Même avec sa fourrure rendue toute poisseuse et hirsute à cause d'une soudaine douche d'agrume, Stripe restait adorablement mignon. À continuer de grignoter son morceau de carotte sans lever son petit nez en entendant un nouvel arrivant s'annoncer. Finalement aussi intelligent que ses confrères les rats, le petit rongeur devait deviner qu'il s'agissait de Clyde Donovan. Un personnage bienveillant et bien connu qui s'invitait souvent chez son ami humain. Pas besoin de s'en inquiéter.

L'invité en question se faisait même la réflexion que niveau score d'attitude involontairement adorable, son meilleur ami n'était pas mal classé non plus. Assis en tailleur sur son lit, en train de tranquillement observer Stripe qui avait l'autorisation spéciale de manger sur la couverture. Surtout, pour ajouter quelques points mignons en plus, Craig avait automatiquement relevé la tête vers son ami en le voyant arriver dans la chambre, après un bref passage à la salle de bain qui ne l'avait pas vraiment soulagé. Pas du tout même.

Mais tant pis si Cartman restait un gros con égoïste, alors que celui à s'être confié à lui à ce moment précis aurait expressément eu besoin de vrais conseils. Et non des plaisanteries lourdes, insupportables, insultantes. Ou d'ordre de repli terriblement frustrant et peu romantique... Sûrement pas. Clyde ne comptait pas retourner chez lui, se barricader dans sa chambre, se terrer dans son lit en se pelotonnant dans les couvertures pour pleurer toute la nuit. Et se goinfrer de crème glacée en regardant des films fleur bleue. Il le faisait bien assez comme ça quand une énième fille le quittait.

En plus, en fuyant encore misérablement face à une difficulté, le gamin aurait manqué cette toute nouvelle sensation exclusivement provoquée par son meilleur ami. La fameuse sensation devenue récemment familière mais toujours terriblement prenante. Une sensation à lui paralyser tout le corps, qui le déstabilisait autant qu'elle lui apportait une agréable bouffée de chaleur. Celle causée par un certain regard que son ami posait sur lui. Un regard attentif, presque concentré. Mais pas une observation de nature perverse ou moqueuse, plutôt une douce appréciation de ce qu'il voyait. Confirmée par un petit commentaire qui pourrait sembler anodin, une politesse correcte offerte entre deux bons potes. Une réplique que Clyde aurait pu accueillir avec un ricanement en commentant que c'était très gay. Pourtant, l'éternel soupirant de Bebe Stevens ne prenait pas ça comme un simple compliment, ni des mots à tourner en dérision, quand son compère commentait que cette couleur lui allait très bien.

Craig avait donc remarqué sa tenue une fois de plus particulièrement soignée. Nullement décidée au hasard mais choisie rien que pour lui. Pour ce moment, le moment précieux qu'ils auraient dû passer juste tous les deux. Comme un vrai couple, normal, romantique... Et un peu niais et pas super viril pour ce qui était du sourire ravi que venait d'esquisser le fameux gars à qui le bleu allait si bien. Qui était peut-être bien encore plus mignon en souriant de la sorte, si son petit ami lui faisait à nouveau un commentaire aussi doux que du miel.

Hélas, avant que ce dernier ait eu le temps d'en faire la remarque ou vomir de dégoût devant autant de mièvrerie, des petits couinements familiers l'avaient rappelé à l'ordre. En bon parent consciencieux de son enfant adoré qui se révélait être un petit cochon d'Inde, Craig avait fait passer Stripe avant la satisfaction de ses sentiments (et aussi probablement de ses pulsions...). Toutefois, Clyde et son orgueil de détenteur du titre de garçon le plus mignon ne s'en offusquaient pas. Ce n'était pas trop grave si son ami ne lui faisait pas un autre compliment bon pour davantage faire briller son sourire, observer Craig caresser doucement du bout du doigt le nez frémissant du rongeur restait un spectacle mille fois plus adorable. Et rassurant, puisque ce geste de tendresse envers un petit animal innocent montrait bien la sensibilité, voir la douceur, de son compère.

Malgré les apparences et sa conduite habituelle pas toujours particulièrement délicate, Craig Tucker devait se montrer très attentionné avec ceux qu'il aimait. Le genre d'individu à compter hors du cercle familial et avec lesquels il était possible de s'épancher plus tendrement que simplement amicalement. Comme avec un fidèle animal de compagnie. Ou la personne aimée.

