Chapitre 1
And I see no bravery,
No bravery,
In your eyes, anymore only sadness.
Et je ne vois pas de courage,
Pas de courage,
Dans vos yeux, seulement de la tristesse.
James Blunt – No bravery
Harry Potter, le Survivant, celui qui avait vaincu, survécu et toutes ces conneries que les gens aimaient utiliser pour parler de lui, sortit du Ministère de la Magie alors que la nuit était déjà bien installée. A vrai dire, il était quasiment vingt-deux heures et le mois de décembre faisait que le soleil se couchait bien plus tôt. Il resserra sa veste autour de lui pour se protéger du froid. Il avait décidé de rentrer chez lui à pied.
Harry vivait depuis deux ans sur Charing Cross. Il avait vendu la maison de Sirius après sa séparation avec Ginny. Déjà qu'il n'avait jamais été vraiment à l'aise dans la maison qu'avait détestée son parrain et ce, malgré les travaux qu'il y avait effectué, il n'avait plus supporté d'arpenter les pièces qui lui rappelait aussi sa vie avec Ginny.
Le Ministère se trouvant à seulement un petit quart d'heure de marche de son logement, parfois, Harry aimait bien sortir du côté moldu et marcher. Bien sûr, la fraicheur du mois de décembre le décourageait souvent, mais pas aujourd'hui. Il avait besoin de réfléchir.
Après la guerre, contre toute attente, il ne s'était pas lancé dans des études d'Auror, mais dans des études de droit. Il était heureux de son métier, il aurait pu travailler pour le Ministère, monter les échelons du département de la Justice mais, ce qui l'intéressait, c'était plutôt de défendre les plus démunis, les injustices ou les causes perdues. Cela ne rapportait rien, ou pas grand-chose, mais il était riche, il n'avait pas besoin de plus.
Au fond de lui, il savait que Ginny l'avait quitté pour cela. Elle s'était imaginée au bras du Survivant, qui aurait été un Auror réputé ou, au pire, un membre important du Ministère. Elle avait très mal supporté ses choix et, finalement, s'était lassée en voyant qu'il ne changerait pas d'avis. Elle voulait d'un mari qui fasse parler de lui par son courage, pas par ses idéaux affligeants de naïveté.
Si elle avait pu prédire que, à l'issue d'une de ses affaires, il lui serait proposé le poste de directeur du département de la Justice Magique, peut-être serait-elle restée…
C'était à ça qu'il devait réfléchir. Le directeur du département prendrait sa retraite l'année suivante, et le Ministre Kingsley lui avait parlé de sa volonté : qu'Harry lui succède. Le Survivant avait demandé du temps de réfléchir, et Kingsley lui avait promis de ne pas le presser, qu'il devrait simplement lui faire signe lorsque sa décision serait prise ou, au plus tard, un mois avant que le directeur prenne sa retraite.
Il avait été touché par la proposition de Kingsley, qui était de soumettre et d'approuver sa candidature au poste. C'était un poste important du Ministère. En effet, le directeur de la Justice Magique avait des prérogatives lui permettant de passer, selon les circonstances, au-dessus du Ministre. Il avait donc, encore et toujours, la confiance de Kingsley.
Mais Harry aimait sa vie telle qu'elle était. Sa carrière, bien que jugée en dessous de ses compétences par beaucoup, le comblait. Il aimait venir en aide à ceux qui n'avaient plus rien. En devenant directeur, il n'aurait plus le loisir de le faire.
Harry se remit en marche, perdu dans ses pensées. Il n'avait pas fait un pas et commençait vraiment à avoir froid. Alors qu'il s'apprêtait à sortir de la ruelle, il remarqua un homme assis entre deux poubelles. Il fut surpris de trouver un sans-abri à cet endroit. Non pas qu'il n'y avait pas de miséreux dans les rues de Londres, mais cette ruelle n'était pas accessible aux Moldus, puisqu'elle était protégée afin de permettre aux sorciers d'accéder au Ministère sans attirer l'attention.
Alors qu'il passait près de l'homme, un lampadaire dysfonctionnel s'éclaira quelques secondes avant de s'éteindre de nouveau. Cependant, cela permit à Harry de voir plus clairement le sans-abri et il se figea face à lui.
- Malefoy ?! s'exclama-t-il.
Il était persuadé de ne pas se tromper. Malgré l'état de ses cheveux, sa couleur ne laissait aucun doute. Comment, par Merlin, Drago Malefoy, sorcier, s'était retrouvé dans cet état ?! Harry savait très bien que la fortune des Malefoy avait été confisquée, tout comme ses propriétés. Il savait que Drago ne possédait plus rien, mais il avait toujours sa magie et des amis…
- Potter…
La voix de Drago était cassée, par la fatigue, le froid ou la maladie, Harry n'aurait su le dire. - Qu'est-ce que tu fais là ? demanda le Survivant.
- Je prends l'air, ça ne se voit pas ? répondit le blond.
