Bien chers lecteurs et lectrices,

Tout d'abord je vous prie ardemment de m'excuser d'avoir tant tardé à publier, je vous épargne les "je suis occupée je suis en médecine" et les "et puis je me suis appliquée, c'est pour ca que ca autant duré", je m'en remets à votre clémence et espère sincèrement que ce chapitre saura vous contenter un tant soit peu !

Merci à tous&toutes pour les gentilles review qui m'encourageaient à continuer l'écriture de mon premier UA (!).

Aux anonymes:

Alex: Je n'y étais jamais, pour ma part alors j'espère ne pas faire trop de bourdes, mais j'ai un peu recherché pour créer mon décor alors ca devrait aller J Merci!

fandetoi: Voilà, j'ai essayé d'obéir à la demande! Merci à toi aussi !!

R&R Please !!


Chapitre 1 - Rencontre


Je me réveille en sursaut dans un environnement inconnu. Mon corps est transpirant et les draps gisent tels des fantômes sans carcasse sur le sol de terre battue. Je remonte le fil du temps.

Ma tête est lourde et bourdonnante, et les souvenirs douloureux. Le manque de sommeil finira par avoir ma peau.

La chambre que Couffin m'a assignée est exigüe et la lumière du jour n'y pénètre que par une meurtrière, mais elle fera l'affaire pour les quelques heures que j'y passerais.

Je me masse les tempes et exécute les gestes habituels, rituel quotidien qui a en cela l'avantage que je puis m'apprêter sans avoir besoin d'être psychiquement en état de le faire. J'ai hâte de m'évader de cette chambre qui m'étouffe.

Malgré l'heure avancée du jour, la maisonnée est si inactive qu'on la croirait encore endormie. Il est loin le temps où les ménages ressemblaient à de vraies ruches dès le petit matin ! J'ai beau être arrivé il y a quelques heures, mes sens m'avertissent de toutes parts que Londres est si altérée qu'elle semble avoir été enterrée.

Couffin est assis dans un fauteuil de velours vert, une table basse à ses côtés est recouverte de papiers jaunis par le temps et de livres si vieux qu'il suffirait d'un simple toucher pour les faire tomber en miettes. Il ne me remarque pas, tout occupé qu'il est à feuilleter dans ses notes, fronçant le nez çà et là, babillant, marmonnant des phrases sans queue ni tête.

Je me racle la gorge bruyamment et ses yeux surpris se posent sur moi.

- Mr. Malfoy ! Je ne m'attendais point à vous voir réveillé si tôt. Vous êtes-vous bien reposé de votre voyage ?

- Suffisamment, je vous remercie. Commençons sans délai.

- Bien, asseyez vous, je vais vous conter tout ce que je sais. Marthe, apportez-nous donc du café je vous prie. - ordonne Couffin tout en m'indiquant un fauteuil vert identique au sien.

Couffin comble le silence avec des faits divers jusqu'à ce que Marthe ait servi le café, puis la congédie tout en lui indiquant de fermer la porte et de ne nous déranger sous aucun prétexte.

- Tout a commencé il y a quelques années, la criminalité n'avait jamais été très élevée par chez nous, mais dès ce moment là elle n'a fait qu'augmenter. Le problème est le suivant: ce sont des crimes tous sans lien aucun, sans motif aucun, si ce n'est celui de nuire et de tuer et de faire souffrir au delà du tolérable. Les victimes qui peuvent encore témoigner n'arrivent pas à dire mot et n'ont pas vu leurs agresseurs. Les autres sont des cadavres qui n'ont plus forme humaine, délaissés sans remords. La population s'affole, tremble de frayeur et fuit où elle peut. Et nous, qui sommes supposés protéger cette ville n'avons rien, pas de suspects, pas de motifs… Il y eu plusieurs séries de vols aussi, mais quand il y vol, pas de blessés, pas de morts… les deux ne semblent pas reliés. Un aristocrate a bien commencé à enquêter, il nous est d'une grande aide car c'est le seul qui a réussi à trouver un semblant de piste, d'hypothèses. J'espérais que vous pourriez l'aider et le protéger au besoin.

