^^ la suite…

Merci à Hannange, Top-Cerise (J'adore ton pseudo ^O^) Enyo et Alana pour les reviews, ça m'a fait super plaisir de voir que des gens avaient lu et apprécié…

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Soupirs

Chapitre 2

Par Kyltia

Nous n'avons pas échangé deux paroles depuis que tu as passé commande.

Je t'observe de dessous mes paupières à demi closes, en essayant d'ignorer les regards lourds de nos voisins.

La jeune sorcière à la voix haut perchée me dévisage avec l'air offusqué d'une chouette dont on aurait arraché quelques plumes. Je me demande ce qui peut bien passer dans cette tête de piaf. Non, en réalité, je m'en fous complètement.

J'aimerai que nous soyons seuls, Harry.

Je sirote mon café alors que tu t'acharnes sur ton plat de lasagne, t'échinant à avaler des bouchées trois fois trop grandes pour ta bouche.

En temps normal, j'aurai envie de rire.

Mais le temps n'est plus normal depuis si longtemps que je n'arrive plus à compter… Combien de temps ? 5 ans ? J'ai l'impression que cela fait une éternité…

La tasse de porcelaine est froide entre mes doigts. Je la pose sur la table et me lève, sans un regard pour toi afin de ne pas voir l'expression paniquée qui ne manquera pas d'apparaître sur ton visage.

Je prends mon manteau, posée sur le dossier de ma chaise et me félicite de ne pas l'avoir accroché au perroquet à l'entrée du restaurant. Dieu sait dans quel état je l'aurais retrouvé vu les regards de pure haine que me jettent les clients alentour. Hé ! Je ne les connais même pas, c'est risible…

Le temps que j'enfile le vêtement moldu et que je sorte ma bourse de ma poche pour y prélever le montant de mon repas, tu te lèves brusquement et te précipites vers le bar. Peu m'importe tes faits et gestes après tout. Je ne suis pas sensé me montrer agréable envers toi, non plus !

J'ai mémorisé le prix de mon repas. Facile, j'ai pris le plat le plus bon marché de la carte. Je suis en train de faire l'appoint quand je sens tes doigts chauds sur mon poignet.

« Laisse, j'ai déjà réglé… »

Automatiquement, je lève la tête et te fusille du regard un court instant.

Quelques secondes, pas plus.

Quelques secondes de mon ancien moi, glacial et méprisant.

Quelques secondes avant que ton regard ne me fasse fondre, comme toujours. Et là je me maudis, sentant se dissoudre mes résolutions comme un glaçon dans un café et se réchauffer mon cœur et grandir l'envie que j'ai de te prendre dans mes bras et de t'embrasser et de m'enivrer de ton odeur et de ta chaleur et…

Sèchement, je retire ma main, sous le prétexte à peine plausible d'empocher ma bourse et m'efforce d'ignorer la bouffée d'humiliation qui m'assaille.

Tu es si maladroit.

Je n'ai pas besoin de ta pitié. J'avais les moyens de me l'offrir, ce foutu repas, bordel !

Mon poignet me brûle à l'endroit où se sont posés tes doigts, je dois faire un effort conscient pour ne pas me le frotter.

Sans un mot, je me dépêche de sortir de ce bouge, sourd aux remarques désobligeantes dont je n'ai cure et ignorant des regards emplis de reproche.

Tu me suis, je t'entends.

Aurais-tu peur que je ne me fasse prendre à partie par quelques uns de tes fans ? Tu n'as pas tort. La dernière fois, les médecins de St Mangouste ont mis 2 semaines à me remettre sur pieds.

Comme si ce foutu collier de contention que je porte autour du cou depuis 7 ans ne suffisait pas à ma totale humiliation. Non, il faut en plus que des brutes au QI qui ferait rougir de honte une moule me passent à tabac régulièrement pour me « faire payer »…

Tu me rejoins rapidement, dans la rue et marche silencieusement à mes cotés.

Nous sommes seuls, enfin.

Mais les mots n'arrivent pas à franchir mes lèvres.

« On rentre ? » demandes-tu, l'air de ne pas y toucher, et, à nouveau, j'ai envie de rire.

Je me contente de hocher la tête, les mains enfoncées dans mes poches. Il fait froid ce soir.

« On… On va chez moi ? C'est plus près… » Tentes-tu, timidement.

J'ai envie de hurler.

J'ai envie de t'attraper par les épaules et de te secouer.

J'ai envie de te frapper.

J'ai envie…

Oh, Harry. Pourquoi faut-il que tu sois toujours si maladroit ?

Pourquoi faut-il que tu rendes toujours les choses aussi difficiles, avec ta gentillesse gauche.