Au moins, il restait lui-même, se dit Harry. Le Survivant approcha et s'accroupit face à son ancien ennemi. Six ans étaient passés depuis la fin de la guerre, et Drago avait passé cinq d'entre elles à Azkaban. C'était Harry qui s'était battu pour qu'il soit relâché, et il avait obtenu gain de cause, il y a un an environ. Sauf que, après sa libération, le blond n'avait jamais refait surface. Harry le savait par leurs amis communs, mais il ne s'en était pas inquiété outre mesure, jusque maintenant.
- Fous le camp Potter, fais donc comme les autres, c'est-à-dire passer devant moi en faisant mine de ne pas me remarquer, dit Drago d'une voix qu'il voulait cinglante, mais dans laquelle Harry pouvait percevoir la détresse.
- Trop tard, je t'ai remarqué, Malefoy, et tu vas venir avec moi, ordonna-t-il en se levant et en tendant la main au blond.
- Je me demande bien pourquoi je ferais ça !
- J'ai besoin de comprendre.
Lui aussi se demandait pourquoi il se sentait aussi concerné par sa situation.
- S'il te plaît, dit-il plus gentiment.
Drago le regarda un moment, avant de se lever en soupirant et de donner sa main à Harry. Il n'était plus habitué à ce qu'un autre être humain le traite avec respect et gentillesse, voilà pourquoi il ne refusa pas plus longtemps de suivre le brun.
- On va transplaner, prévint le Survivant.
Le blond acquiesça et ressentit cette sensation désagréable d'être pris dans un étau. Il pouvait sentir la magie autour de lui et cette perception l'étouffait. Heureusement, cela ne dura pas longtemps. Il ouvrit les yeux dans un hall d'entrée assez luxueux et suivit Harry jusqu'à un salon. Il regarda autour de lui et se sentit tout à coup gêné de se trouver dans un aussi bel endroit, alors que lui était sale et en guenilles. Le brun remarqua la gêne de son invité, mais fit semblant de ne rien voir.
Harry essaya de faire abstraction de sa maigreur. L'obscurité de la ruelle ne lui avait pas permis de le détailler, et Harry se demanda depuis combien de temps il vivait dans ses conditions. Le Malefoy class et arrogant semblait avoir complétement disparu, même le maintien droit et fier qu'il avait toujours eu n'était plus là. Il était avachi sur lui-même, le regard fuyant… Harry n'aimait pas le voir ainsi.
- Attends-moi ici quelques minutes, dit-il, avant de disparaître dans une autre pièce.
Il en ressortit avec des vêtements, et fit un signe de tête à Drago pour qu'il le suive. Il l'emmena dans une grande salle de bain d'où il sortit une serviette, un gant et un rasoir d'un placard. Il posa le tout près d'une grande baignoire et se tourna vers le blond.
- Voilà des vêtements, je les ajusterai quand tu me rejoindras dans le salon. Si tu veux te raser, voilà de quoi, dit-il en lui montrant le rasoir.
- Pourquoi tu fais ça ?
- Je te l'ai dit, j'ai besoin de savoir ce qu'il t'est arrivé, et je pense que tu auras plus de facilités à avoir une discussion une fois lavé et nourri.
Le blond acquiesça, bien que sa fierté en prît un coup. Il avait trop faim et était trop épuisé par le froid pour refuser l'offre de son ancien ennemi. Le confort que lui proposait le Survivant, même si ce n'était que pour quelques heures, ne pouvait pas se refuser dans sa condition.
Harry sortit alors de la salle de bain et commença à préparer le repas, façon moldue. Il aimait bien se passer de magie de temps en temps, cela lui permettait de réfléchir ou de se calmer et, là, il devait faire les deux. Pourquoi diable Malefoy avait-il disparu de la circulation ? Pourquoi s'était-il laissé aller à ce point ? Pourquoi n'était-il pas venu le voir après sa libération ? Puis il se demanda ensuite pourquoi il serait venu le voir. Après tout, ils avaient été ennemis et, même si Harry avait passé cinq ans à tenter de le faire libérer, ils n'en étaient pas devenus amis pour autant.
Harry eut le temps de préparer un bon plat de pâtes à la carbonara et Drago sortit juste au moment où le brun posait le plat à table. Il avait déjà meilleure mine maintenant qu'il était lavé et habillé proprement. D'un geste de sa baguette, Harry ajusta les vêtements qu'il lui avait prêté et s'affola une fois de plus de sa maigreur. Son visage, à présent rasé, était émacié, certes, mais son corps était encore plus alarmant que ses joues. Harry, qui le regardait tout en servant les assiettes, remplit celle du blond plus que de raison, comme si, en mangeant la totalité, il retrouverait un poids normal.
- Ta baignoire est dans un sale état, avoua le blond en baissant les yeux.
- Aucune importance, un coup de baguette et on en parlera plus, le rassura Harry, qui ne remarqua pas la tristesse qui passa dans les yeux gris du blond.
Ils commencèrent à manger en silence. Impossible de faire autrement vu la vitesse à laquelle mangeait Drago, mais Harry n'osait imaginer depuis combien de temps le blond n'avait pas eu de repas digne de ce nom, alors il comprenait et faisait comme si de rien était.
