Nouveau chapitre ! Merci aux quelques personnes qui ont pris le temps de laisser une petite review sur le chapitre précédent !
La pièce était petite. Vraiment minuscule. Et faiblement éclairée.
Une chandelle solitaire dans son bougeoir sur un pupitre était la seule source de lumière.
Malgré tout, Loki y voyait clairement, et sur le sol, à côté d'une paillasse pas si différente de la sienne, une fillette était agenouillée, la tête inclinée, les mains jointes et pressées contre sa poitrine, des mots doucement psalmodiés dans le vide.
La chambre était froide. C'était l'hiver dans cette région de Midgard, et il n'y avait que peu d'isolation dans la maison délabrée de cette enfant, les murs étaient minces, l'air froid du dehors pénétrait facilement à l'intérieur.
Le dieu fronça légèrement les sourcils en voyant la tenue de la fillette. Ce n'était rien de plus qu'une fine robe de laine dévorée par les mites, ses jambes et ses pieds étaient nus et crasseux, ses cheveux défaits et négligés retombaient sur son visage, emmêlés et sales.
Une pauvresse, alors.
Ce n'était pas surprenant.
Bien souvent les prières venaient des pauvres.
Elle ignorait sa présence, Loki l'observa encore pendant quelques instants. Jusqu'à ce qu'il se décide à se glisser près d'elle, son approche silencieuse. Elle ne l'entendit pas, ni ne tourna le regard jusqu'à ce qu'il se tienne juste derrière elle, et qu'il ne tende une main douce pour la poser délicatement sur sa petite épaule.
Elle sursauta, se retourna paniquée quand il retira sa main, la fixant du regard sans bouger.
Elle leva vers lui des yeux immenses et choqués, ses mains retombèrent, et en effet, c'était ce qu'il soupçonnait : l'enfant n'avait pas plus de cinq années midgardiennes.
Il ne dit rien, la laissant simplement l'observer, se demandant si elle comprenait qui il était.
Ses yeux suivirent les contours de sa silhouette, observant ses atours riches et sophistiqués.
Il était vêtu d'une fine tunique en soie d'un vert forêt profond sous un plastron en cuir teint en noir orné d'or, sur ses avant-bras, des manchettes en or tout aussi brillantes. Et par dessus, un long manteau de cuir fin, assorti à la couleur noire et verte de la tunique et de l'armure. Ses chausses étaient en cuir, également noires, et il était chaussés d'une paire de bottes montant jusqu'au mollet de la même couleur, des sangles dorées sur les côtés. Dans son dos, il portait une cape, aussi en soie, d'une teinte verte légèrement plus claire, retenue sur ses épaules par des broches d'argent gravées de runes.
Sur sa tête, il portait un heaume doré à cornes, ces dernières s'incurvant vers le haut, d'une hauteur telle qu'elles raclaient presque le plafond de la chambre.
Il tenait dans ses mains un simple bâton en bois, évidemment finement travaillé.
Plus que sa tenue, ce qui frappa la fillette c'était la pâleur anormale de sa peau blanche sans défaut, et l'impossible noirceur de ses cheveux, les pointes visibles sous son heaume, d'un noir plus profond que la plus sombre des nuits. Les traits de son visage aussi fins et forts qu'ils étaient incroyables et raffinés.
Et ses yeux !
Comme ils brillaient dans l'obscurité de la chambre, d'un vert iridescent aux teintes sans cesse changeantes. Et leur inconcevable éclat. Ça ne devrait pas être possible.
Et soudain elle sut.
Tout à coup, la fillette sut qui elle regardait. Qu'est-ce qu'elle regardait. Puis elle tomba dans une posture de soumission, le front pressé contre le sol, les mains écartées, posées à plat devant elle.
- Mon Seigneur, souffla-t-elle d'une voix étouffée et humble.
Loki sourit.
Puis il s'agenouilla silencieusement, il tendit la main et plaça sa paume sur le sommet de sa tête.
- Lève-toi mon enfant, ordonna-t-il.
Il y eut un instant d'hésitation, mais elle s'exécuta promptement.
Et pendant qu'elle se relevait, il garda sa main sur elle, observant ses yeux s'écarquiller en sentant la chaleur irradier de son contact, réchauffant son corps transis, balayant le froid qui s'était installé dans ses os.
L'air de stupeur admirative sur sa petite figure fut suffisant pour accentuer son sourire tandis qu'il attendait pour se retirer qu'elle soit totalement réchauffée.