Je ne dis rien. Je n'ai pas besoin de mots. Couffin sait qu'il peut compter sur moi tout aussi bien qu'il sait que je suis le meilleur et que si je venais à échouer, personne ne réussirait.

Nous nous regardons silencieusement.

Puis Couffin me tends les papiers jaunis qui traînent sur sa table basse. Je hausse un sourcil, ne saisissant pas encore le rapport entre ces papiers et ma mission.

Je déchiffre une écriture tremblante.

" J'entends les cris au dehors. Tout est plongé dans la pénombre. Ma porte est verrouillée mais je sais qu'un simple panneau de bois ne les arrêtera pas. Il ne me laisserons pas vivre, puisque ma simple existence les insupporte. Il ne me laisserons pas mourir, car les Ombres ne connaissent pas la mort. Elles n'ont pour mot d'ordre que la torture, la souffrance, les cris, le sang, les coups, la chair déchirée, les âmes brisées, les cœurs détruits.

Elles ont toujours fait partie de Londres, elles sont en son cœur, se terrant sous son sol et la faisant pourrir de l'intérieur.

Les Ombres surgissent de nos profondeurs et nous enterrent sous nous mêmes. Elles…"

L'écriture s'arrête là.

L'indice. La piste trouvée par l'aristocrate. Je sens un frisson courir le long de mon dos.

- Comment s'appelle-t-il ?

- Qui donc ?

- L'aristocrate.

- Harry Potter. Vous le rencontrez aujourd'hui même.

- Un extrait de "Cryptes" hein ? Je murmure, soudain pensif.

Cet aristocrate éveille mon intérêt. Il a l'air d'être quelqu'un d'intelligent, qui sait à qui il à affaire. Il semble sortir du moule traditionnel des gens de sa classe, du moule des êtres humains dont j'arrive à déchiffrer les intentions. Celui qui agit différemment et qui m'effraie. Avant de l'avoir même rencontré.

Couffin m'observe pendant que je lis les divers papiers qui sont posés sur la table. Ce sont tous des extraits de romans du 18e, reprenant tous sans exception l'idée des Ombres qui habitent Londres. Ils sont tous criants de réalisme, hormis ce détail. Il semblerait que les Ombres soient devenues une réalité un siècle plus tard. Du moins, des gens qui usurpent le mythe afin de semer la terreur à Londres, à un point tel qu'elle m'est méconnaissable ainsi.

Je ne me doutais pas qu'une ville telle puisse être anéantie par la simple peur. Le pouvoir que ce sentiment a sur le peuple est impressionnant, moi-même j'en ai ressenti l'effet, car n'ai-je pas tressailli à mon entrée en ville ? Où était-ce seulement dû au manque de lumière ?

Les extraits ne m'apportent rien de plus que le premier. J'espérais trouver un indice oublié par l'aristocrate Mr. Potter, mais malheureusement rien ne lui a échappé. Un gang se terrant dans les pseudos-catacombes de Londres, faisant croire à l'existence des Ombres ? Le sens m'échappe.

Couffin a toujours les yeux posés sur moi, attentif à mes réactions, je sens son regard sur ma nuque. Je sens sa peur. C'est elle qui l'a poussé à m'écrire. Elle qui le pousse à me faire protéger son cher aristocrate, qu'il devait mépriser avant même de le connaître. Moi j'en ai peur. Mais ce n'est pas la même peur que celle de Couffin, qui le rend lâche et lent d'esprit. Pas sa peur qui le fait se terrer et envoyer d'autres à la recherche de l'Ombre. C'est une peur qui me prend le bas du ventre, celle de l'inconnu. Elle me rend nerveux comme un gamin, et je suis sur mes gardes encore plus qu'à l'ordinaire.

Les intérieurs de Couffin m'étouffent. Je me lève de ce fauteuil d'un vert passé, dont la gloire remonte à une époque lointaine, et, sous le regard suspicieux de son propriétaire à qui j'adresse un signe de tête, j'attrape mon manteau noir et m'échappe par la porte de service. C'est une petite porte dérobée, qui donne sur une ruelle plus sombre encore que cet intérieur étouffant auquel je voulais tant échapper. Londres m'oppresse.