Cependant, Drago repoussa son assiette en n'ayant mangé seulement le quart de ce que lui avait servi Harry.
- Ce n'est pas bon ? s'inquiéta Harry.
- Si, délicieux mais… j'ai perdu l'habitude de manger autant…, répondit-il gêné.
Harry acquiesça, le cœur serré, et Drago sembla voir la peine dans les yeux émeraudes de son vis-à-vis. Cela l'irrita mais le toucha en même temps. Comme d'habitude avec Potter, de nombreuses émotions contradictoires s'emparaient de lui.
- Enfin, il faut dire que, même avant, je n'aurais jamais mangé une telle quantité. Tu m'as pris pour un troll, Potter ? se moqua le blond.
- Je… Ouais, désolé, je crois que Molly a déteint sur moi, s'amusa le brun.
- Molly ?
- La mère de Ron. Lorsque j'étais enfant et que je revenais de chez mon oncle, elle me gavait comme une oie parce qu'elle me trouvait trop maigre… Enfin, je dis « lorsque j'étais enfant », mais elle le fait encore aujourd'hui, expliqua le Survivant.
Drago tâcha de prendre ça à la rigolade plutôt que de s'imaginer que Potter était en train de le materner comme la mère belette l'avait fait avec lui. De toute façon, un autre point attira son attention pour le détourner de ce qui le gênait.
- En parlant des Weasley, la belette femelle ne va pas faire un scandale quant à ma présence ?
Drago ne savait pas vraiment ce qu'il en était de la vie d'Harry à présent, mais il l'imaginait bien marié avec la rouquine, un ou deux enfants sur les bras. Cependant, il remarqua la tristesse du Survivant qui finit par lui répondre.
- Je vis seul, Ginny et moi sommes séparés depuis deux ans.
En toute honnêteté, Drago aurait voulu lui poser de nombreuses questions, mais il se retint, conscient qu'il se montrerait très indiscret, trop indiscret au vu de leurs relations.
- Enfin, on parlera de nos vies demain, je suis épuisé de ma journée, et tu dois l'être aussi ! s'exclama Harry en débarrassant la table d'un coup de baguette.
La vaisselle se lava toute seule avant de se ranger. Le brun fit signe au blond de le suivre et l'amena jusqu'à une chambre.
- Tu peux dormir ici cette nuit, c'est la chambre d'ami. La mienne est juste là, expliqua-t-il en montrant la pièce juste à côté.
Drago regarda Potter comme s'il lui avait poussé une deuxième tête.
- Tu… Tu me propose de dormir chez toi ?!
- En effet, répondit Harry, perplexe.
- Pourquoi ?
Harry poussa un soupir de lassitude.
- Parce que je ne pourrais jamais me regarder en face si je te laissais repartir dormir dehors…
- Tu n'as pas à te sentir responsable du sort de toutes les personnes vivant sur terre, dit Drago qui commençait à s'énerver.
- Certes, mais toi, tu n'es pas un inconnu. Je te dois la vie…
- Arrête avec ces conneries ! De toute façon, quand bien même tu aurais une dette envers moi, tu l'as payé en me faisant libérer, en me défendant gratuitement ! objecta-t-il.
- Mais…
- Je ne veux pas être ton œuvre de charité ! Je ne suis pas ta putain de nouvelle cause ! s'emporta Drago.
- Par Merlin, Malefoy ! Tu ne peux pas te contenter d'accepter l'aide qu'on te propose ? Je t'assure que ça n'est pas de la pitié ou quelque chose du genre…
- Si ce n'est pas ça, qu'est-ce que c'est alors ?
- Honnêtement, je ne sais pas…, répondit Harry, perdu.
Drago le regarda, contrarié, et se dirigea vers la porte, mais Harry le retint par le bras, l'air énervé.
- Je ne sais pas pourquoi je le fais… Je le fais voilà tout ! s'emporta-t-il.
- Bravo Potter, ta réponse est aussi éclairante qu'une nuit sans étoile ! railla le blond.
- Tout ce que je peux t'assurer, c'est que ce n'est pas par pitié ou pour assouvir un besoin de jouer les héros. Tu sais que je ne sais pas mentir, donc tu sais que je te dis la vérité en ce moment, tu ne peux pas te contenter de ça ? demanda Harry plus doucement.
Il remarqua l'hésitation de Malefoy face à son offre.
- S'il te plaît, ajouta Harry presque suppliant.
Après une hésitation, Drago acquiesça. Il n'avait pas voulu trouver ses amis de Poudlard car il se refusait à quémander de l'aide, il aurait certainement refusé leur aide si l'un d'eux l'avait trouvé. Pourtant, il acceptait celle de Potter, sans savoir pour quelle raison.
- Bonne nuit, dit Harry après que Drago soit entré dans la chambre d'ami.
- Bonne nuit, répondit celui-ci.
Harry ferma la porte du blond et s'étendit dans son propre lit. Il s'endormit rapidement, épuisé par cette journée riche en surprise.
Voilà le premier chapitre, la suite la semaine prochaine.
