Je vous mets la suite tout de suite car je vois que vous n'avez pas l'air de réagir, peut-être que cela va changer...? Bref, on verra...


Dans le chapitre précédent :

Arrivée dans le vestiaire, elle se dit qu'elle aurait dû prendre le temps de bien mettre sa serviette, en voyant qu'une personne était présente devant elle ramassant quelque chose au sol, l'observant sans le vouloir et tombant sur une partie du corps de Natsuki que celle-ci essaya de cacher très vite sans trop bien y arriver. Natsuki jura entre ses dents, murmurant un joli mot :

- Merde…

Chapitre 2

La jeune fille, affublée d'une blouse blanche et d'une tenue montrant qu'elle était interne ici, avait les yeux grands ouverts et sa bouche semblait s'ouvrir et se refermer sans qu'aucun son ne sorte. Elle n'avait pas l'air de vouloir bouger. Ses yeux scrutateurs faisaient des allers-retours entre les yeux verts lui faisant face et la partie du corps que Natsuki avait enfin correctement dissimulée. Cela commençait fortement à agacer la chirurgienne, qui serra la mâchoire, assombrit d'un coup sa vision et prit une position fermée à la discussion, les deux bras bien croisés sur sa poitrine.

Evidemment cela devait arriver un jour et avec une étudiante en plus… Vie cruelle, que t-ai-je fait ? J'abandonne, elle a tout vu de toute façon, ce n'est pas la peine que je mente et que j'aggrave mon cas, mais bon sang j'ai les nerfs ! Pensa Natsuki, alors que la jeune fille n'avait toujours rien dit.

- Bon, qu'est-ce que tu vas faire ? T'enfuir, crier, le dire à tous tes camarades internes, te moquer et rire, me mettre un coup ? Tu te décides ? Je commence à me les geler, vraiment… Allô ? Est-ce que les internes de cette année sont muets ou hyper timides ? A vrai dire, leurs voix m'insupportent au plus haut point et ils ne font que poser des questions complètement idiotes sans même réfléchir avant, alors ce n'est pas plus mal… Allô ? Est-ce que tu m'entends ?

Elle profita du temps que la jeune fille mettait pour se reconnecter à la réalité, pour avancer vers sa blouse et y récupérer son portable. Rassurée, il indiquait un appel manqué de son amie Alyssa, rien à avoir avec une urgence médicale. Alors qu'elle reposa son téléphone dans la poche de sa blouse. Une voix inconnue s'éleva enfin dans la pièce qui résonnait légèrement.

- Euh, je… Mais ? Comment… Tu as un… ? Vous avez…un… C'est…

Le docteur, toujours enroulée dans sa serviette maintenant humide, se retourna pour faire face à la jeune fille. Il fallait qu'elle trouve vite un moyen pour fuir cette situation et se débarrasser de cette serviette et enfiler ses vêtements bien chauds.

- Enfin, tu sais parler on dirait. Oui, en effet je possède ce que l'on appelle : un pénis.

- Mais tu es… ? Enfin, vous…

- Oui, je suis bien une fille comme tu as pu le voir, j'ai des seins et pas de barbe, ni de poils sur le torse j'ai des hanches, une taille et des épaules peu développées. Et je pense que ma voix n'est pas si grave non plus.

- Vous n'êtes pas transsexuelle…

- Non, je possède les deux sexes : féminin et masculin, mais je n'ai pas de quoi donner un enfant à une femme. Mon côté femme est plus développée cependant.

- Alors vous êtes hermaphrodite ?

- D'une certaine manière oui, on peut dire ça malgré que je sois stérile.

- C'est étonnant ! Un cas extraordinaire d'une rareté évidente, les deux sexes sont rarement aussi développés. Est-ce une sorte de mutation du gène, un dérèglement hormonal, ou un héritage génétique peut-être… Je croyais qu'un des deux sexes finissaient par s'atrophier sur l'humain, en l'occurrence pour vous votre… « côté masculin » mais on dirait que c'est loin d'être le cas… Dit-elle tout en réfléchissant à haute voix.

Natsuki rougit en comprenant ce qu'elle venait de sous-entendre dans sa longue réflexion.

- Vous n'avez pas à rougir, vous êtes un spécimen parfait en son genre, vraiment. Vous savez, je recherche un sujet d'étude pour mon mémoire final et…

Elle la coupa dans sa phrase, mettant ses mains devant elle et reculant d'un pas pour montrer son fort désaccord.

- Ah, je te vois venir. Je ne suis pas un cobaye humain à étudier ou un livre source à consulter. Fais ce que tu veux, mais oublie-moi pour ton mémoire ! Ça ne me dérange pas d'être montrée du doigt, j'ai presque l'habitude mais je ne veux pas apparaître dans un mémoire ou une thèse, il en est hors de question.