Pendant de longues secondes encore, elle le fixa, nullement gênée, envoûtée, et il lui rendit son regard, souriant doucement, rassurant.
Jusqu'à ce qu'il la voit déglutir difficilement, sa langue passant sur ses lèvres, tentant de les humecter afin de parler.
- … V-vous êtes Mon Seigneur Loki, dit-elle stupéfaite, Prince des Ases ! Dieu de la Malice, des Mensonges et du Chaos !
Loki inclina la tête, toujours souriant.
Et la fillette put difficilement en croire ses yeux lorsqu'il balaya les pans de son manteau et de sa cape pour s'asseoir en face d'elle, les jambes en tailleur. Il posa son bâton sur ses genoux, les yeux rivés sur elle, scrutateur.
- S'il te plaît, dit-il avec un léger geste vers elle (et sa voix était riche, c'était la voix la plus douce qu'elle ait jamais entendu) mets-toi à l'aise.
Cela lui prit un instant pour comprendre ce qu'il voulait dire, mais elle s'exécuta rapidement, s'installa devant lui de la même manière, les jambes croisées. La tête restée baissée, révérante, elle entendit son rire profond résonner dans l'air.
- Tu es une belle enfant, dit-il et elle osa lui jeter un coup d'œil.
Désormais ses yeux étaient espiègles, joyeux, et elle ne put retenir un petit sourire d'ourler ses lèvres.
Son entrain était communicatif.
- M-merci, Mon Seigneur, répondit-elle, timidement, baissant à nouveau le regard.
Et pendant un moment, la chambre resta silencieuse.
Elle voulut relever les yeux. Elle voulait le regarder.
Car il était impossible.
Et pourtant, il était assis devant elle.
Un dieu.
Un véritable Ase.
Elle pouvait à peine croire que sa prière ait été entendue, qu'elle avait conduit à elle cet être magnifique rien qu'avec sa voix.
Mais elle n'osa pas relever les yeux de peur de l'offenser.
Et puis sa voix résonna encore une fois dans la chambre, douce, basse mais incontestablement clair.
- Quel est ton nom, mon enfant ? demanda-t-il.
Elle déglutit à nouveau, tentant de s'éclaircir la gorge.
- … Ingrid, parvint-elle a dire, la voix légèrement tremblante, de la maison de Bjorn.
- Ah, entendit-elle dire son Seigneur, comme s'il connaissait déjà la réponse.
Il l'observa calmement pendant un instant, le front plissé par la contemplation.
- Tu as envoyé une prière, déclara-t-il, et elle acquiesça.
- Oui, Mon Seigneur.
Elle essaya de refreiner l'espoir qui gonflait rapidement dans sa poitrine, que ce qu'elle souhaitait soit réalisé.
Sa mère lui avait dit que c'était un souhait stupide. Que son père était parti et qu'il ne reviendrait pas. Qu'une fois entre les mains d'Hela, aucune âme hormis celle des dieux ne pouvait en revenir.
Mais Ingrid n'y croyait pas.
Alors elle avait prié.
Et on avait répondu à sa prière.
Mère n'oserait pas y croire !
- Tu en demandes beaucoup.
Ses pensées furent interrompues par son étrange voix douce, et elle ne put se retenir de lever le regard, les yeux immenses et suppliants.
Il lui rendit son regard, son expression stoïque et illisible.
- J-je vous en prie, mon Seigneur, je... je sais que ce que je demande est beaucoup, mais... mais il me manque. Il me manque tellement, supplia-t-elle, il n'est pas mort en guerrier, il a été assassiné et... et...
- Je sais, dit-il doucement, et elle s'interrompit, stupéfaite.
Il ne dit rien pendant de longues secondes, restant simplement assis, immobile comme une statue, et Ingrid retint son souffle, malade d'appréhension de sa réponse.
Jusqu'à ce qu'enfin il incline la tête, lui accordant un uniquement hochement.
- En effet, dit-il, ton chagrin est un lourd fardeau, surtout pour quelqu'un d'aussi jeune.
Elle resta silencieuse, dans un désespoir soudain elle le dévisagea, oublieuse de tout respect.
Elle ne pouvait imaginer ce qu'il pensait, et ça lui fit peur.
Mais, soudain, il sourit à nouveau et tendit la main, saisit délicatement son menton entre ses longs doigts fins, il releva son visage pour croiser son regard.
