Chapitre 2 : il était une fois…
La jeune fille ne se réveilla que trois heures plus tard. Lorsqu'elle ouvrit les yeux, la première chose qu'elle vit fut le visage inquiet du Docteur, assis sur une chaise à côté du lit. Elle sourit.
- Heureuse de vous savoir encore parmi nous, fit-elle.
Mais cela ne dérida pas le Docteur.
- Qui êtes-vous ? demanda-t-il.
- Enaya. J'avoue que je m'attendais à des remerciements.
- Vous avez changé le déroulement de l'histoire, c'est un acte grave !
- Je n'ai pas changé l'histoire. Ce qui devait arriver arrivera seulement un peu plus tard. Je n'ai fait qu'obéir à un ordre. Je n'ai fait qu'ajouter un nouveau couplet à votre chant.
- Pourquoi ? de qui vient cet ordre ?
- Voulez-vous me donner mon sac, s'il-vous-plait ? demanda Enaya en se redressant dans le lit.
- De qui vient cet ordre ?
- Je vais vous répondre, rassurez-vous. Mais c'est une longue histoire, et pour ne rien vous cacher, absorber une dose mortelle de radiation n'est pas particulièrement bon pour la santé. je ne me sens pas très fraiche et j'ai besoin de quelque chose dans mon sac.
Le Docteur la regarda un instant, puis se leva pour aller chercher ce qu'elle demandait. En ouvrant la porte, il se retrouva nez à nez avec Rose.
- Je… je vous ai entendu parler, et je voulais savoir si vous aviez besoin de quoi que ce soit. Un thé peut-être, ou bien un doliprane… je ne sais pas…, bafouilla-t-elle.
- C'est très gentil à vous, répondit Enaya, mais ça ira. J'ai seulement besoin de mon sac.
Elle hocha la tête, sortit, et revint quelques instants plus tard avec le sac à dos. L'étrange fille la remercia, ouvrit son sac, et en sortit une boite rectangulaire. Elle l'ouvrit et en sortit une grosse seringue remplit d'une matière bleue qui semblait parcourue de décharge électrique, ainsi qu'une lanière qu'elle installa comme un garrot autour de son bras gauche. Elle approcha ensuite la seringue de son bras. Le Docteur fit un mouvement pour l'empêcher de continuer, mais elle le rassura.
- Je sais ce que je fais.
- C'est de l'énergie pure, qu'il y a là-dedans. Comment pouvez-vous être sure que ce n'est pas dangereux pour vous ?
- C'est moi qui la produis. Pour le cas où un jour, j'en aurais besoin. Je fais des réserves, si vous préférez.
Et elle introduisit la seringue dans son bras. Quand la seringue fut vide, elle poussa un soupir de bien-être.
- Et maintenant, lui demanda le Docteur, vous allez me répondre ?
- Oui. Comme je vous l'ai dit c'est une longue histoire. Installez-vous confortablement.
Le Docteur se rassit donc sur sa chaise, et Enaya se tourna vers Rose, qui semblait un peu pâle et se tenait toujours debout dans l'embrasure de la porte.
- Je parie que vous avez entendu toute notre conversation, lui dit-elle.
Le Docteur se tourna vivement vers la blonde, les sourcils froncés, et celle-ci rougit.
- Je… je ne voulais pas, mais j'ai entendu, et… je suis désolée d'avoir écouté à la porte.
- Nous sommes chez vous, Mademoiselle. Nous serions bien impolis de vous en vouloir. Restez, si vous souhaitez connaitre la suite. Mais fermez la porte, s'il-vous-plait. Je ne voudrais pas qu'une oreille indiscrète entende cette histoire.
Rose ferma donc la porte, et s'installa au bout du lit. Enaya fouilla alors de nouveau dans son sac, et en sortit une boite à musique. Le Docteur roula des yeux.
- Je la reconnais ! fit Rose. Elle est tirée d'un dessin animé.
- Exact. Anastasia. Un homme que j'aimais me l'avait offert, et je ne m'en sépare jamais.
Elle donna cinq tours de clé à la boite à musique, qui se mit en marche. Et elle commença à raconter.