Donc, si pour une fois les bonnes grâces de Cupidon se trouvaient de son côté, il y avait peut-être une minuscule chance pour que Craig ne soit pas réfractaire au romantisme et aux choses un peu gnangnan mais amoureuses... Peut-être !

Tout en s'imaginant le gamin au bonnet péruvien lui prendre de lui-même la main, Clyde promenait rêveusement son regard dans la chambre de son ami en se demandant à quoi pourraient ressembler leurs balades en amoureux. En revanche, il savait très bien comment embrasser son complice de la façon la plus cool et romantique possible. Et sans que leur légère différence de taille ne pose problème ! Mais se retrouvait soudainement assailli de doutes au moment où ses yeux s'étaient posés sur un objet devenu un élément gênant. Gênant à cause de certaines paroles signées Cartman, gangrenées d'idées malsaines hélas pas forcément loin d'une inquiétante réalité.

Assez inquiétante pour arriver à le faire douter de son meilleur ami et lui demander brusquement, d'une façon tout à fait inopportune, comment il avait eu ce sac Red racer sagement posé au pied du lit. Un sac à dos maintenant devenu collector pour tous les fans de la série, déjà relativement cher au moment de sa mise en vente datant à présent de plusieurs années. Un bien ô combien précieux pour le fan absolu qu'était Craig. Qui, à l'époque, avait longuement craché sa rage lorsque ses parents avaient refusé de le lui acheter.

Heureusement, sa grand-mère toujours aussi généreuse lui avait offert le fameux sac, comme venait de le réexpliquer le fan de cochons d'Inde. Visiblement très étonné que son cher ami ne s'en souvienne pas alors qu'il lui avait annoncé en premier la bonne nouvelle. À moins que Craig soit juste atterré par cette preuve fatale de débilité et la mémoire de poisson rouge de son crétin d'ami. Qu'il avait décidément bien honte d'aimer, et ne voulait même plus comme petit ami finalement.

Un pauvre gars qui ne pouvait quand même pas avouer qu'il avait cru un instant que lui, son meilleur ami tellement cool, avait un Sugar Daddy. Ou, en plus sombre, que Craig laissait des vieux pervers poser leurs sales pattes sur son corps en échange de quelques billets. Il y avait souvent eu des pédophiles ou des hommes louches très peu recommandables à traîner dans leur ville, ces suppositions n'étaient donc pas complètement impossibles. Mais elles prenaient vie uniquement à cause de la présence néfaste d'une certaine personne, Clyde n'aurait jamais fait tremper son ami dans de si sordides affaires. En plus, pourquoi s'imaginer le pire alors que la simple réalité se définissait comme une parfaite happy end. Un gentil cadeau inoffensif de la part d'une mamie gâteau... Et une question piège pour essayer de mieux comprendre l'absurdité de la sienne.

- Pourquoi tu me demandes ça ?

Une question pas vraiment posée de la manière la plus délicate. Si Craig se montrait infiniment doux avec Stripe, son meilleur ami avait l'impression d'être pris à la gorge pour avouer plus vite. Après avoir fondu devant le regard si chaleureux de son compère, il se retrouvait à présent cloué au mur par ce dernier. Et puis, pour ne pas arranger ses affaires, cette question ressemblait plus à une posture défensive qu'à un réel questionnement... Tous les éléments se liaient contre lui ! Et cette fois, le gamin ne pouvait pas prétexter un détour aux toilettes pour glaner des conseils de la part de son confident. Surtout que Clyde savait qu'il pouvait parfaitement s'en sortir sans Cartman et ses idées graveleuses. Elles lui avaient assez porté malheur comme ça.

- … Hier soir, j'avais vu ce sac sur Ebay et il était à vendre au triple de son prix d'origine. Heureusement que tu l'as eu avant !

- Ouais, je suppose.

Il ne s'agissait pas de la pire façon de se rattraper, ni de l'excuse la plus minable, mais c'était clair que Craig ne le croyait qu'à moitié. Son meilleur ami le voyait à son air contrarié et ce regard en coin. Un bref moment de flottement pour essayer de déchiffrer ces paroles incongrues de la part de son complice, avec lequel il était pourtant souvent sur la même longueur d'ondes malgré leurs différences.

Cet ami que Craig aimait assez pour ne pas le torturer davantage, et tant bien que mal contourner cette conversation maladroite en lui demandant simplement de prendre le shampoing pour cobayes.