Sa main était froide, en réalité, elle irradiait de froid, mais son contact diffusa une chaleur réconfortante en elle, telle qu'elle n'en avait jamais connu. Le contraste aurait été perturbant s'il ne lui avait donné cette sensation de contentement.
Ça la mettait à l'aise, dans un état de détente relâchée, et elle se sentit s'affaisser doucement dans son étreinte. Elle ne se sentait pas faible, simplement... en sécurité.
Comme si tout irait bien.
- Tu es courageuse, Bjorndottir, dit-il doucement, et dotée d'un grand esprit.
Il l'observa pensivement, la tête inclinée sur le côté.
- Ta prière sera exaucée, dit-il enfin avec un hochement de tête, tu as ma parole.
Alors Ingrid ne put se retenir : elle se leva et s'élança vers lui, enroula ses bras autour du dieu, enfouissant son visage dans sa poitrine.
Il sentait le bois de frêne, le trèfle et le métal, et une fragrance qu'elle ne pouvait nommer, quelque chose de frais comme l'air, si l'air avait eu une odeur.
Comme le ciel, pensa-t-elle.
Loki Skywalker, se souvint-elle était l'un de ses nombreux noms.
Il se raidit légèrement, décontenancé.
C'était un sacrilège pour un mortel de toucher de cette manière un dieu. D'initier un contact de n'importe quelle sorte.
Aucun mortel ne l'avait jamais touché ainsi. S'être jeté à ses pieds, certainement ou embrasser le bout de ses bottes ou les jointures de sa main lorsqu'il l'offrait.
Jamais un mortel ne l'avait enlacé.
… Rarement quelqu'un l'avait fait.
Loki n'était pas un dieu cruel, en dépit de ce que les histoires racontaient, et quand sa surprise se dissipa, il leva les bras et rendit l'étreinte de l'enfant, une large paume posée derrière sa tête.
Elle était une chose si fragile, songea-t-il en la tenant dans ses bras. Et il se demanda si elle serait même capable d'affronter la rude nuit d'hiver.
Mais il fallait compter sur la ténacité des humains, se souvint-il et il sourit.
Elle murmurait contre lui, les mots étouffés par les larmes.
- Merci Seigneur Loki, merci, merci.
Il la fit doucement taire, puis, sans réfléchir, il baissa la tête et pressa ses lèvres sur le sommet de sa tête, l'embrassant gentiment.
Les minutes passèrent et il la garda dans ses bras, jusqu'à ce qu'il la sente commencer à s'apaiser, sa respiration devenant plus calme, il se recula et la regarda en souriant.
Elle l'observa de ses grands yeux, les larmes coulant sur ses joues, puis il se leva, glissa les mèches de cheveux indisciplinées de son visage derrière ses oreilles.
- Maintenant, commença-t-il, tu vas te reposer mon enfant. Et lorsque tu te réveilleras, ton père te sera revenu.
Il vit la protestation dans son regard prête à franchir ses lèvres. Mais avant qu'elle n'ait pu prononcer un mot, il pressa deux doigts sur sa tempe, le flux de sa magie se diffusa en elle et, un instant plus tard, elle tomba inerte et inconsciente.
Il la rattrapa, un bras passé autour de ses épaules, un coude sous ses genoux. Elle ne pesait rien pour lui, il s'avança silencieusement vers sa paillasse, s'agenouilla et l'allongea délicatement dessus.
Il réfléchit un instant avant de déposer la tête de l'enfant et agita sa main libre, invoquant un oreiller de plumes d'oie puis y posa sa tête, ainsi qu'une épaisse couverture en laine sur son corps.
Il l'enroula autour de ses épaules, l'enveloppant étroitement dans la chaleur, et, l'instant d'après, il l'observa respirer paisiblement.
Ça lui était si familier.
Tellement familier.
Peut-être que c'était pour cette raison que le voyage à venir le faisait tant hésiter.
La voir, et tous les douloureux souvenirs de la perte...
Il bannit promptement cette pensée. Il avait donné sa parole à cette enfant, et rien ne pouvait briser ce lien.
Il se pencha une dernière fois et déposa un baiser sur le front de la fillette, lui souriant.
- Dors bien, mon enfant, dit-il presque inaudible, dors bien.
Puis il se redressa, il écarta les pans de ce monde et une fois de plus, il passa au travers, ne laissant qu'un éclat de lumière verte et blanche dans son sillage pour preuve de son existence, partie avec le froid et les vents d'hiver.
A suivre.