J'ai l'impression constante de ne pas recevoir assez d'air, et que l'effort de gonfler mes poumons est intense.

Je m'éloigne à grand pas, ne sachant trop où aller, car il n'y a pas d'endroit où aller dans une cité envahie par la peur. Il n'y a pas d'air à respirer, quand il est aspiré à grandes goulées par des centaines d'êtres humains paniqués, hyper ventilés. Il n'y a pas de rues dans lesquelles je pourrais me perdre dans mes pensées. Je n'ai pas d'échappatoire.

Je ne suis pas lâche, pourquoi alors ai-je pris mes jambes à mon cou pour courir loin de toute cette pénombre, cet air infesté, ces gens effarés?

Mes enjambées se font de plus en plus grandes, mon souffle rapide se saccade, et j'inspire goulûment l'air qui se fait plus frais alors que j'atteins les faubourgs de la ville. Alors que l'effort m'épuise et que ma vue se brouille légèrement, mes pensées s'éclaircissent. Je repense à ces écrits. Pourquoi diable l'aristocrate y a-t-il vu un lien ? Certes, les actes de ceux qu'on nomme les Ombres ressemblent fort à ceux contés dans ces romans de l'ère passée. Mais à quoi bon remuer le passé ? A quoi bon ressusciter ces êtres de légende ? Et surtout, surtout, que viens faire un aristocrate là dedans ? Pourquoi s'en mêle-t-il, lui qui, avec son argent pourrait s'enfuir loin d'ici, sauver sa peau, ne plus se soucier de cette ombre sur Londres. Respirer de l'air sain, une ambiante tranquille et non plus perturbée par les tourbillons de peur.

Ici, presque à l'extérieur de Londres, les maisons se font plus rares, moins serrées les unes contre les autres. Tout sent l'abandon. Les volets sont clos, certains arrachés, pendant hors de leurs gonds. Le crépis des maisons s'effrite et tout est calme. De ce calme trop calme, celui qui règne avant la tempête, avant que les Ombres n'attaquent à nouveau. Tout semble attendre leur prochaine action, leur prochaine bouchée de Londres, qui est déjà si entamée par leur travail de destruction.

C'est par ici que devrait se trouver l'entrée des "catacombes". Si l'aristocrate a raison.

Je scrute les alentours, mais rien ne sort du décor sinistre des maisons vides de vie, des cheminées vides de feu, des allées vides de passants.

C'est d'un pas lent cette fois, que je fais demi-tour.

Couffin est à l'endroit exact où je l'ai laissé, dans son fauteuil vert, à moitié affalé, soutenant sa tête de ses coudes, noyé dans ce paraîtrait presque être une réflexion intense. Je m'approche doucement et constate, une fois encore, que mes sens ne m'ont pas trompé: Couffin est assoupi, son souffle régulier s'échappe de ses lèvres entrouvertes qui laissent couler un léger filet de bave.

Je le laisse à ses rêves et vais trouver sa femme, Marthe. Elle me sert quelque chose de chaud et s'étonne de ma si longue absence.

- J'avais besoin d'air frais.

- Oui, nous en manquons tous en ces temps obscurs. Et pourtant personne ne sort, tous restent cloîtrés, cloués dans leurs chambres par la peur qui leur tiraille le ventre. Les lanternes restent éteintes la nuit, le marché fermé. L'on se fait livrer à domicile et pas une âme erre au dehors après la tombée de la nuit.

Je la regarde tout d'abord éberlué de ce que la femme de Couffin en sache autant. Elle s'exprime dans un langage clair et sophistiqué, m'informant bien plus que son mari. Jamais je n'aurai cru cela possible. J'imaginais une femme soumise, docile, attentive aux désirs de son mari mais incapable de s'intéresser à la situation de Londres. La journée regorge de surprises !

- Vous devriez aller réveiller mon mari, il est temps.

- Merci, Marthe.