Voilà, une tâche facile, précise, familière, et simple. Faire quelques pas et attraper en haut d'une étagère la bouteille de shampoing. Après réflexion, pour ne pas complètement plomber l'ambiance de ce moment, Clyde préférait se concentrer sur les choses sûres. Vues, confirmées, impossibles à contester. Il connaissait Craig. Il lui faisait confiance. Il le trouvait cool. Il l'aimait... beaucoup. Tout ça, il en était sûr.

Et sa mémoire n'était pas aussi défaillante, malgré ce que son compère avait pu croire un instant. En saisissant la bouteille de shampoing, l'éternel admirateur de Bebe Stevens remarquait que le niveau n'était pas assez bas pour avoir besoin de refaire une grande expédition à Denver.

Complices, les deux amis avaient échangé un petit sourire en se souvenant immédiatement du périple à entourer cette précieuse bouteille de shampoing spécialement conçue pour les cochons d'Inde...

Ça oui, Clyde s'en souvenait encore très bien. Il saluait encore une fois la ruse parfaitement chevronnée de son meilleur ami, lorsque celui-ci était venu le trouver chez lui pour lui demander innocemment (en apparences seulement) s'il voulait bien l'accompagner pour aller faire des courses très importantes. Craig savait parfaitement que son compère adorait le shopping, ou tout simplement faire les magasins. Ne pouvant résister à la tentation et en bon ami qui se respecte, le gamin avait tout de suite accepté.

Sans réfléchir plus longtemps. Sans deviner que Craig Tucker allait le traîner jusqu'à Denver. Sans imaginer qu'une simple corvée torchée en à peine une heure allait devenir une longue et éprouvante expédition. Sans refuser la chaleureuse fin de journée passée chez la grand-mère de son ami, pour clôturer cette éreintante aventure.

Avant, les deux gamins s'étaient donc retrouvés dans un bus en route vers Denver. Un trajet bien trop long durant lequel Clyde avait fait quelques courtes siestes contre l'épaule du fan de cochons d'Inde, pour une fois bien conciliant mais qui avait tout de même compté le nombre de fois où son cher ami avait utilisé son bras comme oreiller. D'ailleurs, maintenant que certains sentiments n'étaient plus un secret, ces petits contacts avaient dû être un grand moment de bonheur pour un des deux.

Une fois arrivés à destination, ils avaient arpenté chaque quartier en tâtonnant. Car Craig ne savait plus très bien l'adresse exacte de la fameuse boutique qui vendait des produits naturels et sans danger pour les petits rongeurs. Avec une pointe d'amusement, et en oubliant volontairement les longues heures de recherches avant de trouver le Saint Graal, le soupirant de Bebe Stevens se souvenait encore de son pote qui avait inspecté avec une grande attention la bouteille de shampoing présentée élogieusement par le vendeur. Pour finalement déclarer, en fixant très calmement le commerçant, que si jamais il y avait le moindre problème avec ce produit, il reviendrait arranger ce problème lui-même. Ne sachant quoi répondre, l'adulte devait se demander d'où sortait ces deux gamins étranges. L'un qui le menaçait à moitié en rangeant tout de même consciencieusement le shampoing dans son sac, et l'autre qui se retenait d'éclater de rire.

Aujourd'hui, Clyde repensait à cette anecdote avec une tendresse particulière. À cette façon dont son meilleur ami l'avait serré contre lui durant les trajets, et lui avait donné ce sachet de cookies en remarquant la petite baisse de motivation de son complice. Cette expression si mignonne qu'avait eu Craig pour observer les animaux dans les animaleries et son regard sincèrement amical en présentant son meilleur ami à sa grand-mère... Sans trop savoir pourquoi, le gamin avait soudainement envie de refaire une virée à Denver. Avec Craig, bien entendu. Une espèce de sortie en couple, où ils pourraient aller au cinéma, manger en tête-à-tête, s'embrasser passionnément à la nuit tombée...

En attendant ce grand moment peut-être un tout petit peu trop idéalisé, Clyde suivait bien

