Dualité absconse, partie 2
X
Son frère le toisait avec son septentrional regard.
— Est-ce là tout ce que tu as à me dire, petit frère ?
Sasuke déglutit. Sa main tremblante se porta derrière son dos tandis qu'Itachi continuait de le fixer inflexible. Sasuke détestait les yeux qui lui faisaient face. Chaque seconde où il les croisait était une réminiscence de cette nuit terrible.
— Tu me déçois Sasuke, attesta son aîné avec un mépris implacable.
La main de celui-ci s'approcha lentement vers sa tempe. Il sentit les doigts gelés lui frôler ses cheveux, passant derrière le lobe de son oreille droite. Sa tunique était trempée de sueur. Il serra les dents pour empêcher qu'elles ne claquent. Il ne pouvait lui montrer sa peur...
— Crois-tu vraiment être capable de me vaincre ainsi ? continua la silhouette effroyable de son frère.
L'index de Sasuke rentra dans l'anneau du Kunai qu'il avait caché derrière lui. Mais serait-il assez rapide ? Ses épaules grelottaient sans cesse si bien qu'il ne pouvait faire confiance en sa précision. Seule l'avantage de l'initiative lui permettrait d'enfoncer sa lame entre ces deux yeux.
— Je sais à quoi tu penses Sasuke. Je sais tout de toi. Je connais tes craintes, ta haine... ta faiblesse, susurra-t-il en approchant le pouce de l'œil droit du jeune garçon.
Sasuke élança son bras vers l'avant dans un grand arc, mais seule une brume noire répondit à son contact. La brume se dissipa pour se reformer derrière lui. Dans un cri sourd, Sasuke lança son arme derrière lui, en se jetant dos au sol. Sa peau rappa contre la surface du tatami lorsqu'il rebondit à plusieurs reprises. Le fluide nuageux se cristallisa en l'image de son grand-frère , bloquant totalement l'accès à sa chambre. Le Kunai, enfoncé au niveau de la poignée de sa porte coulissante, fut arraché par le jeune adulte, qui joua avec le fil de la lame, laissant le liquide rouge suintait de son index.
— Je ne pense pas qu'un étudiant de L'Académie est supposé retrouver en sa possession une arme non émoussée. Comment as-tu fait pour l'obtenir... Sasuke ?
Les yeux rouges ne scièrent pas un instant. Sasuke se releva, se remettant en posture de combat.
— Je ne me souviens pas que nos parents t'aient appris à voler, petit frère. J'ai bien peur d'avoir échoué à te former.
Sasuke bondit sur lui, les poings en avant, mais ceux-ci furent instantanément défléchis d'un revers du poignet de son aîné, qui se contenta de renifler avec dédain. Une douleur horrible s'empara de son estomac alors qu'il fut éjecté vers sa précédente position. Sa vision se flouta tandis qu'il voyait Itachi s'éloigner de lui.
— Ce sera tout pour ce soir, Sasuke.
Et le bruit de pas lointain devint le condominium de ses cauchemars.
Sasuke se réveilla endolori. Il se tint le ventre un long moment. Son dos formait une petite boule au sol. Sa main ployée un peu plus loin gratta la surface rugueuse du sol à plusieurs reprises.
Une heure plus tard, il se retrouva à l'enceinte extérieure du territoire vide des Uchiwa. Devant la porte peinte par l'emblème en éventail se tenait la figure d'une fille habillée en robe noire. Elle se tenait face à lui, portant une expression inquiète sur son visage.
— Ça va Sasuke ? Tu me sembles un peu malade.
Il passa devant elle, écœuré, sans lui prêter le moindre regard.
— Humph ! Je ne sais même pas pourquoi je t'ai posé cette question !
Il enfonça les mains dans ses poches, continuant à marcher. Elle le rattrapa en courant jusqu'à sa portée et se mit à son rythme en se positionnant à gauche de lui. Ils marchèrent en silence, jusqu'au moment où du coin de l'œil, il aperçut un objet lui arriver à toute vitesse sur lui. D'un geste de main, il attrapa le bolide, qui se révéla être du pain emballé dans du cellophane. Il la regarda sans comprendre alors qu'elle mettait les poings sur les côtes en allongeant son nez avec fierté.
