TITRE : Hurricane

Résumé : Et si il n'y avait que trois petites choses à changer, trois actes ridicules pour que l'histoire d'Harry Potter change du tout au tout ? Et si ces trois détails entraînaient bien plus que complications et de changement qu'on ne l'aurait cru ? UA (Élevé par Sirius)

Rating : T - maybe M pour des scènes de mort (D'un autre côté qui lit le Rating en cliquant sur une histoire ?)

Disclaimer : Comme chaque personne ici... On en rêve et pourtant ils ne sont toujours pas à nous !

Heyy ! Merci énormément pour ces reviews, ces favs et ces follows ! Merci wow, je n'en revenais pas ! C'est vraiment gentil, merci à vous ! (18, quand même, wow, pour les suivis ! (en est encore super contente) LES RARS SONT A LA FIN DU CHAPITRE, (J'y réponds mais je préfère faire une Intro plutôt courte, enfin c'est relatif.


Chapitre Deux :

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Les Petites Choses

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C'était la fin de juillet dans ce village perdu. Derrière les hautes pierres, à l'intérieur des cours, les oliviers fleurissaient plus tôt que nul part ailleurs, que les arbres sur les plaines unies qui s'étendaient autour des fossés de ville.

Ils avaient bien travaillés, ces bons citoyens. Près de vingt ans plus tôt, la colline sur laquelle s'étendait désormais des maisons avec leur toit brillant, les cours où picoraient les poules, et leur confort chaleureux n'était rien d'autre que des vastes étendues sauvages d'amandiers, de cèdres et figuiers. Dans certains jardins restaient des arbres centenaires, leurs vieilles branches fournissant un moment de répit contre la chaleur. Il faisait beau ce jour-là : les fleurs ornaient la terre de leurs pétales colorés, les cailles roucoulaient à tue-tête.

Le soleil tapait lourdement sur les pierres de la bicoque, réchauffant sans le savoir les écailles d'un vieux lézard, courant de millimètres en millimètres au fur et à mesure que l'ombre reculait. L'étrange silence de la maisonnée signifiait des habitants encore endormis, les volets fermés avec force pour se protéger de la chaleur.

Il paraissait inconcevable que ce fut cette maison-là qui soit silencieuse tant de jour comme de nuit la musique et des cris s'en échappaient. Les voisins avaient renoncé depuis longtemps à instaurer des règles à ces habitants. On les aurait cru d'un autre monde, avec leur langage vieillot, leurs manières aristocratiques et ces maudites expressions fantaisistes. Oh, ils avaient bien essayé de sympathiser - la plupart s'étaient enfuis derrière un sourire quand le propriétaire avait commencé à parler de dragons, de.. Merlin ?

Pour ne rien arranger, c'était des anglais. Leur français était décevant, les mots mâchés. Suffisamment de raisons pour que chacun reste confiné chez soi, les français entre eux et les anglais avec leur attitude étrange.

Et pourtant quand les rayons dorés éveillaient peu à peu les autres, quand les volets claquaient et que les soupirs d'aises apparaissaient - appuyés par un étirement des bras, ravi, alors que la chaleur d'été s'installait déjà - eux restaient désespérément calmes.

Loin de toute ressemblance avec la demeure familiale de Sirius Black, la maison avait des airs de vacances et de plaisir - un peu bancale, un peu excentrique mais chaleureuse. Aux murs blancs comme la neige qui ne tombait jamais ici, avec des volets bleus qui y ajoutaient un charme grec - la maison avait tout d'une résidence de vacance, paradisiaque.

Un joli bois de pins étincelé de lumière dégringolait de l'arrière de la bicoque jusqu'au bas de la côte. A l'horizon, si on plissait les yeux, on voyait les contours pointus des montagnes se découper dans le bleu du ciel. Ici, pas un bruit. Sinon si on avait l'oreille fine, quelques piaillements aviers, un grelot de mule dans les prés, le sifflement des cigales. Un vrai tableau de Provence, où la vie s'animait sous le regard attentif du soleil.

Le silence-

« HARRY POTTER ! REVIENS ICI OU JE TE JURE SUR CE QUE J'AI DE PLUS CHER QUE MÊME REMUS NE POURRA PLUS TE RECONNAÎTRE ! »

Et tous les habitants du village soupirèrent - l'instant de tranquillité était brisé pour les prochaines vingt heures. Minimum.

« TU AS RAISON DE COURIR ! SI JE T'ATTRAPE C'EST PAR LA FENÊTRE QUE TU SORTIRAS ESPECE DE GOSSE INGRAT ! TERREUR DES ANCÊTRES ! CAUCHEMAR DES VIEILS HOMMES ! »

Le garçon jeta un regard stratégique derrière lui, avisa d'un air paniqué l'énorme animal qui le coursait et détala comme un lapin - instinct de survie avant toute chose. Malheureusement, il eu beau dévaler les marches et répéter dix fois le mantra pour transplaner, il échoua plutôt logiquement et fut contraint de se mettre à prier, vainement.

A peine eut-il atteint le rez-de-chaussée qu'un poids lui sauta sur le dos, le faisant s'étaler à plat ventre sur la moquette. Il essaya de se relever en rampant sur ses coudes, déterminé, mais c'était sans compter la volonté de l'autre. En deux temps trois mouvements, le garçon se retrouva cloué au sol, à gesticuler pour pouvoir s'échapper.

Et le chien qui lui mordait le cou poussa un grondement avant de frémir de tout son corps - pour laisser place à un adulte, très en colère.L'homme pesait de tout son corps sur le garçon sans s'en soucier - faisant goutter ses cheveux mouillés sur la nuque enfantine. Une à une. Le garçon émit un couinement désespéré. Se tortilla pour échapper à l'eau qui dégoulinait sur son cou. Malgré le poids de l'homme sur lui, le garçon refusait de baisser les bras et avait des ressemblances avec un ver, à gigoter pour se défaire de l'étreinte.

Tout d'un coup il se figea, les mouvements stoppés en plein essor.

Le garçon gémit, d'un jeu sur-exagéré avant de soupirer - un bras coincé derrière lui.

« D'accord, très bien. Très bien ! J'ai perdu, je suis une honte à l'humanité toute entière et suis un môme ingrat qui devrait embrasser chacun des pas que tu fais. Je ne suis même pas digne de me mesurer à toi ! » lâcha-t-il précipitamment, à toute allure, à contre-coeur.

L'homme ne fit pas mine de bouger.

« Et ? »

« Et. Eeet...Et mon niveau n'est pas assez suffisant pour affronter le plus grand Maître de la farce et des blagues de tout les temps ? »

L'exclamation de joie de l'homme fit soupirer le garçon. D'un bond, l'homme fut debout, époussetant la poussière sur ses vêtements. Le garçon se releva avec plus de lenteur, une moue boudeuse lui faisant office de réponse.

Si on avait demandé à quelqu'un où se situait les ressemblances entre cet homme et celui qui avait récupéré le garçon, près de dix ans plus tôt, il aurait été bien en peine de les retrouver. Si les lourdes boucles noires avaient poussé pour former une chevelure ébouriffée, soigneusement entretenue. Ses yeux gris autrefois éteints brillaient d'un éclat d'amusement, rieurs. Et si des rides avaient à peine entaché son visage de beau garçon, formant de petites pattes d'oie espiègles au coin de ses paupières, le sourire qu'il arborait transfigurait totalement son visage.

Plus la moindre trace de l'accablement qui l'avait voûté devant la porte du Square Grimauld - empli de culpabilité. C'était de sa faute avant tout pour Lily et James, pour Celui-dont-on-ne-devait-pas-prononcer-le-nom. On le reconnaissait à ce même t-shirt de groupe de rock, indémodable.

Sirius Black.

Sirius ébouriffa les cheveux du garçon qui lui faisait face, avant d'effectuer une pression sur son épaule.

« Pourquoi devrais-je t'épargner aujourd'hui plus qu'un autre jour ? » demanda-t-il d'un air innocent, dévoilant ses dents blanches, affutées, en un sourire.

« Si même mon parrain ne se souvient plus du jour le plus important de sa vie, il est peut-être temps de faire quelque chose. » déplora le garçon en secouant la tête pour remettre ses mèches incoiffables en place. « Je crois qu'il est l'heure. » reprit-il d'un ton grave, sérieux. « Ne t'inquiète pas pour ton Alzheimer, il sauront bien s'occuper de toi en maison de retraite. »

Il finit sur une touche moqueuse qui fit froncer les sourcils à Sirius alors qu'il le fusillait du regard, pas réellement énervé. Haussant les épaules, l'homme attrapa le garçon pour lui frotter la tête encore plus fort - alors que celui se débattait, sans vraiment de conviction.

« Joyeux anniversaire le monstre ! » scanda Sirius, en riant. « Crois-tu que je pourrais oublier une chose pareille ? »

« Tu oublies déjà de te nourrir toi-même... »

« Ça n'a aucun rapport. Se nourrir est un besoin inutile. L'anniversaire représente l'arrivée du miracle dans la vie, la célébration ! » reprit Sirius d'un ton docte, le délivrant pour lever un doigt en l'air.

Le garçon se fendit d'un sourire,réjoui, levant néanmoins les yeux au ciel.

« Tu n'as pas l'impression d'en faire trop ? »

Il n'attendit pas la réponse pour se précipiter dans le salon alors que Sirius poussait un soupir amusé. Quand il le voyait, plein d'entrain et d'enthousiasme, il se disait d'un ton réconforté que les heures sombres étaient derrière eux. Il refusait de penser à ce qui risquait d'attendre le garçon. Une ou deux fois les paroles de Dumbledore avaient trotté dans sa tête, sans qu'il ne veuille y accorder plus d'attention.

Et pourtant la réalité le rattrapait douloureusement. Sirius porta sa main à sa poche, effleurant son contenu d'un air soucieux. Bien sûr, il savait que ce moment allait venir - il le fallait bien. Mais il avait espéré avoir plus de temps devant lui... Et s'il devait être honnête, il n'était pas franchement rassuré à l'idée qu'Harry fasse la connaissance d'un certain professeur.

Bien sûr, Dumbledore lui avait assuré de sa fidélité envers leur camp. Mais Sirius ne savait que trop bien les dégâts et dommages que pouvaient causer la magie noire, en particulier quand on baignait dedans jusqu'au cou.

Un cri de joie l'arracha de ses pensées alors qu'il secouait la tête en souriant. Il était inutile de se prendre la tête, qu'il profite simplement de la journée. Le reste viendrait bien assez vite pour qu'il ait du temps à lui consacrer.

Harry.

Loin de devenir le garçon malingre et renfermé que les Dursleys auraient fait de lui, Harry Potter avait grandi comme un enfant normal. Le jour de même de son adoption par son parrain, celui-ci avait abandonné sa riche demeure anglaise pour une plus ensoleillée. La bicoque avait été choisie dans un charmant village provençal - totalement évincé du monde magique. Sirius Black avait eu énormément de mal à élever Harry - ce serait mentir que de le contester. Il s'était précipité dans toutes les bibliothèques du coin, avait dévalisé celle du Square Grimmauld pour trouver quoi que ce soit sur l'éducation.

Un bébé coincé sur le bras, un livre dans la main et l'air légèrement paniqué, c'était un Black terrifié qui avait fait irruption dans le salon miteux de Remus Lupin.