gentiment son ami jusqu'à la salle de bain. Ses pensées passaient d'une constatation bien innocente au sujet de Stripe qui était aussi mignon qu'à son habitude dans les bras de sa "maman adorée", pour ensuite changer radicalement de trajectoire en se demandant si Craig allait l'inviter à rester dormir chez lui ce soir. Et donc bousculer un peu le fameux grand moment de la scène du baiser qui n'était pas censé arriver en sautant autant d'étapes. Sûrement pas après avoir tiré un trait sur la soirée romantique dans un grand restaurant, celle qui devait légitimer leur couple dans les règles. Sauf si, en tant que personne homosexuelle, Craig avait sensiblement une autre façon de faire. Une façon plus directe, peu orthodoxe et aucunement romantique. En allant directement dans le lit de son meilleur ami devenu son petit ami, pour ainsi lui offrir un long baiser langoureux. Et peut-être même se risquer à le toucher. Face à cette situation pas complètement impossible et très peu amicale, Clyde préférait ne pas se demander si tout ceci lui plairait. Car il savait déjà trop bien la réponse, comme ça ne le dégoûtait pas d'y penser. En plus, ces câlins presque pour adultes ne le rendraient pas gay pour autant. Ils renforçaient juste sa bisexualité. Enfin, Clyde voulait quand même le demander à Cartman ou Kenny (et pourquoi pas à Craig) pour en avoir la confirmation. Juste pour en être sûr.

Quoiqu'il en soit, pour le moment, Craig paraissait uniquement concentré sur le cas de son animal de compagnie. Qu'il venait de délicatement poser dans le lavabo, devenu pour l'occasion la baignoire personnelle de Stripe. Cependant, même fort d'un tel honneur, le cobaye n'en menait pas large. Il avait pourtant l'habitude de temps en temps prendre des bains, et pas une peur panique de l'eau, Stripe restait pourtant méfiant en voyant le robinet se mettre en marche. Pour se rassurer, rester proche d'une présence qui le réconfortait, le petit rongeur avait posé ses pattes griffues sur la main libre de son ami humain. Et avait même droit, malgré que sa fourrure ne soit pas aussi douce que d'habitude, à un petit massage plein de bonne volonté de la part du meilleur ami de ce dernier.

Rien que pour obtenir ce regard rempli de gratitude venant de Craig, Clyde aurait pu lire en entier le manuel pour élever les cochons d'Inde. Et même l'apprendre par cœur, dans toutes les langues. Actuellement, il se félicitait d'assez bien connaître Stripe et les habitudes des cobayes pour savoir que ces adorables animaux appréciaient qu'on leur masse doucement le dos. À moins que cette préférence soit spécifique à ce spécimen en particulier... En tout cas ce bon traitement avait fait son effet, le cochon d'Inde n'avait pas bondi hors du lavabo en sentant un filet d'eau tiède sur son pelage. Le seul à avoir eu un léger frisson suivi d'un mini choc à la fois émotionnel et sensoriel était ce satané bouffeur de tacos, décidément bien sensible au moindre petit effleurement soi-disant gay. Au moment où sa main avait été frôlée par les doigts de son ami, occupé à verser un peu d'eau à la bonne température sur le corps de son animal de compagnie. Une tentative de rapprochement totalement fortuite, et si Craig affichait ce demi sourire satisfait c'était simplement parce qu'il était ravi que son fidèle cochon d'Inde soit si sage durant son bain. Tout comme ce regard bien trop troublant, avec lequel le gamin au bonnet péruvien avait remercié son complice qui venait de lui passer la bouteille de shampoing pour faire diversion. Ça aussi c'était également le pur fruit du hasard !

Fort heureusement, l'attitude mignonne et innocente de Stripe s'occupait de détendre une atmosphère devenue soudainement très peu amicale. Clyde retrouvait son calme et un rythme cardiaque normal en voyant le cochon d'Inde agripper le pull de son ami humain qui appliquait avec d'infinies précautions le produit nettoyant. Sans gestes brusques, agacés, nonchalants... Mais plutôt une grande douceur doublée d'une sincère attention, qui sautaient directement aux yeux de l'unique spectateur de cette scène de nettoyage.

Sans être une grosse brute, son meilleur ami Craig Tucker n'apparaissait pas vraiment comme quelqu'un qui appréciait les choses délicates, la douceur et la minutie. Ni même comme une personne pouvant prendre à cœur des câlineries et des caresses. Que ces mêmes mains puissent frapper si facilement un individu qui avait le malheur de le regarder de travers ou lui faire une mauvaise réflexion, et là de shampouiner si doucement la fourrure d'un petit rongeur...

Presque instantanément, naturellement, dans un registre légèrement différent, Clyde se disait que finalement Craig devait être un bon petit ami. S'il se montrait aussi doux et caressant avec celui qu'il aimait. À passer tendrement ses doigts sur son visage avant de l'embrasser, quand ce n'étaient pas ses lèvres qui devaient se montrer aussi caressantes pour dessiner la ligne de ses épaules, puis ses mains impatientes mais terriblement chaleureuses en découvrant en détail le corps de l'heureux élu qui ne se s'imaginait pas du tout ce genre de scène bien trop réaliste. Ou si peu. Pas au point d'avoir brusquement trop chaud, tout en sentant quelques frissons juste à l'évocation de certains passages en particulier.