— Je me suis dis que t'allais encore passé ta mâtinée sans déjeuner, donc je t'ai préparé un petit casse-croûte. Ne me remercie pas surtout !
Sa main serra le sandwich enrobé de sa main avec force, provoquant le sachet de se froisser. Il n'avait pas la foi de répliquer avec son habituelle répartie. Alors qu'il était sur le point de jeter par terre la précédente offrande, elle leva un doigt juste devant son nez.
— Un ninja ne peut pas être fort sans manger équilibré, Sasuke.
Les yeux de la fille avaient perdu leur humeur coutumière. Il reconsidéra la chose. Il était vrai qu'il ne pourrait devenir plus fort qu'Itachi s'il coupait des repas. Il déballa alors le pain et se mit à mâcher dedans. Le goût de l'œuf et le beurre mêlés à la mie emplit ses papilles. Il avala la bouchée et fut tenté de recracher lorsqu'il la vit lui décocher un clin d'œil avec un pouce levé. Il mangea le reste du sandwich sans discuter. La fille joignit ses doigts à côté de son visage avec une expression émerveillée.
— Tu es un peu plus mignon Sasuke quand tu arrêtes de faire ton boudin nerveux.
Il détourna le regard, faisant une grimace.
— Je ne fais pas mon boudin nerveux, maugréa-t-il à la moitié du sandwitch.
Elle emprunta une mine attristée en lui tapotant l'épaule.
— Ce n'est pas grave Sasuke. On a tous notre boudin nerveux à un moment ou un autre, soupira-t-elle philosophiquement en tortillant ses doigts en l'air.
— Je t'ai dit ; je ne fais pas mon boudin nerveux ! démentit-il plus ardemment.
Les yeux de la fille s'élargirent brusquement.
— Pourquoi insistes-tu ? Veux-tu tant que ça que je te trouve mignon ?
— Je ne veux pas... que tu me trouves mignon... bredouilla-t-il embrouillé par cette rhétorique insoluble.
Il n'avait pas le temps d'être mignon. S'il perdait du temps à être mignon, il n'aurait pas le temps de devenir plus fort que son frère et pouvoir ainsi venger ses parents.
Elle parut lui tapoter alors l'épaule avec compassion, mais il expulsa la main étrangère hors de son périmètre vital.
— Tu m'énerves, dégage de là.
Elle s'apprêta à répondre, mais hocha la tête. Elle s'écarta alors de lui, croisant son regard d'adamantine une dernière fois. Sasuke la vit s'éloigner avec soulagement. Il voulut subitement vérifier l'heure, mais oublia qu'il n'avait pas de montre sur lui. Il maudit sa propre négligence et s'empressa de courir pour la rattraper.
Un peu plus loin, sur la route, il la vit croiser le chemin de deux autres garçons. L'un étant fin comme un sou alors que l'autre aussi garni qu'un donuts. Elle leur fit coucou de loin et ils lui répondirent dès qu'ils la virent avec un sourire. Alors qu'elle courra vers eux, Sasuke se positionna derrière le mur d'un bâtiment, à l'abri de leur champs visuel. Il observa la scène de loin :
— Hey Shika, Choji, ça va ?
Celui au profil effilé se gratta la tête avant de mettre les mains dans ses poches.
— Ouais ouais... Une vraie plaie de se lever le matin !
Avec un grand sourire, elle encocha un coude dans son flanc auquel elle fut répondue par une chiquenaude au front. Elle démontra une grimace comique avant de se retourner vers le plus petit d'eux trois. Ses yeux se posèrent sur le sachet de chips que Choji s'apprêtait à ouvrir. Elle s'en empara avant qu'il n'eût eu le temps de pouvoir déguster la moindre pincée de sel.
— Hey, on ne grignote pas entre les repas, témoigna-t-elle sur un ton moralisateur.