Il n'y a qu'avec moi que tu agis comme ça.

Parce que tu ne sais pas me parler.

Parce que tu ne sais pas comment je vais réagir.

Harry… Il suffirait que…

« Alors ? On va chez moi ? » Insistes tu, la voix pressante.

Tu sais que je ne supporte pas le deux pièces misérable que je loue sans savoir si je saurais en régler le loyer d'un mois sur l'autre. Mais crois tu que je supportes davantage le loft luxueux que tu t'es offert il y a 2 ans, lorsque tu es revenu sur Londres ?

Je me tourne vers toi pour te dire ma façon de penser et je croise à nouveau ton regard.

Et je ne peux pas faire autrement qu'accepter.

Mon Dieu, je suis sans espoir…

~oO§Oo~

Sur le quai 9 ¾, il fallut toute la force de persuasion de Vincent et Gregory pour m'empêcher de réduire en un tas de potasse fumante les gryffondors qui se permirent de me lancer des vannes. Mais, pour mon intense satisfaction, j'étais toujours préfet et cette bande d'abrutis convaincus de leur supériorité allait payer tout le reste de l'année.

Lorsque nous entrâmes dans le train et que nous cherchâmes un compartiment vide, une surprise m'attendait : Potter, seul, sans son rouquin dégénéré et sa je-sais-tout de sang-de-bourbe, le regard perdu dans le vide.

« Potter… Quelle agréable surprise… Tu as passé de bonnes vacances ? »

Il se tourna vers moi et me dévisagea sans paraître me reconnaître.

Puis ses yeux ternes s'éclairèrent et se mirent à briller de colère.

« Malefoy ! » Cracha-t-il comme si c'était la pire insulte au monde.

« Ca a été chez tes moldus ? Ils t'ont nourri cette année ou tu as encore eu droit aux restes ? Au passage, j'adore ton nouveau sweat… Retaille le et tu pourras en faire un second pour weasel… » J'avais appris de mon père l'année précédente comment Potter était traité chez sa famille, quand il s'était renseigné auprès de ses amis du ministère, qui furent, bien entendu, trop heureux de lui faire plaisir. Je m'étais juré de l'humilier avec ça, mais l'occasion de faire ça bien, cruellement et en public, de préférence, n'était jamais venue.

« Et toi ? » Rétorqua-t-il d'un ton mordant « Ton père est toujours à Azkaban ? Les aurors sont toujours en planque autour de chez toi ou tu peux enfin aller jouer à la dînette avec Voldemort ? »

Je ne put m'empêcher de frémir à l'énoncé de ce nom mais ma langue allait plus vite que mon cerveau.

« Il va bien. Il t'envoie tous ses vœux… Et ses sincères condoléances pour la mort de ton clébard. Au fait, tante Bella me fait dire de te saluer. Je crois qu'elle t'aime bien…

- Oh ? » Ses yeux étincelèrent de rage. Si je ne le haïssais pas à se point, ce spectacle aurait suffit à me rendre guilleret toute la journée. Mais je voulais lui faire mal. Je voulais lui faire payer.

Son regard, intense, ne me quittait pas et je souris d'un air que j'espérais suffisant.

- Alors ? Le chat de ta sang-de-bourbe a avalé ta langue ?

Soudain, sans crier gare, il se jeta sur moi mais, au lieu d'essayer de me boxer, comme il l'aurait fait d'habitude, il sauta directement à ma gorge et se mit à y presser ses doigts, y imprimant sa marque.

Des tâches noires papillonnèrent devant mon regard alors que ses mains serraient davantage mon cou, me coupant toute respiration. Mais que faisaient ces deux crétins de Vincent et Greg !?!

Enfin, la pression cessa et j'hoquetais en me redressant, ouvrant la bouche pour cracher mon fiel sur le gryffondor quand ma langue se colla à mon palais devant la scène se déroulant devant mes yeux : Weasley tenait son « ami » ( ?) à bout de bras contre la paroi du compartiment et lui flanqua un coup de poing alors qu'il essayait d'échapper à sa poigne, pendant que Sang-de-bourbe-Granger l'engueulait copieusement… Euh…

« ARRETES CA, HARRY ! » Hurla Granger avant de continuer d'une voix rauque, les joues rouges. « Tu ne fais qu'empirer les choses… Il faut qu'on parle, Harry. Tu n'as pas le droit de nous ignorer comme tu le fais ! Nous méritons…

- TA GUEULE TOI ! Vous ne méritez rien du tout ! Vous ne méritez même pas la terre de votre tombe ! Vous pouvez bien crever, tous les deux ! Je ne veux plus RIEN avoir à faire avec VOUS !» Cracha Harry en se penchant, menaçant, vers la brune, le regard haineux. Weasley força sa prise pour le plaquer à nouveau contre le compartiment. « RON, LACHE MOI ! NE VOUS MELEZ PAS DE CA, JE NE VOUS AI RIEN DEMANDE !!!