C'est à son tour de me regarder curieusement, elle doit m'imaginer également docile, suivant les ordres de Couffin et le servant de mon génie…

Et peut-être suis-je cette personne qu'elle croit voir en moi.

L'aristocrate réside vers le centre de la ville, dans une maison qui diffère des autres que par sa dimension, du reste aussi délabrée que celle de Couffin et des faubourgs. Nous frappons à une massive porte de chêne, et le bruit du métal sur la porte se répercute à l'intérieur, rebondissant contre un nombre incalculable de pièces et de couloirs.

Il vient nous ouvrir.

Je m'engouffre derrière Couffin par la porte à demi-entrouverte, découvrant un intérieur soigné mais quasi vide, et monte une volée de marche à la suite des deux hommes pour finalement déboucher dans une grande pièce aux volets clos, emplie de livres, de tableaux et de quelques chaises éparpillées çà et là.

Et, enfin, je lui fais face.

Je ne le reconnais pas instantanément, tant son allure est altérée mais c'est lui, la réalisation est là et je ne sais pas quel sens je dois lui donner. Lui.

Je n'aurais pu oublier ces yeux verts qui m'ont fixé si longtemps. Ces traits masculins, sa mâchoire carrée, son nez droit, une barbe naissante, des cheveux noirs désordonnés. Je n'ai pas oublié. Son visage m'a poursuivi dans mes rêves cette nuit.

Et voila que je le retrouve ici, l'inconnu du train avec les cheveux si obscurs, de cette obscurité qui enveloppe la cité.

Il repose les yeux sur moi, et je feins de ne pas le reconnaître même si l'effort m'en coûte. Il me regarde fixement quelques secondes qui s'égrènent à toute vitesse, puis s'avance d'un grand pas vers moi et me tend la main.

Je la saisit un peu trop vivement et la serre.

Elle est puissante, chaude, pleine de vie. On sent qu'elle a travaillé cette main, sa surface est calleuse, et aussitôt je doute de son titre d'aristocrate. Il entache le personnage, tel un manteau obscur dans lequel il se serait voilé pour ne pas être reconnu.

- Harry Potter, enchanté Mr. Malfoy je suppose ?

- De même. Draco Malfoy. Je suis arrivé dans la nuit à Londres. - réponds-je, ne lâchant toujours pas sa main.

- Bien, j'aurais besoin de votre aide, si vous l'acceptez bien entendu. Vous avez fait un voyage sans indispositions, je l'espère.

- Soyez assuré de mon soutien. Tout s'est déroulé sans inconvénients aucun. Je serais très h…

C'est le moment que choisit Couffin pour tenter de faire preuve d'autorité sur ma personne, ce qui, bien entendu échoua. Il interromps néanmoins notre échange singulier, mains liées.

Et sa main quitte la mienne.

- J'ai montré vos découvertes à Mr. Malfoy, il est donc informé de l'état actuel de nos investigations. - lança Couffin.

- Bien, vous pouvez disposer Mr. Couffin, je veillerais à ce que Mr. Malfoy regagne vos habitations en toute sûreté quand nous aurons fini.

Nous le regardons tous deux un instant interloqués, moi de ce qu'il veuille rester seul avec moi et renvoie Couffin ainsi, sans autre forme de procès, et Couffin, de ce que son cher ami le congédie comme un homme sans autorité aucune et sans importance. Lui! Renvoyé comme un vulgaire laquais.

Son amour-propre est néanmoins plus fort que sa colère à être ainsi traité et il quitte la pièce silencieusement, gardant sa rancune enfouie au plus profond de lui-même.

Je compose mon expression et lève à nouveau le regard sur mon hôte. Il a les yeux sur moi, son regard clair et franc. Il reprend la parole, continuant notre échange comme si rien ne l'avait interrompu.

- Je vous remercie de votre aide, elle me sera précieuse.

- J'ai lu certains extraits qui mentionnent les Ombres. Puis-je vous demander comment vous est venue l'idée de vous plonger dans la littérature du siècle passé?