Le garçon devint subitement rouge de colère.
— Rends-moi ça de suite !
Elle fit non du doigt.
— Ce n'est pas bon pour toi de manger tout le temps.
— Si justement ! C'est nécessaire que je mange tout le temps pour que j'acquière une masse suffisante ! Sinon, comment je fais moi pour utiliser les techniques de mon clan !?
Elle afficha une mine surprise et se retourna vers Shikamaru.
— C'est vrai ça ?
Il haussa les épaules.
— Qu'est-ce que j'en sais ? rétorqua-t-il flegmatique.
Elle se retourna sceptique vers Choji qui commença à gonfler du torse. Elle lui rendit son sachet de chips d'un air contrit.
— Mouais, je t'accorde le bénéfice du doute.
Choji continua de la fixer avec suspicion tandis qu'il continuait de se blinder de chips.
— Sinon quoi de neuf ? leur requit-elle après quelques secondes d'intermittence.
Shikamaru répondit en baillant :
— Rien de rien. Mon père esquive toujours ma mère et c'est moi qui dois me taper ses crises de nerfs.
— Dur, grimaça-t-elle.
Choji tapota l'épaule de Shikamaru en le regardant de travers. Le Nara tourna la tête vers lui, puis acquiesça la seconde suivante en bifurquant son attention vers la jeune fille.
— Quoi qu'il en soit. C'est étrange que tu viennes nous parler, on te voit toujours seule dans ton coin.
Sasuke observa la scène avec un peu plus d'intérêts, curieux de la réponse qu'elle allait rendre. Non pas qu'il était intéressé par leur conversation mais...
— Ouais, j'suis un peu timide vous savez ! Mais on m'adopte vite dès qu'on apprend à me connaître.
Ses mains se tortillaient derrière son dos tandis qu'elle affirmait ça. Choji la fixait toujours avec un sourcil arqué. Shikamaru rigola brièvement avant de reprendre tranquillement :
— Ce n'est pas un entretien, tu sais ? Pas besoin d'être stressée comme ça.
Elle riposta par un rire tout aussi bref avant de laisser ses bras tomber au sol.
— Désolée si je parais bizarre comme ça.
Shikamaru se gratta la tête, ayant l'air embarrassé à son tour.
— Ça arrive. Mon père dit toujours que tous les ninjas ont un côté un peu bizarre. C'est plutôt rassurant quelque part que tu en aies un aussi...
Sasuke considéra le reste de la discussion inopportune et décida d'y couper court en empruntant un autre chemin que celui de la fille pour aller à l'école.
— Fuuuu, il n'y a vraiment que cet endroit où je peux me caler tranquille.
Allongé sur le sommet du bâtiment le plus surélevé de l'Académie, Sasuke alluma la pipe de son père qu'il portait à la main et inspira profondément la fumée qui s'en dégagea. Il n'y avait que comme ça qu'il pouvait soulager ses migraines matinales. Il remarqua avec aigreur qu'il avait oublié de se refaire son stock herbe dans sa cachette secrète chez lui, une cachette dont même Itachi ne connaissait l'existence.
Sasuke leva son regard au ciel avant de pousser un long soupir. Il n'y avait pas à dire, il n'y avait rien de mieux que de juste se laisser aller. Il ferma les paupières en se massant la tête et profita de ce moment calme pour s'assoupir pleinement. Il se laissa bercer par la brise tranquille du vent. Le sol était froid mais son dos était devenu habitué à cette texture rigide, au point qu'il développa naturellement la capacité de dormir n'importe tout, qu'importait la rudesse du terrain. Ou plutôt, le seul endroit où il pouvait dormir partout était ici même paradoxalement.
Il leva les yeux vers le ciel et compta les nuages. L'un était un chien, tandis que l'autre ressembla à un chat en position de chasse. Un troisième animal parachevait le tableau avec un bec d'un poulet. Il pouvait presque entre le cri de ces animaux.
cot cot cot ouaf ouaf maouw maouw
Bon, il avait peut être un peu abusé sur l'herbe après réflexion. Ça devait être aussi l'effet des œufs pas frai de l'autre débile qui lui faisait des tours. Ah... Migraine de migraine...