Pas les pires, et encore moins les plus scandaleux. Tout de même qualifiés de gays. Comme celui où le gamin se voyait embrasser son compère, timidement mais amoureusement, en ayant son corps collé au sien et en se sentant étrangement bien. Un plaisir proche du début si agréable d'une excitation purement sexuelle, avec un petit quelque chose en plus d'apaisant. D'encore plus grisant. De l'attirance amoureuse, ou bien de l'amour tout court ? À moins que les deux allaient ensemble...

En fait, le principal concerné ne préférait pas y penser plus longtemps au risque de se retrouver dans une situation encore plus gênante avec son lot de questionnements embrouillés. En plus, même si Craig était (peut-être) son petit ami et qu'il était donc normal d'avoir quelques attirances bien précises, comment pouvait-il penser à des choses aussi étranges dans un moment pareil ! Presque gâcher la pureté de cet instant avec des fantasmes si... bizarres.

Pour faire passer ce léger trouble, sûrement passager suite à cette découverte de la sensibilité de son meilleur ami ainsi que la sienne face à ce dernier, Clyde faisait gaiement remarquer à son compagnon qu'il donnait l'impression d'avoir fait ça toute sa vie. De donner un bain à un gentil cobaye, pas d'exceller en matière de caresses pas vraiment prudes destinées à un bienheureux partenaire...

Cette fois, Craig avait joué le jeu sans méfiance, en lui racontant même les premiers bains de Stripe. Ainsi, Clyde apprenait qu'au début le petit animal se débattait beaucoup, avait souvent besoin d'être rassuré avant de tolérer la présence si effrayante de l'eau sur lui. Et ainsi se rendre compte de la patience ajoutée à une sincère tendresse compréhensive venant de son ami humain. Qui le rassurait en commençant par le laver avec une simple éponge. Et n'abusait pas dans son rôle de parent super zélé, Stripe prenait des bains uniquement en cas de réel besoin et pas toutes les semaines. De quoi renforcer les premiers liens de confiance.

C'est vrai, Clyde observait que son ami ne s'énervait jamais lorsque Stripe essayait de fuir pour écourter son bain alors que ses poils étaient encore couverts de mousse. Au lieu d'être agacé et d'insulter à sa façon ce vilain petit rongeur, Craig le reprenait doucement dans ses mains. En lui promettait gentiment que c'était bientôt fini et lui chuchotait même quelque chose à l'oreille. Au risque d'encore une fois s'imaginer embrasser son meilleur ami, l'éternel soupirant de Bebe Stevens ne préférait pas se concentrer et tenter de lire sur ses lèvres. Au moins, ces paroles inconnues avaient fait leur effet pour assagir Stripe. Quelques minutes. Pas assez pour terminer de rincer convenablement son pelage et achever cette séance de nettoyage malgré les petites gesticulations de l'animal.

Presque instinctivement, sans chercher à se poser trop de questions et s'il avait tout à coup une affinité particulière avec les cobayes, Clyde avait attrapé les petites pattes du cochon d'Inde. Sans les serrer trop fort ni tirer dessus, juste gentiment jouer avec pour occuper Stripe. Allant jusqu'à lui parler, même si le gamin se sentait un peu con de s'adresser ainsi à un petit rongeur... Mais après tout pourquoi pas, il parlait bien avec son chien parfois. Et puis, rien que pour avoir à nouveau droit à un regard chaleureusement reconnaissait venant de son petit ami presque officiel, Clyde voulait bien monologuer des heures au sujet des séries de Disney Channel rien que pour distraire Stripe. En attendant, ce dernier le fixait de ses grands yeux ronds, intrigué mais malgré tout confiant. Et pas du tout vexé quand le meilleur ami de Craig lui faisait remarquer qu'il était très drôle et mignon en étant tout mouillé comme ça. Encore plus impossible à gronder que d'habitude ! Et avant de se demander quel sujet aborder après avoir parlé de la dernière bêtise de Stripe, où Clyde félicitait d'ailleurs le cobaye de ne pas avoir oublié son objectif premier et de tranquillement savourer son repas après ce léger incident, la grande étape du rinçage venait enfin de prendre fin.