- Vous venez de le faire -rétorqua Potter en souriant- et je vais donc vous répondre. "Crypte" est l'un des romans qui a le plus marqué mon enfance, j'ai grandi avec pourrait-on dire, aussi lorsque les crimes ont commencé à faire rage, j'ai tout de suite remarqué certains points communs entre ces créatures mythiques et ces criminels.

- Ils agissent au même moment, à la tombée de la nuit. Et plus important encore, ils se terrent dans les "catacombes" ?

- Exact. Seulement, les Ombres nous croient ignares, illettrés et font œuvre de vengeance. Elles agissent égoïstement dans leurs propres intérêts, contraignant d'autres de se plier à leur cause.

- Vous êtes un connaisseur.

- Mais certainement. Il faut bien que quelqu'un ici, agisse puisque tous les autres sont cloués par la terreur.

- Couffin m'a parlé d'une série de vols aussi, les reliez-vous aux crimes sur les habitants?

- Des vols? Non. En aucun cas. Je n'ai pas eu vent de cela. A quel propos l'a-t-il mentionné?

- En me parlant des crimes, mais il n'y voyait pas de lien non plus…

- Je pense qu'il est plus important de s'occuper des Ombres avant toute chose. Ils sont plusieurs, et ils ont un réseau étendu à travers la ville. Venez, je vais vous montrer un plan des catacombes.

A ces mots, il se lève et se dirige d'un pas ferme vers le labyrinthe des étagères croulant sous les livres. J'hésite une seconde, perdu un instant par le fil de ma pensée et quand je me lève à mon tour, il a déjà disparu entre les rangées.

Je me promène à travers les étagères, laissant traîner la pointe de mes doigts sur le dos des livres anciens. Je l'envie pour cette bibliothèque si riche, dont je rêve depuis le haut de mes deux ans.

Je m'arrête pour contempler une série de volumes particulièrement bien ouvragés. Leur cuir s'effrite légèrement, ils doivent avoir bien cent ans et l'odeur qui se dégage d'eux est un mélange d'encre vieillie et de parchemin moisi. Une couche de poussière recouvre les titres et je l'enlève de la coupe du doigt. Les lettres sont incrustées d'or, d'une calligraphie remarquable. Je lis …

Une main dans le bas de mon dos me fait frissonner légèrement.

Sa voix n'est presque qu'un murmure à mes oreilles et son souffle chaud coule sur la peau nue de ma nuque.

- Cryptes.

Et alors qu'il déchiffre le titre de ces volumes d'un autre siècle, chargés d'histoire et de poussière, je sens son corps tout près du mien, son odeur se mêle à la mienne et à celle des romans poussiéreux, des parchemins jaunis, de l'encre blanchie. Je m'autorise une seconde d'absence et clôt mes paupières, inhalant profondément ce mélange d'érotisme et de vieillesse. La sagesse mêlée à la passion, le conte mêlé au comte, un instant d'absence qui dure une éternité. Celle de sa main dans mon dos qui n'a pas bougé, de sa voix grave qui résonne encore à mes oreilles, de ce tourbillon de rien qui m'émeut tant.

Une fois de plus, son regard est sur moi, il ne me quitte pas des yeux.

- Cryptes. - je répète après lui, une éternité plus tard.

Il rit, et son rire le secoue légèrement, le rapprochant encore plus de moi. Je me joins à lui, conscient du ridicule de la situation.

Potter m'entraîne avec lui par les rangées de livres, sa main toujours dans le bas de mon dos. Par moments, il l'oublie, s'oublie là et ses doigts font de drôles de mouvement sur mon corps, de petits cercles innocents, rassurants. A d'autres, il en a une conscience aigue et ses yeux fouillent les miens, il marche à moitié à reculons, tant il a l'air passionné par ma réaction.

Mais je suis incapable de réagir, je suis comme enchanté, ensorcelé par la chaleur qu'il me procure, par cette puissance qui me guide, par son regard cristallin. Il n'a pas besoin de parler, je le suis aveuglément.

Mes doigts courent toujours le long des livres, et je les regarde, fasciné. Potter sourit.