Le loup-garou avait failli fuir - dardant deux grands yeux écarquillés sur son ami. C'était sans compter la célèbre opiniâtreté des Black. Sirius l'avait pourchassé pendant plusieurs semaines, avant que l'autre ne cède - plus par exaspération que réel pardon. Car quelque part - et tout à fait justement - Remus en voulait à l'autre presque autant qu'il ne s'en voulait. La mort de James et Lily, Celui-dont-on-ne-devait-pas-prononcer-le-nom, c'était en partie de la faute de Sirius.

Mais il avait fini par ployer.

Il ne savait pas si c'était quand il avait enfin vu Harry, et que ses yeux lui avaient douloureusement rappelé Lily. La constatation l'avait frappé, le laissant pantelant. Et il avait baissé les bras, avait accepté de jouer le rôle qu'il méritait dans la vie du garçon.

D'un accord commun, Remus et Sirius avaient incendié les livres sur l'éducation. S'ils devaient élever Harry, ils le feraient comme ils le choisiraient - et pas parce qu'un stupide livre préconisait de peindre sa chambre en bleu pour l'habituer aux distinctions sexuelles. (En réalité, après de nombreuses tergiversions, la chambre avait été choisie vert pâle malgré les cris de Sirius)

En toute honnêteté, Harry n'avait pas été un enfant difficile. Toujours calme, toujours silencieux. A tel point qu'il en avait été effrayé, s'était demandé si quelque chose clochait. Jusqu'à ce que Remus fasse remarquer très justement qu'il était un sorcier - qu'il devait peut-être avoir des souvenirs de ce fameux soir.

Et le temps avait filé. L'enfant se faisant plus malicieux, plus maraudeur. Sirius se débrouillant comme il pouvait avec la façon moldue - sa baguette le démangeant très souvent. Jusqu'à ce qu'il commette la bourde. Harry devait avoir dans les six-sept ans, et touillait distraitement ses céréales sans les manger. Naturellement, il avait demandé si Sirius pouvait lui donner la brique de lait et- et. Et dans un réflexe stupide le jeune homme avait tendu la main pour attirer la brique d'un informulé.

Harry en avait fait un bond jusqu'au plafond.

S'en était suivit de très longues et compliquées explications. Sirius avait fini par avouer.. Presque tout. Que la magie existait et qu'Harry y mettrait ses pieds à ses onze ans, qu'un mage noir avait assassiné ses parents et que c'était la raison pour laquelle ils se cachaient ici. Qu'Harry était célèbre pour avoir survécu, et qu'il avait été préférable de s'éloigner s'ils ne voulaient pas être... inquiétés.

Ça c'était mieux passé qu'il ne l'aurait cru. L'enfant avait fondu en larmes, avant d'avouer entre deux sanglots qu'il avait cru devenir fou. Sirius l'avait serré contre lui, à en perdre haleine. Harry avait continué, balbutiant des mots inextinguibles entre ses larmes. Qu'il avait entendu un serpent lui parler dans les hautes herbes, qu'il le comprenait.

C'était le coeur de Sirius qui s'était arrêté.

Arrêt. Repartir.

Quelque chose s'était brisé ce jour-là. Comme le sang qui battait à ses tempes - qui s'était stoppé un bref instant. Il avait cru mourir, la peur enserrant son coeur si fort qu'il avait cru exploser. La terreur pure qui coulait le long de ses veines, venait nourrir ses pensées. Il avait frissonné, sa respiration se faisant plus sifflante. Et ces mêmes mots balbutiés avec soulagement, terrifiés. Qui faisaient remonter des souvenirs qu'il s'était forcé à oublier. Son étreinte s'était faîte plus glacée, plus mécanique. Et Harry l'avait senti, l'avait dévisagé avec ses yeux larmoyants - c'était ça qui l'avait décidé.

Sirius... Sirius. Je parle aux serpents.

Il avait fermé les yeux et refermé ses bras avec d'autant plus de chaleur.

Ce n'était pas grave si Harry était fourchelang. Ça ne voulait rien dire. Rien dire du tout.

Dans la pièce juste côté, Harry Potter était totalement étranger aux pensées qui tournaient autour de son parrain comme un nuage noir. Inconscient également que dans un autre monde, que dans une autre réalité il aurait pu être aux fourneaux, à cuisiner, alors que son cousin ouvrirait ses trente-six cadeaux. Pour lui, il n'y avait que deux présents sur la table, mais c'était déjà bien plus qu'il n'en espérait.

Il effleurait déjà les contours du premier paquet, facilement devinable sous l'emballage raté. D'ailleurs.. Ce n'était pas un éclat de bois qui dépassait là ?

Harry étouffa un rire. Releva ses yeux et l'éclat rieur qui y flottait quand Sirius entra dans la pièce, d'un faux pas conquérant.

« Tu ne les a toujours pas ouverts ? Et moi qui pensait que tu ne rêvais que de faire plaisir à ton vieux parrain… » s'indigna-t-il joyeusement, une main perchée sur sa hanche.

Plus que jamais il ne ressemblait à un vieillard acariâtre, ce que le garçon ne manqua pas de lui faire remarquer. Pour toute réponse il fut gratifié d'un regard mauvais qui ne l'amusa que davantage.

« Je ne devrais pas l'ouvrir après le gâteau ? » le titilla-t-il, soudainement amusé. Il trouvait tordant le fait que son parrain soit plus excité que lui à l'ouverture de ses propres cadeaux. Harry sembla hésiter, jetant un regard sur l'objet pour s'en détourner. « Ou l'arrivée de Remus peut-être... Il ne devrait plus tarder, tu ne crois pas ? »

« Ouvre-les ! » finit par glapir Sirius, surexcité. « Et qui te dit que nous avons acheté un gâteau ? » reprit-il, ses traits se durcirent. Il se pencha vers Harry avec un air très sérieux.

Harry haussa un sourcil. Traîna son regard sur le cadeau qui avait dû coûter cher - très cher - et le reporta enfin sur son parrain.

« Ce qui veut dire que si j'ouvre la porte du frigo il n'y aura rien, absolument rien à l'intérieur qui ne ressemble un gâteau ? »

Les coins du sourire de Sirius s'affaissèrent.

« Comment as-tu pu le voir ? Il était couvert d'enchantement pour ressembler à un bac de légumes ! » se sentit-il dans l'obligation de préciser.

Harry lui décocha un sourire mystérieux, avec un clin d'oeil. Son parrain s'apprêtait à pester, sans comprendre comment il avait bien pu faire. Il n'avait jamais beaucoup de magie accidentelle, si bien qu'il l'en avait cru dépourvu - jusqu'à ce qu'il fasse léviter un vase dans son sommeil. Et le serpent bien sûr.

La sonnette de la porte tinta brusquement, les arrachant de leur joute verbale. Harry bondit sur ses pieds en un instant, filant plus vite qu'un gecko - et ce n'était absolument pas de l'histoire vécue entre Patmol et un de sa connaissance - pour aller accueillir le nouvel arrivant. Sirius ne bougea pas d'un poil, affaissé dans le canapé. Un grand sourire lui mangeait le visage. Il y avait quelque chose de rafraichissant à se disputer gentiment avec Harry, à encourager le garçon à l'enthousiasme.

Quelque chose qui le distrayait de ces soirées d'angoisses, ces messages délivrés par Dumbledore et analysés avec Remus. La Guerre contre Celui-dont-on-ne-devait-pas-prononcer le nom était loin d'être terminée. Car si son absence se faisait cruellement ressentir, ses partisans n'avaient en rien perdu leur foi. Mal placée, rirait-il amèrement. S'ils savaient en qui ils fondaient leurs croyances...

Et si désormais l'ordre avait réussi à en placer une bonne centaine derrière les barreaux, il en restait plus d'un tiers encore en liberté. Eparpillés dans le monde magique, pas seulement en Angleterre - certes. Mais ils étaient là et ils n'étaient jamais à l'abri. La veille encore un communiqué de Dumbledore leur avait appris l'attaque d'une ville magique anglaise : Flagley-le-Haut.

Là-bas, les sorciers vivaient en semi-harmonie avec les moldus - à coup de sortilèges de confusion et de désillusion. L'attaque avait été très soudaine, brutale, et si Maugrey avait réussi à les attraper, plusieurs blessés étaient à déplorer. Aucun mort heureusement.

« La Terre appelle Patmol ? »

Sirius sursauta, la main agitée devant son nez attrapée en un réflexe brusque. Mais si Harry eut un mouvement de recul, le nouvel invité ne cilla pas - retirant doucement sa main de l'étreinte. Le parrain du garçon siffla, en frottant ses yeux.

« Tu es fou de me surprendre comme ça, Remus. Il faut croire que nous sommes aussi suicidaire l'un que l'autre » finit-il par dire d'un air interdit qui se changea en amusement.

Il se releva aussi rapidement que l'avait fait Harry, enlaçant le nouveau venu dans une étreinte chaleureuse. Rassurée aussi, comme à chaque fois qu'ils se voyaient. Un pincement tordait le coeur de Sirius quand il y pensait - quand bien-même il essayait de ne pas le faire. Il y avait quelque chose de terrifiant de se voir en se disant que ça pouvait être la dernière fois.

Harry lui, fixait la scène sans dire un mot.

Remus Lupin, le loup-garou. Sa surprise lors de leur première rencontre n'avait qu'égalé sa joie, ravi de rencontrer quelqu'un. Et en sept ans, l'homme n'avait presque pas changé. Presque, parce que si on plissait les yeux, il arrivait de voir quelques rides qui s'étaient glissées sur le visage sérieux, quelques traces que le temps avait figé sur ses traits.

Il portait un pardessus élimé qui semblait avoir bien vécu. En réalité peu savaient qu'il ne le gardait que par nostalgie - Sirius s'étant assuré qu'il ne manque de rien malgré ses protestations évidentes - et non par pauvreté. Ses yeux avaient une couleur particulière qui s'arrêtait sur vous, vous figeait. Vos poils s'hérissaient, vos instincts vous hurlaient de reculer. L'ambre vous clouait pourtant sur place, aux reflets jaunâtres lorsque s'approchait la pleine lune. Une touffe de cheveux châtains qui bouclaient légèrement sur son front. Une grande balafre lui traversait le visage, venait entailler l'arrête du nez pour finir sur sa joue. La cicatrice était déjà blanche, aux coutures recousues - comme des points de sutures.

Harry savait ce que c'était. Une griffure.

Il en avait d'autres bien entendu. De minuscules entailles qui constellaient son visage comme des tâches de rousseur. Une qui partait de sa lèvre inférieure, une autre qui avait frôlée la carotide.

Sirius et Remus avaient toujours refusé de lui en avouer la raison.

Plus jeune, il s'en était tiré ses propres conclusions, décidant avec détermination que c'était un aventurier, un agent secret talentueux, un mafieux aux coffres rempli d'or pour devenir plus tard un dragonnier, un auror ou encore un mage blanc. Désormais Harry savait ce qu'il en était vraiment. Il n'était pas stupide et avait déchiffré les livres de la bibliothèque de Sirius - tous ramenés de son ancienne maison.

Remus Lupin était un loup-garou.