- Cela s'est passé il y a très longtemps. Le nom et la localisation de l'endroit a été oublié depuis longtemps, mais certains l'appelle Jiranatla.
En entendant ce nom, le Docteur se redressa vivement.
- Là-bas vivait un roi et sa famille. A part eux-mêmes, nul ne connaissait leur nom. Le roi avait quatre enfants, que l'on nommait par leur titre : d'abord venait l'Aîné, puis le Marionnettiste, puis le Prince, et enfin, la perle du royaume, la Princesse. Vivait également au palais, en plus du roi, une sixième personne. Le peuple louait cet homme, car bien qu'il ne soit pas toujours dans le royaume, il passait son temps à les aider, les guérir, les défendre. Il était l'ambassadeur d'un peuple voisin qui à l'époque encore, était réputé pour sa sagesse. L'Ambassadeur était heureux d'aider tous ces gens. Mais une bien plus grande source de bonheur le poussait à passer plus de temps que nécessaire au palais. L'Ambassadeur était éperdument amoureux de la Princesse. Et cet amour était réciproque. Cependant, la princesse étant promise à la grande déesse, il devait rester secret. Un soir, la Princesse fit un rêve. Elle en interpréta les signes, et en conclut que la grande déesse approuvait leur amour. Alors elle alla trouver l'Ambassadeur et s'offrit à lui. La princesse tomba enceinte. Lorsqu'il l'apprit, le Roi entra dans une rage folle, et banni à tout jamais l'ambassadeur.
- Et qu'est-il arrivé à l'enfant ? demanda le Docteur d'une voix blanche.
- Le Roi, soutenu par l'Ainé, ordonna qu'on le tue à sa naissance. Mais le Marionnettiste leur rappela que l'enfant étant de sang royal, le tuer ferait perdre son trône au roi, ainsi qu'à l'Ainé. L'enfant fut donc enfermé, loin de sa mère, et on le laissa mourir. La Princesse fut quant à elle reniée par sa famille, pour avoir désobéi au roi. Seule le Prince continuait à la voir et à la soutenir. Elle plongea alors dans une profonde tristesse, et fit vœu de passer le restant de sa vie dans la chambre de l'Ambassadeur.
Le Docteur serra les poings. Enaya continua.
- La mort de l'enfant et la punition de la princesse mirent la grande déesse en rage, et elle envoya une maladie pour anéantir Jiranatla. Ce fut le prince qui le découvrit le premier. Il en fit part à son père, qui ordonna qu'une équipe de quatorze hommes et femmes prenne la route pour aller découvrir une terre saine où ils pourraient vivre. Le Roi enjoignit ses fils à prendre part à cette expédition. Seul l'Ainé refusa. Le prince partit donc faire ses adieux à sa sœur bienaimée. Celle-ci lui confia alors un objet et une mission. Puis elle scella la porte et se mit à prier jour et nuit la grande déesse, non pas pour la survie de son royaume, mais pour que la maladie ne frappe pas son tendre Ambassadeur.
- Comment connaissez-vous cette histoire ? demanda le Docteur.
- Héritage de famille. Je suis la descendante du premier enfant du prince. Et le message est transmis de génération en génération.
Elle remarqua que les yeux du Seigneur du temps brillaient.
- Vous allez bien ? demanda-t-elle.
- C'était il y a tellement longtemps… mais je n'ai jamais oublié.
- De votre point de vue, si je ne fais pas d'erreur, cela doit faire environ 700 ans.
- 703, pour être précis.
- Du point de vue de la terre, plus de 3000 ans sont passés.
- Et ce message ? que dit-il ?
- C'est simple : « protégez l'Ambassadeur. A n'importe quel prix. Protégez le de la souffrance, et surtout, veillez à ce qu'il ne soit jamais seul, car quand il est seul, il fait n'importe quoi. » alors c'est ce que je fais. Je protège l'Ambassadeur. Je reconnais volontiers que je n'ai pas bien mené ma mission. Mais j'avais ma propre famille sur qui veiller. Aujourd'hui, sur les treize enfants du prince, nous ne sommes plus que trois et un enfant. La plupart sont morts à cause de moi. Alors je reviens à ma première mission, et je sauve votre vie.
- Mais vous auriez pu mourir.
- Non.