- Vous changerez peut-être d'avis, j'ai l'espoir…

- Aucun espoir, je passe mon tour.

La jeune interne continua sa phrase sans même prendre en compte ce que Natsuki venait de dire.

- Dites-moi, c'est un peu gênant ce que je m'apprête à vous demander, mais ça m'intrigue beaucoup. Est-ce que tout fonctionne parfaitement de ce côté là ? Demanda-t-elle en regardant en direction de son entre-jambe et en le pointant du doigt.

Le docteur ne s'attendait pas à cette question pleine de curiosité mal placée, elle rougit fortement en pensant à ce à quoi cette femme faisait allusion avec des étoiles plein les yeux, elle s'emporta d'un coup. Cette jeune fille allait beaucoup trop loin. Suis-je tombée sur une folle complètement obsédée ? Pensa-t-elle.

- Cela ne te concerne pas, je ne vois pas pourquoi je répondrais à une question aussi déplacée et intime !

- Désolée, je suis quelqu'un de trop curieux. En tout cas, vous êtes LE sujet que je recherchais pour mon mémoire, c'est certain.

- Ouais, c'est bien pour toi, tu peux disposer j'aimerais bien m'habiller et ne pas être dévisagée et analysée comme un animal de labo prêt à être disséqué, merci.

- Ah oui, bien sûr désolée. Allez-y, je me retourne.

- Et tu ne préfères pas juste partir du vestiaire ? Elle soupira. Ok peu importe, je vais me changer.

Elle revint dans sa douche et décida de se rhabiller, elle prendrait une douche plus longue chez elle. Une fois prête, elle ressortit et soupira en voyant que l'interne était toujours présente dans la pièce, retournée le dos face à elle. L'interne lui demanda quelque chose d'inattendu.

- Je vous invite à manger pour m'excuser de cette mésaventure et puis, peut-être que vous me laisserez vous poser quelques questions…

- As-tu écouté un seul des mots que je viens de te dire ?

- S'il vous plait ? Elle se retourna, les yeux fermés et ses mains devant les yeux.

- C'est bon, tu peux ouvrir les yeux, je suis présentable.

- Alors ?

- Sérieusement ? Tu ne sais peut-être pas mais je suis titulaire ici. Techniquement, tu fais partie des élèves sous mon autorité. Ce n'est pas quelque chose qui se fait en temps normal, Mademoiselle…

- Mademoiselle Fujino Shizuru.

- Ah tu es une Fujino, Fujino…

- Oui, je suis bien la fille du PDG de cette grande entreprise mondiale. Déclara-t-elle avec lassitude. Mais je suis surtout une jeune fille tout à fait ordinaire faisant son internat comme plein d'autres.

- Je suis Kruger Natsuki, chirurgienne et titulaire dans cet hôpital.

Shizuru se rendit compte qu'en effet, son interlocuteur portait une blouse d'une couleur différente de la sienne et son badge d'identification était celle d'un médecin chirurgien orthopédique titulaire. Ce nom tinta d'un coup à son oreille comme une mise en garde. Shizuru se pencha en avant pour lire le badge de Natsuki pour vérifier si elle ne se moquait pas d'elle. Elle n'en croyait pas ses yeux, elle devint soudain pâle, son regard se fit fuyant et elle regretta soudainement d'avoir était si curieuse et importune.

- Vous êtes… Vous êtes LE docteur Kruger… ?

- Oui, je suis bien le docteur Kruger, le tyran à la tête dure. Affirma-t-elle en soupirant et en levant les yeux au ciel.

- Je suis désolée… Je n'aurais jamais dû vous parler ainsi et être si informelle avec quelqu'un de votre acabit.

- Ça y est, je te fais peur ? Vaut mieux tard que jamais. Répondit Natsuki le sourcil relevé et satisfaite car elle savait que la situation allait se retourner en sa faveur.

Elle poursuivit sa tirade :

- Si tu as entendu des choses sur moi, et bien oui elles sont toutes vraies… Cependant, peu de gens savent pour mon anatomie, disons peu commune… Je te prierai de ne rien révéler à ce propos, sache que malgré la renommée de ta famille, je te rendrai la vie au sein de cet hôpital insoutenable. Je peux aussi agir sur les admissions des futures années, j'ai de très bonnes connaissances et hauts placés. D'après ton badge, il te reste encore cinq années avant d'avoir ton cher diplôme. Tu ne voudrais pas être arrivée jusque là et repartir pour un autre établissement beaucoup moins renommé que celui-ci, non ?