« Alors Harry ? » finit par dire Remus en se tournant vers lui. Il avait un éclat espiègle dans les yeux qui rappelait son adolescence et le paquet qu'il tendait au garçon ne voulait rien dire de bon. « Je suis là, tu n'as plus d'excuses. On les ouvre ces cadeaux ? »

Il acquiesça avec une moue boudeuse.

Ce n'était pas qu'il n'aimait pas les ouvrir - quel enfant refuserait d'ouvrir des présents ? C'était qu'il adorait l'air excité de Sirius à chaque fois qu'il était sur le point de le faire, impatient de savoir si Harry les aimerait. C'était stupide vraiment. En plus d'avoir des goûts très sûrs dans ce domaine, Harry aurait été heureux si on lui avait offert une bouse de dragon.

Sirius lui avait un peu parlé des Dursley et... Il frissonna. Il louait Merlin et tout ceux qui avaient existé pour ne pas avoir fini chez eux.

« Par lequel je commence ? »

« MOI ! »

Sirius lui fourra son cadeau entre les mains, frétillant sur place comme un chien agite la queue. Et Harry finit par lui décocher un sourire, un peu amusé, avant de commencer à défaire l'emballage.

Il peina un peu sur les contours scotchés, avant de réussir à n'en extirper le présent - qu'il avait deviné dès qu'il avait vu la forme de l'emballage.

« Un Nimbus 2000 ! Merci Sirius ! » s'exclama-t-il, sincère, en enfourchant le balai. Seul le regard désapprobateur de Remus l'empêcha de s'envoler dans la maison, alors qu'il sautait au cou de son parrain. « Merci, vraiment ! C'est génial ! » le remercia-t-il, enfoui dans l'étreinte pelucheuse de l'homme. Il sentait le chien mouillé et le parfum hors-de-prix, joyeux mélange qui rappelait le réveil glacé qu'avait subi l'homme de la part d'Harry.

Après tout un sceau d'eau n'avait jamais fait de mal à personne...

Rapidement, Harry déballa le présent de Remus - qu'il avait livré en avance à Sirius la veille au cas où il ne pourrait être présent - avec enthousiasme. Fidèle à lui même, ce fut un livre qui l'attendit - alors que le sujet le faisait froncer des sourcils. Attendez.. Où est ce que Remus avait bien pu trouver ça ?

« Un livre sur les plus célèbres fourchelangs ? » s'interloqua Harry, en relevant vers lui un regard surpris.

Il ne manqua pas la crispation de Sirius ainsi que le regard mauvais qu'il envoyait à son ami, celui-ci arborant un sourire gêné. Remus détourna les yeux en prenant son temps pour répondre, mal à l'aise.

Harry bondit sur ses pieds, conscient de sa gêne. Il l'entoura à son tour en une étreinte sincère - appréciant l'idée. Il ne connaissait presque rien sur son don, si ce n'était que ça lui permettait de repousser les vipères provençales. Qui en règle générale se contentait de chasser des souris, sifflant un bonjour habituel à Harry avant de passer leur chemin.

Mais à part ces maigres discussions, il était tristement ignorant sur ce don, sur son origine et sur les sorciers célèbres qui l'avaient porté.

« Merci beaucoup Remus » fit-il avec chaleur. « Peut-être que ça me permettra d'effrayer Sirius encore plusss » siffla-t-il les deux derniers mots, en avançant avec des airs de robots mécaniques vers son parrain.

Celui-ci frissonna en se détournant, une moue maussade sur le visage.

« Excusez-moi mais je trouve ça extrêmement exclusif. Pourquoi sur tout les animaux entre tous, fallait-il que la magie crée un langage pour les serpents ? Reconnais au moins qu'un chien aurait été plus agréable. »

« Parce que tu verrais quelqu'un aboyer ? » remarqua à juste titre Remus.

Harry secoua la tête avec un rire. Mais le visage de son parrain s'assombrit, alors qu'il échangeait un regard avec son ami. Harry ne manqua pas de le remarquer - haussant un sourcil intrigué.

« Harry... » commença Sirius avec hésitation. « Il y a quelque chose que je ne t'ai pas dit. »

Sa curiosité piquée au vif, il s'installa en tailleur, yeux fixés vers son parrain.

« Tu te doutes bien que la magie est enseignée. Je n'ai pas pu m'empêcher de te révéler qu'elle existait - et c'est une faute que je crois a pourtant été nécessaire - mais si j'ai pu te parler de-» Sa voix s'étrangla et ses yeux semblaient humides « de Lily et James, j'ai tout fait pour éviter de parler de Poudlard. » fit-il gravement. « Poudlard est une école de magie, la meilleure à dire vrai. »

Le coeur d'Harry sembla s'arrêter de battre. Une école ? Quand Sirius lui avait expliqué à propos de la magie, qu'il n'était pas fou mais un sorcier - sa première question avait été de savoir comment est-ce qu'on pouvait l'utiliser. Comment est-ce que Sirius connaissait tout ces sorts. Et l'homme avait détourné les yeux, peu pressé de le lui révéler, avant d'avouer d'une voix blanche que seuls les livres instruisaient.

Et là, il apprenait qu'il lui avait sciemment menti.

Sirius avait un air gêné et anxieux vis à vis de sa réaction, il le voyait et aurait pu - aurait du - le rassurer mais il ne fit rien. Ne dit rien et l'enjoignit simplement à un continuer d'un hochement de tête, la gorge trop serrée pour parler.

Ce n'était pas le fait de découvrir qu'il y avait une école, c'était le mensonge qui lui tordait le ventre. Harry ne supportait pas les mensonges, préférait même entendre la pire des vérités. Et Sirius avait juré de ne jamais lui mentir. Or là... Ils étaient des dizaines, des centaines même, d'enfants comme lui à découvrir leur magie et jouer avec.

« Chaque enfant sorcier... Lorsqu'il a onze ans, il reçoit sa lettre pour Poudlard. » formula son parrain avec peine, tirant de sa poche une lettre chiffonnée, jaunie. Un peu cornée sur les bords même, et un lourd sceau rouge en ornait la face - l'écusson de l'école sculpté dans la cire. Harry laissa son regard traîner sur la lettre, fasciné et un peu méfiant. « Nous avons reçu la tienne aujourd'hui. Dumbledore - le directeur de l'école - nous a toujours enjoint de te laisser à l'écart du monde sorcier, Harry. Il s'y passait trop de choses les premières années, trop de mauvaises choses pour que tu ais à y mettre les pieds, tu te serais noyé dans cet océan perverti. »

« Mais le temps passe » reprit Remus d'une voix plus calme, quoi que forcée. « Il faut que nous te disions quelque chose à propos de tes parents, Harry. Il est vrai que James, Sirius et moi étions amis, de très bon amis. Mais si Sirius t'avait avoué que James était mort brutalement, nous n'avons jamais pu te dire ce qu'il en était réellement - piégés par un serment magique. »

Cette fois-ci son coeur se stoppa réellement. Un frisson le parcourut, alors qu'il mourrait d'envie de se boucher les oreilles, de ne plus entendre. Pourquoi est-ce que ça tournait comme ça ?

« Tes parents ne sont pas morts dans un accident magique, Harry. Il... Il existait un Mage noir, un homme qui avait mal tourné, qui s'était perdu dans ses idéaux. Habitué et élevé dans les coutumes sang-pures - Sirius t'en a parlé - il estimait que seuls les sangs-purs avaient le droit à la magie. Que les nés de moldus, comme ta mère Lily, devaient être sacrifiés en offrande à la magie. Qu'il s'agissait d'une aberration, d'une erreur, et que seul le droit du sang rétablirait la puissance ancienne des sangs-purs. Bien sûr, tu le penses bien, beaucoup de gens n'étaient pas d'accord. Comme nous. »

« Lily et James ont toujours été courageux Harry. Mais ce mage-là... Il était si horrible, si cruel que même Grindelwald ne tenait pas la comparaison. Il s'était mêlé avec la pire des magie, la nécromancie, et avait décidé de... de viser ta mère. Elle était une née-moldue puissante, intelligente et mariée à un sang-pur. Le... Le sacrifice serait d'une telle ampleur que la Magie redistribuée aurait un impact immense. Et il s'est rendu chez tes parents, le soir du 31 octobre. Ton père a été très courageux, encore, et ta mère davantage mais il était bien trop puissant. »

La voix de Remus se brisa et il dût se taire, Sirius reprenant derrière lui.

Harry lui se sentait pétrifié. Gelé jusqu'au bout des doigts. Il refusait de croiser le regard de Sirius, parce que les larmes étaient figées dans ses paupières - incapable de couler. Statufiées comme lui.

Ses mains tremblaient.

« Et en fin de compte, il a pointé sa baguette sur toi. Et là... »

Il retint un halètement.

Non.

« Nul ne sait ce qui a bien pu se passer. Mais le sortilège de mort a ricoché sur toi, lui est revenu en plein visage. Et il a été désintégré, réduit à une forme spectacle incapable de faire quoi que ce soit. Il n'est pas mort, car il était un marionnettiste capable de diriger les fils de la Mort mais si affaibli, si impuissant qu'il ne pourra plus jamais essayer de faire du mal à quelqu'un. Tu... Tu n'as rien à craindre Harry, tu es en sécurité. Mais tu dois comprendre, que le monde magique te voit comme un héros, leur modèle. »

Et Sirius le fixa droit dans les yeux, les siens un peu brillants.

« Pour eux, tu es celui qui a survécu, le Survivant. »

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Harry serrait entre ses doigts l'enveloppe décrépie. Il maniait distraitement une faible pile de photographies, en prenant une pour la poser à ses côtés sans la regarder ; puis il fixa avec intensité la photo suivante, un instant volé d'un quatuor jovial. Les faces sourient, les langues se délient et les jeunes hommes prennent la pose devant la caméra.

Raide, Harry repoussa la photographie, son attention concentrée à nouveau sur l'enveloppe.

Poudlard.

Les jours s'étaient égrainés depuis la révélation de Sirius, filant beaucoup plus rapidement qu'il ne l'avait voulu. Ces derniers temps, il se réveillait la nuit - une main posée sur son coeur - le souffle court, et la respiration hachée en des halètements terrifiés. L'idée qu'il y avait quelque part dehors une foule de gens qui l'admiraient pour quelque chose dont il n'avait pas souvenir, dont il n'était pas responsable - ça le hantait. Qu'on puisse le louer pour avoir survécu, pour être resté en vie quand ses parents eux étaient morts.

Une gêne tangible s'était installée à pas de loup entre lui et son parrain. Des fils d'araignées invisibles qui tissaient leur toile de malaise et de non-dits, tout ce qu'il avait sur le coeur et refusait de dire par respect.

Quelque part, il savait que ce n'était pas de la faute de Sirius. Mais son esprit d'enfant refusait d'envisager pleinement cette évidence, et il lui en voulait. Pour les mensonges. Pour l'abandonner, même si ce n'était que dix mois par an.

Il était étrangement nerveux, ses mains tremblantes. Sirius lui avait annoncé que le directeur, le dirigeant de l'organisation dans laquelle ses parents s'étaient battus, avait dépêché un des membres de Poudlard pour venir le chercher, acheter ses affaires pour l'école. Harry s'était indigné - sans comprendre. Ce devait être Sirius pour l'accompagner ! Pas quelqu'un qu'il ne connaissait pas et avec qui il ne partageait rien.