Et, sans conteste maintenant parfaitement rodé pour s'occuper du précieux animal de son meilleur ami, le grand admirateur de Bebe Stevens n'avait pas eu besoin que Craig lui demande de lui passer cette serviette propre préparée exprès pour sécher Stripe. Il accomplissait consciencieusement cette tâche lui-même, et avait surtout eu envie de serrer cet adorable cochon d'Inde dans ses bras après que son meilleur ami lui ait offert un sourire pareil. Pas un immense sourire éclatant et qui serait fortement étrange venant de son pote. Plutôt un petit sourire sincère, voir un peu plus... Clyde appréciait beaucoup Stripe, mais n'aurait jamais cru que ça puisse être aussi plaisant et intéressant de lui donner un bain. De partager ce moment avec Craig surtout, voir son ami sous ce jour, avoir une preuve de sa sensibilité qui pourrait si bien aller avec le romantisme que ce bouffeur de tacos idéalisait tant...

Et, pour briser d'un coup ce sursaut de sensibilité, en revenant dans la chambre, Clyde retrouvait bien vite une de ses bonnes vieilles habitudes. Consistant à faire une énième réflexion au sujet de l'instinct maternel très développé de son ami. Qui venait de déposer un petit bisou sur la tête de son animal de compagnie, sûrement pour le féliciter de sa patience très relative, en plus de lui avoir donné une récompense à se mettre sous la dent.

Parce qu'il était le meilleur ami de Craig Tucker, Clyde ne se formalisait pas si ce dernier venait de le gratifier d'un doigt d'honneur et d'une insulte qui n'était pas la pire de son répertoire. Peut-être aussi parce que son attention était toute à ce petit colis posé sur le bureau du fan de cochons d'Inde. Pas besoin de sous-titres, le gamin savait qu'il s'agissait d'un paquet envoyé par la grand-mère de son complice. Elle avait l'habitude d'offrir par voie postale quelques surprises à son petit-fils adoré. De vraies surprises, pas des pulls bien trop grands qui grattaient atrocement. Cette fois-ci, en zieutant à l'intérieur de la boite entrouverte, Clyde reconnaissait des emballages de différentes friandises et autres sucreries en tout genre venant des meilleures boutiques de Denver.

Derrière lui, à deviner sans grandes difficultés ce qui pouvait autant passionner son cher ami, Craig lui confirmait le contenu du fameux colis. Quelques bonbons et autres douceurs à partager avec son meilleur ami... ! Le meilleur ami en question s'attendait donc à ce que son compère lui propose d'entamer ce fabuleux butin, illégalement, avant leur repas du soir. Mais pas qu'il se glisse dans son dos pour passer la main sous son pull et lui pincer un bourrelet. De quoi faire frémir son pauvre ami, qui espérait sûrement une étreinte un peu plus... Romantique. Et imaginait d'avance la délicieuse mélodie des sacs de bonbons qui se faisaient tripoter puis éventrer sans ménagement. À la place de ce joyeux déballage, il avait eu droit à un tout autre son, un murmure. Où son ami lui glissait à l'oreille que s'il mangeait toute sa part de sucreries ce soir, il allait être comme ce gros porc de Cartman. Qui se gavait de cochonneries dans sa chambre, entouré de ses peluches ridicules, à téléphoner aux quelques amis qui supportaient ses médisances...

Craig n'était pas son meilleur pote pour rien, il savait comment lui apprendre à être raisonnable avec la nourriture sans l'humilier ou le rabaisser. Juste en crachant un peu sur Cartman et ses habitudes discutables. Mais le fervent défenseur de cochons d'Inde ne le portait pas vraiment dans son cœur et n'était pas censé savoir que Clyde lui avait confié beaucoup de chose sur leur relation amicalement amoureuse. Par contre, Craig était bien placé pour savoir que son ami était terriblement chatouilleux. Au moindre effleurement sur sa petite personne, le gamin commençait à se tortiller en gloussant. Comme maintenant, où sentir les mains de son compère s'activer sur ses côtes avait été fatal. En plus de se retrouver encore légèrement troublé par cette petite proximité physique précédente. Craig ne l'avait pas habitué à ses mains baladeuses, mais son compagnon connaissait ses gestes très lestes et connaisseurs pour le faire éclater de rire dès les premières secondes. Jusqu'à le faire vaciller sur le lit, recroquevillé, encore pantelant, en se faisant la réflexion que Stripe était heureusement installé dans sa cage. Le petit rongeur n'aurait pas à supporter ces gamineries... Des gamineries qui reprenaient de plus belle quand Craig avait remis ça et s'était jeté sur son ami pour le chatouiller à nouveau. En essayant de glisser ses doigts dans son cou, dans l'espoir de le faire suffoquer de rire sûrement. Pour l'heure, la "malheureuse" victime tenait bon malgré ses rires désordonnés.