- NON ! » Rugit le roux « TU VAS ARRETER TES CONNERIES, BORDEL ?

- Ron… Je te jure que si tu ne me lâches pas maintenant, je vais te le faire regretter… » Le ton de Potter était bas et dangereux, je ne l'avais jamais vu traiter ses « amis » de cette manière… Ni même ses ennemis en fait… Du coin de l'oeil, je vit Greg et Vincent les observer, bouche bée… Hé ! Un peu d'aide n'aurait pas été de refus, feignasses !

« Harry… » Le ton de Weasley était presque plaintif.

« Qu'est-ce qui se passe, ici ? » Gronda une voix sèche et autoritaire.

Alors que je massais ma gorge douloureuse, je ne put réprimer un petit sourire satisfait. Faites confiance à Rogue pour arriver au moment opportun (même si c'était bien la première fois que je le voyais dans ce train, mais bon. A dragon donné on ne regarde pas les dents…). Gémissant, je soufflais :

« Pr… Professeur… » Puis je m'interrompais pour tousser, juste pour la forme.

« Draco ! Que s'est-il passé ici ?

- Professeur… Potter… Assassin… » Et je feignit de défaillir, attendant avec impatience mon professeur de potion et directeur de maison fondre sur le golden boy tel un oiseau de proie sur un lapinou sans défense.

« Monsieur Potter… » Commença Rogue, d'une voix doucereuse, prémices habituelles au lynchage classique du potterus vulgaris.

Puis, plus rien.

J'ouvrit un œil, perplexe devant le laconisme soudain du maître des potions, et me figeait.

Potter regardait Rogue dans les yeux d'un air de défi. D'un air de défi haineux.

Jamais je ne lui avais vu un tel regard, comme si il avait envie de tuer son vis-à-vis et que seul la poigne de Weasley l'en empêchait.

Rogue lui rendait son regard, le visage fermé, comme d'habitude puis continua sa phrase, lentement, d'un ton d'avertissement.

« L'année scolaire n'est même pas encore commencée officiellement que vous faites déjà parler de vous, Potter. D'aucun aurait pu croire que les effets de votre déplorable notoriété de l'année dernière vous aurait définitivement refroidi quand aux… Ha ! Coups d'éclats qui n'amusent que vous, mais je constate, avec un manque notable de surprise, qu'il n'en est rien. Détention, monsieur Potter. Pour tout le mois à venir et plus si votre comportement ne change pas. »

J'ouvris la bouche, absolument outré par ce laxisme révoltant et laissait sortir un coassement indigné.

« Une retenue ? Une malheureuse retenue ? Mais ce fou homicide a faillit me tuer ! Sans aucune raison ! »

Le regard de Harry convergea sur moi et je sentis clairement son envie de meurtre à mon égard. « Hé ! Mon cher Potter, j'en ai autant à ton service » songeai-je avant de reprendre.

« Il mérite au minimum de se faire renvoyer, de se faire dépriver de ses pouvoirs et de finir sa vie à Azkaban !

- Le Directeur en décidera à notre arrivée à Poudlard, monsieur Malefoy. Mais nous connaissons son indulgence légendaire envers notre star nationale… A défaut de renvoi, monsieur Potter passera tout son temps libre dans mes donjons… »

Pas un instant le regard de Rogue n'avait quitté Potter et celui ci avait reporté haine et attention sur notre professeur.

Puis, abruptement, Potter sembla se détendre complètement et Weasley laissa sa prise se relâcher avec une répugnance manifeste.

Rogue resta là, droit comme un i, son regard fixé sur Potter, l'observant retourner dans son compartiment et en claquer la porte. Weasley et Granger s'éloignèrent vers le fond du train, sans un regard supplémentaire pour leur ami.

Enfin, Rogue aboya, à NOTRE encontre, ce qui me choqua :

« Dépêchez vous de retourner à votre compartiment. MAINTENANT ! »

Greg m'aida à me relever et je ne songeais même plus à feindre la faiblesse, pressé de fuir la colère de mon professeur et vaguement furieux moi-même contre son manque d'autorité punitive envers mon ennemi.

Si je n'avais pas été aussi fou de rage, justement, j'aurais pu apprécier à sa juste valeur la rage de Potter et le fait que ses plus proches amis lui tournent le dos…

Et me demander ce que pouvait bien faire Severus Rogue dans un train rempli de ce qu'il abominait le plus au monde : des enfants…

A suivre…