Non, personne ne saura protéger Lily comme il le faut. Sauf…sauf lui-même.

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Depuis qu'il est devenu espion, double espion plutôt, Severus a travaillé l'occlumentie, et en a relevé cette discipline à son paroxysme. C'est sa seule garantie de survie, et avec elle, celle de Lily. Il l'a donc transformé en art qu'il maîtrise désormais à la perfection. Oui, seul lui-même pourrait garder sa retraite secrète, il est le seul ayant assez de motivation pour la protéger, pour endurer les doloris en se taisant. Alors il se hâte, il se hâte. Il doit la mettre à l'abri, avant que le Maître ne la découvre. Dumbledore ne lui a pas révélé la cachette des Potter, et jamais il ne le fera. Mais Severus est doué, lire les pensées des autres, sans qu'ils ne le soupçonnent est son talent. La femme âgée a beau être expérimentée, et se méfier du nouveau collègue que le directeur leur a imposé, il réussit à lire des souvenirs. Elle a pensé Godric Hollows quand quelqu'un a prononcé le nom Potter. Cela lui suffira. Il les trouvera, même s'il doit fouiller toutes les maisons du village.

La nuit venue, il quitte discrètement le château, comme lui permet le directeur lors d'une réunion des mangemorts. Il transplane à l'abri vers le village hommage au premier des griffondors. Évidemment qu'ils avaient choisi ce village, malgré tous les lieux de vie possibles, faut-il être plus stupide? Pourquoi ne pas mettre un écriteau indiquant leur adresse aussi! C'est comme ça qu'ils se cachent? Se rendent-ils seulement compte que le Maître ne renonce jamais, qu'il les cherchera jusqu'à la mort, que plus longtemps il devra attendre, plus il les fera souffrir, il ne supporte pas de ne pas être satisfait à l'instant. Aussi se hâte-t-il. Il la retrouvera, son instinct le guidera, il en est sûr.

En effet, après une dizaine de minutes d'errance dans le village, il aperçoit Black et son acolyte stupide, le grassouillet dont il a oublié le nom, tant insignifiant il a toujours été. Ils sortent d'une petite maison typique et indiscernable de ses voisines. Forcément, c'est là. Black est comme toujours fier comme Artaban, et l'autre, enfin l'autre ne compte pas, qu'importe le visage inquiet qu'il arbore. Severus attend qu'ils soient hors de vu, et patiente encore de longues minutes par précaution, puis il s'approche et ouvre la porte. Il n'a pas l'intention de s'annoncer, il n'est pas là pour prendre le thé.

Attacher et bâillonner le mari n'est pas difficile, et ne lui prend qu'une minute silencieuse, Severus est devenu, depuis son entrée chez les Mangemorts, un bon combattant, rapide et précis. Il lui faut reconnaître que Potter est plus athlétique, plus sportif que lui-même, mais il n'avait pas l'avantage de la surprise. Un instant, le jeune potionniste envisage de se venger de toutes les années d'humiliations et de brimades, mais il se retient. Il n'est pas ici pour ça, sa mission est des plus essentielles, il ne se laissera pas distraire. Quand sa seule raison de vivre entre en courant dans la pièce. Il entend à peine son cri d'inquiétude. Il ne voit qu'une tornade de longs cheveux roux, virevoltant autour de lui, comme autrefois. Morgane, qu'elle est restée belle. Il n'en doutait pas, bien sûr, mais cela faisait si longtemps qu'il ne l'avait pas aperçue au loin dans une rue du village, si longtemps qu'il ne s'était pas retrouvé face à elle, face à ses yeux magnifiques qui n'ont jamais cessé de le poursuivre dans ses rêves. La jeune épouse, elle, s'est vite reprise. Elle aussi est une combattante active. Elle lève sa baguette vers l'intrus et se prépare à l'attaquer, quand il soulève les bras pour rabaisser sa capuche pointue.

Interdite un instant, puis choquée juste après : comment? C'est lui, son ancien ami, son confident, son presque frère pendant toute leur enfance, c'est lui qui vient les attaquer? Comment peut-il oser lui faire cela? Rejoindre ces monstres n'était déjà pas une trahison suffisante envers elle et leur amitié? Elle se doutait bien qu'un jour ou l'autre ils se retrouveraient face à face, mais là! Chez elle! Il est venu pour les tuer, le lâche, le monstre. Elle lui crie l'insulte au visage, mais il ne bouge pas, il ne montre aucune réaction. Alors c'est ça un mangemort? Un être qui n'a aucun sentiment, aucune hésitation, aucune humanité, une parfaite machine à tuer. Mais elle ne se laissera pas faire, elle protégera sa famille, quoi qu'il lui en coûte.