À force, même s'il se faisait tout le temps avoir, Clyde connaissait les plans d'attaque de cet agresseur si bien connu et toujours fortement amical. Même si le grand fan de cochons d'Inde lui avait affirmé qu'un jour il arriverait à le faire tellement rire qu'il se pisserait dessus. En attendant ce moment fortement honteux, le soupirant sans cesse éconduit de Bebe Stevens découvrait une nouvelle technique censée peut-être le faire instantanément mourir de rire : Craig venait de poser ses lèvres sur sa tempe, Clyde avait même l'impression qu'il y déposait des petits baisers. Très discrets, furtifs, mais bien perceptibles. Et, dans la foulée, il se rendait compte de la très grande proximité de leurs corps. Pire que de la proximité accidentelle ou amicale, son meilleur ami était à califourchon sur sa hanche. Une position bien équivoque, avec un certain degré d'homosexualité comme tous les deux n'étaient pas purement hétérosexuels (Surtout un en particulier...)

Ça, il voulait bien l'avouer, Clyde Donovan adorait taquiner ses amis de façon très tactile. Mais toujours purement amicalement et sans arrière-pensées. C'était aussi lui qui donnait les meilleurs câlins, même Cartman le reconnaissait.

Actuellement, ce n'était pas du tout pareil. Même sous couvert de jeu, Craig ne posait pas ses mains sur lui en toute amitié ou pour simplement s'amuser. Malgré ses sentiments sûrement sincères, il avait forcément quelque chose en tête, de terribles fantasmes, des envies contenues depuis trop longtemps... Bien que ses mains ne brûlaient pas les interdits, elles se contentaient de caresser sagement ses cheveux. Très doucement. Amoureusement, sûrement, puisque Craig était censé l'aimer. L'aimer plus qu'amicalement. Et sans pouvoir répondre précisément pour ce qui était de ses propres sentiments, Clyde considérait qu'il aimait ces contacts. C'était très doux. Surprenant mais nullement terrifiant, bien au contraire. Avec un petit quelque chose en plus d'agréable, en sentant le souffle de son ami qui s'accélérait légèrement. Là, tout proche de son oreille, et surtout de son visage. Pour une mystérieuse raison, sûrement pas si nébuleuse au final, le gamin avait envie de serrer son ami dans ses bras. Mais pas juste pour un câlin réconfortant ou une sympathique étreinte fraternelle. Pour répondre à une envie sûrement normale, peut-être naturelle aussi. Et surtout, enfin arriver au fameux bon moment du premier baiser ! Quelque chose, son instinct probablement, lui soufflait que le moment était parfait. Et gay.

Certes, qu'importe son romantisme, la scène restait catégoriquement gay. Si les parents de Craig, ou même sa sœur, débarquaient, ils seraient sûrement d'accord. Et surtout très mécontents. En fait, pire que bêtement mécontents. Dégoûtés, furieux, intraitables.

Ils auraient donc de sérieux ennuis. Peut-être même que Craig allait être déshérité et mis à la porte. Suite à ça, ils ne pourraient plus rester ensemble et encore moins être amis ! À cette pensée, ou en sentant la bouche de son complice s'approcher trop près de sa joue, Clyde avait réagi d'un coup. Brusquement. Se redressant comme un ressort et sortant d'un bond du lit. Comme s'il venait de se réveiller d'un rêve étrange et pourtant pas si désagréable, dont il chassait d'ailleurs le principal investigateur. Sans ménagement, en le repoussant brutalement. Le plus loin possible de lui. Heureusement que le support moelleux où ils étaient tous les deux couchés il y avait à peine quelques secondes l'avait empêché de se faire mal. C'était au moins un soulagement.

Mais le soulagement était un sentiment furtif. Qui pouvait amplement laisser la place à de nouveaux doutes et de frustrantes angoisses. Des remords aussi. Celui qui venait de briser ce moment ne comprenait pas son geste malheureux. Une réaction directe provoquée par la peur d'être pris en flagrant délit et de tout perdre, en plus de gâcher la vie de son compère. Ou un doute venu par surprise au sujet du bon moment qui finalement n'était pas pour aujourd'hui. Reste à savoir si Craig allait comprendre ces explications une peu confuses et sûrement qualifiées de foireuses...