Mais son parrain avait été intransigeant. Les ordres de Dumbledore étaient à suivre, et il avait ajouté - avec un sourire amer - que même si on les comprenait rarement, on n'en saisissait tout leur sens que lorsque ça sautait aux yeux.

L'homme n'allait plus tarder - il était même en retard.

Harry parcourut une fois de plus sa lettre des yeux. Il y avait quelque chose d'ancien, de délicieusement folklorique à la détailler, sentir sous ses doigts les mots calligraphiés à la plume, un peu baveux à cause de la pluie anglaise. La couleur jaunie de la lettre rappelait ces livres écrits sous la chandelle, près de trois siècles auparavant, la cire gouttant sur le papier aux heures les plus sombres.

Il serra violemment la lettre entre ses mains - mais ses sentiments violents étaient émoussés. Rien n'avait l'air moins réel : il se sentait brusquement entouré d'un décor de carton-plâtre qui pouvait être ôté. Comme si soudainement les tours de magies révèleraient leur secret factice, les objets lévitant découvriraient les fils de marionnettistes qui les suspendaient. Le monde attendait, retenant son souffle : le garçon allait-il découvrir la supercherie ?

Harry se leva. Il ne pouvait plus tenir en place, douloureusement immobile au milieu d'un décor qui allait trop vite pour lui. Une véritable panique s'emparait de lui, le figeant sur scène comme un pantin à qui on aurait coupé les fils.

« Harry ? »

L'appel le tira de ses pensées, alors qu'il s'empressait de sortir, rassuré par la douce sensation de chaleur provoquée. Les craquements des marches de l'escalier achevèrent définitivement de le sortir de ses songes noirs, comme un nuage brumeux qui flottait au-dessus de sa tête. L'excitation était revenue, fébrile, le faisant frissonner.

Poudlard était une école. Il allait apprendre tellement de choses intéressantes ! Rencontrer des gens de son âge, et c'était probablement la partie qui le terrifiait le plus. Il ne savait pas se comporter avec d'autres enfants, il n'avait croisé en tout que deux ou trois fois ceux du voisinage.

« Harry, tu as entendu ? »

« J'arrive ! » cria-t-il, d'une voix mal assurée.

Il dévala les escaliers avec une pointe d'appréhension, se figeant sur le pas de la porte quand il vit qui - ou quoi - venait d'apparaître sur le perron. Il intercepta à peine le regard franchement amusé de son parrain, ébahi. Il ne voulait pas paraître impoli mais dut s'y reprendre à deux fois avant de cligner des yeux et de les rejoindre, encore abasourdi.

Un colosse.

Un véritable géant se tenait dans l'encadrement. Son visage masqué par l'immensité d'une barbe broussailleuse, qui lui cachait les traits au même titre que sa longue chevelure emmêlée. Son pardessus rapiécé aurait pu loger cinq ou six Harry, et si grand qu'il devait se tenir penché pour ne pas dépasser l'encadrude de la porte. Seuls ses yeux étaient visibles dans cet amas de barbe et de cheveux, deux billes noires qui brillaient comme des scarabées.

Et pourtant il souriait, des petites pattes d'oies ridées autour des yeux.

« Te voilà enfin Harry ! »

Harry avança d'un pas, mécaniquement. L'homme - ou le géant - semblait hésiter entre avancer courbé ou reculer, avant qu'il ne fixe son choix en se glissant à l'intérieur de la maison, ébrouant ses cheveux comme un chien mouillé.

« Ah, la dernière fois que je vous ai vus, toi tu n'était qu'un bébé Harry entre les bras du Professeur. Tu ressembles beaucoup à ton père mais tu as les yeux de ta maman. Et Sirius évidemment ! » fit le géant avec enthousiasme, d'un ton doux malgré sa voix rugueuse.

Il tendit une main grande comme une assiette à Sirius qui la serra avec vigueur, avant de s'avancer pour tapoter maladroitement l'épaule du géant. Quelque chose qui ressemblait à de l'émotion brillait dans les yeux de son parrain, alors qu'il saluait d'un ton bas le nouveau venu.

Quelque chose remua soudainement dans une des poches de son long manteau noir et il fronça ses sourcils touffus, gratifiant ladite poche d'une tape agacée. Mais il reporta bien vite son attention sur Harry, avec un sourire. C'était étonnant de voir comme un simple sourire bouleversait les traits, les yeux pétillants et l'air franchement ravi quoique tinté de nostalgie.

Il dégageait du géant une curieuse impression chaleureuse de bienveillance et d'affection.

« Des gens très bien, tes parents, Harry. Lily était toujours très gentille avec moi- mais ne perdons pas de temps en de stupides souvenirs qui doivent t'ennuyer. » lâcha-t-il d'un ton bourru, chargé d'émotion. « Est-ce que tu es prêt pour le chemin de Traverse ? Je suis sûr que ça te plaira... »

« Aucun souvenir de mes parents ne peut m'ennuyer, Monsieur. » bredouilla Harry rapidement, les mots se perdant dans sa gorge.

A ces mots, le géant eut un nouveau sourire qui atteignit ses yeux.

« Je savais que tu serais quelqu'un de bien. » marmonna-t-il d'un ton rude, embarrassé. Ses mains - au moins trois fois plus grandes que celle de son parrain, se grattèrent le crâne avec un instant de gêne. « Et bien, à toute à l'heure Sirius. J'étais heureux de te revoir. »

Son parrain, qui n'avait pas énoncé une seule parole si ce n'était pour saluer le géant, hocha la tête, la gorge nouée. Il jeta un regard en coin à Harry, qui semblait un mélange de terrifié et de furieusement excité, incrédule. Il en eut mal au coeur un moment, de ne partager ce monde avec lui que pour lui annoncer les lourdes charges qu'il allait porter.

« Plaisir réciproque, Hagrid. N'hésite pas à faire un tour maintenant qu'Harry sera à Poudlard. Je ne crois pas qu'il sera utile de maintenir le Fidelitas. »

Et alors que le dénommé Hagrid faisait un geste vers lui pour qu'il le suive, Harry vit Sirius vaciller, avant de se précipiter vers lui. L'homme l'enfouit dans une étreinte qu'il partagea avec volontiers, ému. Les boucles noires de son parrain sentaient l'aneth et le souci* - il le savait pour avoir aidé au jardin botanique qu'ils possédaient - et il referma ses bras sur lui, avec force. Son nez enfoui dans l'épaule de Sirius, Harry ferma les yeux. L'étreinte s'était faîte plus désespérée, et il sentit la main de son parrain ébouriffer savamment ses cheveux.

Ils restèrent ainsi deux ou trois secondes, se reculant avec les yeux brillants.

Harry n'était pas stupide, et il savait que l'émotion n'était pas de le voir partir le temps d'une après-midi mais ce que ça impliquait. Le départ pour Poudlard.

« A ce soir, Harry. Reviens-moi vivant - et entier - je ne pourrais pas faire pousser les oeillets sans ton talent. » plaisanta d'une voix étranglée Sirius, alors que la main immense d'Hagrid se posait sur son épaule, le guidant doucement vers la sortie.

.

.

.

Il allait vomir.

La main d'Harry se referma autour de son ventre alors qu'il se penchait en avant, les joues blêmes et une goutte de sueur sur son front. Sitôt qu'ils étaient sortis, le géant lui avait tendu une vieille flûte en bois, l'avertissant de la serrer avec force. Il s'était effectué, un peu méfiant, mais aussi avec curiosité. Jusqu'à... Jusqu'à ce qu'il ait la sensation désagréable d'être tiré par le nombril, tournoyant sur lui-même avant d'être aspiré par l'objet.

Et c'était très très désagréable.

Ses pieds avaient quitté le sol en un instant, attirés dans un tourbillon de couleurs chatoyantes. Sa main était engluée à l'objet comme une mouche prise au piège et dans son oreille sifflait des bourrasques de vent.

Jusqu'à ce que ses pieds touchent brutalement le sol, le projetant à plat ventre en avant.

Il se releva aussitôt avec gêne, Hagrid bien en place sur ses pieds,dans le coin d'une rue. Mais s'il éprouvait un curieux sentiment de malaise, ses yeux brillaient d'émerveillement et de contentement.

« C'était de la magie ? Qu'est-ce que c'est ? Comment est-ce que ça se fait que nous ayons été emportés ? »

Hagrid eut un petit rire en le voyant si fébrile.

« Ça s'appelle un porteloin Harry et si tu veux mon avis c'est rudement pratique. C'est un moyen pour aller d'un endroit à un autre sans utiliser un balai ou transplaner. Je suis désolé, je ne sais pas transplaner... » déplora 'homme avec un air chagrin, lui adressant un regard d'excuse.

Il semblait en colère contre lui-même, comme s'il était un incapable et Harry en fut embarrassé. Il s'avança d'un pas pour poser une main sur le bras titanesque, avec un sourire qui ne partait pas.

« Merci, c'est déjà... C'est formidable ! Et... » Harry hésita, se dandinant sur lui-même. Jusqu'à ce que le géant ne l'encourage à continuer, reprenant chemin avec un air amusé.

« J'apprendrais ça à Poudlard ? Moi aussi je serais... Sa voix baissa d'un ton et il finit presque en chuchotant, comme respectueux. Capable d'utiliser la magie ? »

« Tes parents étaient des sorciers Harry ! De très bons sorciers même, et Sirius en est lui-même un. Tu es un sorcier, Harry. Et je suis sûr qu'avec un peu d'entraînement, tu en deviendras un sacrément bon. Tu ne pourras pas faire autrement avec l'héritage que tu as. »

Harry se mordit l'intérieur de la lèvre, brûlé par l'envie et la joie. C'était presque irréel. Sirius lui avait parlé de la magie bien sûr, mais... Ce n'était pas pareil que de la voir directement à l'oeuvre, autre que pour des tâches du quotidien. La magie avec Sirius devenait presque différente, moins impressionnante. Des tas de questions le dévoraient, lui asséchaient la bouche. Mais il se tut sagement, suivant avec émerveillement le géant le long de la rue.

« Tu verras, Harry, le chemin de Traverse est magnifique. Je me rappelle comme j'avais été impressionné moi la première fois ! » rit-il. « Il faudra passer à la ménagerie magique aussi, c'était ton anniversaire... »

« La ménagerie magique ? » le reprit Harry, sans s'en empêcher.

« C'est là qu'on trouve toutes les chouettes et les hiboux. Tu as lu ta lettre de Poudlard j'espère ? » demanda-t-il alors qu'Harry hochait vigoureusement la tête. C'était tout juste s'il ne l'avait pas apprise par coeur, à force de fixer le sceau du serpent, du blaireau, de l'aigle et du lion.

« C'est parce qu'on a le droit d'avoir un animal, c'est ça ? Un hibou, un crapaud ou un chat ? Pourquoi est-ce qu'on n'a pas le droit d'avoir un autre animal, qu'est-ce qui a déterminé le fait qu'il n'y en ait qu'eux trois ? Qu'est-ce qui se passe si l'on en a un autre ? »

Hagrid eut un nouveau rire.