- Je vous assure, tout ceci n'est vraiment pas nécessaire Docteur Kruger, je m'excuse pour mon comportement. Veuillez accepter mes plus plates excuses, ma curiosité est parfois sans borne et me mènera un jour à ma perte. Votre secret est bien gardé avec moi, ne vous inquiétez pas. C'est votre intimité et apparemment vous n'êtes pas à l'aise avec qui vous êtes véritablement, ce qui est dommage d'ailleurs. Mais je vous en fais la promesse, mes lèvres resteront celées et une promesse est quelque chose d'inviolable pour moi, je mourrai avec ce secret.

- Ouhla, ohla, doucement, on n'ira pas jusque là j'espère. Si tu dis vrai alors, tout ira bien. Mais sache que je t'ai sérieusement à l'œil. La plupart des internes m'horripilent le plus souvent et ne sont pas toujours de confiance, alors ne me déçois pas comme les autres. Enfin bref, sinon je peux savoir ce que tu faisais à fouiner ici sans avoir l'intention de prendre ta douche ?

Natsuki avait un peu peur d'entendre sa réponse. Elle priait pour qu'elle ne réponde pas : « j'aime espionner les gens car c'est mon plaisir en tant que perverse professionnelle, voici ma carte de membre ». Un frisson lui parcourut l'échine en pensant à cette éventualité. Etait-elle de ce genre là ?

- Je cherchais juste mon badge d'identification que j'ai perdu pendant la visite guidée de la veille.

- Ah… Et tu l'as trouvé ?

- Oui, juste au moment où vous êtes arrivée dans la pièce en…

Natsuki la coupa ne voulant pas entendre les qualificatifs qu'elle pourrait utiliser en parlant de son corps ou de cette fâcheuse mésaventure.

- Je vois, dans ce cas tu peux disposer et quitter les lieux, non ?

- Mais vous ne m'avez pas répondu ?

- Répondu ? Mais à propos de quoi ?

- De l'invitation à dîner.

- Sérieusement ? Je suis désolée mais on ne se connait pas et ça serait bizarre qu'une interne invite un titulaire et supérieur à manger, surtout après cette aventure tellement gênante. Euh, vous pouvez arrêter de me fixer comme ça, c'est super dérangeant, je vous assure.

- Rassurez-vous, je ne vous fixe pas parce que je suis choquée ou intriguée. Je vous trouve juste très belle, entièrement… Ne doutez pas de ça.

Le docteur Kruger rougit d'un seul coup et eut dû mal à soutenir son regard. Elle fut totalement prise de court par les mots de cette jolie jeune femme, l'acceptant pour ce qu'elle était et la complimentant même, tout ça sans être un poil embarrassée. Elle a du cran. Mais le pire dans tout ça, c'est qu'elle avait l'air vraiment sincère et Natsuki le vit dans son sourire et ses yeux d'une couleur magnifique mais peu commune. Rouge foncé avec des teintes plus claires dans la lumière ?

- Je… Euh… Merci mais… Ça devient de plus en plus gênant là…

- Bon, je vous laisse alors. Vous me promettez que vous réfléchirez à mon invitation ?

- Quoi ? Je… Euh, oui d'accord j'y réfléchirai mais cependant je ne vous garantis rien.

La jeune fille disparut de la pièce, laissant une Natsuki désorientée et troublée. Venait-elle de soudain la vouvoyer, et pourquoi ça ?

- Mais qu'est-ce qu'il vient de se passer là ? Je rêve ou quoi ? D'où vient cette fille excentrique ? Je sens qu'elle ne va pas me rendre la vie facile… Et qu'est-ce qu'une interne fait encore ici à cette heure-ci ? Ils font déjà des heures supplémentaires ou quoi ? Quelqu'un doit sûrement être en train de leur refiler des tâches ingrates…

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Nous étions en fin de soirée. Natsuki était en train de remplir le dossier d'un patient lorsqu'un groupe de personnes se fit entendre dans le couloir. Elle se retourna et aperçut au loin Midori suivie d'une dizaine d'internes, prenant des notes ou jacassant. Elle aperçut aussi la jeune fille de tout à l'heure, elle allait s'éclipser mais se fit interpeller par Midori, le regard suppliant de venir à sa rescousse.

- Désolée, Midori, je suis occupée là.

- S'il te plait ! Tu ne veux pas m'aider ?

- Non, vraiment sans façon. Tu te débrouilles sûrement très bien.

Midori ne prit pas le temps d'écouter ce qu'elle disait, elle la tira par le bras et se retourna en direction du groupe.