Actuellement, au lieu de l'incendier ou le rouer de coups, son ami lui avait envoyé un regard blessé. Vexé. Légèrement honteux aussi. Peut-être qu'il s'en voulait de s'être emporté ainsi. Ou d'avoir cru que ce gros bébé pleurnichard était prêt pour comprendre ses sentiments, les accepter et même lui répondre !

C'était bien beau de fanfaronner en costume de dragueur émérite et d'inviter son soi-disant petit ami à des rendez-vous romantiques, à côté de ces charmantes apparences il fallait aussi assurer. Assumer, et ne pas avoir l'air d'un pathétique petit garçon apeuré qui venait de presque commettre une grosse bêtise. Ou d'attraper une grave maladie...

Au moins, malgré ce différend, Craig savait toujours aussi bien sonder ses pensées.

- T'inquiète pas, ce n'est pas contagieux.

Une preuve de plus, au cas où Clyde douterait encore de son pote. Qu'il était crédule à ce point et n'avait toujours pas compris cette légère différence. Voilà pourquoi Craig jugeait quand même bon de souligner que l'homosexualité ne pouvait pas se transmettre comme un mauvais virus, si jamais son crétin de meilleur ami était demeuré à ce point. Ou tenait farouchement à ce qui lui restait d'attirance pour les femmes.

Quoiqu'en disent certains scientifiques ou son cher ami, le grand admirateur de Bebe Stevens n'en était pas si sûr que ça. À vrai dire, il ne savait plus vraiment quoi penser.

Et être presque au bord des larmes ne l'aidait pas à réfléchir convenablement. Encore moins à être plus crédible.

- Alors pourquoi je n'arrête pas d'y penser !? Depuis que...

Depuis qu'il savait que son meilleur ami était gay et surtout amoureux de lui. Que de son coté, Clyde se posait aussi des questions sur sa sexualité. Qu'il se découvrait même une attirance pour son ami ! Un ami qui était récemment presque devenu son petit ami, mais qui ne semblait pas bien saisir la gravité de la situation actuelle qui pourrait remettre le statut de leur relation en cause...

Craig avait une drôle de tête. Encore plus que d'habitude. Pas étonné ou choqué. Pas non plus mortifié, comme si son ami venait de le gifler (Alors qu'il l'avait juste repoussé). Son ami se souvenait vaguement que le gamin au bonnet péruvien avait ce genre d'expression quand il se retenait d'éclater de rire devant quelque chose de réellement drôle. Ou d'absurde. Mais là ça ne pouvait pas être pour cette raison, malgré l'éclat de voix que Clyde venait d'entendre. Un rire franc, une hilarité considérée comme une rareté par ceux qui n'avaient pas l'habitude de côtoyer Craig Tucker.

Cependant, une bonne humeur que son compère ne partageait clairement pas. Comment Craig pouvait réagir ainsi face à quelque chose d'aussi grave et important ! Se foutre de sa gueule alors que son pauvre ami avait besoin d'entendre les bons mots rassurants, pas ces gloussements insupportables.

D'ailleurs, pourquoi son meilleur ami actuellement peu idéal était tout à coup mort de rire ? Ce n'était pourtant pas drôle de se sentir fortement désorienté face à tant d'événements. D'avoir été infecté par ces maudits sentiments, cette sensation étrange qui lui donnait toujours envie d'étreindre amoureusement son ami, bien que ce dernier ne le méritait certainement pas pour le moment.

Il ne méritait pas non plus un dîner aux chandelles, et tout le mal que se donnait ce pauvre naïf qu'était toujours Clyde Donovan. Ce dernier préférait d'ailleurs partir plutôt que de se faire humilier plus longtemps par les ricanements de son petit ami bien décevant en tout point. Néanmoins, sans claquer la porte derrière lui ou la laisser volontairement ouverte, il ne voulait pas se venger sur Stripe qui n'avait rien demandé à personne.

Par contre, Clyde laissait son cher ami se débrouiller tout seul avec ses parents. Chercher une bonne excuse pour leur expliquer pourquoi son meilleur ami s'était barré si précipitamment de la maison sous leurs yeux ébahis. C'est vrai, les deux amis se disputaient très rarement et aucune fâcherie aussi grave ne s'était jamais déclarée.

Seulement, cette fois, Clyde était sérieusement vexé, et toujours terriblement troublé.