Soudainement, tout s'arrête. Il reprend sa main, son air sérieux, ses yeux ne sont plus posés sur moi. Et je me demande s'il sait que je suis l'homme du train, l'homme qui l'a détaillé, qu'il a détaillé, moi qui l'ait reluqué de la tête aux pieds, sans gêne aucune. S'il se rappelle de son air gêné. De mon reflet dans la vitre.

Je me demande ce que je fais là. Je me fiche des Ombres. Je me fiche que son titre d'aristocratie n'est qu'une mascarade, qu'il trompe tout le monde et moi avec.

Il me met un parchemin sous les yeux. C'est un plan des catacombes, qui me montre noir sur blanc les trois entrées existantes. L'une se trouve effectivement dans le faubourg où je m'en étais allé errer, puiser l'air frais dont j'avais tant besoin et que je n'ai pas trouvé dans ce Londres croulant sous la terreur de ses habitants.

Je prends le parchemin entre mes doigts, touchant les siens qui le tiennent toujours sous mes yeux attentifs. Il ne le lâche pas, et me contemple.

Je me perds dans cette obscurité. Celle de son regard, de ses cheveux pendant en mèches désorganisées sur sa peau, de ce labyrinthe de romans entassés là, de cette ville à qui l'on a ôté sa lumière.

- Je vais vous raccompagner. -dit-il simplement.

- Puis-je garder le plan afin de m'en faire une copie manuscrite?

- Bien entendu. Vous viendrez me le ramener.

Et ses pas s'éloignent. Je le suis cette fois, traversant à grandes foulées la bibliothèque et retournant dans le hall d'entrée. Je m'attends à ce qu'il me laisse là, mais il attrape le manteau noir que je lui avais vu auparavant, si inapproprié pour un homme de son rang. Excentrique… ou menteur?

Il me suit au dehors et nous allons, dans cet étrange silence qui règne entre nous, moi tenant à la main le parchemin, lui les mains fermement enfoncées dans les poches, à travers les ruelles du Londres déjà, encore endormi, qui ne sort plus de son sommeil léthargique, de son anesthésie totale, dont les signes vitaux ne sont plus sous contrôle, et s'échappent, lentement et sûrement, s'approchant doucement d'un arrêt fatal, à peine remarqué dans cette torpeur, ce brouillard de peur qui la noie, l'étouffe, l'assassine à petit feu.

La porte de Couffin est là. Je la frappe de mon poing et entends à nouveau les mêmes bruits de précipitation étouffés.

La clé tourne dans la serrure, les gonds grincent.

C'est à ce moment que je sens la main de Potter sur moi à nouveau, elle caresse ma nuque, elle trace un au revoir silencieux, muet, doux, sensuel. Un au revoir qui me donne envie de crier que je n'entrerais pas dans cette maison qui m'étouffe déjà sur son seuil. Et le frisson qui me remonte l'échine, Potter le sens, il l'apprécie, je le sens son damné sourire dans ma nuque, sa stature dressée, triomphante, son souffle…

La porte s'ouvre. La main s'en va. Elle me délaisse, elle a fini sa caresse silencieuse. Et l'air frais remplace son souffle chaud sur moi. Je frissonne de froid et non plus de… quoi au juste?

L'obscurité m'engouffre. Elle est terrifiante. Plus encore que celle de ses yeux qui semblent briller d'une lueur d'espoir, et de ses cheveux d'ébène où se reflète la lumière des bougies. Celle-là m'habite, elle me consume et m'enterre sous moi-même.

L'Ombre.

Mais la porte s'est refermée. Potter est resté dehors et je reste dans la maison de Couffin, condamné à une nuit d'insomnie dans cette chambre confinée, la lumière de la lune traversant à peine la fine fente ornant le mur.

J'évite Couffin et je monte les marches qui mènent à cette chambre, serrant encore plus le parchemin dans la paume de ma main.


A suivre


Merci de m'avoir lue !

Transmettez-moi vos impressions, vos sentiments, vos désirs… écrivez-moi vos mots, puisque j'ai assez étalé les miens sous vos yeux si attentifs.

A bientôt je l'espère,

Bien à vous,

Johanna.