais. Des échanges de regards, une main qui presse doucement l'épaule ou le bras, et surtout, surtout...
Elle s'en rendit compte après une mission où elle était blessée et que Nick avait dû assurer seul. Il revint, certes, mais entre la vie et la mort. Il mit trois mois avant d'avoir le droit de sortir de l'infirmerie et encore six mois avant de reprendre les entraînements. Nora fut à ses côtés chaque jour. Elle supporta sans broncher les accès de colère ou de découragement. Elle le soutint sans faiblir un seul instant.
La vérité, c'est qu'elle avait eu peur de le perdre. Elle se rendit brutalement compte à quel point il avait réussit à atteindre son cœur, qu'elle s'était attachée à lui et ne savait pas si elle serait capable de survivre à sa mort. On n'en était pas encore là, ils venaient de reprendre les entraînements. Pourtant, elle comprit que c'était trop tard. Qu'elle ne pourrait pas le faire sortir. Qu'elle devrait vivre avec cette inquiétude constante.
Elle réalisa petit à petit qu'il y avait des compensations à cette peur. Les joies que lui apportait son amitié avec lui valaient presque le coup. Presque. Elle finit par avoir l'impression qu'il manquait quelque chose. Quand elle lui en parla, il se contenta de sourire et de s'approcher d'elle. Et de l'embrasser.
Et oui, définitivement, aimer Nick Reyes valait la peur de le perdre. Parce qu'elle était avec lui si souvent qu'elle pouvait le surveiller.
Oui, ça valait le coup d'avoir peur.
Elle n'avait juste pas pensé que s'il mourrait, il n'y aurait plus de peur, mais seulement la souffrance.
Elle n'avait pas compris à quel point elle allait vouloir mourir à son tour.
Elle n'avait pas compris qu'elle n'aurait jamais dû le laisser approcher.
Mais lorsqu'il fut mort, elle n'eut d'autre choix que de souffir.
Elle garda la tête haute. Elle ne pleura pas. Elle débita d'une voix atone le discours que l'on attendait d'elle à son inhumation.
Elle continua les missions, elle sauva des vies. Elle ne s'attacha à personne. Elle ne savait plus comment faire. Elle n'avait jamais su. C'était Reyes qui était venu à elle, pas l'inverse.
Et puis un jour, après une bataille gagnée sur Mars, son jackal se crasha. Elle ne s'éjecta pas. On analysa l'oiseau millimètre par millimètre et on n'y trouva aucune défaillance. Le rapport officiel évoqua un probable malaise de la pilote.
La vérité, c'était qu'elle avait réalisé qu'elle ne savait plus vivre. Qu'elle n'avait pas su avant Nick, et qu'elle n'y était plus arrivé après. Elle n'avait plus envie de rien. Elle ne vivait plus, ne survivait même pas. Alors elle avait lâché le manche de son jet et avait regardé le sol de la planète rouge se rapprocher. Elle avait gardé les yeux ouverts jusqu'au bout, se demandant si elle allait avoir un sursaut, un instinct quelconque qui lui aurait permis de s'en tirer. Mais il n'y eut rien.
Pas de peur. Pas de soulagement. Rien. Juste un bruit assourdissant de métal broyé, et le néant.
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