« Je vois que tu t'es déjà posé des questions ! Je suis le gardien des clés et des portes de Poudlard, tu sais, mais je m'occupe aussi des animaux de la forêt interdite. C'est Dumbledore qui a changé les règles pour ces animaux-là. Les chiens faisaient beaucoup trop de dégâts, et un animal plus gros n'aime pas vraiment rester enfermé. Pour ce qui est des reptiles... Le Directeur a préféré éviter les accidents. Un grand homme, Dumbledore... »

Harry acquiesça, fasciné.

Il rougit un peu d'avoir déballé ses questions d'une traite, honteux. Mais le géant le rassura rapidement d'une pression sur l'épaule, l'encourageant à poursuivre.

« Qu'est-ce que ça veut dire gardien des clés et des portes ? » demanda-t-il en fronçant les sourcils.

« C'est que je suis garde-chasse. Je t'ai dit qu'il y avait des animaux qui vivaient dans la forêt interdite, je... m'occupe d'eux, et fais attention à la sécurité des élèves. Je les nourris parfois aussi, ils sont très affectueux, sourit Hagrid avec un air paternaliste.

Son air enthousiasme contagieux atteignit Harry qui sentit lui aussi ses lèvres s'étirer, avant qu'ils ne stoppent tout les deux, arrêtés par un air de musique.

On entendait de dehors les bruits étouffés d'un tourne-disque en marche, les trompettes grésillant sur l'enregistrement alors que Guy Lombardo faisait résonner son Boo Hoo d'un ton morne. Ce n'était rien vraiment, quelques bribes de paroles indistinctes que tous avaient appris à connaître par cœur – seul hit de l'été vraiment retenu.

La musique provenait d'un vieux pub à l'image délabrée, ses façades s'écroulant presque pour n'exposer que des briques détruites, nécessitant un sérieux besoin de rénovation. D'anciens pans de lierre parasitaient les ruines sales, grimpaient le long de la pierre à l'instar d'un lézard. N'importe quel étranger venu de dehors ayant vu cette image, aurait haussé un sourcil devant la saleté de l'endroit et se serait rapidement enfui – sans que l'enseigne d'une sorcière remuant son chaudron n'éveille en lui le moindre doute.

Cependant pour ceux qui connaissaient l'endroit, qui savaient se fier davantage à la sorcière qu'aux pans de murs grouillants de poussière, un tout autre trésor les attendait à l'intérieur.

Honorant celui qui aurait franchi le pas, un feu aurait crépité aux étincelles artificielles alors qu'il se serait assis sur l'une des longue tables en bois, profitant de l'accueil chaleureux qu'on lui aurait fait – le barman Tom plus que tout autre, ravi de voir sa clientèle s'étoffer. On lui aurait servi une bière d'un autre temps, d'un autre goût et il l'aurait savouré lentement – peut-être un peu nostalgique. Qui sait ?

Et seuls quelque privilégiés le savaient, entraient comme venaient de le faire d'un pas commun Hagrid et Harry.

Harry s'arrêta un instant sur le seuil de la porte, mouché.

Le pub grouillait de monde, de baguettes brandies et de vapeurs de fumées. Il voyait presque les blanches volutes s'élever au dessus des boissons, les étincelles qui crépitaient dans un coin - est-ce que le feu venait vraiment de s'allumer tout seul ? - les rires, les lèvres mouchetées d'une moustache de bière. Presque tous portaient d'étranges robes, longues et noires, leur descendant jusqu'aux pieds.

Pas d'électricité, juste ces chandelles et bougies qui jetaient sur la salle une atmosphère sombre et ancienne.

Les gens discutaient avec animation, sans faire attention à lui qui se frayait un chemin dans le sillage du géant. Il était un peu intimidé, et s'efforçait de rester collé à Hagrid - peu rassuré.

Cependant, la rumeur des conversations s'éteint presque aussitôt, les gens semblant connaître Hagrid. Tous lui adressaient de vigoureux signes de mains, de la femme avec sa pipe jusqu'au petit homme en chapeau haut de forme qui parlait avec un barman chauve aux étrange similitudes avec une noix scintillante. De toute part venaient des sourires et des exclamations ravies, qu'Hagrid rendait bien volontiers.

« Ça sera comme d'habitude, Hagrid ? » demanda le barman avec un air entendu, tendant la main vers une rangée de verre.

« Peux pas, Tom. Je suis en mission pour Poudlard » énonça le géant avec fierté, en donnant une bourrade amicale sur l'épaule d'Harry dont les genoux fléchirent sous le choc. Un peu tremblant, il se remit sur pied en s'agrippant au comptoir, toujours intimidé.

L'homme eut un instant de recul, son chiffon serré dans sa main droite. En une fraction de second, son regard se dirigea vers Harry - vers son front plus précisément - et s'y attarda avec un peu trop d'insistance. Une lueur enfiévrée luisait dans son regard et Harry recula, rabattant ses mèches noires sur sa cicatrice.

« Seigneur Merlin, C'est... Est-ce que c'est vraiment ? »

Soudainement le brouhaha continu du pub s'arrêta tout à fait, les clients ne dirent plus un mot, ne firent plus un geste.

« Par le ciel ! » murmura-t-il dans un état second, ne se réveillant que pour contourner le comptoir et empoigner sa main avec vigueur, l'agitant de haut en bas.
« Quel honneur ! Si j'avais su... Soyez le bienvenue, Mr. Potter, soyez le bienvenu parmi nous et à chaque instant ! »

« Harry Potter ? »

Tous les regards étaient fixés sur lui. Le murmure fut répété une seconde fois, plus une troisième, encore et jusqu'à ce que dans un mouvement brusque et général, chacun ne se lève de sa chaise avec force pour venir lui serrer la main. Harry était acculé contre le comptoir, bégayant des bonjour hésitants et sans savoir quoi dire.

« Je suis Doris Crackford, Monsieur Potter, c'est extraordinaire de vous voir enfin ! »

« Je suis si fier de faire votre connaissance ! »

« Harry Potter ! C'est un honneur, oui un grand honneur ! » fit un autre, les larmes aux yeux.

« J'ai toujours rêvé de vous rencontrer ! Si je pouvais vous serrer la main juste-»

Il regardait de tous les côtés,perdu, sans savoir comment s'en échapper. Son regard désorienté croisa celui d'Hagrid qui fronça aussitôt les sourcils, traversant la foule sans grande difficulté pour venir se placer à ses côtés.

Aussitôt il put respirer à nouveau, les exclamations fusant néanmoins toujours.

« Ça suffit ! Il faut y aller, nous avons beaucoup de choses à acheter. » s'exclama Hagrid avec feu.

Doris Crackford tint à lui serrer la main une dernière fois et il put s'évader, le géant l'entraînant hors du bar, dans une petite cour où l'on venait certainement déverser les poubelles, grisâtre et juchée de mauvaises herbes. Seul un grand mur de briques orangées leur faisaient face. Harry pencha la tête sur le côté, observant le mur avec plus d'attention qu'il n'en méritait. On voyait les extrémités abimées, effritées comme du papier brûlé.

« Sirius t'as expliqué que tu étais célèbre, n'est-ce pas ? »

Incapable de détacher son regard du mur de brique, il se fit violence pour le poser sur le géant, acquiesçant.

« Récemment... Et j'ai du mal à comprendre pourquoi ils fondent autant d'espoir dans quelqu'un qui n'était qu'un bébé »

« Vraiment ? » s'interloqua Hagrid. Il avança de quelques pas, sortant sa baguette de sa poche avant de la pointer vers les pierres sans même attendre de réponse.

Avec un air de réflexion, il compta les briques au-dessus du mur, lentement. Puis il tapota trois fois sur une pierre en particulier, avant de reculer.

Harrylaissa son regard couler dessus d'un air envieux, fasciné. Tout lui semblait magique, que ce soit des quelques reliefs sous le bois sombre jusqu'à la longueur de la baguette et pourtant c'était si... frêle, minuscule. Comment quelque chose d'aussi petit pouvait produire autant de chose... Comment...

Le géant rangea soudainement la baguette dans sa poche alors qu'il le suivait du regard, arraché à sa contemplation. Sauf que son attention fut reportée tout autre part, alors que les briques se mettaient à bouger. Il les contempla avec une sorte d'émerveillement incrédule, les voyant disparaître une à une, engoncées dans les autres. C'en était tout simplement incroyable, de les voir s'enfoncer dans ce qui lui semblait du vide, poussées par une force extérieure avant de se déplacer par le simple fait d'un tapotement de baguette.

« Bienvenue sur le chemin de Traverse Harry ! »

Quelques secondes après qu'un passage se soit ouvert, il resta les yeux rivés sur le mur de brique scindé en deux, sans vraiment y croire. Il avait l'impression d'être dans un rêve, un magnifique rêve et quand il se réveillerait ce serait pour voir la chaleur du sourire de Sirius.

C'était... Il se surpris à esquisser un sourire, effleurant à nouveau la surface rugueuse des briques sous des doigts avant de se retourner, ébloui.

Il en resta figé sur place, à court de mots depuis la première fois de son existence. La seule pensée qui lui vint en tête fut que ce serait bien trop cruel et injuste s'il s'agissait d'un rêve – beaucoup beaucoup trop atroce.

Son cœur se serra dans sa poitrine, sembla battre à mille à l'heure, sur le point d'exploser. C'était exactement ça, d'exploser. Il en avait mal tant il se retenait de hurler, cette exclamation de joie pure. C'était égoïste et il s'en sentait coupable car il n'était pas malheureux avec son parrain loin de là. Il avait l'impression de vivre un Paradis, mais... C'était peut-être stupide, parce qu'après tout, comment aurait-il pu se souvenir de Londres ? Mais... Il lui semblait que quelque chose s'était calmé dans son coeur.

Il était rentré à la maison.

Il y avait de tout et de n'importe quoi, des hiboux hululaient du fond de leur cage, les sorciers et sorcières de tout genre paraissaient excités et bavassaient dans un brouhaha immense qui ajoutait à cette atmosphère de chaleur et de magie que renvoyait le chemin de Traverse. Partout des signes, des symboles de cette appartenance à un monde différent, à un monde – fantastique.

Harry finit par esquisser un pas en avant, retenant son souffle. Comme si tout allait s'envoler, que c'était irré le sol resta bien stable sous ses pieds et il put respirer à nouveau, un immense sourire – qui cette fois n'était pas feint – s'étirant sur son visage bronzé alors qu'il balayait du regard les magasins. Un mouvement de poignet attira son regard, une gerbe de fleur surgissant d'une baguette.

« C'est magnifique ! » souffla Harry avec un accent de naïveté qui fit rire le géant.

« Ça fait toujours cette impression le Londres magique hein ? Alors, Harry, par quoi est-ce que tu veux qu'on commence ? »

« Je... Mais je n'ai pas d'argent. » avoua-t-il en baissant les yeux, résolument fixés sur ses chaussures.

Le rire tonitruant du géant le tira de sa honte, alors qu'il posait une main rassurante sur son bras.