Une voix féminine se fit entendre plus bas... accompagnée d'une autre... Et il savait qu'il n'y avait qu'une seule personne qui avait été autorisée — ou plutôt qui avait réussi à percer la barrière de son domaine. Mais qu'elle soit accompagnée d'une personne... était une première.
— Oye ! Hinata, t'as vu la vue ici ? On voit toute la cour de récré de là !
— O-oui m-mais on risque p-pas d'a-a-voir une puni-nition si on sèch-che les cours ?
La blondasse en robe noire tapota l'épaule de l'autre fille avec assurance.
— Mais non ! Que risque-t-on ? Un mot dans le carnet ? Hahaha ! Et puis bon... (elle se mit à chuchoter) au moins ici, tu risques pas de te faire tirer les cheveux par ces vauriens.
Bien... À vrai dire, Sasuke connaissait cette fille de loin. Il avait vaguement entendu de la part de la débile qu'elle était victime d'harcèlement de la part de ses camarades de classe. La débile se mit alors à déclarer avec un grand sourire.
— Tu sais, c'est mon endroit préférée ! Mais chut... faut le dire à personne hein ? Ça sera notre petit secret à toutes les deux.
Son clin d'œil et son petit sourire en coin fit tellement d'effet à l'autre fille qu'elle rougit au point d'avoir de la fumée sortant de son crâne. La débile se mit alors à tourner sur elle-même en riant avec allégresse. Il ne pouvait supporter la voir plus longtemps bafouer son périmètre, surtout d'avoir inviter une autre personne dans sa cachette.
— Oye, l'abrutie. Qu'est-ce tu fous encore ici ? maugréa-t-il en lui balançant sa pipe depuis sa position en hauteur.
Sa cible se mit à se gratter furieusement le crâne suite à la réception de l'objet dur avant qu'elle se retourne vers lui avec de grands yeux surpris.
— Mais... Mais qui voilà donc ? C'est Monsieur Ducon ! s'écria-t-elle avec de larges signes exagérés. Hinata, je te présente Monsieur Ducon, un vrai con comme on n'en présente plus de nos jours.
Une veine s'effila sur sa boite crânienne tandis qu'il se mit à faire rouler les mécaniques. Il se mit à ricaner tel un grand ténébreux en se cachant l'œil droit.
— Je crois que tu ne te souviens pas de la dernière raclée que je t'ai mis pour être aussi arrogante.
L'autre fille au long manteau se mit à les regarder à tour de rôle l'air affolée. La débile enroula un bras autour de sa taille pour la rassurer, ignorant superbement la précédente performance de Sasuke.
— T'inquiète, avec moi, t'es en sécurité. C'est pas un vaurien de son genre qui pourra nous faire du mal.
Le garçon se mit à bondir de sa position à la façon d'un cuistot d'un fameux feuilleton télévisé nommé une pièce, il fit un double salto pour donner encore plus d'inertie à son coup de pied. Toutefois, son expertise douteuse en la matière, ou plutôt à cause du fait qu'il s'était prise une joute l'instant d'avant, son attaque échoua lamentablement en une simple chute sur son dos, qui lui fit pousser un hennissement de douleur, à la façon d'un cheval auquel on aurait mit un coup de pied au cul. Sa pitoyable prestation fit glapir de rire la débile qui se roula par terre, au grand désarroi d'Hinata qui courut à sa portée pour lui demander s'il allait bien. Le garçon renfrogné repoussa sa main avec une expression dégoutté sur son visage, ce qui la fit reculer de peur.
— Allons, allons Sasuke. Me dis pas que t'es borné au point de ne pas accepter l'aide de notre amie ici, entendit-il plus loin.
Mais il était juste bien trop fatigué pour répondre. Sa tête se mit soudain à tourner et l'environnement autour de lui se flouter. Il tomba la tête au sol, épuisé.