- Je vous présente le docteur Kruger, elle est chirurgienne orthopédique titulaire, la meilleure de tout l'hôpital dans son domaine. Elle aura beaucoup de choses à vous apprendre, je vous laisse donc en sa douce compagnie.

Midori avait disparu avant même de terminer sa phrase, Natsuki s'énerva d'un coup serrant son poing fermement.

- Midori, si je te retrouve, je te préviens que tu te souviendras toute ta vie qu'il vaut mieux ne pas me mettre sur les nerfs.

Le groupe présent à côté d'elle venait soudain de faire un silence cinglant, la plupart des internes avaient de la peur dans le regard. L'un deux murmura :

- Mon dieu, c'est…

- Je préfère que tu ne finisses pas ta phrase. Je suis bien « cette personne ». Suivez-moi et sans bruit, je n'ai pas de temps à perdre avec les bavards et les je m'en foutiste que ce soit bien clair entre nous. Ici, on ne rigole pas, on sauve des vies humaines, alors on se donne à fond ou on abandonne.

Alors qu'elle s'adressait au groupe, son regard se posa sur la jeune fille du vestiaire de la nuit dernière, celle-ci portait un sourire. Se moque-telle de moi ? Pensa Natsuki.

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Après une escapade d'une trentaine de minutes éprouvante et forcée, Natsuki aperçut Nao. Je suis sauvée, pensa-t-elle.

- Voici, Nao. Un chirurgien esthétique titulaire. Bon courage pour la suite les débutants, à plus tard Nao. Merci.

- Hein, quoi ? Eh, qu'est-ce que tu me fais là ? Natsuki ?!

Natsuki s'éclipsa à la vitesse de la lumière et retourna à ses patients. Tu me revaudras ça Nat, se dit Nao.

- Bon, on dirait que je prends le relais. Avant qu'on continue, vous avez peut-être des questions ? Je ne suis pas sûre que vous ayez eut envie de demander des choses au docteur Kruger sans avoir peur de vous faire mordre. A moins qu'elle ait tout simplement refusé de répondre. Rit-elle. Oui, toi ?

- Est-ce que le docteur Kruger est titulaire depuis longtemps ici ? Demanda Shizuru Fujino.

- Je pensais plus à des questions liées à la médecine ou à l'hôpital, mais soit. Le docteur Kruger est titulaire depuis un peu plus de deux ans comme moi, nous sommes des camarades d'études. Nous sommes arrivées ici en même temps, on n'a juste pas choisi la même spécialité.

- Et le docteur Tokiha Takumi ? Demanda une autre interne le rouge aux joues.

- Takumi-kun ? Hmm, ça doit faire un an maintenant. Et maintenant, des questions à propos de la médecine, de votre internat ? Oui ?

- Quelles doivent être les qualités nécessaires pour devenir un bon chirurgien esthétique dans un grand hôpital tel que celui-ci ?

- Très bonne question… Euh... ?

- Mon nom c'est Kioko.

- Oui, Kioko. Alors tu vois ...

Non loin de là, le docteur Tate Yuuichi et Takeda Masashi discutaient en regardant la scène déroutante entre Nao et les internes.

- Qui aurait cru que Nao Yuuki prendrait son statut de mentor et de professeur tant à cœur ?

- Pas moi, en tout cas. Enfin, c'est vrai qu'elle aime avoir tous les regards sur elle et qu'on l'admire aussi… Rétorqua Tate.

- Ah, cette Nao. Elle m'étonnera toujours. Au fait, tu ne sais pas quoi, j'ai entendu parler des infirmières entre elles tout à l'heure, elles riaient en parlant du professeur Kruger. Elles disaient que les internes se faisaient littéralement dessus quand elle leur parlait avec son regard glaçant, on n'entendait même pas une mouche voler, j'aurais voulu voir ça. J'admire sa capacité à réussir à faire que les gens l'écoutent en sa présence, elle en impose vraiment. Elle a cette prestance, ce charisme.

- Ce pouvoir de mettre les gens mal à l'aise et de les glacer sur place, tu veux dire. Laisse tomber, Takeda. Je t'ai déjà dit que ça se voyait que tu ne l'intéressais pas du tout. Te fais pas de mal, je t'en présenterai des bien plus accessibles et douces qu'elle, et ça ne sera pas dur à trouver. Pourquoi tu t'entiches toujours des filles impossibles à avoir ou celles qui jouent les indomptables.

- J'en sais rien, ça se contrôle pas ça. J'aime les femmes fortes et mystérieuses.

- Tu es perdu, mon pauvre…

- Pff, tais-toi donc !

C'est tout pour le chapitre 2, alors ? Toujours pas envie de me donner votre avis ? Sûr... Comme vous voulez...