« Crois-tu que Sirius ne m'ait pas donné de bourse pour toi ? Tes comptes ne sont pas ouverts pour le moment, ils sont gelés, car tu es à la charge de Sirius et qu'il prend en charge tes dépenses mais tes parents t'ont laissé de quoi faire, Harry. »

Il rougit en hochant la tête, se dévissant presque le cou pour tout voir, tout observer. Il voulait tout pouvoir regarder à la fois : le magasin de chouettes et hiboux qu'il entendait hululer dans leurs cages, une petite femme rondelette et rousse qui regardait la vitrine d'un apothicaire en hochant la tête. « Dix-sept Mornilles pour du foie de dragon, c'est de la folie.. » l'entendit-il pester.

On vendait de tout dans les boutiques. Là-bas, c'était deux garçons de son âge, un peu plus vieux peut-être qui regardaient la devanture d'un magasin avec admiration, vantant les mérites du balai qui y était exposé. Des robes de sorciers, des télescopes, des piles de manuels et des rats, de la bile de tatou et de parchemins, des longues plumes pour calligraphier, des potions.. Le soleil dorait les enseignes des magasins, reflétait ses rayons trop rare ici sur le verre réfléchissant.

« Peut-être que je peux t'accompagner aller acheter ta baguette ? Pendant ce temps j'irais prendre tes manuels et tes fournitures de cours. » Hagrid fronça des sourcils. « Il y en a que l'on ne trouvera que dans l'allée des Embrumes, qui... Ah, Tom, bien sûr. Qui d'autre ? » Le géant secoua la tête, faisant valser sa lourde chevelure ébouriffée au même titre que sa barbe. « Tu viendras avec moi, je n'aime pas te savoir trop longtemps seul ici. »

Bien qu'un peu perdu, Harry acquiesça vigoureusement.

« Donc on va aller chercher ma baguette ? » fit-il avec un peu plus d'enthousiasme, sa joie prenant le dessus sur sa circonspection.

Une baguette magique... Le rêve d'Harry.

Hagrid eut un nouveau rire avant d'hocher la tête avec chaleur, le guidant avec adresse au milieu de ces rues bondées. De tout côté fusaient des exclamations, des étincelles magiques. Les vendeurs les alpaguaient, leur tendaient leur produits avec de grands sourires, et Harry se sentait rêver. Quand il allait rentrer et raconter ça à Sirius !

Rapidement, ils trouvèrent le magasin d'Ollivander, l'enseigne visible à plusieurs kilomètres à la ronde tant les lettres dorées se détachaient sur le gris pâle de la façade.

« On y est Harry. Je te laisse et vient te chercher dès que j'ai acheté ce qu'il faut pour Poudlard ? Attends-moi dans la boutique si tu as fini avant que je revienne » fit le géant d'un ton bourru.

La gorge nouée, Harry hocha la tête, lui adressant un petit signe de main.

A présent cependant il avait fini par entrer dans la boutique du vendeur de baguette, s'arrêtant à nouveau sur le seuil de la porte – impressionné. Il lui semblait qu'il n'en finissait pas d'être surpris, tant le monde magique regorgeait de merveilles.

Si la boutique semblait vieille et décrépie, l'intérieur n'en était que pire. La porte grinça sous sa poignée, délabrée. Ses pas marquaient de grandes empreintes grises dans la poussière du sol et les lumières étaient éteintes, à l'exception d'un chandelier à l'or écaillé. Mais de grandes étagères faisaient office d'armoires, des centaines de baguette devant y être entreposées tant leur support croulait sous les boîtes. La saleté évidente et le silence du lieu renvoyait une connotation sacrée, loin du dégoût qu'il devrait renvoyer, comme si recelant une magie secrète.

Et.. Maintenant, le trac lui tordait l'estomac.

Et si aucune baguette ne le reconnaissait, et si c'était une erreur, et si au final on le renvoyait-

« Bonjour » murmura une voix douce.

Harry sursauta.

L'homme, un vieillard, avait de puissants yeux bleus. Pâles, saisissants. Ils brillaient comme un éclat lunaire dans l'enveloppe d'ombre de la boutique. Une finesse d'inquisiteur trahie par les sinuosités de ses rides et par les plis circulaires dessinés sur ses tempes, accusait une science profonde des choses de la vie.

« Bonjour » salua-t-il avec plus de méfiance.

« Bien sûr, oui. Je me doutais bien que vous finiriez par passer dans ma boutique, Harry Potter. C'est remarquable - vous avec les yeux de votre mère. Une très bonne dualiste, oui... Je me rappelle de sa première baguette. 25,6 centimètres, souple et rapide, bois de Saule - excellente pour les enchantements, à prévoir bien sûr. » fit le vieillard avec une incroyable vivacité.

Mr Ollivander s'approcha en un pas d'Harry, sa canne frappant le sol avec un son mat qui avait quelque chose d'angoissant. Ses orbes sélénites brillaient d'un éclat sinistre, qui le fit se camper sur ses positions, sourcils froncés.

« Et puis votre père. La Magie lui avait préféré une baguette en acajou, si mes souvenirs sont bons, flexible, 27,5 cm et plus puissante - un vrai don pour la métamorphose. J'espère qu'elle vous fera un don tout aussi appréciable, Monsieur Potter. »

Ils étaient si proches à présent que leurs nez se touchaient presque. Mais Harry refusait de faire un pas en arrière, pas quand l'éclat enfiévré des prunelles du vieillard sonnait si oppressant dans l'obscurité de la boutique. Il pouvait presque distinguer son reflet dans les yeux brume du vieil homme. Soudain, sans crier gare, le doigt décharné et blanc vint se poser sur sa cicatrice avec une admiration teintée d'amertume.

Pour l'enlever aussitôt, satisfait.

« Quelle étrange cicatrice, Monsieur Potter. Je me dois de m'excuser d'avoir vendu celle qui vous l'a infligée... Presque vingt-cinq centmètres, et ce coeur si spécial. Une baguette puissante, très puissante, peut-être trop pour un enfant aussi sombre. Enfin ! Nous étions ici pour votre baguette, Monsieur Potter. »

Après avoir tiré un mètre ruban de sa poche et avoir effectué toutes sortes de mesures - il ne comprendrait jamais ce que la taille de ses oreilles pouvait bien déterminer - l'homme reprit la parole.

« Ça ira comme ça, dit l'homme, et le mètre ruban tomba en un petit tas sur le sol. Essayez donc celle-ci, Mr Potter, Elle est en bois de hêtre et contient du ventricule de dragon, 22,5 centimètres. Très flexible, agréable à tenir en main. Prenez-la et agitez-la un peu. »

Harry lui ôta des mains avec une gêne évidente, se sentant parfaitement stupide. Il fit courir ses doigts sur le bois, fasciné, avant de la faire tournoyer légèrement - arrachée aussitôt par le vendeur.

« Erable, plume de phénix, très flexible » annonça celui-ci de nouveau en revenant avec un autre baguette. Harry eut un sourire appréciateur cette fois-ci, bien plus satisfait. Ça sonnait bien plus impressionnant. Il hésita une demi-seconde avant de la prendre, conscient que ça symboliserait véritablement son entrée dans cet univers.

Sa main se referma sur la baguette. Il attendit avec appréhension que quelque chose ne se passe alors que l'autre haussait un sourcil. « Et bien, faîtes le geste. »

Encore ignorant des mœurs magiques, il se contenta de secouer vaguement le bout de la baguette, alors que le tonnerre se mettait à gronder. Harry resserra davantage sa prise dessus, des gouttes tombant peu à peu sur le vendeur alors qu'il secouait la tête et lui arrachait des mains, sans voir le vain geste pour la récupérer que le plus jeune esquissa.

Et si... Il fut terrifié une seconde, rien qu'une seconde, du fait qu'aucune magique ne puisse le prendre, ne puisse l'accepter.

« Je crois... » Ollivander lui jeta un regard en biais, se fendit en un sourire presque effrayant. « Oui sûrement celle-ci, quoi d'autre ? » Il revint près d'Harry, hésitant avant de lui tendre la boîte avec une appréhension fascinée.

Haussant un sourcil, lui enleva très délicatement le couvercle, son cœur battant dans sa poitrine alors qu'il découvrait la nouvelle baguette. Il laissa un sourire pointer sur son visage, alors qu'il passait ses doigts sur la surface lisse.

La baguette avait une structure irrégulière, d'un beau brun enchanteur. Elle semblait rougeoyer dans sa boîte, l'attendant.

Presque comme envoûté, il la fit glisser entre ses doigts, savourant la sensation de familiarité qu'il avait en la tenant avant de faire un nouveau mouvement de poignet – faisant surgir une étincelle verte. Elle s'amplifia, gonfla jusqu'à obtenir un feu alors qu'il s'enroulait autour de lui comme les anneaux enserrés d'un serpent et de disparaître brusquement.

« Celle-là. Je veux celle-là. » murmura-t-il avant de relever les yeux vers Ollivander.

« C'est plutôt celle-ci qui vous veut, Monsieur Pott- »

« De quoi est-elle composée ? » le coupa-t-il, une lueur enfiévrée dans les prunelles.

CCe fut à cet instant que le vieillard s'autorisa un sourire mystérieux, reprenant néanmoins la baguette pour l'emballer. « Voyez-vous, Monsieur Potter, il est très étrange que vous possédiez cette baguette. Je me souviens de chaque baguette que j'ai vendue. La vôtre est en bois de houx, 27,5 centimètres et plume de phénix. Or le phénix sur laquelle la plume a été prélevée en avait fourni également pour une autre baguette - une seule autre baguette. Il semble amusant de remarquer que les phénix ne se donnent jamais pour deux personnes. C'est... exceptionnel. »

Il le dévisagea de ses yeux pâles.

« Comment ça ? » dit Harry avec curiosité en tâtant la longue baguette de bois.

« J'ai toujours pensé qu'il s'agissait d'une baguette de rechange pour son premier détenteur. Que vous vous la soyez octroyée... Je crois que vous avez un bel avenir, Mr Potter. Après tout, Mr. Riddle a fait de grandes choses ! Des choses... Que l'on peut réprimander, mais il s'agit au final d'un des seuls sorciers que Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom défierait avec difficulté. S'il ne refusait pas obstinément de prendre part à cette guerre... »

Le vieil homme hocha lentement la tête, le regardant avec attention.

« Mais il ne s'agit pas de cela. Sept gallions. »

Harry frissonna. Il n'était pas sûr d'apprécier le vieil homme, avec son regard lugubre. Il paya le prix de sa baguette sans rechigner, pressé de sortir de la boutique sombre.

Ollivander lui accorda un nouveau sourire avant de lui tirer son chapeau. « N'oubliez pas que la magie est interdite à l'extérieur de l'enceinte de Poudlard, Monsieur Potter. Ceci - dit-il d'une voix éclatante - est le pouvoir et le vouloir réuni. »

Sans l'entendre, il sortit précipitamment, toujours incrédule. Il ne put s'empêcher de tirer la baguette de sa poche, de l'observer une fois de plus en sentant la surface sous son toucher. C'était... Magique. Il n'avait pas de mots pour décrire ça – il était un sorcier, un sorcier. Il était enfin capable de rendre la monnaie de sa pièce à Sirius, songea-t-il avec amusement.

Il rangea consciencieusement son bien dans sa poche, dardant son regard envieux sur le reste des magasins. Mais il n'eut pas le temps de trop s'y attarder qu'il entendit son prénom être crié, se retournant avec un sursaut.