Severus prend le terme de monstre en plein cœur. Non que le mot lui fasse peur, il le connaît pour l'avoir entendu toute sa vie, depuis sa naissance. Sans doute est-ce le mot qui le définit le mieux, mais avait-il le choix d'être autre chose? Ce déterminisme écrit dès sa conception, cette nature que ses parents n'ont jamais cessé de lui rappeler, pouvait-il y échapper? Mais Lily n'a jamais pu comprendre cela, petite fille aimée et choyée par tous, comment pouvait-elle imaginer qu'un enfant issu de viol ne peut que véhiculer le malheur. Il n'a jamais essayé de lui expliquer, pour ne pas gâcher son innocence, cette candeur qu'il n'a jamais eue et qu'il aimait tant observer chez elle. Ce qui lui fait mal c'est le mépris qu'elle lui crache, alors qu'elle est sa seule raison de vivre. Comment lui dire?

Et puis non, cela ne servirait à rien, il doit d'abord la sauver. Alors il parle, il lui parle pour la première fois depuis des années, il lui explique qu'elle est en danger, qu'il ne lui veut aucun mal au contraire, qu'il n'a pétrifié son abruti de mari que par soucis de paix, pour pouvoir lui parler à elle, puisque lui est trop borné pour l'écouter. Forcément, il se retient de le critiquer, il n'a d'ailleurs pas utilisé le terme d'idiot, bien qu'il l'a pensé fortement. La survie de Lily mérite bien de réprimer son dégoût pour cet incapable. C'est comme ça que cet déchet d'homme protège sa famille? Il se laisse battre par le premier adversaire venu, en laissant sa femme en danger. Lui, il serait mort pour la sauver, jamais plus il ne la laissera être en danger. Alors il parle, plus qu'en six ans d'amitié, il lui explique qu'il a trahi son camp, qu'il travaille pour Dumbledore. Elle ne peut pas le croire, elle reste collée à l'abruti qu'elle a eu la bêtise d'épouser, elle réclame qu'il le libère, il s'y refuse. Elle hurle, il ne cède pas, ça fait longtemps qu'il l'avait désarmée en douceur. Il lui explique encore une fois que c'est lui qui a prévenu Dumbledore du danger qui les menace, qu'il veut seulement la sauver.

- Et mon fils? Et mon mari? Ils peuvent bien mourir c'est ça? Tu laisserais mon bébé mourir sans un remord, et tu oses prétexter notre amitié? Tu me fais vomir! Je préfère mourir avec ma famille que de vivre sans eux, tu comprends ça Rogue? Ou même la notion de famille t'est aussi étrangère que celle de l'amour?

L'amour. Elle le croit dépourvu d'amour, si elle savait… si elle savait ce qu'il est capable de faire par amour. Pour elle, juste pour elle. Alors il lui annonce qu'il les sauvera tous les trois, qu'importent les conséquences pour lui, il va les cacher et personne ne pourra lui arracher cette information. Il lui jure, sur ce qu'il a de plus sacré, sur leur amitié qu'il n'a cessé de regretter, sur leur enfance commune qui reste ses seuls souvenirs heureux, sur le bonheur qu'il lui souhaite, qu'importe avec qui, sur son avenir qu'il lui jure de protéger.

Alors elle espère, que son ancien ami soit encore là, tout au fond de cet être froid et sombre, elle souhaite lui faire confiance, une dernière fois.

- Libère James et je te croirais

Il cède et désenchante son adversaire. Lily retient son mari qui ne pense qu'à étrangler leur visiteur. L'explication à Potter est encore plus difficile que prévue, bien sûr il ne croit pas que ce suppôt de Satan ait pu changer de camp, il ne croit pas qu'on puisse lui faire confiance, il refuse d'écouter l'argument de sa femme, de sa foi en son instinct. Lui, il veut récupérer sa baguette, il veut arracher celle de Lily, que Severus avait rendue en gage de bonne foi, pour attaquer son rival de toujours, qu'il insulte encore et encore. Depuis un bon moment, celui-ci avait cessé d'écouter le flot interrompu de paroles que le chef de famille bafoué voulait blessantes. Comme si une ridicule insulte pouvait le blesser, lui qui en a tant entendu, qui a supporté plus de brimades et de coups que les deux autres réunis ne peuvent l'imaginer. Sans se soucier de l'homme, Severus ordonne à Lily de préparer des vêtements pour tous pendant dix minutes, ensuite il les emmènera en sécurité. James Potter hurle que c'est un piège, qu'il va les livrer à son maître mais Lily renouvelle sa confiance à son vieil ami. Son mari est sidéré, et craint un maléfice quelconque.

- Je ne t'inclus dans le voyage, Potter, que par égard pour Lily. Tu es libre de refuser mais elle et son fils me suivent

- Jamais je les laisserais partir sans moi!

- Alors cesse tes grands airs de dramaturge et soutiens ta famille. N'est-ce pas sensé être ton rôle?

- C'est pas toi Rogue, qui va me dire comment veiller sur ma femme et mon fils!

- Tais-toi, nous partons

Severus tend sa main à Lily, qui est revenue avec des valises et son nourrisson dans les bras. Elle va pour la saisir quand son mari l'en empêche.

- Ce sera nous trois ou personne

Il la serre contre lui d'un bras, cale les valises entre ses jambes et saisit avec force l'avant-bras du mangemort. Une seconde plus tard et le groupe se retrouve ailleurs.

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J'aurais bien aimé quels commentaires pour savoir si qui avait plu ou dégouté dans le premier chapitre