Hagrid fonçait presque lui, sa main chargée de paquets et une cage à la main.

« Harry ! Alors, tu as eu ta baguette ? »

Il acquiesça d'un air distrait en fixant la chouette qui s'ébattait dans la cage. Elle était magnifique. C'était un Harfang des neiges s'il se rappelait bien de quelques enseignement de Sirius. Sa tête reposait sous un amas de plume blanches comme la neige, pureté tombée des cieux. On aurait dit que les flocons avaient étendu leur manteau d'hiver sur elle-même, oubliant certains points mouchetés de noir. Soudain, comme si elle l'avait surpris le fixant, la chouette redressa son cou tordu, planta deux grands yeux jaunes dans les siens.

Incapable de résister, il s'avança, laissant un doigt tendu pour effleurer le crâne emplumé.

Doux, comme de la soie. Sa peau glissait sur les plumes, en un coussin confortable.

« Elle te plait ? » fit Hagrid avec un air espiègle.

Il détacha sa fascination de la chouette pour hocher grandement la tête, impressionné.

« Votre chouette est impressionnante. Comment est-ce qu'elle s'appelle ? »

« Ah ça ! » Le ton du géant se changea en un murmure complice. « Il n'appartient qu'à toi de la nommer, après tout, c'est la tienne ? »

Arrêt.

« La-la mienne ? » en bégaya-t-il de reconnaissance. Soudain, un grand sourire lui mangea le visage alors qu'il se précipitait pour enlacer le géant, mi-gêné mi-enchanté. Il s'empressa de caresser le crâne de l'animal une fois de plus, n'y croyant pas sa chance. « Merci ! Merci beaucoup, Hagrid ! » Il marqua une pause, avant de reporter un regard décidé sur elle. « Hedwige. Je vais l'appeler Hedwige - j'ai trouvé le nom dans le cadeau de Remus, un livre sur les plus grands fourchelangues. »

Hagrid eut un moment de recul, frissonnant. Néanmoins il acquiesça bien vite, avec un sourire au moins aussi grand que celui d'Harry, bien qu'un peu forcé.

« Un très joli nom pour quelqu'un comme elle ! Je suis content que tu l'aimes. »

Harry hocha la tête une fois de plus, alors que le géant semblait fouiller dans ses poches, la main plongée dans l'immensité du manteau. Quelques une bougeaient encore - tant et si bien qu'il s'interrogea sur le caractère inanimé du vêtement - tandis qu'il sursautait, un pas en arrière lorsque que deux yeux le fixèrent soudainement, sortis d'une poche. Hagrid eut un reniflement agacé et donna une tape brève sur l'endroit, en tirant un couinement suraigu qui leur perça les oreilles.

Après un combat vestimentaire, le géant finit par extirper un petit coin de feuille, corné sur les bords et plié en quatre. Il le déplia avec une extrême attention, avant de répéter les mots pour lui-même.

« 42, rue des Horreurs, allée des Embrumes. Bien, bien... Si ce n'était pas Dumbledore qui m'envoyait... »

Sur ce, il repartit en direction de l'allée principale, Harry devant courir derrière lui pour se remettre à sa portée. Le géant semblait soucieux, préoccupé, et un pli inquiet tordait sa bouche.

« Hagrid ? Où va-t-on ? » finit par demander Harry après plusieurs minutes de marches, l'allée dans laquelle ils venaient de s'engouffrer ayant plus sa place dans les films horrifiques que dans un monde aussi magique. Une sorcière lui lança un regard mauvais, un sourire édenté et désespérément sale l'appuyant.

Il sursauta. Une vieille sorcière était apparue devant lui, portant un plateau rempli d'ongles humains. Elle le regarda d'un œil torve en découvrant des dents gâtées. Harry eut un mouvement de recul, alors que la main d'Hagrid le prenait par l'épaule, l'écartant doucement mais sûrement du plateau.

Dans les vitrines se succédaient d'horribles tête coupées, réduites et desséchées. Il eut une moue de dégoût en voyant une langue flasque, rosée et striées de veines bleutées pendre lamentablement d'une bouche décharnée. Plus loin, deux sorciers parlaient à voix basse avec un oeil vicieux, caché dans l'ombre d'un coin de rue. Il flottait dans l'air une odeur horrible de mort et de pourriture, suintante.

« Dans un coin pas très fréquentable, Harry. Mais le Professeur Dumbledore veut qu'on aille y récupérer un artéfact, je dois rencontrer quelqu'un là-bas. Quelqu'un qui doit d'abord échanger quelques mots avec le vendeur pour être bien sûr - tu sais.. »

Il pouvait lui-même remarquer le ton un peu dégoûté du géant, si peu approprié pour quelqu'un de jovial comme lui. L'endroit était-il si malfamé qu'il en méprisait les sorciers entrant ici ?

Brusquement, Hagrid se stoppa, et Harry put reconnaître le numéro 42 en haut de la porte. Arts et Niées- Arts de la Magie noire, artéfacts et os - et eut un sourire inapproprié en notant le jeu de mot. La devanture était une vitrine transparente, reflétant de l'intérieur d'étranges volutes de fumée verte pâle. Cela réfléchissait une luminosité claire et de jade, totalement adéquate pour l'endroit.

Sans perdre plus de temps, le géant s'engouffra dans la boutique.

Harry le suivit avec un peu plus d'hésitation, et tandis qu'Hagrid empruntait l'escalier, il se retourna vers lui. « Reste ici, tu veux bien, Harry ? J'en ai juste pour un instant, le temps de récupérer l'objet dans l'arrière boutique. Il doit déjà être là. »

Un peu contraint par la force des choses, Harry obtempéra, sans vraiment comprendre pourquoi est-ce que le géant l'avait amené avec lui. Un peu dégoûté, il entreprit de déambuler dans la boutique.

Dans une vitrine proche, il y avait une main desséchée posée sur un coussin, un jeu de cartes tachées de sang et un gros œil de verre. Des masques sinistres accrochés aux murs semblaient jeter des regards sournois, un assortiment d'ossements humains était disposé sur le comptoir et toutes sortes d'instruments pointus et rouilles pendaient du plafond.

Un éclat attira soudain l'oeil d'Harry, alors qu'il s'approchait. Il réprima un haut le coeur en voyant ce qui avait capté son attention. C'en était écoeurant.

Là, juste face à lui, sur une planche en bois qui avait été brune se trouvait le cadavre disséqué d'un serpent. Quatre longs clous de fers, aux bouts rouillés maintenaient l'animal sur son lit de torture, peints par le sang qui avait giclé. De lourdes tâches brunâtres maculaient le bois, renvoyaient une odeur ocre et métallique, huileuse. La peau, les écailles ternes avaient été arrachées, laissant la chaire à nu. S'en échapper une senteur pesante et suintante de pourriture, qui prenait à la gorge.

Noyé dans un liquide jaunâtre, mousseux aux relents de bile, la peau se décomposait à son tour - laissant briller les os immaculés sous les chaires putrides, désagrégées. La gueule de l'animal était grande ouverte, une langue d'un noir pourrissant pendant sur ce qui restait des crochets. Ceux-ci avaient été arrachés, laissant deux trous sanglants et putréfiés, d'où durcissait un liquide sombre - du poison. En guise de trophée, les crochets étaient plantés dans le bois, semblables à deux grandes griffes meurtrières.

Les yeux étaient grands ouverts, deux billes ternes sans vie, rancis. Il crut reconnaître une vipère, aux pupilles étrécies et allongées, mais ce qui contrastait avec la forme du crâne - dépossédé du V populaire de cette race.

Avec crainte - et une bonne dose de stupidité - il glissa son doigt dans la gueule, pour la soulever doucement. Juste de quoi pouvoir identifier l'animal. Mais la gueule morte se referma sur son doigt avec force, lui attirant un cri de douleur et de surprise. Dépouillé de ses crocs, l'animal n'avait pas de quoi le mordre, juste le pincer suffisamment pour que des larmes de douleur ne surgisse de ses yeux.

Terrifié, il tenta d'écarter la gueule pour en retirer son doigt - incapable de comprendre au milieu de sa douleur comment un animal de toute évidence mort pouvait le mordre avec autant de force.

Il tira avec désespoir, sans qu'il ne parvienne à s'en libérer - commençant vraiment à paniquer. CRAC ! Le faisant bondir en arrière, un lueur verte s'abattit sur l'animal qui retomba inerte - le faisant ôter son doigt en vitesse. Le liquide noirâtre maculait celui-ci, ce qui le fit s'essuyer frénétiquement, répugné et le coeur battant à cent à l'heure.

« Il paraît dangereux ou très imprudent de glisser ses doigts dans la gueule ouverte d'un serpent. N'avez-vous pas eu des réserves sur cette bonne idée ? » siffla avec un ton moqueur une voix froide, glacée.

Harry ne se retourna pas, figé sur place. Surpris en plein acte par le vendeur. Il resta campé dans la même direction, trop tétanisé pour oser faire face à l'homme, un peu trop honteux.

« Je... Voulais simplement vérifier quelle espèce c'était, je ne comptais pas la voler ! » se défendit-il tout de même, le rouge aux joues.

Un chuintement désagréable emplit la pièce, comme un rire bas.

« Il s'agit d'un boa Sanzinia.» lui apprit l'inconnu d'un ton très calme. « Pourquoi est-ce que le Survivant s'abaisserait à s'intéresser à un simple serpent ? » Il eut un nouveau silence, avant qu'il ne reprenne, plus froidement encore si c'était possible. « Ce ne sont pas des jouets, Monsieur Potter. »

Harry se crispa, agacé. Il avait eu le temps de le comprendre depuis qu'il leur parlait ! Et comment est-ce que l'homme pouvait connaître son nom ?

« Je sais. » fit-il très simplement, les yeux baissés. Il fixait ses chaussures avec résolution, mais il entendait les pas de l'homme claquer sur le sol de pierre, venir en face de lui. Harry ne voyait que le bas du pantalon très droit, noir, élégant. Il fronça les sourcils. Il lui semblait étrange que quelqu'un de cet endroit soit habillé aussi sobrement, avec soin néanmoins.

« Le respect inculque de regarder la personne qui vous parle, Monsieur Potter. » glissa la voix, avec une pointe déplacée d'amusement.

Il se fit violence pour ne pas remonter les yeux.

« Personne ne s'attendait à voir quelqu'un comme vous ici, vous savez. Il paraît même plutôt étrange, de frayer si tôt avec la Magie. » Harry sentit les majuscules dans sa voix. « Les élèves sont plutôt... obtus à ce domaine. Regrettable. »

L'inconnu se tourna, laissant ainsi Harry remonter son regard, passant le long du pantalon droit et du gilet court, sans manches, vert foncé et enfilé sur une chemise d'un gris pâle. Le tout dans une mode faisant furieusement années 50, se fit-il la remarque. Il le savait car Sirius était passé par plusieurs phases, échangeant redingotes pour jogging puis repassant aux costumes. L'homme, bien que de dos, avaient des cheveux noirs courts, bien coiffés en une raie parfaite.

Mais il semblait s'être désintéressé d'Harry, faisait courir ses doigts sur la surface d'un crâne jauni par le temps. D'un geste vif, il soupesa l'objet dans sa main, semblant vivement intéressé.

« Vous êtes plutôt connu par ici, Monsieur Potter. Il est amusant de constater à quel point certaines banalités finissent par se changer en exploits. Voyez-vous ça, vivre devient un mérite. »

Il ne savait pas quoi répondre, ne savait même pas s'il devait le faire.

« Et comment devrait-on vous appeler ? Vous avez le dur choix de plusieurs surnoms. Je dois dire que j'affectionne tout particulièrement "Celui-qui-a-vaincu" ou encore "Celui-qui-a-survécu", les sorciers semblent apprécier vos belles allégories. Ou peut-être que je devrais dire le Survivant ? » conclut-il en reposant brutalement le crâne.

« Je préférerais Harry, Monsieur. »

Harry se bâillonna aussitôt de la main, atterré. Il n'avait pas fait ça si ? Il ne venait pas de répondre avec le plus grand irrespect qu'il avait ?

Comme en accord avec lui, le sorcier se retourna en une fraction de seconde - sur lui. Et - oh, que...! D'une main aux longs doigts décharnés, blêmes, il lui saisit le menton pour plonger son regard dans le sien. Harry haletait, sans savoir si ce n'était à cause de la proximité ou de l'apparence de l'homme. Son coeur s'était interrompu, comme gelé.

« Et bien, Harry, je commençait à douter de votre capacité à faire une phrase construite. »

En un éclair, il lui sembla qu'on le sondait, le scannait de la tête au pied. Il était incapable de bouger, pris au piège dans l'étreinte effrayante.

L'homme n'était pas humain.

Son visage semblait fondu, comme une bougie de cire dont le feu a brûlé les bords. Ses traits étaient brouillés, irréels. Un peu floutés à l'instar d'une poupée jetée dans la cheminée. La peau était néanmoins blafarde, d'un blanc de craie qui se tendait et tordait sur lui, étendue au maximum. Paradoxalement, elle contrastait avec les veines noires qui couraient sous ses yeux, étendant un réseau qui formaient des cernes horrifiantes. Seul rescapé de l'étrange incendie facial, le nez était noble et droit, comme ces portraits d'empereurs romains dans les livres de Remus.

Et puis les yeux ! Le blanc était injecté de sang, les vaisseaux sanguins explosés, révélant des multitudes de lignes rouges dans ce qui aurait dû être immaculé. La pupille noire était tordue en une fente verticale, dans une ressemblance frappante avec le serpent sur la table. La crainte lui tordait le ventre alors qu'il était incapable de reculer, les doigts froids maintenant son menton en place. Et pourtant il sentait son coeur repartir, s'acharner pour essayer de sortir de sa poitrine. Déchaîné. Et Harry le comprenait, le comprenait intimement, quand la terreur coulait dans ses veines, apposait ses doigts glacés sur son coeur affolé.

Il était mince, à la limite effrayante de la maigreur. Mais il dégageait de lui une impression tenace de puissance, de souveraineté comme un rongeur regarde l'aigle qui l'emporte. Et c'était exactement ça, ses doigts marmoréens se déployaient sur lui comme les serres redoutables d'un rapace.

Mais il fixait Harry avec un air neutre, si calme que ça en devenait effrayant. Un port de tête altier, et une élégance charismatique si déplacée sur ce visage qu'elle parvenait presque à en atténuer les traits déformés.

Harry frissonna, s'enjoignant à rester calme.

Les lèvres de cet homme étaient si décolorées, si minces, qu'il fallait une attention particulière pour deviner la ligne tracée par la bouche dans son blanc visage. Il était impossible de tromper cet homme qui semblait avoir le don de surprendre les pensées au fond des coeurs les plus moeurs de toutes les nations du globe et leurs sagesses se résumaient sur sa face froide, comme les productions du monde entier se trouvaient accumulées dans ses magasins poudreux. On pouvait presque y déceler la tranquille puissance d'un Dieu qui voyait tout, ou la force orgueilleuse d'un homme qui avait tout vu.

Puis après ce qui lui sembla être une éternité, l'homme rejeta le visage d'Harry en arrière, libérant son menton de son emprise glacée.

« Vous ferez sans conteste un sorcier intéressant Monsieur Potter, je pourrais presque comprendre son obsession pour vous » reprit-il de sa voix trop aigüe. Ses yeux s'étaient plissés et un pli tordait sa bouche, évidente contrariété.

« Qu'est-ce que vous voulez dire ? » lança Harry dans un élan de courage, qui semblait revenir maintenant que l'homme s'était écarté.

« Il parle, voyez-vous donc. Je veux dire que vous êtes très certainement au courant du Cor Leonis. Potter, vous êtes le premier concerné aussi étrange que cela puisse paraître. Mais cela n'est pas important. Il y a plus encore. Par exemple, comment se fait-il qu'un bébé sans talent magique particulier ait pu vaincre un des plus grands sorciers ? Comment avez-vous u réussi à t'en tirer avec une simple cicatrice, alors que les pouvoirs de Voldemort ont été détruits quand lui-même a essayé ? » finit-il d'une voix sifflante, furieuse. « COMMENT ? »

Le dernier mot avait été hurlé en fourchelangue, sous la forme d'un sifflement de rage qui fit frémir Harry. Le visage tordu par la colère n'avait plus rien de noble, et il était repoussant, son sourire amusé perdu.

« Je n'en sais pas plus que vous ! » protesta Harry dans un cri, tétanisé.

Le sorcier avança d'un pas, sa main se dirigeant vers sa baguette - tandis que dans un réflexe défensif, Harry agrippait la sienne, la pointant maladroitement vers lui.

Le voyant, celui-ci se stoppa tout aussi brusquement. L'éclat rougeoyant de ses yeux s'évapora, alors qu'il fixait avidement la baguette. Une lueur enfiévrée avait pris place dans ses yeux, et il s'arrêta pour éclater de rire. Un rire glacé, suraigu, qui faisait plus geler le sang dans les veines que les réchauffer.

« Cette baguette ! Je crois que je comprends maintenant, Harry Potter. Peut-être qu'au final, même ce vieux fou de Dumbledore pouvait énoncer des vérités. Bien sûr, il me faudra vérifier... »

«De quoi parlez-vous ?! »

Le regard froid de l'homme glissa sur sa cicatrice, avant qu'il ne laisse pointer un sourire amusé.

«Peut-être me suis-je emporté un peu trop vite, Monsieur Potter. Vous apprendrez que je peux me montrer... contrarié... lorsque l'on touche à mes affaires. Au plaisir de vous revoir à la rentrée. »

« Attendez ! »

Harry esquissa un pas dans sa direction, stoppé par l'immense silhouette d'Hagrid qui venait de franchir la dernière marche de l'escalier. En apercevant l'homme, il eut un sourire sincère, s'avançant.

« Tu as enfin rencontré Harry alors, Tom ? Ça faisait longtemps, c'est ça, plus de dix ans ? Je te présente le Professeur Riddle, Harry. Il enseigne la Défense contre les Forces du Mal à Poudlard, c'est aussi lui qui t'a confié à Sirius tu sais ! »

Harry haussa un sourcil. Professeur ?

« Je serais ravi de continuer d'échanger ces banalités, Hagrid - Le Professeur insista fortement sur le prénom avec ce qui ressemblait à de la chaleur - mais tu comprendras que notre petite tâche n'attends pas. Comme toujours le Professeur Dumbledore semble se réjouir de nous laisser les missions les plus intéressantes - » fit-il avec une pointe d'ironie mêlée à de la... est-ce que c'était de la complicité ?

Loin de se douter des pensées d'Harry, Hagrid acquiesça d'un grand hochement de tête, lui souhaitant l'au revoir avec un sourire ravi. Et quand enfin le Professeur franchit la porte, ses pas continuant de résonner sur la pierre longtemps après son départ, le géant se tourna vers Harry avec une ébauche de sourire satisfait.

« Impressionnant n'est-ce pas ? »

Harry murmura son assentiment, toujours secoué. Cette rencontre l'avait frappé avec la force d'une gifle, le laissant pantelant et affamé de réponses.

« Il avait l'air furieux contre moi. Pourquoi ? Pourquoi est-ce que ces gens veulent tous me rencontrer, pourquoi certains sont si persistants et d'autres en colères ? Vous dîtes qu'il y avait une guerre ! Je ne suis sûrement pas le seul à avoir résisté à ce Mage ! Et pourquoi aurait-il voulu me tuer ? Qu'est-ce qu'un enfant aurait pu lui faire ?! »

Hagrid poussa un long soupir, l'entraînant à sa suite loin de la boutique. Il laissa passer un long silence, hésitant visiblement sur la marche à suivre.

« Tu-sais-Qui a fait beaucoup de ravages, Harry. Certains s'en sont mieux sortis que d'autres... Et pourtant, tu l'as fait disparaître. Alors que presque plus rien ne semblait se mettre en travers de sa route, tu l'as stoppé. Le Professeur Riddle... Il ne t'en veut pas personnellement, je dirais même que tu l'intrigues. Il a simplement... Il aurait pu battre Tu-sais-qui très facilement tu sais ? C'était probablement avec Dumbledore un des sorciers les plus puissants que je n'ai jamais rencontré, mais lui n'hésite pas à se servir de tout ce qu'il peut utiliser. »

Le géant marqua une nouvelle pause, passant sa main dans sa barbe broussailleuse, Harry étrangement attentif et muet comme un tombe.

« La Magie a parfois des chemins très précis qu'elle veut nous faire prendre et le Professeur Riddle... Il a pris une mauvaise décision. Une décision qui a rendu la Magie folle de rage, tant et si bien qu'elle l'a privé de ses pouvoirs. Oh, juste un temps, juste assez pour le déposséder de son plus grand talent. Et si il a réussi à la récupérer en grande partie... Elle lui revient au compte-goutte. Suffisamment pour que la Magie ne le prive pendant certaines crises de ses pouvoirs, jusqu'à le laisser avec autant de flux magique d'un moldu. Et il en a été furieux. »

« Mais qu'est-ce qu'il a bien pu faire pour L'irriter autant ? »

« Oh Harry- »Hagrid détourna les yeux, marchant en silence. Les derniers mots flottant autour d'eux comme un nuage noir.

« Juste une sombre histoire de prophétie. »


* (aneth et souci) Je suis bien consciente que la plupart des indices que je laisse - et laisserais - dans mes chapitres ne peuvent pas être tous vu, mais j'aime beaucoup le langaage des fleurs, alors que je vous enjoint en général à vérifier ce que ça veut dire, quand j'en mettrais dans ma fiction ;)

C'est le plus long chapitre que je n'ai jamais écrit T_T J'espère vraiment que ça vous a plu, n'hésitez pas, parce que je n'arrêtais pas de me dire que c'était moins bien que le premier ( surtout OOC ? ) et la confrontation avec Voldemort enfin ?

Avez-vous deviné qui est le mage noir ? (Et puis une petite explication sur le pourquoi de Voldemort n'ayant pas pu tuer You-Know-Who)

(Oui je publie avec de l'avance, hum)

RAR :

Guest : Merci beaucoup ! Aah, ça, il n'appartient qu'à toi de le découvrir !

Mamy 83 : Mercii, c'est vraiment gentil ! J'espère que ça te plaira alors ;)